vignette|Le crâne de l'homme de Piltdown, produit d'une fraude scientifique qui a perduré.

Un acte de fraude scientifique est une action destinée à tromper dans le champ de la recherche scientifique et, de ce fait, doit être distingué de l'erreur scientifique. Elle constitue une violation de la déontologie de la recherche et de l'éthique professionnelle en vigueur à l'intérieur de la communauté scientifiqueMarcel Blanc, Georges Chapouthier et Antoine Danchin, Les Fraudes scientifiques, dossier de La Recherche, juillet-août 1980, , ..

On distingue trois formes principales de fraude scientifique : la falsification des données, la fabrication des données et le plagiat. À ces formes de fraude s'ajoutent d’autres comportements, comme le non-respect de règles éthiques, la non-déclaration d'éventuels conflits d'intérêts, etc.

La fraude scientifique n'est pas marginale et l'une de ses manifestations, le retrait d'articles après acceptation dans des revues, est en forte augmentation (si le nombre d'articles dans les journaux anglo-saxons de médecine a été multiplié par 1,44 entre 2001 et 2010, le nombre de rétractations durant la même période a été multiplié par 19Tom Reller, Falsification, fabrication and plagiarism — the unholy trinity of scientific writing, Elsevier, .). Des études récentes montrent que cette accélération de la fraude scientifique est la conséquence directe de la recherche de compétitivité à tout prix guidée par les indices numériques d'évaluation individuelle des chercheursAnderson MS, Ronning EA, De Vries R, Martinson BC (2007) The perverse effects of competition on scientists’ work and relationships. Sci. Eng. Ethics 13:437–461... Les institutions cherchent à connaître à moindre coût la d'un chercheur et pour cela elles réclament des nombres bruts comme le décompte des publications, ou des indices numériques (comme l'indice h fondé sur le nombre de publications et le nombre de citations de ces publications). Ces sont alors invoquées comme le d'évaluation de la des chercheurs par les instances décisionnelles de la recherche, soumises aux pouvoirs politiques. Face à cette pression des indices qui décident en grande partie de l'attribution des subventions de recherche, certains chercheurs succombent à la tentation de les manipuler pour se mettre toujours plus quels qu'en soient les moyens.

Types de fraudes scientifiques L'expression « fraude scientifique » recouvre une grande diversité de comportements et sa définition fait l’objet de débats..

On considère généralement qu'elle prend principalement trois formes. : la falsification de données, notamment par l'altération de résultats défavorables à une hypothèse ; la fabrication de données ; le plagiat.

De manière plus générale, d'autres comportements sont parfois vus comme relevant de la fraude scientifique, par exemple le non-respect des règles éthiques, la non-mention de conflit d'intérêts, la non-conservation des données primaires, le fait d'augmenter en apparence sa production en soumettant dans plusieurs revues ou conférences des articles très semblables quant aux résultats, etc. Récemment, une nouvelle forme de fraude consistant à manipuler directement les métadonnées des articles scientifiques a également vu le jour avec l'exemple des références furtives, des références non présentes dans un manuscrit de recherche mais ajoutée par la maison d'édition dans les métadonnées.

La violation non-intentionnelle des standards et protocoles expérimentaux ne ressort pas à proprement parler de la fraude, mais plutôt de la faute professionnelle.

Importance du phénomène Les moteurs de recherche et certains logiciels spécialisés permettent de mieux détecter certaines fraudes (les plagiats notamment), ce qui conduit à une augmentation du nombre de rétractations scientifiquesFang FC, Steen RG, Casadevall A (2012) Misconduct accounts for the majority of retracted scientific publications. Proc. Natl. Acad. Sci. U. S. A. 109:17028–17033 (résumé)..

La communauté scientifique présente généralement la fraude comme marginale., Une étude publiée dans PNAS en 2025 montre que la fraude scientifique augmente et met en oeuvre des systèmes de plus en plus coordonnés, faisant intervenir des acteurs qui exploitent les failles du système académique. Une étude de 2026 dans The BMJ, identifie plus de 250 000 publications liées au cancer comme provenant potentiellement de Research Paper Mills (aussi appelées usines à articles en français).

D’après une étude publiée en 2005 dans la revue Nature, une enquête auprès d'environ financés par le National Institute of Health révèle que 33 % d’entre eux reconnaissent avoir eu une pratique non déontologique dans les trois années précédentes (leur anonymat restant préservé). Les pratiques non déontologiques mentionnées étaient par exemple la falsification, la fabrication et le plagiat (1,7 %), la non-déclaration de conflit d’intérêt (0,3 %), le non-respect de règles éthiques avec des patients (0,3 %), l'utilisation des idées d’une autre personne sans sa permission ou sans le reconnaître, ou l'utilisation d’informations confidentielles (3,1 %). Le comportement le plus mentionné consiste à changer la méthodologie ou les résultats d’une étude à la suite de la pression de la source de financement (15 %). Bien que cette proportion de chercheurs reconnaissant une pratique non-déontologique soit élevée, il est important de noter que l’étude révèle uniquement les comportements que les chercheurs ont accepté de confesser, parmi ceux qui ont accepté de répondre à l’enquête, soit environ 50 % des personnes contactées.

Un autre type d’étude s’intéresse aux comportements frauduleux représentés dans les publications scientifiques, et qui mènent à la demande de . Selon une étude effectuée en 2012 et portant sur les causes des demandes de retrait d’articleFang FC, Steen RG, Casadevall A., « Misconduct accounts for the majority of retracted scientific publications », Proc. Natl. Acad. Sci. USA, 2012, doi=10.1073/pnas.1212247109., la proportion d’articles retirés a été multipliée par dix depuis 1975. 67 % des demandes de retraits sont dues à des cas de fraude scientifique dont des plagiats (10 %) et des duplications de publications (14 %), soit aujourd’hui près de 0,01 % des publications.

Les quelques études réalisées sur l'importance du phénomène de la fraude scientifique montrent que certains domaines sont plus touchés que d'autres. Ainsi, une étude de 1993 sur des articles remontant jusqu'à 1800 montre que ce sont les sciences de la santé qui sont le plus touchées (47 %) ; viennent ensuite les sciences de la vie (17 %), les sciences humaines (16 %), les sciences pures (15 %) et enfin les sciences de la Terre (4 %).

De plus, selon les auteurs du programme Projects, 54 % des données utilisés par les scientifiques sont encore « invérifiables »source Infographie de Projects.. Des processus plus ouverts permettent aussi de mieux détecter et plus tôt les erreurs, biais ou fraudes scientifiquesFang FC, Steen RG, Casadevall A., Misconduct accounts for the majority of retracted scientific publications, Proc Natl Acad Sci U S A 109 : 17028–17033. , 2012. qui sont encore nombreuxInfographie de « projects », consultée 23 février 2014. ou de pousser les auteurs d'études à rendre leurs données plus vérifiables.

Gestion de la fraude scientifique par la communauté scientifique Actions post-fraude Enquêtes, sanctions

Lorsqu’un relecteur ou un autre chercheur soupçonne ou observe un cas de fraude ou de conflit d'intérêts, il peut généralement se tourner vers les institutions de recherche. Si le cas concerne l'un de ses collègues, il peut contacter la structure dans laquelle il travaille. S’il s’agit d’une fraude liée à un article publié, il peut s'adresser aux éditeurs de la revue concernée.

Certains centres de recherches, instituts ou universités sont dotés d’un bureau dédié à l’intégrité scientifique, chargé notamment de mener une enquête en cas de soupçon de fraude, et le cas échéant de mettre en place une sanction envers la personne reconnue responsable de fraude (par exemple rupture du contrat de travail, non-éligibilité à des demandes de financement pour une durée déterminée). Dans le cas de l’INSERM, cette fonction est assurée par la Délégation à l'intégrité scientifique.. Aux États-Unis, le département Public Health & Human Services délègue la question de l’intégrité à l’Office of Research Integrity..

Les éditeurs des journaux ont aussi la possibilité de mettre en place des enquêtes ou de se tourner vers les centres de recherche qui emploient les auteurs concernés par l’allégation de fraude.

Des logiciels spécialisés peuvent aider les enseignants et éditeurs à détecter certaines fraudes (plagiat notamment). . Cependant, selon ses auteurs, la méthode des indices de dissimulation ainsi mise au point ne permettrait de repérer que 57,2 % des articles retirés, ce qui implique qu'en l'utilisant seule, commente Paul Ginsparg de l'université Cornell, fondateur d'ArXiv. Les auteurs de cette étude constatent « que les auteurs frauduleux ont souvent un style plus abscons » peut-être parce que ce sont aussi d'« aussi pauvres écrivains qu'ils sont de mauvais scientifiques ». Pour James Parry, du Bureau de l'intégrité de la recherche au Royaume-Uni, la communauté scientifique devrait aussi porter plus d'efforts sur la prévention de l'inconduite en recherche, ce qui n'empêchera la découverte de fraudes dans des articles déjà publiésDalmeet Singh Chawla, Can the vocabulary of deceit reveal fraudulent studies ?, Science, , ..

Rétractation de publications frauduleuses Les travaux des chercheurs font l’objet de publications dans des revues scientifiques. Ces publications doivent respecter quelques règles, par exemple indiquer comme auteurs l’ensemble des personnes ayant contribué de manière significative au travail, déclarer des conflits d’intérêts (dus à la source de financement de l’étude par exemple), etc.

Il arrive que le contenu d’une publication résulte d’une fraude scientifique (encore inconnue au moment de la publication). Si cette fraude concerne la validité des données publiées, les éditeurs peuvent demander la rétractation d’une publication par les auteurs, voire imposer la rétractation (selon les journaux, les situations). Cela signifie qu’une note est publiée dans la revue en question, informant les lecteurs de la rétractation. Sur la version en ligne de l’article, une note apparaît indiquant la rétractation.

Cette procédure a cependant plusieurs limites : des articles rétractés sont encore cités, lorsque des chercheurs n’ont pas pris connaissance de la rétractation de l’articleCouzin J. Unger K., Cleaning Up the Paper Trail, Science, 2006, . ; certains journaux n’imposent pas la rétractation d’articles, même si la fraude a été démontrée par ailleurs. Ils mettent comme condition que tous les auteurs demandent ou acceptent la rétractation, ce qui n’est pas toujours le casMarchant J., « 'Flawed' infant death papers not retracted », Nature, 2011, . ; certains types de fraude ne font pas l’objet de rétractation. En particulier, un conflit d'intérêts non déclaré n’entraîne pas de rétractation, seulement la publication d’une correction. Cela a pour conséquence probable que les lecteurs ne soient pas informés d'un conflit d’intérêt quand celui-ci n’a pas été déclaré au moment de la publication ; une fois que le contenu de l'article a commencé à être discuté hors de la sphère académique, il est rare que les conséquences d'une éventuelle rétractation soient comprises par les médias et les parties prenantes.

Actions de prévention : bonnes pratiques, sensibilisation, éducation Différents organismes établissent des guides de bonnes pratiques ou de bonne conduite, à suivre en situation de fraude : des institutions de recherche comme le bureau à l’intégrité scientifique aux États-Unis. ou l'Office Français de l'Intégrité Scientifique (OFIS), en France ;