François Joachim Esnue-Lavallée, ou de la ValléeD'un lieu dit de Bouchamps-lès-Craon., né à Craon (Anjou) le et mort à Paris le , est un magistrat et une personnalité politique français.
Biographie Origine et généalogie
François-Joachim Esnue-Lavallée est reçu licencié en droit et avocat en Parlement. Le , il s'inscrit au barreau de Craon, puis devient procureur à la sénéchaussée de Craon en 1788Kléber en Vendée (1793 - 1794) (documents publiés par H. Baguenier Desormeaux), Société d'histoire contemporaine de Paris, Alphonse Picard, 1907, 565 pages, . et secrétaire du bureau de correspondance du district de Craon en 1787. Le , son oncle, le curé de la paroisse, Thomas Esnue-Lavallée, célèbre à Marigné-Peuton son mariage avec Louise Jarry de LorminièreEdna Hindie Lemay, Mona Ozouf, Dictionnaire des législateurs 1791-1792, Centre international d'étude du , 2007, vol. 1, 821 pages, .Aude Guihéneuc, Rémy Toulouse, Le patrimoine des communes de la Mayenne, Flohic, 2002, vol. 2, 953 pages, ..
Les débuts de la Révolution française à Craon Au début de la Révolution française, dès le , une milice bourgeoise fut constituée à Craon, organisée en six compagnies distinguées par la couleur de leurs cocardes. François-Joachim Esnue-Lavallée est capitaine de la de la milice bourgeoiseParallèlement, un comité de surveillance, composé de six membres, fut créé pour assurer l’ordre local. Une correspondance active fut établie avec les autorités de Laval, dont le relais principal se situait à Cossé. Rapidement, le comité engagea des revendications territoriales, notamment concernant le pré de la Liberté et la promenade de Saint-Nicolas, contestés au baron de Craon.. Lors de la Grande Peur, le André Joubert, Les troubles de Craon du 12 juillet au 10 septembre 1789, 1889., les révolutionnaires procédèrent à la saisie du chartrier de la Baronnie de Craon. Parmi les principaux acteurs figuraient François-Joachim Esnue-Lavallée, Jacques-Anne-Nicolas Chartier (feudiste), Sébastien-François Basile (notaire), et Daigremont (contrôleur des domaines). Ces derniers passèrent deux jours à examiner les titres féodaux et proposèrent, le , de les brûler, bien que cette destruction ne semble pas avoir été immédiatement exécutée. Le , les meneurs abolirent la juridiction seigneuriale, la remplaçant par un tribunal composé de trois juges, avec René-Jacques Chassebœuf (père de Volney) comme président. Une tentative de renouvellement du comité, visant à s’affranchir de l’influence des révolutionnaires les plus radicaux, fut entreprise le , mais elle échoua rapidement. Dès le , François-Joachim Esnue-Lavallée, soutenu par les volontaires de Craon et de la Guerche-de-Bretagne, retrouva ses fonctions.
François-Joachim Esnue-Lavallée devient, malgré ses opinions avancées, l'un des trois commissaires désignés par le roiEmile Queruau-Lamerie, Les Conventionnels du département de la Mayenne. Laval, Imprimerie L. Moreau, 1885. p. 35-75. le afin de prendre toutes les mesures nécessaires pour la formation du département de la Mayenne et des districts. Par ailleurs, il est élu maire de Craon, membre du directoire du district (1790), juge au tribunal du district (1791)Ferdinand Gaugain, Histoire de la révolution dans la Mayenne, R. Chailland, 1918, vol. 1, .Esnue-Lavallée abandonne la mairie de Craon en entrant au tribunal; il est remplacé par Nupied, tanneur. Voir le Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, , .. Tout au long de l’année 1790, malgré les mises en garde du pouvoir central, la municipalité de Craon, sous l’impulsion du capitaine Lenseigne, organisa des perquisitions chez les suspects. Lorsque ce dernier fut révoqué par le Directoire départemental, François-Joachim Esnue-Lavallée, alors président du tribunal du district, le rétablit dans ses fonctions par un jugement, qui fut imprimé et affiché dans toutes les communes.
Il assiste, en qualité de commissaire du Roi, à l'Assemblée électorale réunie à Laval au mois de juin 1790, pour l'organisation administrative du nouveau département. Il est prié dans la séance du de se retirer de la salle, parce qu'il avait présidé illégalement, à Craon, l'assemblée primaireEt s'était fait nommer par elle électeur..
Assemblée législative En , François-Joachim Esnue-Lavallée est élu député du département de la Mayenne, le sixième sur huit, aux Élections législatives de 1791 à l'Assemblée nationale législativeArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 34, p. 38. où il siège à la gauche de l'hémicycle. Il parait n'avoir jamais pris la parole à l'Assemblée nationale législative; siégeait et votait, avec la gauche, suivant ses convictions républicaines. En , il vote pour que les soldats du régiment de Châteauvieux, qui s'étaient mutinés lors de l'affaire de Nancy, soient admis aux honneurs de la séanceArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 41, séance du 9 avril 1792, p. 406.. En août de la même année, il vote en faveur de la mise en accusation du marquis de La FayetteArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 47, séance du 8 août 1792, p. 582..
Conventionnel (1792-1795) La monarchie française prend fin à l'issue de l'insurrection du . En septembre 1792, François-Joachim Esnue-Lavallée est réélu député de la Mayenne, le deuxième sur huit, à la Convention nationaleArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 52, p. 49. lors des Élections législatives de 1792. Son rôle dans cette assemblée reste fort effacé, mais il acquiert une certaine notoriété par la rigueur qu'il montra dans l'accomplissement de diverses missions qui lui sont confiées, notamment dans les départements de l'Ouest, et particulièrement dans celui de la Mayenne.
Lors du Procès de Louis XVI, il vote pour la culpabilité, rejette la ratification du peuple, vote la mort du roi. Il se prononce aussi contre le sursisMoniteur Universel de 1793, n° 18, 20 et 24. le . + Députés Louis Capet est-il coupable de conspiration contre la liberté publique et d'attentats contre la sûreté générale de l'État ? Le jugement de la Convention nationale contre Louis Capet sera-t-il soumis à la ratification du peuple ? Quelle peine sera infligée à Louis ? Y aura-t-il un sursis à l'exécution du jugement de Louis Capet ? Esnüe de la Vallée (François- Joachim)OuiNonLa mortNon Le , il est envoyé dans les départements de Bretagne pour activer le recrutement et se trouvait absent de la Convention Nationale, le , lors du scrutin sur la mise en accusation de Jean-Paul MaratAppel nominal sur la question : Y a-t-il lieu à accusation contre Marat, membre de la Convention Nationale? page 77. en . En mai de la même année, il vote contre le rétablissement de la Commission des DouzeArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 65, séance du 28 mai 1793, p. 535..
vignette|Les Girondins marchent à la mort. Il était de retour à son poste lors des événements des Journées du 31 mai et du 2 juin 1793. Il siège sur les bancs de la Montagne. vignette|185x185px|Représentation de la Montagne sous forme d'emblème. La situation en Mayenne Le , deux commissaires de la ville de Laval, Charles Jourdain-Durocher et Urbain Hubert, apportent à la Convention nationale une adresseRapport des citoyens Jourdain et Hubert envoyés à la Convention nationale par les autorités constituées de Laval, le , pour porter l'adresse de cette commune. Laval, Michel Faur, in-4. contenant une protestation énergique suite aux événements des Journées du 31 mai et du 2 juin 1793, contre l'expulsion des 32 députés Girondins, suscitant la colère des Montagnards. Au cours d’une séance agitée, Charles Jourdain-Durocher et Urbain Hubert assistèrent à une discussion houleuse dont ils constituaient le principal sujet. François Grosse-Durocher et François-Joachim Esnue-Lavallée les traitent de contre-révolutionnaires, d'aristocrates puants, d'amis de Pitt, de Cobourg et de Dumouriez. Par leurs démarches et leur dénonciation, ils empêchent ces deux administrateurs d'obtenir des ministres et du comité de salut public l'assistance qu'ils étaient venus demander contre les chouansOn leur répondit : « Défendez-vous vous-mêmes. » .. Certains députés allèrent jusqu’à réclamer leur arrestation et leur mise en accusation pour royalisme et contre-révolution. Leur situation devint critique, ils se trouvaient menacés d'un décret d'accusation, jusqu’à l’intervention du député René-François Lejeune, qui les fit évacuer avant la clôture des débats. Jourdain et Hubert reçurent pour mission de solliciter, auprès des différents ministres et du Comité de salut public, des renforts en hommes et en subsistances. Ces secours devaient permettre de résister à l’avancée des troupes vendéennes, alors maîtresses d’Angers et menaçant le département de la Mayenne, ainsi que de contrer les rassemblements chouans, dont l’activité s’intensifiait aux alentours de Laval. Accompagnés de six autres députés de leur département, les deux commissaires se présentèrent successivement aux ministères de la Guerre et de l’Intérieur, puis devant le Comité de salut public. Ils y furent accueillis avec méfiance, les deux députés montagnards du département les ayant précédés et dénoncés comme royalistes et contre-révolutionnaires, refusant par ailleurs de les soutenir par leur présence. Malgré ces obstacles, les efforts conjugués des autres députés permirent d’obtenir la promesse des secours demandés. Cependant, François Joachim Esnue-Lavallée et François Grosse-Durocher parvinrent finalement à en bloquer la mise en œuvreEmile Queruau-Lamerie, les Girondins de la Mayenne, appendice, pièce I, page 87..
Contre le fédéralisme Il est envoyé Envoyé en mission « dans les départements du Centre et de l'Ouest » aux côtés de Jean Nicolas Méaulle, de Joseph Fouché et de Pierre Philippeaux pour accélérer la levée en masse par décret du pour appeler la population aux armes contre les insurgés vendéens.
L'Insurrection fédéraliste qui éclate en province, auquel s’était joint le département de la Mayenne, en soutien aux représentants girondins expulsés de la Convention, est rapidement réprimée en juillet 1793. Les administrateurs du département de la Mayenne avaient pris parti pour l'insurrection et avaient même fait partir pour Caen un bataillon de volontaires.
La mission en Mayenne Bien que le département de la Mayenne se soit soumis et accepte la Constitution du 6 messidor an I, les deux députés Thirion de la Moselle et François-Joachim Esnue-Lavallée, sont investis des pouvoirs les plus étendus, avec pour mission d'y rétablir l'autorité de la Convention nationale et de remplacer tous les fonctionnaires qui se seraient compromis par leur adhésion au mouvement fédéraliste.
François-Joachim Esnue-Lavallée quitte Paris le Michel Biard, Missionnaires de la République, Paris, CTHS, 2002, .. Sa rigueur lui attire de vives inimitiés. Ainsi, à la fin de , avec son collègue Thirion de la Moselle, François-Joachim Esnue-Lavallée renouvelle les administrations du département de la Mayenne, du district et de la commune de Laval. Les représentants en mission, arrivent à Laval le 1er octobre 1793. Le même jour, la loi du , aussi appelée loi d'extermination est votée par la Convention nationale. Cette loi qui s'inscrit dans le cadre de la guerre de Vendée a notamment pour objectif de placer Léchelle à la tête de la nouvelle Armée de l'Ouest afin d'« exterminer les brigands de l'intérieur ».