Les Falisques, Falisci en latin et Φαλίσκοι (phaliskoi) en grec ancien, sont un peuple de l'Italie antique, dans le Sud-Est de l'Étrurie, dont la capitale fut Falerii, aujourd'hui Civita Castellana.
Ils parlent le falisque, langue étroitement liée au latin, appartenant au même groupe des langues latino-falisques, existant depuis l'âge du fer.
Peuple souverain, politiquement et socialement, son histoire est marquée par la proximité de Rome (Falerii se trouve à 44 km au Nord du Capitole), dont il a dû se défendre au fil des siècles, essayant de contrer son expansionnisme en s'alliant avec les Étrusques, rejoignant la Dodécapole ou Ligue étrusque.
En dépit de la domination culturelle étrusque, les Falisques conservent de nombreuses traces de leur origine italique, tel que le culte des divinités Junon QuiritisOvide, Fastes, VI, 49. et Féronie., le culte du dieu Soranus (surnom de Dis Pater) sur le mont SoractePline l'Ancien, Histoire naturelle, VII, 2.19.Maurus Servius Honoratus, Commentaire de Servius sur l'Enéide, XI, 785-787..
Combattant aux côtés de la cité étrusque de Véies lors de ses guerres contre Rome au , ils restent fidèles à la Ligue étrusque après la chute de cette ville en 396 .
Deux colonies romaines sont cependant installées en terres falisques, à Sutrium et Nepete, prenant presque Falerii en étau.
Les Falisques sont vaincus en -351 lors de la guerre entre Rome et Tarquinia, et ils se soumettent sans nouveaux combats à Rome en -343, obtenant le statut d'« alliés » à la suite des succès romains de la première guerre samnite.
Ils se révoltent par deux fois, pendant la troisième guerre samnite et la première guerre punique, mais sont à chaque fois rapidement réprimés.
La culture falisque se fond dans celle de Rome au cours du
Territoire et géographie
Les Falisques résident dans une région appelée par les Romains l’Ager Faliscus qui est situé sur la rive droite du fleuve Tibre (Tiberis) dans une zone comprise entre Grotta Porciosa dans le Nord et Capène dans le sud. Le fleuve constitue une solide frontière, à la fois géographique, politique et linguistique. Le mont Soracte (Soracte mons) est en terres falisques. Au sud-ouest, les limites se situent sur les pentes des monts Sabatins (Sabatinii montis). Au nord-ouest, ce sont les monts Cimins (Ciminii montis) qui forment la limite du territoire falisque et l'épaisse forêt de chêne jusqu'au Tibre. Ils sont donc entourés par les Étrusques à l'ouest et au nord, par les Ombriens au nord-est, les Sabins à l'est, et les Capénates au sudJacques Heurgon, Rome et la Méditerranée occidentale jusqu'aux guerres puniques, PUF, 1993, 55..
Des échantillons de pollen des lac de Bracciano (Sabatinus lacus), lac de Monterosi et lac de Vico (Ciminius lacus) révèlent que les forêts montagnardes sont de chênes et très denses jusqu'au . Par exemple, la forêt ciminienne (Ciminiam siluam), réputée infranchissable, sépare les Falisques et l'Étrurie méridionale des terres étrusques et ombriennes de la haute vallée du TibreDominique Briquel dans François Hinard, Histoire romaine des origines à Auguste, Fayard, 2000, 206.Jacques Heurgon, Rome et la Méditerranée occidentale jusqu'aux guerres puniques, PUF, 1993, 332.Jean-Marc Irollo, Histoire des Étrusques, Perrin, 2010, 179-180..
Les Falisques dans l'histoire romaine
Indépendants et alliés des Étrusques
Deuxième guerre entre Rome et Véies (438 - 425)
Lors de la deuxième deuxième guerre entre Rome et Véies, Fidènes, qui est alors (selon Tite-Live) une colonie romaine, abandonne la République au profit de Véies, dirigée par Lars Tolumnius. Les Véiens et les Fidénates traversent la rivière Anio et pénètrent en territoire romain. Le consul romain Lucius Sergius et le dictateur Marcus Aemilius Mamercinus les repoussent au-delà de l'Anio. L'armée étrusco-fidènate s'installe alors près de Fidènes, où ils sont rejoints par une armée falisque..
S'ensuit la bataille de l'Anio qui voit les Romains prendre l'avantage. Les armées étrusques et falisques se replient et les falisques se retirent alors de la guerre, « car pour eux, ni les désastres de Rome, ni les prières de leurs alliés ne peuvent leur faire reprendre les armes, 8. ». Le conflit continue entre Véies et Rome. jusqu'à la prise de Fidènes par ces derniers en -426 ou -425.
La coalition entre Véies, Fidènes et les Falisques contre Rome, la défaite des coalisés et la chute de Fidènes sont des évènements acceptés par les historiens modernesJean-Marc Irollo, Histoire des Étrusques, Perrin, 2010, 175..
Troisième guerre entre Rome et Véies (402 - 396)
Le siège de Véies par les Romains commence en l’an 405 et les autres cités étrusques décident pour le moment de s'abstenir de toute intervention. Jusqu'en 403, le siège est soutenu tandis que les Romains combattent par ailleurs les Volsques.. En 403, la cité étrusque, face aux conflits politiques qui la secouent et à la guerre contre Rome, décide de se désigner un roi. La personnalité de ce roi amène les autres cités étrusques à refuser tout soutien tant qu'il dirige Véies..
C'est alors qu'en 402, les Capénates et les Falisques, se sentant menacés par l'expansion romaine, attaquent l'armée romaine de siège, encourageant par ailleurs les Véiens à faire une sortie et prendre à revers les soldats romains. Des dissensions entre les commandants romains mènent à de lourdes pertes humaines côté Romains et une partie des lignes de fortifications est perdue..
En 399, de nouveaux combats tournent à l'avantage des Romains et les alliés de Véies sont repoussés.. L'année suivante, Faléries, capitale des Falisques, et Capène sont pillés par Lucius Valerius Potitus et Marcus Furius Camillus..
En 396, une armée romaine tombe dans une embuscade tendue par les Capénates et les Falisques, sans grande perte. À Rome, les rumeurs annoncent le massacre de l'armée entière, la perte des fortifications près de Véies et l'avancée d'une armée sur Rome.. L'eau du lac albain répandue dans la campagne, Marcus Furius Camillus est nommé dictateur. Il met en déroute les Capénates et les Falisques, reprend en main la direction du siège de Véies et fait ordonner de creuser un tunnel sous la ville.. Attaquant la ville de toutes parts, les Romains empruntent le tunnel, débouchent à l'intérieur du temple de Junon dans la citadelle, et leurs forces prennent l'ascendant sur celles de Véies.. Les Capénates demandent la paix et se soumettent en 395
Guerre romano-falisque (395 - 394)
En 395, les tribuns consulaires Publius Cornelius Scipio et Publius Cornelius Cossus reçoivent le commandement de la guerre contre les Falisques, sans que Tite-Live ne rapporte aucun fait sur cette année.. En 394, c'est Camille qui est chargé de la guerre contre eux. Les Falisques s'enferment dans les murs de Faléries, et Camille dévaste leurs terres. Ils choisissent finalement d'affronter les Romains mais sont mis en déroute, obligés de se retrancher à nouveau dans Faléries. Le siège de la ville commence..
Tite-Live rapporte alors une anecdote qui hâte la victoire de Camille :
Camille le fait dépouiller, attacher les mains derrière le dos, et reconduire à Faléries par ses élèves. À la suite de cet épisode, la cité falisque qui naguère « aurait préféré presque la ruine de Véies à la paix de Capènes, appelle dorénavant la paix d’une voix unanime, 9-10. ». La paix leur est accordée contre tribut.
Les Romains s'emparent de Sutrium et de Nepete, d'anciennes places fortes étrusques situées en terres falisquesJean-Marc Irollo, Histoire des Étrusques, Perrin, 2010, 177..
Au , le pays falisque autour de Faléries est cité comme l'un des principaux ateliers étrusques de céramiques à figures rouges à l'instar de grandes cités étrusques comme Vulci, Volterra, Caeré et ClusiumJean-Marc Irollo, Histoire des Étrusques, Perrin, 2010, 142-143..
Guerre romano-étrusque (358 - 351)
Tite-Live écrit qu'en 358, Rome déclare la guerre à Tarquinia après qu'une troupe armée de cette ville a procédé à un raid en territoire romain. Le consul Caius Fabius Ambustus reçoit le commandement de cette guerre, 6-7.. Cependant, les Tarquiniens défont le consul Fabius, 10.. En 357, Rome subit vraisemblablement une lourde défaiteDominique Briquel dans François Hinard, Histoire romaine des origines à Auguste, Fayard, 2000, 213..
L'année suivante, en 357, Rome déclare aussi la guerre aux Falisques. Ils ont combattu avec les Tarquiniens et ont refusé de rendre les déserteurs romains qui ont fui à Faléries après la défaite, même après que les fétiaux aient demandé leur reddition. Cette campagne est attribuée au consul Cnaeus Manlius Capitolinus Imperiosus, 2.. Il ne fit cependant rien militairement, 7-8.. Diodore de Sicile rapporte aussi une guerre entre Romains et Falisques, avec uniquement des raids et des pillagesDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, XVI, 31, 7..
Selon Tite-Live, en 356, le consul Marcus Fabius Ambustus commande l'armée romaine contre les Falisques et les Tarquiniens. L'armée étrusque est accompagnée de prêtres brandissant des serpents et des torches, et ce spectacle provoque la panique dans les rangs romains, mais le consul exhorte ses hommes à reprendre le combat. Les Étrusques sont dispersés et leur camp capturé. Cela provoque la mobilisation de toute l'Étrurie, sous la direction des Tarquiniens et des Falisques, qui marchent sur les salines romaines à l'embouchure du Tibre. Les Romains transportent leurs troupes de l'autre côté du Tibre par des radeaux. Après avoir capturé un certain nombre de pillards étrusques, ils s'emparent du camp étrusque par une attaque surprise et font , les autres étant tués ou chassés du territoire romain, 3-10.. Selon Diodore de Sicile, les Étrusques pillent le territoire romain jusqu'au Tibre avant de retourner sur leurs terresDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, XVI, 36, 4.. Les prêtes brandissant des serpents et des torches peuvent être une invention, ou alors cela reflète un rite magique étrusque que les sources de Tite-Live n'ont pas comprisStephen P. Oakley, A Commentary on Livy Books VI–X, Oxford University Press, volume I, « Introduction and Book VI », 1998, 186.. Dominique Briquel voit dans cette attitude des Étrusques et de leurs alliés falisques un procédé religieux vouant les Romains à l'anéantissement et les assimilant à des démonsDominique Briquel dans François Hinard, Histoire romaine des origines à Auguste, Fayard, 2000, 214..
En 353, les salines romaines sont pillées alors que le consul Caius Sulpicius Peticus ravage le territoire tarquinien. Après un bref conflit contre Caeré, les Romains tournent ensuite leur attention vers les Falisques, mais ils ne rencontrent aucune armée falisque et rentrent à Rome après avoir ravagé le territoire falisque, sans avoir essayé de s'emparer de la moindre ville, 1-9..
En 351, la dernière année de la guerre, le consul Titus Quinctius Pennus Capitolinus mène une campagne contre Faléries tandis que son collègue Caius Sulpicius Peticus est chargé de Tarquinia. Il n'y a aucune bataille, mais les Falisques et Tarquinia, las de la guerre, et après avoir vu leurs territoires ravagés année après année, demandent une trêve. Les Romains leur en accordent une de quarante ans, 3-5..
Les Étrusques de Tarquinia semblent avoir pour but d'arracher à la domination romaine les terres autour du Tibre inférieur. Faléries peut avoir été motivée pour sa part par un désir de reconquérir les territoires perdus quarante à cinquante années plus tôt Stephen P. Oakley, A Commentary on Livy Books VI–X, Oxford University Press, volume II, « Books VII–VIII », 1999, 9-10.
Soumis et statut d'alliés de Rome
Traité romano-falisque (343)
En 343 , les succès romains lors de la première guerre samnite convainquent les Falisques de Faléries de convertir la trêve de quarante ans avec Rome en un traité de paix permanent, 1..