thumb|Pièce de monnaie représentant l'empereur Dioclétien, de profil, et portant la mention .
Un diocèse (latin : ou Le mot latin vient du grec ancien / , « administration, gouvernement »., mot féminin) est une subdivision géographique du territoire de l'Empire romain.
Dans son acception la plus connue, c'est une subdivision de l'Empire romain propre à l'Antiquité tardive, qui regroupe plusieurs provinces romaines sous l'autorité d'un vicaire. Le système des diocèses a été mis en place par l'empereur Dioclétien, dans le cadre des réformes administratives de la Tétrarchie. Constantin I ajoute ensuite au-dessus des diocèses des préfectures du prétoire, qui regroupent plusieurs diocèses.
Un autre sens, nettement moins usité, fait du « diocèse » une subdivision judiciaire d'une province romaine, équivalent au . Cet article traitera majoritairement de la première acception, reléguant la deuxième à la fin.
Avant Dioclétien : un Empire divisé en provinces de différents types thumb|left|alt=Carte de l'Empire romain en l'an 120, montrant son découpage en provinces, avec le nom de celles-ci.|Carte de l'Empire en 120 de notre ère.
Depuis -27, l'Empire romain est divisé en provinces (latin : , au pluriel) dites « impériales » et « sénatoriales ». Font exception à cela l'Italie, administrée à part, et l'Égypte, dépendante directement de l'empereur qui y délègue un chevalier, le préfet d'Égypte, , « préfet augustéen » en latin. Les sénateurs détiennent la majorité des postes dans le système augustéen, tant du point de vue militaire qu'administratif, suivant la tradition romaine .
Les provinces impériales thumb|right|alt=Carte de l'Empire romain qui indique quelles provinces sont sénatoriales et quelles provinces sont impériales. On se rend compte que les provinces sénatoriales sont beaucoup moins nombreuses, et qu'elles ne concernent que des territoires non stratégiques pour la défense : l'Italie, la Grèce, l'Ionie, la Bétique (Andalousie actuelle), une partie de l'Afrique du nord.|Carte de l'Empire au milieu du :
Les provinces impériales sont le plus souvent frontalières, comme la Germanie Inférieure ou le Norique, des troupes y sont stationnées, et elles sont sous l'autorité directe de l'empereur, qui y possède un imperium proconsulaire. Il délègue son autorité : à un représentant, le légat d'Auguste propréteur () de rang sénatorial — un ancien consul pour les grandes provinces, un ancien préteur pour les moyennes —, qu'il nomme pour une période de trois à cinq ans en général, assisté d'un procurateur de rang équestre pour les questions financières, et de légats de légion (), de rang sénatorial, qui commandent les légions stationnées dans la province ; pour les provinces , comme la Maurétanie tingitane, à un « procurateur-gouverneur » (), de rang équestre, qui commande des troupes auxiliaires.
Les provinces du peuple romain, dites « sénatoriales » thumb|left|alt=Tête de l'empereur Auguste, vêtu du costume de |Le premier empereur, Auguste, créateur de l'organisation administrative en vigueur peu ou prou jusqu'en 285.
Les provinces dites « sénatoriales » sont officiellement « du peuple romain ». Elles sont placées sous l'autorité du Sénat, qui pourvoit à leur gouvernance par la nomination d'un proconsul, par tirage au sort, qui reçoit un traitementCe qui, rappelle Paul Petit, les éloigne des magistrats traditionnels qu'ils sont censés être. et dont le mandat dure une année, avec parfois des prorogations. Toutefois, l'empereur garde la possibilité d'intervenir dans ces provinces, grâce à son (« imperium proconsulaire majeur »). Les grandes provinces, comme l'Afrique ou l'Asie ont un proconsul de rang consulaire, les autres, comme la Macédoine ou la Bithynie, ont un proconsul de rang prétorien. Des questeurs propréteurs assistent les gouverneurs sur le plan financier, et des procurateurs de l'empereur s'occupent des biens impériaux. Aucune troupe n'est stationnée dans une province sénatoriale — sauf une cohorte urbaine à Carthage. La legio III Augusta, au départ commandée par le proconsul d'Afrique passe dès 37 sous le commandement d'un légat, indépendant du gouverneur.
Deux cas particuliers : l'Italie et l'Égypte Italie L'Italie n'est pas durant le Haut-Empire une province. L'autonomie des municipes, garantie par la lex Julia municipialis de -45, est respectée : les consuls, les préteurs et parfois les questeurs ont un « droit de regard » sur l'administration des cités italiennes, mais elles restent largement autonomes, condition de leur liberté. Auguste découpa toutefois, pour des motifs peu clairs, onze régions administratives en Italie.
Égypte Depuis -30, l'Égypte est la propriété personnelle d'Auguste, et par la suite de ses successeurs. L'empereur y est l'héritier des pharaons. Grenier à blé de Rome, l'Égypte est une province cruciale pour la paix civile, et Auguste cherche à s'en assurer le contrôle : les sénateurs sont ainsi interdits de se rendre en Égypte, tout le personnel y est de rang équestre : le Préfet d'Égypte, dit , la gouverne, assisté de procurateurs, et les légions cantonnées dans la province sont commandées non par des légats mais par des préfets : « préfet des camps » () ou « préfet de légion » ().
Évolution ultérieure : vers l'uniformisation et l'exclusion des sénateurs Les Sévères Le système créé par Auguste reste relativement inchangé jusqu'aux Sévères. L'arrivée au pouvoir de Septime Sévère et de sa dynastie entame une évolution qui se termine avec les réformes de Constantin I. L'ordre sénatorial est petit à petit exclu de l'administration des provinces et des commandements de l'armée.
Ainsi, les trois nouvelles légions créées par Septime Sévère, les I Parthica, II Parthica et III Parthica, sont commandées non par des légats issu de l'ordre sénatorial mais par des préfets de l'ordre équestre. De même, de plus en plus, des provinces impériales munies de légions sont confiées, par intérim, à des procurateurs équestres déjà en poste dans la province, dont on dit qu'ils sont (« à la place du gouverneur »). De même, la province de Mésopotamie, récemment créée, est confiée à un préfet et non à un légat d'Auguste.
L'Italie, jusqu'ici « sous-administrée », se voit affecter de nombreuses procuratèles et préfectures (contrôle des voies, gestion de la , c'est-à-dire du patrimoine de l'empereur). Un , Caïus Octavius Suetrius Sabinus, est attesté à l'époque de Caracalla. , et, si son rôle est peu clair — lutte contre le brigandage ou surveillance des finances des municipes à une époque où les impôts sont augmentés —, il reste que son pouvoir s'applique à toute l'Italie, signe d'une normalisation progressive de la péninsule.
Les réformes de Gallien thumb|left|alt=Buste en marbre de l'empereur Gallien|L'empereur Gallien, vers 260.
Durant la Crise du troisième siècle, devant la faible valeur militaire des sénateurs, l'empereur Gallien décide de les exclure de l'armée en 262 et de les remplacer par des chevaliers, de naissance ou admis à cette distinction après avoir été centurion primipile. Les légats de légion disparaissent ainsi, et l'on ne trouve plus que des préfets de légion.
Toujours soucieux de l'efficacité du haut-commandement, Gallien refuse que les légions continuent à dépendre des légats d'Auguste, gouverneurs des provinces impériales, issus de l'ordre sénatorial. Il n'ose pas toutefois dissocier totalement carrière militaire et civile, mais il multiplie les nominations de chevaliers à la tête des provinces impériales — le plus ancien apparaît en 262 en Arabie. Ces nouveaux gouverneurs ne sont plus intérimaires comme les de l'époque sévérienne, ils sont permanents, et ce ne sont plus des procurateurs de la province agissant en remplacement du légat. Ils sont le plus souvent appelés « », « agissant à la place du gouverneur ».
Certaines grandes provinces impériales, comme la Tarraconaise, ont toutefois des légats d'Auguste jusqu'à Dioclétien. Les provinces sénatoriales voient leurs proconsuls remplacés après Gallien, mais les plus importantes, comme l'Afrique, sont restées contrôlées par des sénateurs.
Gallien établit aussi un dont le rôle est mal connu, mais qui semble supérieur aux établis par Marc Aurèle« Vie de Marc Antonin le Philosophe », Histoire Auguste (trad. A. Chastagnol), éd. Robert Laffont, « Bouquins », Paris, 1994, p. 134-135.. Là encore, on voit que le statut de l'Italie tend à se normaliser.
Le règne de Dioclétien : création des diocèses thumb|right|alt=Tête d'une statue de l'empereur Dioclétien, vue de face.|L'empereur Dioclétien, réformateur de l'Empire.
L'instauration de la Tétrarchie
Dioclétien devient le seul empereur au printemps 285. Il s'adjoint peu de temps après Maximien comme césar, élevé en 286 au rang d'auguste. En 293, Constance et Galère deviennent césars. Le système tétrarchique, appelé « », « les quatre maîtres du monde » par les Anciens, construction empirique, est alors fixé : Dioclétien conserve la prééminence sur son collègue Maximien, il assure l'unité de l'Empire. Les deux césars se voient attribuer des secteurs d'opérations, non des domaines fixes. L'unité de l'État demeure, manifesté par le fait qu'il n'y a qu'une seule préfecture du prétoire, comme sous le Haut-Empire.
Réforme de l'administration territoriale
Lactance est certes hostile à Dioclétien, mais son propos, fondamentalement, est juste. Dioclétien a en effet modifié en profondeur l'organisation territoriale de l'Empire romain, lui donnant le visage qu'il aura, avec des modifications ultérieures, durant tout le , et au début du .
Deux réformes principalement ont été menées petit à petit : la multiplication des provinces (de 48 initialement à une centaine à l'abdication de Dioclétien) ; la création d'entités supérieures aux provinces, les diocèses.
Elles entraînent un accroissement important du nombre de fonctionnaires impériaux, et, en conséquence, des dépenses de l'État. Dans le même temps, ces réformes améliorent la situation d'un empire « sous-administré » jusque-là.
Des provinces « morcelées » Pour des raisons probablement militaires, financières — rapprocher le gouverneur de la cité, qui est responsable de la collecte des impôts — et politiques — limiter les pouvoirs des gouverneurs, rapprocher l'administration des habitants ou limiter l'autonomie des cités —, Dioclétien divise les provinces héritées pour la plupart de l'époque augustéenne (ou, plus rarement, les regroupe dans une seule).
Il uniformise également le statut des provinces : l'Égypte perd son statut unique, et est divisée en trois provinces, et l'Italie se « provincialise ». Les définies par Auguste, simplement numérotées, prennent un nom, et sont gouvernées par un . L'immunité d'impôts des habitants de l'Italie disparait également.
Enfin, la vieille distinction entre les provinces sénatoriales et les provinces impériales disparaît, et tous les gouverneurs sont nommés par l'empereur.
L'apparition des « diocèses » thumb|alt=Cartes de l'Empire avec les diocèses (an 300) et les préfectures (395)|Évolution des diocèses de l'Empire de 293 aux Préfectures prétoriennes qui leur ont succédé en 395 et jusqu'au .
Afin de compenser l'affaiblissement des provinces, et de maintenir un lien entre l'État et la province Dioclétien multiplie les « vice-préfets du prétoire » (), qui étaient auparavant des assistants extraordinaires du préfet du prétoire. Il les rend permanents, et leur assigne un domaine géographique où ils sont des « remplaçants » du préfet du prétoire, ce qui permet du même coup d'affaiblir ces derniers. On les appelle plus couramment « vicaire » ().
Cette nouvelle circonscription territoriale est appelée « diocèse » ( ou en latin). Paul Petit date sa création des années 296-298.
Ces nouveaux diocèses ne comprennent pas les provinces d'Afrique et d'Asie, proconsulaires, qui sont en dehors de ce système.
Description du diocèse (293) Liste des provinces romaines du Bas-Empire
Géographie des diocèses