James Darmesteter, né le à Château-Salins et mort le à Maisons-Laffitte, est un philologue iranologue français.

Spécialiste du vieux perse, du zoroastrisme et de l’Avesta, il a été professeur au Collège de France et à l'École pratique des hautes études.

Biographie Fils cadet de Cerf Darmesteter, relieur-libraire juif lorrain et de Rosalie Brandeis, Darmesteter suit sa famille à Paris, lorsque celle-ci part s’établir, à la mort du grand-père, Calmann, également relieur, dans une rue sombre et étroite du quartier du Marais, espérant y trouver plus de facilités de travail et plus de ressources pour l’éducation de ses fils, qu’il espérait voir suivre les traditions de leur famille maternelle. Non seulement Paris n’a pas apporté à Cerf Darmesteter les opportunités professionnelles qu’il escomptait mais, de plus, la privation d’air et de lumière dans son quartier, a suscité des problèmes de croissance chez James, robuste jusqu’à l’âge de trois ans, l’empêchant d’atteindre la stature et les proportions habituelles de l’âge adulte.

Au sortir de l’école primaire, il entre au Talmud Torah, sorte de petit lycée et d’école juive, où son ainé, Arsène avait déjà passé trois ans. À la différence de ce dernier, qui a achevé ses études à l’école supérieure du consistoire israélite, James ne supporte pas les méthodes scolastiques arides qu’applique cette institution à l’étude de la Bible et du Talmud. Il prend ses distances, allant presque jusqu’à l’hostilité, envers le joug étroit de la loi interprétée par les commentateurs et les casuistes.

Grâce à une fondation juive, il entre au pensionnat Derenbourg assister aux cours quotidiens au lycée Charlemagne et au lycée Bonaparte., qui dispense l’enseignement plus libre et plus large que la scolastique talmudique, auquel il aspirait, et découvre Tacite, Pascal et Hugo, ses auteurs de référence. Rapidement devenu premier de la classe, il obtient le prix d’honneur, en 1867, à la fin de la première. Ses études de philosophie, en terminale, le mettent au contact des grandes cosmogonies de l’Inde et de la Grèce. C’est aussi l’année où son père meurt subitement, alors qu’il allumait les cierges d’une fête religieuse.

Au sortir du lycée, lauréat de nombreux prix scolaires, en 1868, il refuse de se soumettre à une nouvelle formation en entrant à l’École normale, comme on le lui conseille. Contrairement à son frère Arsène, il n’a pas eu l’intuition immédiate de sa vocation. D’une intelligence ouverte à de nombreux domaines, il s’intéresse tout à la fois aux sciences naturelles, à la philosophieIl projette, un moment, d’écrire une histoire générale des religions., à l’histoireIl souhaitait écrire une « Histoire poétique de la révolution française »., à la littératureIl projetait une histoire de la littérature « satanique ».. Enchanté par Byron, Heine et Carducci, il apprend, par passe-temps, l’anglais, l’allemand et l’italien. Il passe le baccalauréat, la licence, les lettres et le droit, écrit un roman, une pièce de théâtre et nombre de vers qu’il jugera plus tard médiocres, mais qui constituent un bon exercice d’écriture.

Au bout de quatre ans d’une vie matérielle difficile, au cours desquels il doit donner plusieurs heures de cours particuliers par jour, les épreuves de la guerre et de la Commune, en 1871, ont raison de son indécision. Il se résout à suivre le conseil de son frère, qui venait d’être nommé répétiteur à l’École des hautes études, et entre, en 1872, cette école, en études orientalesIl avait été attiré vers l’Orient par la Bible de l’humanité de Jules Michelet., sans idée précise de la région à laquelle il s’attacherait particulièrement.

Les conférences en grammaire comparée de Michel Bréal et des sanskritistes Abel Bergaigne et Hauvette-Besnault, l’orientent vers les études orientales et, en particulier, la langue et la littérature de l’ancienne Perse, riches tant pour l’histoire des religions que pour la philosophie de l’histoire. Son choix de la Perse comme objet principal de ses recherches, domaine encore mal connu, malgré les travaux érudits anglais et allemands, et offrant des problèmes particulièrement difficiles, est dû au fait qu’elle est placée au carrefour de l’histoire orientale, au confluent de toutes les influences, touchant à la fois au domaine sémitique et à celui de l’Inde, parce qu’après avoir subi l’action de l’Inde et s’être mêlée aux civilisations de la Mésopotamie, de l’Asie Mineure, de la Grèce, de Byzance, de la Mongolie, elle a été délivrée du magisme par les Arabes, pour devenir, dans la civilisation dite arabe, un élément créateur et vital. Cette étude, à laquelle il a consacré vingt ans de sa vie, passait par la connaissance des langues successives de la Perse ancienne et moderne, mais aussi du sanskrit, de l’hébreu, dont sa connaissance lui ouvrait déjà l’une des portes, et de l’arabe, ainsi que des idées exprimées dans ces langues au cours des trente derniers siècles.

Dès 1874, il est reçu membre de la Société asiatique, avec Stanislas Guyard et Bergaigne comme parrains.. Considéré, après deux ans d’études, comme un collaborateur par ses professeurs, étonnés de la rapidité de ses progrès., son premier ouvrage, Haurvatât et AmerétâtSa thèse pour l’École des hautes études., une étude de deux Amesha Spenta zoroastriens parue en 1875, expliquant pour la première fois le sens et la nature de deux des divinités secondaires du panthéon iranien, révèlent en lui un maitre et le continuateur depuis longtemps attendu d’Anquetil-Duperron et d’Eugène Burnouf.

Dans ses travaux sur la religion des Perses, pour montrer que le mazdéisme n’est pas une création indépendante due à l'inspiration d'un prophète, mais le développement logique et continu des croyances dont l'Inde a été le berceau, il commence par établir les rapports entre la religion primitive de l’Iran et celle de l’Inde, entre Ahura-Mazda ou Ormazd et Asura-Mitra, entre Ahriman et les démons de l’Orage, entre les Amschaspands et les Adityas, entre les bons génies aryens et les mauvais génies de la Perse. Ensuite, les personnages de la mythologie iranienne se précisent, soit par opposition, soit par une sorte de travail intérieur, lorsque, par exemple, Ahriman se différencie d’Ormazd. Après une première élaboration religieuse en Médie, la caste sacrée des Mages impose la religion des Mèdes aux Perses. Passagèrement compromis par la conquête d’Alexandre et les influences grecques., le zoroastrisme se reconstitue sous les Arsacides et, sous les premiers Sassanides, ses livres liturgiques et religieux sont rédigés dans la forme sous laquelle ils sont parvenus, non sans quelques lacunes. Darmesteter a fait le partage, dans ces livres, entre les éléments anciens et les apports plus récents venus du brahmanisme, du bouddhisme, du judaïsme et du néo-platonisme.

Nommé, le , répétiteur en avestique à l’École pratique des hautes études, et il justifie ce choix en publiant un ouvrage sur les origines et l’histoire d’Ormazd et AhrimanSa thèse de doctorat ès lettres., où il élucide la question capitale de la mythologie zoroastrienne. L’École des Hautes Études le nomme directeur adjoint, le , tandis que le fondateur de la mythologie comparée, Max Müller, professeur de philologie comparée à l’université d'Oxford, lui confie la tâche ardue de traduire le livre sacré de l’Iran ancien, l’Avesta en anglais, pour la grande collection des Livres sacrés de l'Orient publiée par l’université d’Oxford.. Tout en se consacrant principalement à ce travail difficile, il écrit sur divers sujets et rassemble par la suite en deux volumes les Études iraniennes, dont chacune a marqué une avancée scientifique, qui a été un de ses principaux titres à la chaire du Collège de France. Dans ces études, il sépare nettement l’avestique, la langue de l’Avesta, auparavant improprement appelée « zend », du vieux perse des inscriptions, d’où découlent le pehlevi, le parsi qui est du pehlevi transcrit en caractères arabes, et le persan moderne. La même année, il publie une étude sur les Origines de la poésie persane presque inconnue, où il montre ce qu’elle avait été avant l’époque proprement classiqueC’est là qu’entre autres strophes, il a trouvé ce distique du poète du , Chahid de Bactriane : .

En 1880, sa mère, qui veillait sur lui avec un amour jaloux, tombe de la haute fenêtre de leur petit appartement et se tue sur le coup. En 1882, il est retenu pour succéder à Renan au secrétariat de la Société asiatique, poste qu’il conservera jusqu’à la fin de sa vie, et où il dressera les derniers rapports annuels sur l’activité de la Société contenant un tableau de la production orientaliste française. En 1882, il publie, sous le pseudonyme de « J.-D. Lefrançais », un manuel scolaire d’histoire intitulé Lectures patriotiques. En 1885, le Collège de France lui ouvre ses portes, et le professeur de persan, Barbier de Meynard, demande à changer sa chaire contre celle d’arabe pour permettre à son jeune élève d’enseigner les langues et la littérature de la Perse. Il voyage en Angleterre, en Espagne, en Grèce, en Turquie.

La même année, alors que Mirza Ghulam Ahmad se prononce Mahdi, il prononce une conférence en Sorbonne sur les originesPublié comme article dans la Revue Bleue en 1885., les précurseurs et les inévitables successeurs de ce personnageIl voit dans le Mahdi le propre fils de Zoroastre, qui doit venir à la fin des temps combattre et vaincre l’incarnation du mal Ahriman., résumé profond et original de toute l’histoire religieuse de l’Islam, où il se montre aussi familier avec le monde musulman qu’avec le monde iranien.. Un an plus tard, convaincu qu’une véritable compréhension de l’Avesta, qui est en grande partie un rituel, n’était possible qu’au sein du peuple qui pratiquait encore les rites qu’il commente ou que sa récitation accompagne, il s’embarque, en , pour Mumbai, afin d’obtenir des Parsis, qui entretenaient encore le feu sacré des Mages, les informations nécessaires à l’achèvement de son œuvre.

Accueilli par les chefs afghans et par les Parsis, comme le représentant de la science de l’Occident qui venait révéler à l’Orient le secret de ses origines, il n’est pas admis, comme il l’espérait, à voir de ses yeux la célébration du sacrifice, pour l’accès duquel il faut être beh-din, c’est-à-dire sectateur de la bonne religion, mais il a eu l’avantage d’en obtenir, par d’anciens manuscrits, des descriptions minutieuses et complètes, plus complètes même-que ne l’aurait été le témoignage des yeux, car elles s’étendent à un cérémonial en partie périmé. Reçu avec empressement par la colonie parsie, désireux de voir son passage parmi les Mazdéens profiter à la science, il saisit l’occasion d’une invitation à faire une conférence, pour proposer la création d’un Jubilee Pehlvi Fund, destiné à la publication de textes inédits, et la formation d’une Société ad hoc, sur le modèle de la Société des anciens textes française.

Passé de Mumbai à Peshawar et à Abbottabad, il étudie pendant plusieurs mois la langue afghane et découvre que l’afghan moderne est la continuation encore vivante de l’avestique, la langue des anciens Mèdes, et plus rapprochée de celle-ci que le persan ne l’est du vieux perse, et il l’a dégagé de tous les apports sémitiques, aryens ou persans qui avaient fait méconnaitre sa véritable nature. Il a également rassemblé une riche collection en deux volumes sur les Chants populaires des Afghans, précieux tant pour la poésie que pour le folklore, dont il a publié une traduction, ainsi qu’un essai sur la langue et la littérature afghanes. Il a également fait connaitre les impressions pittoresques et les résultats scientifiques de son voyage en Orient résumé son voyage dans ses Lettres sur l’Inde.