Le puritanisme est un courant religieux chrétien qui s'apparente au calvinisme. Ses partisans désiraient « purifier » et « réformer » l'Église d'Angleterre du catholicisme à partir de 1559 et ont répandu leur doctrine en Nouvelle-Angleterre à partir de 1630.
Les partisans du puritanisme ont participé à la Réforme anglaise tout en s'opposant à l'Église anglicane officielle et à la monarchie anglaise, leur reprochant de ne pas aller suffisamment loin dans le sens de la Réforme protestante. Ils ont fini par être exilés du royaume d'Angleterre et certains sont partis s'installer sur le continent américain, fondant les premières communautés anglo-américaines à l'origine des États-Unis.
Leur héritage est divers. Alexis de Tocqueville voyait dans les puritains les fondateurs de la démocratie américaine en raison de leur attachement à l'éducation, à la liberté individuelle et à leur volonté de créer une organisation politique démocratique.
Le terme « puritain » a pris aujourd'hui le sens figuré, souvent péjoratif, de conduite de ceux qui professent une certaine pudibonderie et un rigorisme..
Définition et présentation générale Les puritains étaient des protestants anglais des qui cherchaient à purifier l'Église d'Angleterre des pratiques catholiques, soutenant que l'Église d'Angleterre n'avait pas été entièrement réformée et devait devenir plus protestante. Le puritanisme a joué un rôle important dans l'histoire de l'Angleterre, notamment pendant le Protectorate (1653-1659).
Les puritains étaient mécontents de la portée limitée de la Réforme anglaise et de la tolérance de l'Église d'Angleterre à l'égard de certaines pratiques associées à l'Église catholique romaine. Ils ont formé et se sont identifiés à divers groupes religieux prônant une plus grande pureté du culte et de la doctrine, ainsi qu'une piété personnelle et collective. Les puritains ont adopté une théologie réformée et, en ce sens, étaient calvinistes. En ce qui concerne le gouvernement de l'Église, certains prônaient la séparation entre les groupes puritains et toutes les autres dénominations chrétiennes établies afin de créer une Église autonome. Ces courants séparatistes du puritanisme devinrent prédominants dans les années 1640, lorsque les partisans du presbytérianisme furent incapables de forger une nouvelle Église nationale anglaise.
À la fin des années 1630, les puritains s'allient au monde des entrepreneurs et des commerçants alors en pleine expansion, mais aussi à l'opposition parlementaire à l'Église anglicane officielle et aux presbytériens écossais, avec lesquels ils ont beaucoup en commun. Ils sont devenus par la suite une force politique majeure en Angleterre et ont pris le pouvoir à la suite de la Première guerre civile anglaise (1642-1646). Presque tout le clergé puritain a quitté l'Église d'Angleterre après la Restauration de la monarchie Stuart de 1660 et l'Acte d'Uniformité de 1662. Beaucoup ont continué à pratiquer leur foi dans des dénominations non-conformistes, en particulier dans les églises congrégationalistes et presbytériennes.
Le puritanisme est un mouvement protestant de la fin du au début du Samuel S. Hill, Charles H. Lippy et Charles Reagan Wilson, Encyclopedia of Religion in the South, Mercer University Press, USA, 2005, .. S'inspirant du calvinisme, des théologiens anglais ont commencé une réforme théologique, liturgique, vestimentaire et architecturale des pratiques religieuses. Ils n'utilisaient cependant pas ce terme pour s'identifier eux-mêmes. La plupart des puritains vivaient en Angleterre. Le mouvement théologique puritain se trouve en lien avec l'Église presbytérienne qui est, elle, d'origine écossaise.
Le puritanisme n'a jamais été une division religieuse officiellement définie au sein du protestantisme, et le terme « puritain » lui-même était rarement utilisé après le tournant du . Certains idéaux puritains, y compris le rejet formel du catholicisme romain, ont été intégrés dans les doctrines de l'Église d'Angleterre ; d'autres ont été absorbés par les nombreuses dénominations protestantes qui ont vu le jour à la fin du et au début du en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne. Les Églises congrégationalistes, largement considérées comme faisant partie de la tradition réformée, descendent des puritains : Archiprêtre John W. Morris, « L'Église historique : Une vue orthodoxe de l'histoire chrétienne », Author House, 2011, p. 438.. De plus, les croyances puritaines sont inscrites dans la Déclaration de Savoie, la confession de foi tenue par les Églises congrégationalistes.
Histoire Origines et tentatives pour une réforme radicale de l'Église anglaise Après sa rupture avec le pape en 1531 sur la question de son divorce avec Catherine d'Aragon, le roi Henri VIII affranchit l'Église d'Angleterre de la tutelle de Rome en 1534. Cette rupture eut un effet qu'Henri VIII n'avait pas prévu : elle ouvrit une brèche pour les chrétiens anglais protestants qui voulaient réformer l'Église dans le sens des idées de Martin LutherHans J. Hillerbrand, Encyclopedia of Protestantism: 4-volume Set, Routledge, Abingdon-on-Thames, 2016, ..
La cause du protestantisme avança ensuite rapidement sous le règne de son fils Édouard VI. L'archevêque de Cantorbéry, Thomas Cranmer, publia le premier Book of Common Prayer (Livre de la prière commune) en , pour accélérer certaines des idées fondamentales de la Réforme continentale : retour à l'Église primitive des premiers temps prise comme modèle, volonté de rendre les Écritures accessibles en langue anglaise ainsi que l'introduction de la communion pour tous sous les deux espèces, le pain et le vin.
thumb|left|alt=Portrait de l'archevêque Cranmer âgé. Il a un visage long avec une longue barbe blanche, un grand nez, des yeux noirs et des joues roses. Il porte des habits cléricaux sous un manteau noir avec des manches blanches et un chapeau sur la tête|Thomas Cranmer, archevêque de Cantorbéry, exerça une profonde influence sur le roi Édouard VI.
Cependant, durant le règne de sa demi-sœur Marie Tudor (1553-1558), l'Angleterre revint au catholicisme romain. De nombreux protestants furent exécutés (Cranmer et d'autres grandes figures de la Réforme furent condamnés au bûcher), persécutés et contraints à l'exil en Europe. Là, ils furent influencés par les réformateurs calvinistes à Genève ou luthériens en Allemagne. Deux des livres les plus populaires du temps — la Bible de Genève (traduction annotée de la Bible élaborée à Genève) et le Livre des Martyrs de John Foxe — furent publiés à cette période.
La mort de celle qu'ils appelaient Bloody Mary (Marie la sanglante) et l'accession au trône d'Élisabeth en 1558 fut donc saluée avec enthousiasme par ces protestants. Mais ses premières actions, quoique rétablissant le protestantisme, déçurent ceux qui aspiraient à une vaste réforme sur le modèle presbytérien.
Le puritanisme semble avoir alors surgi du mécontentement causé par le Règlement élisabéthain de 1559 par lequel la reine réaffirmait l'indépendance de l'Église d'Angleterre à l'égard de Rome et détaillait la structure de cette Église : les protestants les plus radicaux y virent des concessions au « papisme ». Contrairement aux mouvements protestants continentaux, la Réforme anglicane maintenait en effet l'Église sous le contrôle de la monarchie par l'intermédiaire d'une hiérarchie épiscopale, tout en laissant intactes beaucoup de pratiques catholiques, deux points inacceptables aux yeux des puritains. Ils refusèrent d'appliquer entièrement les directives et formules rituelles du Book of Common Prayer. La mise en œuvre forcée et tatillonne du nouvel ordre liturgique les repoussa dans une attitude d'opposition affirmée.
Nombre de ces puritains — ainsi qu'ils furent appelés dans une controverse sur le vêtement de cérémonie aux alentours de 1560 où l'on moqua leur volonté de « purifier » les vêtements liturgiques — recherchèrent en vain l'appui du Parlement pour tenter d'instituer une forme de gouvernement de l'Église d'Angleterre proche du presbytérianisme. Le puritanisme anglais se tourna vers la prédication, publia pamphlets et libelles virulents, et commença à se distinguer de la pratique anglicane officielle. Son succès croissant fut également l'œuvre de ses protecteurs dans la noblesse et au parlement et de son influence dans les universités d'Oxford et Cambridge.
La question de la hiérarchie de l'Église était délicate : Élisabeth apporta son soutien au théologien Richard Hooker, auteur « des Lois de la politique ecclésiale » () contrant les arguments presbytériens. Hooker énonça une réfutation directe des « frères de l'Église de Genève » et dessina les grandes lignes d'une via media pour l'Église d'Angleterre. Cette via media, dont on critiqua la faible substance doctrinale, constituait un ensemble de règles spécifiquement ordonnées qui devint « l'épine dorsale » de l'anglicanisme.
Guerre civile anglaise et arrivée au pouvoir d'Olivier Cromwell
Parallèlement à la Réforme anglicane, l'Église d'Écosse avait été créée sur un modèle calviniste presbytérien, que les puritains espéraient étendre en Angleterre, ce qui aurait abouti à la disparition de la hiérarchie de l'Église anglicane et en particulier des évêques.
Le couronnement de Jacques VI d'Écosse comme roi d'Angleterre sous le nom de Jacques réveilla leurs espoirs. Mais à la conférence du château de Hampton Court en 1604, le roi, qui n'était pas puritain lui-même et qui se méfiait d'eux, rejeta leurs doléances d'une phrase : « pas d'évêque, pas de roi » (« no bishop, no king »). Il craignait en effet que l'abolition de la hiérarchie anglicane ait des conséquences politiques et entraîne la disparition de la monarchie.
Le roi autorisa la publication de la King James Bible, en langue vernaculaire, notamment pour renforcer l'orthodoxie anglicane contre la Bible de Genève. Celle-ci était devenue populaire chez les puritains alors même qu'elle possédait des traductions anti-royalistes et contenait des notes révolutionnaires.
La pression de l'Église d'Angleterre pour soumettre tous les sujets anglais à ses rites augmenta encore sous Charles sous l'influence de son archevêque William Laud, la via media anglicane étant appliquée partout avec force. Les puritains étaient vus comme des fauteurs de trouble mettant en péril l'unité de la monarchie et de l'Église et, à ce titre, ils furent sujets à une répression parfois féroce. Les peines d'emprisonnement étaient lourdes, accompagnées de la confiscation des biens et de châtiments corporels : notamment, on marquait au fer rouge le front des condamnés de la mention « S. S. » (« sower of sedition » - « semeur de sédition »). L'exil des puritains vers l'Europe continentale se poursuivait tandis que les premiers mouvements d'émigration vers l'Amérique commençaient en 1620, où ils fondèrent la colonie de la baie du Massachusetts, mais les idées puritaines continuaient à gagner du terrain en Angleterre.
Lorsque le conflit entre le Parlement et Charles dégénéra en véritable guerre civile en 1640, les puritains se hâtèrent de saisir l'occasion d'exhorter la nation à renouveler sa foi en Dieu. Le Parlement convoqua une assemblée d'ecclésiastiques et de laïcs, tous d'obédience calviniste, connue sous le nom de « Westminster Assembly », qui ne parvint pas à réformer totalement le gouvernement de l'Église.
Cependant, l'armée d'Oliver Cromwell, qui avait défait les forces royales, porta au pouvoir son général. Cromwell, lui-même puritain, favorisa largement le puritanisme et ne concéda qu'une très faible tolérance aux autres formes de christianisme. Le grand défenseur du puritanisme de l'époque fut le poète John Milton.
En 1644, les puritains prirent le contrôle du parlement anglais et bannirent la célébration du jour de Noël dans le pays, en raison des origines « papistes » de la fête, jusqu'en 1660, où elle fut rétablie par ..
Différentes tendances dissidentes apparurent, parmi lesquelles seul le groupe des quakers connut une prospérité durable.