thumb|right|250px|Pratique du rugby au Japon en 1874. Le rugby à XV est un sport majeur au Japon. Il y est pratiqué depuis la fin du , ce qui fait du Japon un des tout premiers pays à avoir pratiqué ce sport. En 2020 le Japon est le sixième pays dans le monde pour le nombre de licenciésvoir l'information détaillée sur l'article générique rugby à XV, avec environ licenciés .
L'équipe du Japon a participé régulièrement à la Coupe du monde. Aujourd'hui, le Japon est considéré comme la meilleure nation asiatique et organise un des championnats parmi les plus attractifs. À l'issue de la Coupe du monde 2019, le Japon se situe à la au classement mondial.
Historique Débuts left|thumb|Le Prince Chichibu, jeune frère de Hirohito a été un sportif, et a soutenu le rugby au Japon.
Très souvent ignoré, voir dénigré, le rugby au Japon a pourtant une longue histoire dans cet archipel qui compte l'un des plus grands nombres de licenciés à la pratique du jeu au ballon ovale au monde.
Le rugby fait son apparition au Japon lorsque le pays sort de son isolationnisme avec la restauration de Meiji en 1868. Les villes portuaires de Yokohama et de Kobe notamment, se développent grâce à leur ouverture aux marchands étrangers, notamment anglo-saxons. Ces derniers sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à venir résider dans ces villes, notamment Yokohama, qui devient une grande ville cosmopolite de l'archipel. Apparaissent alors des matchs amateurs de rugby entre étrangers, mais les Japonais ne le pratiquent pas encore. La première mention d'un match de rugby, entre officiers de la marine et commerçants britanniques, date de 1868.
Les premiers Japonais vont être les étudiants de l'université de Keio, grâce aux professeurs Edward Bramwell Clarke (1875-1934) et Ginnosuke Tanaka (1873-1933) qui rentrent au Japon en 1899 après avoir obtenu leurs diplômes de l'université de Cambridge. Ils sont immédiatement envoyés à l'université de Keio pour y enseigner et ils y créent le premier club de rugby du pays la même année. Ils deviennent les tout premiers entraîneurs de l'équipe, qu'ils dirigeront jusqu'en 1910. Keio est ainsi le plus vieux club japonais de l'histoire, plus ancien en comparaison que des clubs comme le Biarritz Olympique (1913) ou le Stade toulousain (1907) en France par exemple. Mais il faudra attendre pas moins de deux ans avant que les étudiants de Keio jouent leur premier match face à une équipe adverse, le , lorsqu'ils affrontent enfin pour la première fois une équipe composée de joueurs étrangers résidant à Yokohama. Ils s'inclinent lourdement (35-5), mais c'est une date historique pour le rugby japonais à partir de laquelle le rugby allait enfin pouvoir se développer dans l'archipel. On comprend aussi pourquoi le rugby a une telle popularité dans les universités japonaises, car c'est tout simplement là qu'il y trouve ses origines.
Le rugby se développe très rapidement dans le pays, grâce au soutien important de la famille impériale. De nombreux clubs universitaires se créent. Puis c'est au tour des lycées où en l'espace de quelques années, le rugby va connaître un succès extraordinaire. À tel point qu'en 1917, est créé le tournoi national lycéen, première compétition officielle nationale de rugby dans le pays. Depuis sa création en 1929, 51 équipes, représentant les 47 préfectures du pays, s'affrontent de fin décembre à début janvier au Kintetsu Hanazono Rugby Stadium de Higashiosaka. Un succès fabuleux pour le rugby japonais. Dans les universités de Doshisha (1911), Waseda (1918) et Meiji (1924) par exemple, des clubs de rugby sont créés, participant à l'expansion du rugby dans l'archipel. En 1923, le premier match inter-universitaire a lieu entre Waseda et Doshisha.
Dès les années 1920, le Japon comptait déjà plus de clubs et , soit plus que le Pays de Galles, l’Écosse et l'Irlande réunies à l'époque.
Les équipes universitaires japonaises commencent à effectuer des tournées à l'étranger : Keio à Shanghai en 1925, Waseda en Australie en 1927, Doshisha en Mandchourie et Meiji, à Shanghai (1929).
La création de la JRFU Le rugby se porte alors bien. La JRFU publie à ce sujet un pamphlet baptisé (Le pays de la mêlée naissante, un jeu de mots sur le nom japonais du pays, "Nihon", qui signifie "" (Le pays du soleil levant), et la famille royale japonaise a toujours favorisé son essor, mais il manque une organisation pour régir tout cela. Aussi très vite l'idée d'en créer une apparaît-elle chez les dirigeants des clubs au Japon. Ce sont au départ les organisations régionales qui sont créées. La Kanto RFU (Est) est créée en 1924, la ligue Seibu (Ouest) en 1925 et la Kyushu Rugby Football Union en 1926. Il ne manquait dès lors plus qu'une organisation nationale pour superviser l'unification des règles, le calendrier des matchs nationaux et internationaux notamment, ce qui est fait le avec la fondation de la JRFU (Japan Rugby Football Union). Son premier président n'est autre que le prince Chichibu, qui gardera ce poste de premier président de la JRFU jusqu'à sa mort en 1953. Chichibu, président honoraire de plusieurs fédérations sportives, hérite du surnom de « Prince sportif » pour ses efforts en vue de la promotion du ski, du rugby et d'autres disciplines sportives. En 1927, Shigeru Kayama, entraîneur de l'équipe de rugby de l'université de Tokyo dans les années 1920, devient président de la JRFU. C'est à cette époque que les équipes d'entreprises, comme Kobe Steel (1928) et Kintetsu Liners (1929) sont lancés. Ces deux clubs sont aujourd'hui les plus vieux clubs présents dans la ligue professionnelle, la Top League.
Une première grande victoire internationale Le pays est désormais doté d'une sélection nationale, surnommée les « Cherry Blossoms » (fleurs de cerisier) ou « Brave Blossoms ». En 1932, celle-ci joue la première rencontre internationale à domicile de son histoire, face au Canada. Ces derniers avaient vaincu deux ans plus tôt les Japonais à plusieurs reprises lors de la tournée de ces derniers en Colombie-Britannique. Partis de Vancouver en bateau en compagnie d'une délégation commerciale, les Canadiens arrivent sur les côtes de l'archipel au mois de janvier. La rencontre a lieu le dans le Kintetsu Hanazono Stadium. Devant plus de , les Japonais s'imposent 9 à 8 pour leur première victoire internationale officielle.
Durant les années 1930 et le début des années 1940, le régime nationaliste japonais devient de plus en plus hostile envers le rugby, considérant ce sport comme une pratique étrangère, contrairement à la famille impériale qui le soutient. Alors que le rugby était considéré jusqu'alors comme un sport viril acceptable, son nom est brièvement remplacé par tokyu, autrement dit, « lutte contre la balle ». Durant cette période noire, les Japonais vont néanmoins exporter le rugby en Asie. C'est ainsi que le rugby apparaît en Corée du Sud et en Mandchourie, territoires occupées par le Japon. Durant la Seconde Guerre mondiale, des milliers de joueurs de rugby japonais meurent au front.
Une très grande partie des infrastructures sportives du pays sont également rasées. Malgré la guerre, de nombreux matchs ont continué à être joués jusqu'en 1943. À partir de ce moment-là, le manque d'hommes disponibles pour jouer et la menace américaine de plus en plus proches obligèrent à stopper les rencontres à venir...
L'après-guerre Étonnamment, le rugby va faire un retour très rapide dans le Japon en ruines de l'après-guerre, malgré les dégâts très importants et ces milliers de joueurs de rugby morts au combat. Dès , une publicité arrive à attirer pas moins de cinquante personnes pour disputer un match, le , la première rencontre d'après-guerre, entre les universités de Keio et de Kyoto. Malgré quelques exemples d'avant-guerre (Kobelco Steelers, Kintetsu Liners), ce n'est qu'à partir de cette période que les entreprises vont commencer de plus en plus à soutenir le rugby, à l'image de Toshiba qui va créer son équipe en 1948. En 1949 est créé le tournoi national des sociétés, un championnat national basé sur les clubs corporatistes. Jusqu'à la fondation de la Top League en 2003, il demeurera la deuxième compétition phare du Japon aux côtés du championnat universitaire.
Le rugby va se répandre dès lors hors de sa base universitaire traditionnelle. Grâce aux efforts du prince Chichibu, de l'intérêt médiatique et du public, le rugby retrouve son rang d'avant-guerre très rapidement. Ainsi lors de la tournée de l'équipe de l'université d'Oxford au Japon en 1952, les supporters répondent présents. Les étudiants britanniques sont surpris de jouer devant des foules de . De nombreuses autres universités viendront faire une tournée dans l'archipel par la suite. Le travail effectué par le frère cadet de l'empereur Showa (Hirohito) pour remettre le rugby au premier plan au Japon a été tel qu'après sa mort le , le Tokyo Rugby Stadium est rebaptisé Chichibunomiya Stadium (秩父宮ラグビー場|Chichibunomiya Ragubī-jō). Une statue du Prince Chichibu en tenue rugbystique y est érigée.
Les années 1960 sont un tournant dans l'histoire du rugby japonais. En 1961, la NHK Invitation Cup met aux prises les meilleures équipes universitaires et d'entreprises afin d'établir le véritable champion du Japon. Le format est modifié en 1964 et le All Japan Rugby Football Championship prend la suite. Si l'université de Doshisha remporte le premier titre en battant les Kintetsu Liners, les entreprises dominent largement le palmarès de ce tournoi qui existe toujours. En 1965, c'est le championnat national universitaire qui est créé, opposant les meilleures universités du pays (Meiji, Waseda, etc.).
Le début de la domination de l'Asie Sur le plan international, le rugby asiatique essaie tant bien que mal de se développer. L'ARFU (Asian Rugby Football Union) est créée en 1968 par huit pays : Japon, Hong Kong, Thaïlande, Corée du Sud, Sri Lanka, Malaisie, Singapour, Taïwan. L'organisme est reconnu par l'IRB et gère le rugby à XV en Asie. Dès 1969 est créé le championnat d'Asie des nations auquel participent ces huit nations. La première édition se déroule naturellement au Japon et est remporté par les Japonais, qui récidivent l'année suivante en Thaïlande. Le championnat se déroule ensuite seulement tous les deux ans. Le Japon domine largement cette compétition (15 titres) avec pour seul adversaire difficile, la Corée du Sud, qui parviendra à remporter les cinq autres titres restants (1982, 1986, 1988, 1990, 2002). Plusieurs autres nations rejoindront ce championnat : la Chine et l'Inde (1998), le golfe Persique (2000) et le Kazakhstan (2002).
Les heures de gloires Les trois décennies 1960, 1970, 1980, marquent les heures de gloire du rugby japonais. En 1968, les Japonais battent les Junior All Blacks, l'équipe réserve de la Nouvelle-Zélande 23 à 19. En 1971, pour le centenaire de la fédération anglaise de rugby, les Anglais acceptent l'invitation des Japonais. Le , dans le Chichibunomiya Stadium, les "Cherry Blossoms", entraînés par Tetsunosuke Onishi (professeur à l'université de Waseda) résistent héroïquement aux Anglais, ne s'inclinant que sur le score de 6 à 3 !
À partir de 1973, le Japon effectue des tournées en Europe (Angleterre, Pays de Galles, France), preuve que son rugby se porte bien. En 1983, à l'Arms Park de Cardiff, les Japonais manquent de peu le plus grand exploit de leur histoire en s'inclinant 28-24 face aux Gallois. Pendant ce temps, sur le territoire, apparaissent depuis le début des années 1970, les premiers gaijin ('« étrangers ») dans le championnat amateur japonais.
Ces derniers, venus de l'hémisphère sud notamment, reçoivent alors des grandes entreprises pour lesquelles ils jouent des salaires deux fois supérieurs que ceux des locaux, même si officiellement, le rugby est encore officiellement amateur partout dans le monde.
Les coupes du monde 1987 et 1991