vignette|upright=1.7|Caricature raillant le roi de Prusse et les émigrés.
Le terme émigration, utilisé dans le contexte de la Révolution française, désigne le départ pour l'étranger d'environ , en raison de leur désaccord politique avec les événements survenus à partir du 14 juillet 1789 ou des menaces pesant sur leur sécurité personnelle.
L'émigration politique commence dès le lendemain de la prise de la Bastille, avec notamment le comte d'Artois, frère du roi, et le prince de Condé. Au départ, il s'agit d'une émigration contre-révolutionnaire, mais, au fur et à mesure que la révolution se radicalise (de juillet 1789 à juillet 1794), elle concerne des gens qui ont soutenu les changements de 1789 : ainsi, le général La Fayette émigre le 19 août 1792, après avoir été proclamé « traître à la patrie ». De même Louis-Philippe d'Orléans quitte le pays en mars 1793, alors que son père Philippe-Égalité, député montagnard à la Convention, a voté la mort de Louis XVI (et sera lui-même guillotiné en novembre 1793).
Les émigrés sont souvent des nobles ou des ecclésiastiques (44 %), mais on trouve aussi parmi eux des roturiers, officiers (4 %), bourgeois (17 %), paysans (20 %), ouvriers, artisans et commerçants (15 %).
Un certain nombre d'émigrés se regroupent pour combattre la Révolution, dans le cadre de l'armée des émigrés (ou armée des Princes), qui à partir du 20 avril 1792, soutient l'effort de guerre des puissances coalisées contre la France. En contrepartie, les gouvernements français sont amenés à prendre des mesures de plus en plus dures contre l'émigration, notamment la confiscation des biens laissés par les émigrés en France (terres, châteaux, etc.)D'où l'affaire du « milliard des émigrés » au début de la Restauration..
Dans l'ensemble, la chute de Robespierre (27 juillet 1794/9 thermidor an II) marque la fin de la radicalisation révolutionnaire. Néanmoins, les gouvernements qui suivent restent fermement républicains et maintiennent les mesures anti-émigrés, de sorte que le retour leur est interdit pendant plusieurs années, sauf exceptions, jusqu'à ce que Napoléon Bonaparte, au pouvoir à partir de novembre 1799, décide une amnistie.
Les termes « émigration » et « émigrés » sont utilisés par l'historiographie de la Révolution, mais ils ont aussi été utilisés par les contemporains, y compris dans le domaine juridique (« décrets sur les émigrés », « liste des émigrés »). Pour désigner les émigrés considérés comme les plus dangereux, les révolutionnaires utilisaient dans leurs discours le mot « Coblence », nom d'une ville allemande où se trouvait l'état-major de l'armée des émigrés.
Chronologie des grandes étapes de la Révolution française 1788 : convocation des États généraux par Louis XVI
1789 5 mai : réunion des États généraux à Versailles 17 juin : les députés du Tiers état se proclament Assemblée nationale 9 juillet : les États généraux deviennent l'Assemblée nationale constituante 14 juillet : après le renvoi de Necker (11 juillet), le Tiers état parisien prend le contrôle de la ville (prise de la Bastille, milices bourgeoises, commune de Paris) deuxième moitié de juillet : révolte des campagnes contre les seigneurs ; instauration des communes et gardes nationales dans la plupart des villes du royaume 4 août : abolition de la féodalité et de toutes les distinctions légales entre citoyens 26 août : vote de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen 5 et 6 octobre : le roi refusant les décrets du 4 août et la déclaration, journées des 5 et 6 octobre à Versailles ; le roi est ramené à Paris (aux Tuileries), suivi par l'assemblée
1790 14 juillet : fête de la Fédération
1791 20 juin : tentative de fuite du roi, qui est arrêté à Varennes 17 juillet : fusillade du Champ-de-Mars contre les manifestants demandant la déchéance du roi septembre : promulgation de la constitution et fin de l'assemblée constituante ; élections pour l'Assemblée législative octobre : première séance de l'Assemblée législative
1792 20 avril : la France déclare la guerre à l'Autriche ; l'armée française est très vite en situation difficile 20 juin : journée insurrectionnelle d'origine girondine 11 juillet : l'Assemblée proclame la Patrie en danger 26 juillet : manifeste de Brunswick menaçant Paris de représailles 10 août : journée insurrectionnelle jacobine ; prise des Tuileries ; mise en place de la Commune insurrectionnelle ; suspension de Louis XVI 13 août : Louis XVI est remis par l'assemblée à la Commune de Paris, qui l'incarcère au Temple septembre : massacres dans les prisons ; élections à la nouvelle assemblée constituante, la Convention 20 septembre : victoire française de Valmy ; première réunion de la Convention (gouvernement des girondins) 21 septembre : abolition de la royauté novembre : début du procès du roi, jugé par la Convention
1793 20 janvier : la Convention achève son vote sur le verdict : la mort immédiate ; Louis XVI est exécuté le 21 janvier mars : formation de la première coalition ; levée de 300 000 hommes ; début de la guerre de Vendée juin : défaite des girondins et début du gouvernement des montagnards septembre : la Terreur mise à l'ordre du jour ; levée en masse décembre : l'armée vendéenne est vaincue à Savenay (mais les troubles continuent)
1794 mars : défaite des hébertistes avril : défaite des dantonistes juin : victoire française de Fleurus ; occupation des Pays-Bas autrichiens (annexés en 1795) 27 juillet (9 thermidor an II) : défaite de Robespierre ; début du gouvernement des thermidoriens
1795 5 avril : la Prusse se retire de la coalition (traité de Bâle) 22 juillet : l'Espagne se retire de la coalition (deuxième traité de Bâle) 5 octobre : répression d'une insurrection royaliste à Paris par Napoléon Bonaparte, qui est réintégré dans l'armée au grade de général de division 26 octobre : promulgation de la nouvelle constitution et mise en place du Directoire
1796-1799 : l'ascension du général Bonaparte 1796 : Bonaparte à la tête de l'armée d'Italie ; 1797 : vainqueur, il impose aux Autrichiens le traité de Campo-Formio 1798 : Bonaparte à la tête de l'expédition d'Égypte 1799, 25 juillet : victoire française à Aboukir 1799, 25 août : Bonaparte laisse le commandement à Kléber et rentre en France 9 novembre : Coup d'État du 18 Brumaire ; début du régime du Consulat : Bonaparte est premier consul.
L'émigration de 1789 à 1799 Chronologie des départs Débuts de l'Assemblée constituante (9 juillet-5 octobre 1789) Les émeutes des 12 et 13 juillet 1789, qui suivent le renvoi de Necker le 11 juillet, aboutissent le 14 à la prise de la Bastille et à la formation des milices bourgeoises de Paris (première version de la Garde nationale de Paris).
Dès le , le prince de Condé Louis V, prince du sang, quitte son château de Chantilly vers les Pays-Bas autrichiens (possession de la maison de Habsbourg, au nord du royaume. Capitale : Bruxelles).
Le , le comte d’Artois, frère du roi (futur Charles X), suivi par les Polignac et quelques autres grands courtisans, part pour Turin, où réside la cour du roi de Sardaigne, .
Craignant pour la stabilité du régime et donc pour leur sécurité, le marquis de Bouillé, tous les membres du ministère de Broglie, Calonne, et d'autres courtisans .
Du retour du roi à Paris à sa tentative de fuite (-) Cette période est marquée par le vote de la constitution civile du clergé (), dénoncée par le pape (qui est aussi en conflit avec la France à propos du Comtat Venaissin). Le clergé se divise entre prêtres constitutionnels et prêtres « réfractaires », qui sont l'objet de représailles des sans-culottes.
Parallèlement, l'armée connaît des mouvements d'insoumission des soldats, voire de mutineries. Une de ces mutineries, concernant la garnison de Nancy (août 1790) est réprimée dans le sang par la Garde nationale, dont le commandant en chef (national) est La Fayette.
De nombreux officiers (le plus souvent des nobles) et prêtres réfractaires partent pour l'étranger.
Les tantes du roi quittent leur résidence de Saint-Cloud en janvier 1791.
Après la tentative de fuite de Louis XVI (20 juin-1791-20 avril 1792) Le 20 juin 1791, Louis XVI, qui est depuis octobre 1789, plus ou moins assigné à résidence aux Tuileries, surveillé par la Garde nationale de Paris, tente à son tour de fuir. Reconnu au relai de poste de Sainte-Menehould, où il prend la route vers Sedan, il est arrêté par les autorités municipales de Varennes et ramené à Paris prisonnier. Dès lors se pose la question de son maintien sur le trône. L'Assemblée constituante, sous l'influence de La Fayette, décide son maintien (thèse officielle : il a été enlevé par des royalistes).
Le deuxième frère du roi, le comte de Provence (futur Louis XVIII), quitte aussi la France le soir du , mais directement vers les Pays-Bas autrichiens, qu'il réussit à atteindre, s'installant ensuite à Coblence.
vignette|Le comte de Provence, devenu Louis XVIII, roi de France en exil.
La , qui menace Paris de destruction, déclarant qu’il n’en laisserait pierre sur pierre, . Ils établissent ouvertement . Leurs journaux exagèrent beaucoup les préparatifs des puissances étrangères contre la France, le nombre des émigrés réunis aux frontières et prédisent avec emphase leur triomphe et la chute de la Constitution.
L'Assemblée constituante achève ses travaux en septembre 1791 et la constitution est promulguée. Une nouvelle assemblée, l'Assemblée législative est élue et commence ses travaux le .
Du début de la guerre à la chute de Louis XVI (20 avril-10 août 1792)
Le 20 avril 1792, la France déclare la guerre à l'Autriche.
En quelques semaines, la révolution entre dans une phase de forte intensité qui aboutit à l'insurrection du 10 août 1792. Contraint de se réfugier à l'Assemblée, Louis XVI est d'abord « suspendu », puis incarcéré le 13 août sous la surveillance de la Garde nationale.
Entre 1789 et le 10 août 1792, Français quittent le pays.
Période de la république jacobine (10 août 1792-27 juillet 1794)
Ceux qui émigrent à la suite de la journée du 10 août 1792, des massacres de septembre et du début de la Terreur, sont des opposants à la République venant de tous les milieux sociaux : artisans, commerçants ou encore un bon nombre de paysans dont les opinions connues mettent leurs jours en danger.
Dans ses Mémoires, Chateaubriand décrit d’un côté , quand l’état-major vivait, lui, dans l’opulence..
Période de la Convention thermidorienne et du Directoire (27 juillet 1794-9 novembre 1799)
Les actions des émigrés contre la France révolutionnaire
L'armée des émigrés À Coblence, les émigrés réunissent des troupes sous les ordres du prince de Condé avec l'appui du comte de Provence, futur Louis XVIII et frère du roi Louis XVI. Ces rassemblements armés inquiètent l'Assemblée législative. Elle émet un décret le qui invite le roi Louis XVI à demander aux princes allemands qui accueillent les émigrés, de disperser les attroupements et d'interdire les recrutements pour l'armée des Princes. Le , Louis XVI fait donc savoir à l'électeur de Trêves que si le il n'a pas dispersé les émigrés, il sera considéré comme ennemi de la France. L'électeur, peu enclin à voir son territoire envahi, cède et interdit les rassemblements militaires et le recrutement de l'armée des Princes dans ses États.
Autres tentatives La conspiration de Pichegru : après s'être illustré à la tête des armées de la république, le général Jean-Charles Pichegru était entré en relation avec les émigrés par l'intermédiaire de Louis Fauche-Borel. Remplacé aux armées, il est destitué et déporté en Guyane après la découverte du coup d'État du 18 fructidor an V (). Il s'évade, rejoint les émigrés à Londres, y participe à la conspiration de Cadoudal puis retourne clandestinement en France. On le retrouvera étranglé en prison en . L'expédition de Quiberon