Pierre Corneille, aussi appelé ou , né le Jusqu'au , beaucoup de notices biographiques mentionnent la date du 9 juin 1606 correspondant à celle de son baptême, considérant à tort qu'il avait été baptisé le jour même de sa naissance. à Rouen et mort le Extrait du registre paroissial de l'église Saint-Roch à Paris : . (Registre détruit par l'incendie de 1871 mais acte recopié par l'archiviste Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1867, page 428). à Paris (paroisse Saint-Roch), est un dramaturge et poète français du .
Issu d'une famille de la bourgeoisie de robe, Pierre Corneille, après des études de droit, occupa des offices d'avocat à Rouen tout en se tournant vers la littérature, comme bon nombre de diplômés en droit de son temps. Il écrivit d'abord des comédies comme Mélite, La Place royale, et des tragi-comédies comme L'Illusion comique (1636), Clitandre (vers 1630) et, en 1637, Le Cid, qui fut un triomphe malgré les critiques de ses rivaux et des théoriciens. Il avait aussi donné dès 1634-35 une tragédie mythologique (Médée), mais ce n'est qu'en 1640 qu'il se lança dans la voie de la tragédie historique , donnant ainsi ce que la postérité considéra comme ses chefs-d’œuvre : Horace, Cinna, Polyeucte, Rodogune, Héraclius et Nicomède.
Déçu par l'accueil rencontré par Pertharite en 1652, pendant les troubles de la Fronde, au moment où le début de sa traduction de L'Imitation de Jésus-Christ connaissait un extraordinaire succès de librairie, il décida de renoncer à l'écriture théâtrale et acheva progressivement la traduction de L'Imitation. Plusieurs de ses confrères, constatant à leur tour que la Fronde avait occasionné un rejet de la tragédie historique et politique, renoncèrent de même à écrire des tragédies ou se concentrèrent sur le genre de la comédie. Tenté dès 1656 de revenir au théâtre par le biais d'une tragédie à grand spectacle que lui avait commandée un noble normand (La Conquête de la Toison d'or, créée à Paris six ans plus tard, fut l'un des plus grands succès du siècle), occupé les années suivantes à corriger tout son théâtre pour en publier une nouvelle édition accompagnée de discours critiques et théoriques, il céda facilement en 1658 à l'invitation du surintendant Nicolas Fouquet et revint au théâtre au début de 1659 en proposant une réécriture du sujet phare de la tragédie, Œdipe. Cette pièce fut très bien accueillie et Corneille enchaîna ensuite les succès durant quelques années, mais la faveur grandissante des tragédies où dominait l'expression du sentiment amoureux (de Philippe Quinault, de son propre frère Thomas, et enfin de Jean Racine) relégua ses créations au second plan. Il cessa d'écrire après le succès mitigé de Suréna en 1674. La tradition biographique des imagina un Corneille aux prises avec des difficultés matérielles durant ses dernières années, mais tous les travaux de la deuxième moitié du révèlent qu'il n'en fut rien et que Corneille acheva sa vie dans une situation confortableA. Le Gall, Corneille, Flammarion, 1997..
Son œuvre, trente-deux pièces au total, est variée : à côté de comédies proches de l'esthétique baroque, pleines d'invention théâtrale comme L'Illusion comique, Pierre Corneille a su donner une puissance émotionnelle et réflexive toute nouvelle à la tragédie moderne, apparue en France au milieu du . Aux prises avec la mise en place des règles du théâtre classique, il a marqué de son empreinte le genre par les hautes figures qu'il a créées : des âmes fortes placées devant des choix moraux fondamentaux (le « dilemme cornélien ») comme Rodrigue qui doit choisir entre amour et honneur familial, Auguste qui préfère la clémence à la vengeance, ou Polyeucte placé entre l'amour humain et l'amour de Dieu. Si les figures des jeunes hommes pleins de fougue (Rodrigue, le jeune Horace) s'associent à des figures de pères nobles (Don Diègue ou le vieil Horace), les figures masculines ne doivent pas faire oublier les personnages féminins vibrants de sentiments comme Chimène dans Le Cid, Camille dans Horace ou Cléopâtre, reine de Syrie, dans Rodogune. Aussi marquée par la puissance d'un alexandrin rythmé qui donne de célèbres morceaux de bravoure (monologue de Don Diègue dans Le Cid, imprécations de Camille dans Horace) et la force de maximes à certaines paroles (, Le Cid, II, 2 - , dernier vers du Cid - , Cinna, V, 3 - Polyeucte, I, 1).
Le théâtre de Pierre Corneille fait ainsi écho aux tournures du Grand Siècle dont il reflète aussi les valeurs comme l'honneur et les grandes interrogations, sur le pouvoir par exemple (contexte de la mort de Richelieu et de ), la question de la guerre civile dans La Mort de Pompée (1643), ou la lutte pour le trône dans Nicomède (1651, dans le contexte de la Fronde). Aujourd'hui il compte parmi les auteurs les plus joués et est par ailleurs l'une des références de la littérature universelleAuteurs et répertoires – Site de la Comédie Française...
Biographie Une famille de récente bourgeoisie vignette|Façade de la maison natale de Pierre Corneille, devenue aujourd'hui musée Pierre Corneille, rue de la Pie à Rouen. Le berceau de la famille Corneille est situé à Conches-en-Ouche, où les Corneille sont agriculteurs et marchands tanneurs.
Le plus lointain ancêtre retrouvé est Robert Corneille, arrière-grand-père du dramaturge, qui possède un atelier de tannerie établi en 1541.
Son fils aîné, PierreTous les aînés de la famille portent le prénom de Pierre. se marie en 1570 avec Barbe Houel, nièce d’un greffier criminel du Parlement de Rouen ; il devient commis greffier de son oncle par alliance. Il achète ensuite de modestes charges d'officier ( et conseiller référendaire à la Chancellerie), ce qui lui permet d'obtenir une licence en droit, de devenir avocat en 1575 et d'acheter, en 1584, deux maisons dans la rue de la Pie, où naîtra le futur dramaturge. La famille Corneille accède ainsi à la petite bourgeoisie de robe.
L'aîné de ses enfants, lui aussi nommé Pierre, devient en 1599 Il sera anobli en 1637 à la demande de la reine Anne d'Autriche pour , en fait touchée par la pièce du Cid de son fils, elle demande à Louis XIII de lui délivrer les lettres patentes de noblesse, son fils recevant en tant qu'aîné ses quartiers de noblesse.. En 1602, il épouse Marthe Le PesantDe cette famille naîtra à Rouen l'écrivain et économiste Pierre Le Pesant de Boisguilbert., fille d’avocat, sœur d’un notaire. En 1619, il vend sa charge pour vivre de ses rentes.
Pierre, avocat du roi, et Marthe Corneille ont huit enfants, dont deux morts prématurément ; le futur dramaturge est l'aîné des six frères et sœurs restants, le plus jeune ayant vingt-trois ans de moins que lui.
Une formation de juriste Il fait de brillantes études secondaires au collège de Bourbon (aujourd'hui lycée Corneille) dirigé par les jésuites. Il remporte plusieurs prix et se découvre une passion pour l'éloquence des stoïciens latins et pour la pratique théâtrale que les jésuites ont introduite dans leurs collèges dans une perspective pédagogiqueM. Guizot, Pierre Corneille et son temps, Paris, 1858, ..
Puis, comme tous les membres de la famille Corneille, il fait des études de droit. Il prête serment comme avocat le au Parlement de Rouen.
En 1628 son père lui achète pour deux offices d'avocat du roi, au siège des Eaux et Forêts et à l'amirauté de France à la Table de marbre de Rouen. Il prend ses fonctions le . Timide et peu éloquent, il renonce à plaider. Tout en continuant son métier d'avocat, qui lui apporte les ressources financières nécessaires pour nourrir sa famille de six enfantsE. Gosselin, Particularité de la vie judiciaire de Corneille, Rouen, 1865, ., il se tourne alors vers l'écriture et le théâtre dont ses personnages lui permettent de retrouver la vocation d'orateur qui lui faisait défaut comme plaideurJacques Tanguy, Sur les traces de Pierre Corneille à Rouen, émission sur Canal Académies, 29 mai 2011..
Des débuts comme auteur de comédies (1629-1636) En 1625 il connut un échec sentimental avec Catherine Hue, qui préféra épouser un plus beau parti, Thomas du Pont, conseiller-maître à la Cour des comptes de Normandie.
Ces premières amours le conduisirent à écrire ses premiers vers., à la suite de quoi il passa naturellement à ce qu'on appelait à l'époque « la poésie dramatique », phénomène fréquent à cette époque chez les jeunes diplômés en droit qui tâtaient de la poésieDans la préface du dernier tome de son Théâtre (1628), Alexandre Hardy, qui avait jusqu'alors joui d'une quasi-exclusivité comme auteur dramatique (il écrivit entre six cents et huit cents pièces de théâtre) traita les jeunes poètes qui commençaient à fournir de pièces les troupes de théâtre d'« excréments du barreau ».. Tandis que les autres jeunes poètes de sa génération n'écrivaient que des tragi-comédies et des pastorales (la tragédie et la comédie connaissaient une certaine désaffection depuis quelques années), il eut l'idée de transposer dans un cadre « comique » (l'action se passe dans une ville et les jeunes héros sont des citadins) un modèle d'intrigue issu de la pastorale. Ainsi apparut Mélite, qu'il qualifia dans la première édition de « pièce comique » et non pas de comédie, forme nouvelle de « comédie sentimentale » fondée sur les déchirements du cœur et une conception nouvelle du dialogue de théâtreVoir Gabriel Conesa, Pierre Corneille et la naissance du genre comique, Paris, SEDES, 1969. qu'il qualifiera lui-même trente ans plus tard de Examen de Mélite, au tome I de son Théâtre en 1660., loin des formes comiques alors connues qu'étaient la farce et la comédie bouffonne à l'italienne.
Le jeune avocat-poète proposa sa pièce à l'une des nombreuses « troupes de campagne » qui venaient régulièrement jouer quelques semaines à Rouen, mais il sut choisir l'une des deux meilleures, la troupe du prince d'Orange, dirigée par Montdory et Le Noir, qui donna « Mélite » avec succès à Paris quelques semaines après son passage à Rouen (1629)André Le Gall, Corneille, Flammarion (coll. Grandes Biographies), 1997.. La troupe la joua avec succès sur la scène de l'hôtel de Bourgogne juste avant que l'autre troupe importante, celle des Comédiens du Roi, dirigée par Bellerose, ne loue cette salle pour une durée indéterminée, offrant enfin à Paris sa première troupe installée de façon permanente. Il semble que Montdory ait voulu profiter du succès de Mélite pour s'implanter à son tour à Paris, et c'est ainsi que la « troupe du prince d'Orange », après avoir joué dans divers jeux de paume, finit par s'installer à demeure dans l'un d'entre eux, le jeu de paume du Marais, en 1634 et devint dès lors la troupe du théâtre du MaraisAlan Howe, Le Théâtre professionnel à Paris, 1600-1649, Paris, Archives nationales, 2000, et suiv.. Tel est le sens des mots de Corneille, trente ans plus tard : Premier paragraphe de l'« Examen » de Mélite (1660)..
Après la parenthèse de Clitandre, tragi-comédie échevelée qui résulta sans doute d'une commande de Montdory (la mode était alors à ce type de théâtre romanesque), Corneille revint à la veine comique qu'il avait lui-même ouverte en donnant successivement pour la même troupe La Veuve, La Galerie du Palais, La Suivante et La Place Royale, dont le dénouement semble marquer un adieu à cette veine comique (cette pièce est l'une des seules comédies du , avec Le Misanthrope de Molière trente ans plus tard, qui ne se terminent pas par le mariage des jeunes amoureux). Ce que confirme L'Illusion comique, la comédie qu'il écrira deux ans plus tard , génial pot-pourri dans lequel s'emboîtent un commencement de pastorale (avec sa grotte et son magicien), une comédie à l'italienne (avec son capitan fanfaron Matamore), une tragi-comédie et pour finir une tragédie (créée sans doute en 1636, elle fut publiée en 1639).