L'Homme nouveau est un cycle de quatre romans publié par le romancier français Roger Vailland entre 1950 et 1955.

Roger Vailland, un des romanciers français en vue des années 1950, décrit dans ce cycle l'engagement d'un individu dans un projet collectif. C'est la période où il milite avec les communistes comme compagnon de route, puis comme membre du PCF à partir de 1952, où très souvent il sera sur le terrain avec les militants, où sa vie personnelle sera, à nouveau depuis la Résistance, en phase avec un projet collectif (extrait du dossier Lectura sur Vailland).

L'auteur est heureux, milite et écrit des récits de voyages, des essais et surtout des romans qui sont à l'image de sa vie, mais représentent aussi, malgré leur caractère engagé, « partisan » (il se veut aussi écrivain au service du peuple), des œuvres majeures dans la production romanesque française de l'époque. L'écriture chez lui commence souvent de la même façon, comme il le précise dans la revue Arts du : Ce bonheur, il le définit d'une phrase dans une œuvre posthume, Les Hommes nus :

En 1945, il avait écrit dans son roman Drôle de jeu : Cet « homme nouveau » comme il le nomme« Le bolchevik (ou l'homme nouveau) m’avait paru par excellence l’homme de mon temps, et je pensais que c’était sur lui que je devais me modeler si je voulais vraiment vivre de mon temps, et lui que je devais parvenir à peindre, dans toute sa réalité, si je voulais être un écrivain qui dure, c’est-à-dire qui a peint, dans son essence, le monde de son temps. » (), il va le chercher jusqu'en 1956, où les événements historiques lui montreront qu'il était trop optimiste, comme il le note lui-même dans ses Écrits intimes.

Présentation générale Pendant cette période, Roger Vailland a écrit quatre romans. Les deux premiers sont publiés en 1950-1951, les deux suivants en 1954-1955. Dans l'intervalle, Vailland continue à écrire, non des romans mais une pièce de théâtre et deux essais et voyage beaucoup, en particulier en Égypte et en Indonésie, d'où il tirera des récits.

Ouvrages de la période Romans 1950 : Bon pied, bon œil, Éditions Corrêa, Paris, 1950, 240 p. On y retrouve après la guerre Rodrigue et Marat, les deux héros de Drôle de jeu. 1951 : Un jeune homme seul, Roman, Éditions Corrêa, Paris, 1951, 253 p, Bernard Grasset, Cahiers rouges. Œuvre en deux parties mettant en scène Eugène-Marie Favard, jeune homme qui étouffe dans un milieu bourgeois et l’homme mûr confronté pendant la guerre à sa solitude et à sa libération par le sacrifice. 1954 : Beau Masque, Éditions Gallimard, Paris, 1954, 335 p. Bernard Grasset, Cahiers rouges. La vie des ouvriers d’une usine de la vallée de l’Albarine, le destin de Beau Masque et de Pierrette Amable dans la grève et la lutte qui les oppose à la direction de l’usine. 1955 : 325.000 francsL'édition originale est titrée 325.000 francs, comme le sera le téléfilm. Les éditions suivantes écriront selon le cas « 325 000 » ou « 325.000 »., Éditions Corrêa, Paris, 1955, 264 p. Éditions LGF, 1963. Le destin de Bernard Busard qui tente de sortir tout seul de sa condition ouvrière.

Autres ouvrages 1951 : Boroboudour, récit de son voyage en Indonésie, Éditions Corrêa ; 1952 : deux récits de voyage ; Le colonel Foster plaidera coupable, pièce en cinq actes, les Éditeurs réunis, Paris, 1952, Grasset, 1973, et Choses vues en Égypte, récit de son voyage en Égypte, Éditions Défense de la Paix, Gallimard, 1981Francis Pornon, « Roger Vailland en Égypte », Cahiers Roger Vailland n°19, Le temps des cerises, 2003. ; 1953 : deux essais : Expérience du drame, Éditions Corrêa Buchet-Chastel, et Laclos par lui-même, Éditions du Seuil.

Parcours de l'auteur de 1950 à 1955 Cet « homme nouveau » dont parle Roger Vailland naît avec la fin de la guerre, après la publication de Drôle de jeu (1945). Pour Vailland, sa lutte dans la Résistance représente une renaissance : en prenant le nom de guerre du révolutionnaire Marat, son personnage de François Lamballe parvient enfin à se débarrasser de son passé.

Après une période difficile à Paris, Vailland veut faire de même. En , il quitte Sceaux, où ses amis les Meyenbourg lui offrent l’hospitalité depuis 1947, divorce d’avec sa première femme Andrée Blavette, qu'il appelle Boulevoir son deuxième roman Les Mauvais Coups, rompt avec ses anciens amis et le milieu parisien, se libère pour un temps de l’emprise de la drogue. C’est un qui s’installe dans un coin de campagne du département de l’Ain, aux Allymes, sur les hauteurs d’Ambérieu-en-Bugey, dans une maison prêtée par son ami André Ulmannpour qui il écrira des articles pour son journal La Tribune des Nations., avec sa nouvelle compagne Élisabeth Naldi, qu’il surnomme Lisinavoir son livre autobiographique Drôle de vie, paru chez Jean-Claude Lattès..

À cette époque, Vailland a une vie fort agitée. En 1950, il séjourne chez Curzio Malaparte en Italie, sur l’île de Capri. Il achève son roman Bon pied, bon œil, et un essai sur le Vatican, Le Saint Empire, qui ne sera publié qu’en 1978, à titre posthume.

En 1951, il voyage en Indonésie puis à son retour, au printemps 1951, s’installe aux Allymes, à la Grange-aux-Loups, puis il écrit son nouveau roman, Un jeune homme seul, et retrace son voyage en Indonésie dans Boroboudour, Bali, Java et autres îles.

L'année suivante, il se rend en Égypte pour écrire des reportages et un livre sur la situation du pays politiquement instable et enjeu de pouvoir entre l’Est et l’Ouest. Il veut en avoir le cœur net sans toutefois être dupe, écrivant à sa femme Elisabeth le :

Il arrive dans un pays en plein effervescence. Le roi Farouk vient d’être renversé mais rien n’est joué et chacun pense au devenir du canal de Suez. Vailland est rapidement pris dans ce tourbillon, prend des risques, est mis aux arrêts, jeté dans un camion enchaîné à un fellah et finit sur le ciment nu d’une prison. Il garde de l’Égypte des images d’écrivain sur la beauté du pays, écrivant dans son récit : mais aussi une vision de journaliste sur la situation locale,

Il voyage ensuite en Italie, où il écrit sa pièce Le colonel Foster plaidera coupable. En 1953, il écrit deux essais, Expérience du drame et Laclos par lui-même. En 1954, il épouse enfin Elisabeth Naldi, avec laquelle il s’installe à Meillonnas dans le Revermont, près de Bourg-en-Bresse. Il publie son roman Beau masque, écrit un spectacle présenté au Vélodrome d'Hiver, Batailles, pour les cinquante ans du journal L'Humanité, ainsi que le scénario de Bel-Ami d'après le roman de Maupassant ; le film réalisé par Louis Daquin est interdit et ne sera diffusé qu’en 1957 dans une version tronquée.

En 1955, il part en reportages dans les pays d'Europe de l’Est puis à son retour écrit 325.000 francs.

Entre voyages, reportages et écriture de romans, Vailland traque toujours l’homme nouveau, soucieux de s’améliorer pour lui ressembler, s’approcher de son idéal, mais il n’oublie pas l’homme de qualité, et même à cette époque, poursuit sa réflexion à travers son essai Laclos par lui-même, où il présente Les Liaisons dangereuses à travers l’itinéraire biographique de Choderlos de Laclos.

De Bon pied, bon œil à Un jeune homme seul Bon pied, bon œil

Bon pied, bon œil : mes adieux à la culture bourgeoise, écrit Roger Vailland dans ses Écrits intimes le . Et il ajoute : « Ma position relativement en marge pendant ce deuxième "entre-deux-guerres" (...) n'est plus tenable aujourd'hui. Dans les circonstances actuelles, il n'est plus possible pour moi comme pour toi d'écrire autrement que dans une perspective communiste. » Lettre à son ami Pierre Courtade reprise dans les Écrits intimes

Dans son œuvre, l’homme nouveau émerge dès son troisième roman Bon pied, bon œil où Marat-Lamballe, le héros de Drôle de jeu s’efface peu à peu, rejeté par l’évolution, à contre sens de l’Histoire en marche, au profit de ‘Rodrigue’, jeune communiste dynamique et dévoué qui prend de plus en plus d’importance dans le parti. Il est emprisonné, inculpé abusivement pour atteinte à la sûreté de l’état mais il s’en sort et profite de son séjour en prison pour étudier l’histoire, pour parfaire sa culture. Ses liens avec sa compagne Antoinette se distendent, elle s’efface peu à peu de sa vie tandis qu’il trouve l’amour avec son avocate. Il a de la chance, il marche dans le sens de l’Histoire. C’est la figure charismatique de l’homme nouveau qui représente l’avenir face à Marat et à Antoinette sur laquelle le sort semble s’acharner. Rodrigue a tout pour lui, travailleur acharné et conquérant, toujours disponible, il a vraiment ‘bon pied et bon œil’, contrairement à Marat qui boîte depuis un accident et à Antoinette, son ancienne compagne qui rejoindra finalement Marat dans son repaire, borgne depuis une séance musclée dans un poste de police. Marat finira par se retirer de la vie politique, de la vie parisienne, partir dans sa maison lozérienne dans la solitude des hauts plateaux de l’Aubrac pour aller à la pêche taquiner la truite.

Il agit en fait comme Roger Vailland qui quittera aussi tout ce qui faisait sa vie avant la guerre pour aller s’installer dans un hameau du Bugey avec sa future femme Élisabeth Naldi, dite Lisina.

Un jeune homme seul

Dans le roman suivant, Un jeune homme seul, un homme, Eugène-Marie Favard, atteint sa rédemption dans la mort en retrouvant son honneur et en rejoignant la communauté des hommes et de la Résistance dans son sacrifice. C’est aussi l’histoire d’une prise de conscience d’un homme dont la jeunesse marquée par une mentalité étriquée d’un milieu petit-bourgeois, ressemble fort à celle qu’a vécue Vailland pendant sa jeunesse rémoise. Au mariage de son oncle, le jeune Favard, élève de seconde en 1923, découvre le fossé qui sépare la vie à Reims, milieu compassé dans une maison particulière et la vie à Paris chez sa grand-mère, qui sépare aussi la façon de vivre et les mentalités. On dit parfois que Vailland est entré en politique comme sa sœur voulait entrer dans les ordres. N’a-t-il pas parlé aux Allymes de « couvent laïc » ?

Pendant la guerre, en 1943, il est ingénieur aux chemins de fer, chef de dépôt à Sainte-Marie-des-Anges, - la gare d'Ambérieu-en-Bugey- habite une jolie maison mais porte toujours le poids de son isolement. Favard va supporter la défaite et l’occupation comme une malédiction, une punition qu’il faut bien accepter. Quand il prendra conscience de l’inanité de son comportement, de son aliénation, confronté à la police de Vichy qui enquête sur l’un de ses amis saboteur, il trouvera sa rédemption, mènera un combat personnel pour rejoindre dans la mort le combat collectif. Roman largement autobiographique donc, également dans la seconde partie où le chef de dépôt Eugène-Marie Favard, s’engage dans la Résistance et choisit l’héroïsme pour se sauver du désespoir et de l'alcool.

Voir aussi : - le livre de Francis Pornon, Un homme seul, sur les pas de Roger Vailland, Éditions Paroles d'Aube, 117 pages, 1995, - Un jeune homme seul, téléfilm de Jean Mailland, 1974

De Beau Masque à Beau Masque

Voici la présentation que fait lui-même Roger Vailland des prémices de son roman : « Au retour d'une longue croisière […], je m'étais installé, pour écrire le récit de mon voyage, dans un village de montagne, entre Savoie et Jura, La Grange-aux-Vents. Je me crus davantage à l'écart du monde et des batailles qui s'y livrent, que dans les îlots de l'océan Indien, d'où je revenais. Rien ne pouvait me faire pressentir le drame qui était en train de se nouer dans une vallée toute proche, qui devait éclater six mois plus tard, dont les échos allaient retentir dans le monde entier et à la Grange-aux-Vents, et qui fait l'objet de ce récit. »