La natation lors des Jeux olympiques de 1900, organisés dans le cadre de l'Exposition universelle de Paris, est pour la deuxième fois une discipline olympique. Elle figurait déjà au programme lors des premiers Jeux de l'époque moderne à Athènes en 1896, mais les épreuves sont différentes.

Les courses sont organisées sur la Seine entre Courbevoie et le pont d'Asnières-sur-Seine. Elles rassemblent , uniquement des hommes : et ; et .

Les et , se déroulent les séries puis les finales des et nage libre, du dos et du avec obstacles, ainsi que les épreuves du nage libre par équipes et de parcours sous l'eau. Les et , ont lieu les séries et finales du . Pour cette distance, une épreuve était prévue pour les , les règles de l'amateurisme étant très strictes. L'Australien Frederick Lane, le Britannique John Arthur Jarvis et le Hongrois Zoltán von Halmay dominent la compétition. Le Français Charles Devendeville, qui remporte le parcours sous l'eau, est le premier champion olympique de la natation française.

L'organisation des épreuves de natation a coûté et la valeur de l'ensemble des prix remis a été de . Elles ont attiré les premiers jours et jusqu'à pour les dernières épreuves. Au total, les billets vendus ont rapporté .

Organisation

Les épreuves de natation des Jeux olympiques de 1900 ont été organisées dans le cadre de l'Exposition universelle de Paris. Elles ont même été annoncées comme : les organisateurs avaient considéré que ce terme serait plus parlant pour le public. Les compétitions de natation étaient englobées dans les en général : ceux-ci comprenaient aussi l'aviron, le water-polo, la voile mais encore les concours de bateaux à moteur et la pêche à la ligne.

Le comité d'organisation avait pour président Léon Verdonck, président de la , comme secrétaire, le vice-président du club des Pupilles de Neptune de Lille, M. Paulus et comme secrétaire adjoint le secrétaire de la société de natation Libellule de Paris, M. Jubin. Ses membres étaient Hermann Barrelet, président de la société nautique d'Enghien-les-Bains, Edmond Caillat, Président de la Société d'encouragement au sport nautique, E. Dufraine, vice-président de la Fédération française des sociétés d'aviron, Edmond Fleutiaux, président de la commission de l'aviron à l'USFSA, Paul Guillemin, inspecteur général des ports et de la navigation de la Seine, M. Lagogué, secrétaire du comité international des régates de Paris, le député Léonce Levraud, Paul Maréchal, président de la Fédération française des sociétés d'aviron, M. Reingeissen, président du club de Saint-Denis, Emmanuel Rousseau, maître des requêtes au Conseil d'État et Édouard Sévin, ancien secrétaire du comité international des régates de Paris. Ce comité élabora le programme et le règlement, en amont ; il y eut des aménagements dans les dernières semaines avant les épreuves.

À Athènes, le concours de natation comprenait quatre épreuves (deux de dont une pour marins grecs, une de et une ). Le débat porta sur les différentes conceptions de la natation : une activité utilitaire, mettant l'homme (masculin) face aux éléments, vision de Pierre de Coubertin ou une activité sportive, vision plutôt britannique.

À Paris, sept épreuves étaient prévues les et . Le , au bassin d'Asnières (entre le ponton de la Société nautique de la basse Seine à Courbevoie en amont et le pont d'Asnières en aval), devaient se courir les nage libre en ligne droite ; nage libre avec virages ; cinq fois nage libre en ligne droite par équipe de cinq nageurs (le classement se faisait aux points en additionnant la place obtenue par chacun des nageurs) ; dos (cette nage fait alors son apparition aux Jeux olympiques) ; nage libre avec obstacles (les nageurs devaient passer sous une rangée de plusieurs barques et dessus une rangée d'autres barques) et enfin plongeon et parcours sous l'eau (les nageurs devaient parcourir maximum sous l'eau, un point étant attribué par mètre parcouru et deux points par seconde restée sous l'eau). Pour ces deux dernières épreuves et le par équipes, ce fut leur unique apparition aux Jeux olympiques. Ces deux épreuves « techniques » (avec obstacles et parcours sous l'eau) pourraient avoir été proposées dans le but de démontrer le caractère utilitaire de la natation. Le , au bassin de Suresnes, long de , devaient se dérouler les deux épreuves de nage libre en ligne droite : celle pour les amateurs et celle réservée aux professionnels. Ces épreuves longues correspondaient aussi alors au goût du public qui appréciait cet aspect « lutte de l'homme contre les éléments ».

L'Exposition universelle de 1900, dont dépendait l'organisation des épreuves de natation, avait alloué un budget prévisionnel de . Il avait cependant été prévu la possibilité d'augmenter, en raison de dépenses imprévues, ce budget initial d'une garantie supplémentaire de . Finalement, l'organisation des compétitions de natation (qui comprenait aussi l'organisation des matches de water-polo et d'une démonstration de plongeon) creusa un déficit s'élevant à . Le budget total s'éleva donc à . Les recettes liées à la vente de billets aux spectateurs s'élevèrent à .

En fonction des épreuves, les prix, et le nombre de nageurs récompensés, variaient. Ainsi, sur le les cinq premiers recevaient des objets d'art d'une valeur totale de . Pour les nage libre, avec obstacles et parcours sous l'eau, les cinq premiers recevaient des objets d'art d'une valeur totale de . Pour le dos, seuls les trois premiers recevaient des objets d'art d'une valeur totale de (de façon dégressive : pour le premier, pour le deuxième et pour le troisième). Seules les deux premières équipes du cinq fois étaient récompensées : cinq objets d'art d'une valeur de à la première et cinq objets d'art d'une valeur de à la seconde. Sur le amateurs, les trois premiers recevaient des objets d'art d'une valeur totale de tandis que chez les « professionnels », de l'argent était distribué : au premier, au deuxième et au troisième.

Engagements

En , le comité d'organisation fit imprimer un opuscule dans lequel figurait le programme. Il le fit envoyer à tous les clubs et journaux sportifs du monde. Il entra en contact avec les différentes associations nationales qui lui servirent de relais : la Fédération allemande de natation, l’ et la britanniques, le , le Nederlandsche Zwembond, les italiens, la Dansk Idræts Forbund, ainsi que des organismes autrichiens, américains, hongrois et suédois. En France, le relais fut assuré par la et la Libellule de Paris.

Au printemps 1900, il semblait qu'il y aurait peu d'inscrits. Finalement, fin juin, début juillet, le mouvement s'accéléra pour atteindre et venus de quatorze pays : et ; et ; les venus faire une démonstration de leur sport sont parfois inclus dans le calcul des nageurs, pour un total donc de . Les inscriptions furent clôturées trente jours avant le début prévu des épreuves. Il en coûtait un franc par engagement à une course et cinq francs pour une équipe.

Il y avait ( et un professionnel) pour un total de , plus une inscription dans l'épreuve par équipes. Les nageurs britanniques étaient aussi 14 ( et ) pour un total de individuels plus deux équipes. L'Australie n'avait qu'un seul représentant, amateur, engagé dans trois courses. L'Autriche alignait trois nageurs amateurs sur 11 courses. La Belgique n'avait elle aussi qu'un athlète amateur engagé sur trois courses. Le seul nageur amateur danois n'était inscrit qu'à une seule épreuve. Les États-Unis alignaient trois amateurs et un professionnel sur sept courses. Il y avait ( et ) pour un total de individuels plus trois équipes. Il y avait deux nageurs amateurs hongrois engagés dans cinq courses. Trois nageurs amateurs italiens étaient engagés dans une épreuve chacun. Les Pays-Bas avaient quatre nageurs amateurs engagés sur cinq courses. L'unique nageur amateur suédois disputait deux courses tandis que le seul nageur amateur suisse n'en courait qu'une seule. Le seul nageur néo-zélandais était quant à lui un professionnel.

Les nageurs (sauf ceux engagés sur le des ) devaient prouver leur qualité d'amateur : n'avoir jamais disputé ou organisé une course rétribuée en espèces ; n'avoir jamais échangé une médaille ou coupe remportée contre de l'argent ; n'avoir jamais concouru contre des professionnels ; n'avoir jamais enseigné en étant rémunéré la natation et ne pas être employé par un établissement de bains. Les clubs des sportifs devaient certifier cette déclaration d'amateurisme et à défaut les autorités du pays pour les nageurs n'appartenant pas à un club. Ces règles correspondaient à celles mises en place par les premières structures britanniques organisant la natation : dès 1869 par la devenue la puis rappelées en 1886 lors de la création de l'. Cette définition stricte de l'amateurisme était un moyen d'exclure les nageurs issus des classes plus populaires, qui avaient souvent alors besoin de vivre de leur sport.

Déroulement Organisation et règlement

Les nageurs étaient à la disposition du jury durant toute la durée des épreuves : un nageur ne répondant pas à l'appel était déclaré forfait. Ce jury, présidé par M. Paulus comprenait quinze personnes, dont dix Français : MM. Bonnot, Boursier, Bouvelle, Eugène Colusse Coolen, Pierre Giffard, Louis Marc, Georges Moëbs, Terrier, Vuillaume et Wachmar ; le Britannique D. Lewis, président du Delphin Swimming Club, le Belge Oscar Grégoire président du Brussels Swimming and Water-polo Club ; le Néerlandais J. De Groot, président du Rotterdamnsche Swenclub et le sculpteur italien Giuseppe Cantù, vice-président de l'organisation italienne des . Le chronométreur officiel était M. Jubin.

Ce jury fut convoqué le sur les lieux de la compétition, le bassin d'Asnières, pour se familiariser avec les conditions de course et surtout procéder aux derniers réglages et modifications. En effet, la longueur du bassin avait été modifiée : elle n'était plus que de , contrairement aux annoncés dans le programme. De même, les jours de compétition avaient été modifiés aux samedi , dimanche , jeudi et dimanche au lieu des dimanches et annoncés. Dès le , le jury fit parvenir à chaque nageur une carte avec l'ensemble de ses engagements lui indiquant les lieux et heures auxquels il était convoqué. Dans la semaine du au , le jury envoya aux journaux les rectificatifs concernant les dates des épreuves. Il fit aussi installer tout le matériel nécessaire à l'organisation des compétitions : ponton, tente et marquage du « bassin » de . Cependant, il semblerait que la taille du bassin aurait pu ne pas être correctement mesurée. En effet, le temps réalisé par le vainqueur du , Frederick Lane, en , a été très rapide, meilleur que tous ses autres temps alors, surtout on considère que la moitié de cette course a été nagée face au courant et que le virage se faisait autour d'un poteau. Enfin, des tribunes furent érigées sur la rive gauche de la Seine, juste en amont du pont d'Asnières pour accueillir le public. Un plongeoir de fut aussi construit pour la démonstration prévue par l'équipe suédoise de plongeon.