Le Grand Boulevard est un ensemble de voies de la métropole européenne de Lille qui forme un réseau à trois branches en « Y », reliant Lille à Roubaix et Tourcoing, en rayonnant autour du carrefour du Croisé-Laroche à Marcq-en-Barœul, situé au cœur de l'agglomération.

Le nom « Grand Boulevard » est le surnom traditionnel donné à ces voies dénommées officiellement boulevard Carnot, avenue de la République, avenue de Flandre et avenue de la Marne.

Inauguré le , ce réseau comprend dès son origine plusieurs chaussées ainsi que des voies pour le tramway du Grand Boulevard d'Alfred Mongy. Il constitue le premier aménagement historique structurant l'agglomération lilloise.

Conçu à l'origine avec de vastes espaces de promenades et de nombreuses plantations, le Grand Boulevard est devenu un des principaux axes routiers de la métropole lilloise, dominé par l'automobile, avec une chaussée centrale aménagée en voie rapide avec des carrefours dénivelés.

Cet axe matérialise une coupure dans les quartiers qu'il traverse. Depuis les années 2000, des voix s'élèvent pour demander sa requalification et un retour à son esprit d'origine favorisant les promenades.

Le réseau de tramway qui parcourt le Grand Boulevard est l'un des trois réseaux de tramways français n'ayant jamais cessé de fonctionner avec ceux de Saint-Étienne et de Marseille.

Caractéristiques Tracé vignette|Le Grand Boulevard et le Mongy à l'entrée de la ville de Wasquehal, en 1951, sur la route nationale 350A.|gauche|alt=Photo du panneau d'entrée de ville de Wasquehal sur la route nationale 350A à proximité du tramway.

À l'origine, le Grand Boulevard relie les trois communes de Lille, Roubaix et Tourcoing à travers champs, sans tenir compte des communes traversées. Le Grand Boulevard prend la forme d'un « Y » et commence à Lille pour traverser La Madeleine, et arriver sur Marcq-en-Barœul, repartir sur Lille et terminer la partie commune jusqu'à Marcq-en-Barœul (au lieu-dit du Croisé-Laroche) où il se sépare en deux nouvelles grandes avenues. En direction de Tourcoing, le Grand Boulevard traverse Wasquehal, Marcq-en-Barœul à nouveau, et Mouvaux. Pour la branche de Roubaix, la route traverse Wasquehal, Flers-lez-Lille (devenue en 1970 Villeneuve-d'Ascq) et Croix..

Dénomination Le terme « Grand Boulevard » est communément utilisé pour désigner l'ensemble de ces avenues qui furent ouvertes en même temps. Tandis qu'à sa construction, le boulevard est appelé par Théophile Bécour, le « boulevard du », à son inauguration, le boulevard est surnommé « Champs Élysées du Nord ». Sur certaines anciennes cartes postales les noms de « Nouveau Boulevard » et parfois de « Boulevard des Trois-Villes » sont écrits.. Avec le développement de l'automobile dans les années 1970, le boulevard était surnommé : « Boulevard de la Mort »Grands boulevards Lille Agence Matthieu Merlier Architecture, consulté le 18 juillet 2020..

Après la construction, chaque commune décida de la nomination de la rue. Ainsi, en 1909, à Lille, le boulevard prend le nom de « boulevard Carnot », entre le théâtre et les enceintes fortifiés. Ce nom fut repris à La Madeleine et à Mouvaux. À Marcq-en-Barœul, tout part du Croisé-Laroche, nommé « Place des Trois-Villes », y compris la numérotation des habitations. Les boulevards s'appellent Lille, Roubaix et Tourcoing, sauf entre Buisson et Saint-Maur où le boulevard garde le nom de « Boulevard Carnot ». En 1935, le conseil général du Nord demande l'unification des noms de rue : « avenue de la République » pour le tronçon La Madeleine - Croisé-Laroche ; « avenue de la Marne » en allant vers Tourcoing et « avenue des Flandres » en allant vers Roubaix. En 1933, la partie entre Lille et Tourcoing est intégrée à la route nationale 350, et celle entre le Croisé-Laroche et Roubaix est intégrée à la route nationale 350A, puis est renommée route nationale 450 en 1978. Après la réforme des routes nationales de 2005, ces portions de route appartiennent au département du Nord et sont renommées respectivement route départementale 660 et route départementale 670. Enfin, elles sont devenues routes métropolitaines 660 et 670 à compter du , après que les dispositions de la loi MAPAM ont conduit au transfert des routes départementales à la Métropole européenne de Lille sur son territoire.

Historique Du projet à l'inauguration Fin du , début du , l'industrie textile est grandissante à Lille, Roubaix et Tourcoing. .. Après l'ouverture du canal de Roubaix et la construction de la ligne de chemin de fer reliant Lille à Tourcoing pour les marchandises., il fallait créer une liaison pour les habitants de l'agglomération à une époque où le parcours du centre de Lille à Roubaix et Tourcoing passait par l'étroite rue de Roubaix et la porte de Roubaix. Cette création d'une nouvelle voie de communication est destinée à être en même temps une opération d'urbanisme dans une agglomération très dense : le docteur Bécour, secrétaire à la commission d’assainissement des logements insalubres, remarque que les conditions de vie étaient liées à l'aménagement de la ville. Il souhaite élargir la ville de Lille en dehors de ses remparts. Appuyé politiquement par Eugène Motte, maire de Roubaix, Charles Delesalle, maire de Lille, Gustave Dron, maire de Tourcoing, Florent Antoine Guillain, député, et Louis Vincent, préfet du Nord, le docteur est rejoint par Arthur Stoclet, ingénieur des ponts et chaussées et Alfred Mongy, ingénieur des arts et métiers ...

Alors que des discussions débutent en 1896 au conseil général du Nord., trois projets sont présentés en 1899. Le premier est parallèle et longe la ligne ferroviaire. Elle a le désavantage de devoir détruire de nombreuses habitations dans le faubourg Saint-Maurice et de privilégier Roubaix à Tourcoing. Le second tracé est proposé par le docteur Bécour, il s'agit d'une simple variante du premier tracé. Le troisième tracé est proposé par les Ponts et Chaussées. En forme de Y, le tracé se sépare dans un lieu-dit du Barœul, le Croisé-Laroche.. Plus long que les deux autres projets, il avait l'avantage de passer à travers la campagne sans devoir détruire trop d'habitation. Après l'enquête publique passée en 1900. ; en 1901, la construction du Grand Boulevard est adoptée. Avec l'incendie du théâtre de Lille, la nuit du 5 au ., la commune de Lille a pu ouvrir le boulevard Carnot qui relie le centre de Lille jusqu'aux fortifications (aujourd'hui disparues). Alfred Mongy réussit à obtenir en 1907, l'autorisation de les percer après avoir commencé les démarches deux ans auparavant.. Les expropriations seront terminées en 1905, 70 hectares ont ainsi été achetés, de terres ont été remuées. Pour la construction du boulevard, huit millions de francs étaient prévus en 1906. L'Électrique Lille Roubaix Tourcoing d'Alfred Mongy y contribua en y contribuant au quart et verse pour les frais d’adjudications. Pour l'époque, le projet est moderne et novateur ; chaque mode de transport a sa voie dédiée..

Le , le Grand Boulevard est ouvert. Il devait être inauguré par Joseph Ruau, ministre de l'agriculture. À la suite d'une opposition avec certains maires, il se décommanda. Le préfet du Nord le suivit. Sur les 500 personnes invitées, moins de la moitié firent le déplacement.. Eugène Motte déclara à cette petite troupe : « On ne pouvait plus longtemps, en ce centre d’activité prodigieuse et exemplaire, relier trois grandes villes par les routes étroites et encombrées créées il y a plus d’un siècle ». Alfred Mongy n'y assiste pas.. Le tramway de l'Électrique Lille-Roubaix-Tourcoing commence sa desserte commerciale, le samedi suivant, le . Le succès du tramway est immédiat. En 1912, le Grand Boulevard représente la France au second Congrès international de la route. à Londres.

Lors des deux Guerres mondiales vignette|gauche|Le Grand Boulevard au Croisé-Laroche en 1910Bibliothèque numérique de Roubaix, avec une rame du Mongy.|alt=Ancienne carte postale au niveau du Croisé-Laroche, sur la route, seule une charrette circule et très peu d'habitations sont bâtis. Cinq ans plus tard après l'inauguration, la Première Guerre mondiale éclate. Le Nord est occupé par les Allemands. Tandis que la majorité des combats se déroulent au sud de la ville de Lille, le un conflit se déroule au Croisé-Laroche. Ce dernier voit s'affronter les chasseurs de Chérisey contre les dragons allemands.. Après avoir pris Lille, le , Guillaume II foule les pavés du Grand Boulevard pour se rendre à Roubaix et à Tourcoing huit jours après. Rupprecht de Bavière s'installe à La Madeleine. La Côte Joire, à côté du Grand Boulevard, à Mouvaux a été bombardé par les Anglais. Le tramway circule jusqu'en 1918, année où les Allemands détruisent les ponts dans leur retraite.

C'est au cours de l'entre-deux-guerres que la majorité des maisons et des châteaux sont bâtis. Seuls ceux à La Madeleine sont bâtis avant la Première Guerre mondiale, voire avant l'inauguration.. En 1921, entre le Croisé-Laroche et Buisson, il n'y a que trois constructions : le château Franchomme, le dépôt de tramways de l'Électrique Lille-Roubaix-Tourcoing et la ferme Tahon, à côté.. La large majorité de l'urbanisation se fait entre 1925 et 1938. De nombreux industriels du textile viennent s'installer avec leur famille, et dans les années 1930, autour du Croisé-Laroche de nombreuses familles anglophones s'installent.. Ainsi en 1936, la population autour du Grand Boulevard est cosmopolite ; il s'y trouve des Français, des Anglais, mais aussi des Belges, des Suisses, des Norvégiens..

Durant la Seconde Guerre mondiale, le , des bombardements démolissent le pont à Rouges-Barres et des maisons au niveau du Croisé-Laroche, le 29, Adolf Hitler emprunte le Grand Boulevard pour se rendre à Roubaix et à Tourcoing. Durant cette année, les maisons sont réquisitionnées par la Wehrmacht.. La Sicherheitsdienst s'installe à La Madeleine et la Gestapo au 265, avenue de la République.. Le tramway roule encore et est gratuit pour les Allemands. Le , la libération débute au château Franchomme où se situent des armes..

Le Boulevard vit, le Mongy survit À la sortie de la Guerre mondiale, la majorité des maisons est en ruine. Une partie des familles n'est plus logée sur le Grand Boulevard, soit pour raisons personnelles, soit car la demeure est devenue inhabitable. gauche|vignette|Mini-tunnel à hauteur du Croisé-Laroche en 2012.|alt=Photo du mini-tunnel au niveau du Croisé-Laroche. Dès le milieu du , le Grand Boulevard est remis en question pour augmenter la circulation.. En 1951, au carrefour Botanique sont mis en place les premiers feux tricolores.. Entre 1954 et 1957, la voie centrale est élargie .. L'autoroute A1 y est connectée dès 1960.. Les voies latérales, dites lentes, sont mises en sens unique à partir de 1964. L'année suivante, à partir de la voie centrale, les véhicules ne peuvent plus tourner à gauche ; ils sont obligés de se reporter auparavant sur les voies latérales. En 1967, la coordination automobile est mise en place. En 1971, le tronc commun est élargi en 2 × 3 voies. En 1972, le boulevard est relié à l'autoroute A22 à hauteur de Château-Rouge dans la commune de Marcq-en-Barœul..

En raison d'une accidentologie élevée, le Grand Boulevard est surnommé le « Boulevard de la mort » dans les années 1970. Le grand boulevard était déjà surnommé comme cela dans les années 30 Le Grand écho du Nord de la France du 07/02/1937 (gallica.bnf.fr).