vignette|Variétés germaniques occidentales dans l'Antiquité. Le francique ou vieux-francique est historiquement la langue originelle des Francs saliens, une langue non attestée, si ce n'est par l'inscription runique de Bergakker (une courte phrase) et par quelques gloses dans le texte latin de la loi salique. Elle est classée dans le groupe bas-allemand, d'où son autre nom de vieux bas francique ou ancien bas francique..
Dans la nomenclature linguistique, le mot « vieux » ou « ancien » fait référence à l'ancienneté et le mot « bas » à des critères géo-linguistiques : des mutations consonantiques (ou absences de telles mutations) propres aux régions germaniques basses (peu montagneuses, proches de la mer du Nord).
Cette langue est considérée comme l'ancêtre ou proche de l'ancêtre des différents dialectes du bas francique moderne, dont font partie le néerlandais et les dialectes flamands.
Le (vieux-)francique, langue des Francs, ne doit pas être confondu avec les « langues franciques » dans leur ensemble : ce dernier terme désigne en effet de manière plus large divers dialectes ou langues actuelles considérées comme des langues germaniques occidentales et dont l'aire de diffusion va de l'Allemagne à la France, au Luxembourg et à la Belgique. Une partie de ces dialectes est aussi classée par les linguistes dans les groupes du moyen allemand et du haut allemand, et font référence à des territoires où se sont installés ultérieurement les Francs plutôt qu'à une ascendance linguistique.
Le vieux francique, encore appelé vieux bas francique (la langue des Francs saliens), est une proto-langue, une langue reconstituée, puisqu'il n'en existe plus de traces écrites alors que le vieux haut allemand (la langue des Francs rhénans puis de Charlemagne) est une langue attestée par de nombreuses traces écrites datant de 750 à 1050..
Historique Le concept de « langue francique » (peut-être déjà scindée en dialectes) est généralement associé à celui du peuple des Francs et fait partie en tant que tel du sous-groupe linguistique dit bas-allemand, bas signifiant « du nord, proche de la mer, des basses terres », puisque les historiens localisent les premiers Francs en ces lieux. Cependant, selon l'historien ., une partition entre Francs saliens (dialecte bas-francique) et Francs rhénans (dialecte du vieux haut allemand) avait disparu au cours du , l'identité salienne n'avait plus de consistance à l’époque de Clovis.
Cependant, les linguistes désignent également sous le nom de « franciques », aussi bien certains dialectes bas-allemands que moyen-allemands et allemands supérieurs. Leur point commun est d'être parlés dans des régions ayant été autrefois colonisées par les Francs. On préfèrera donc pour décrire la langue initiale et historique l'expression de vieux bas francique.
Il ne faut pas confondre le terme francique avec celui de franconien qui désigne, en français, uniquement le dialecte haut-allemand de Franconie, à savoir le francique oriental. Si la plupart des Francs du premier millénaire parlaient des dialectes bas-allemands, Charlemagne (ayant de par sa mère des origines rhénanes) et les siens parlaient des dialectes haut-allemands.
Antérieurement à Charlemagne, les Francs s'exprimaient donc dans une langue (peut-être différents dialectes) que les spécialistes rattachent au groupe linguistique dit bas-allemand, plus précisément le sous-groupe bas-francique auquel appartient le néerlandais.
On a cru longtemps que ce francique-là n'avait pas de forme écrite. Cependant, la découverte de l'inscription runique de Bergakker qui daterait des années 425-450 pourrait démentir ce postulat. Il en subsiste également quelques mots et phrases, par exemple dans la Lex Salica, la Loi salique. Grégoire de Tours lui-même n'en cite que deux termes tout au plus.
Les pays d'élection des Francs au temps de Clovis étaient le nord de la Belgique, région connue de nos jours comme la Flandre et le sud des Pays-Bas actuels. On sait par exemple que l'empereur Julien les a admis dans les régions de la Betuwe et la vallée de l'Escaut en 358.
Ces Francs ne constituaient pas un peuple clairement délimité. Aussi est-il probable que plusieurs variantes linguistiques, ou dialectes, aient cohabité. Il existait ainsi un groupe occidental, les Saliens, qui se disséminèrent en partie dans des territoires dont le parler roman est devenu par la suite la langue d'oïl ; et il existait par ailleurs un groupe oriental, les Ripuaires. La Flandre moderne connaît encore quatre dialectes bien distinctsCf. . Sous Charlemagne, les Francs de la région rhénane s'étaient davantage répandus parmi les autres peuples germaniques. Ils gardèrent une langue germanique dans des territoires où les variantes linguistiques étaient déjà du bas allemand, du moyen allemand et de l'allemand supérieur.
Dans les Serments de Strasbourg, datant de 842, peu après la mort de Charlemagne, le texte en theodisca lingua est rédigé dans un francique rhénan de l'époque, rattaché au moyen allemand (Mitteldeutsch). Ainsi le francique rhénan était la langue maternelle de Charlemagne, parce que cet empereur franc avait vécu sur les terres rhénanes, et non parce que la langue initiale des Francs aurait été le francique rhénan.
Par conséquent, déjà à l’époque carolingienne, le terme francique est une notion historique qui ne correspond pas à un groupe linguistique germanique unique, ni même à une zone géographique distincte.
Mots français d'origine francique Voici quelques mots d’origine francique, la langue des Francs ayant contribué à la formation de la langue française. On dénombre actuellement environ quatre cents mots d'origine francique en françaisSandrine Zufferey et Jacques Moeschler, Initiation à la linguistique française, 2 éd., Armand Colin, 2015, 4.4.. Le vieux bas francique, dont ils sont issus la plupart du temps, se perpétue pour l'essentiel dans le néerlandais.
Suivant la tradition en linguistique comparée, les étymons hypothétiques, reconstitués à partir de mots tirés de différentes langues-sœurs, sont précédés d'un astérisque (*). préfixe *misi- (cf. allemand miss-, anglais mis-) : mépriser, médire, mésentente, mésalliance, mésaventure ban « territoire soumis à une autorité, interdiction, déclaration publique » et ses dérivés (bannir, banal) < ban « proclamation »Trésor de la langue française : Dictionnaire de la langue du (1789-1960), 16 vol., s. la dir. de Paul Imbs et Bernard Quemada, Paris, CNRS, 1971-1994 ; TLF informatisé. ; cf. moyen néerlandais, vieux haut allemand ban « arrêt judiciaire, proclamation » ; moyen néerlandais bannen, vieux haut allemand bannan « proclamer ; convoquer des troupes » < *banda « lien » ; cf. néerlandais band « lien" » ou encore bende "bande" (péjoratif), allemand Band « bande » bâtir, bastille < *bastian « nouer avec des morceaux d'écorce, entrelacer des fibres libériennes », de *bast « liber ; ficelle de chanvre » ; cf. moyen néerlandais besten « rapiécer », ancien haut allemand bestan « rapiécer, rafistoler » ; néerlandais bast « liber », allemand Bast beffroi < *bergfrid, littéralement « qui garde la paix » ; cf. ancien haut allemand ber(g)frit « tour de siège », moyen bas allemand berchvrēde blanc < *blank « clair, brillant » ; cf. néerlandais blank « de couleur claire ; brillant », allemand blank « propre ; vide » < *blaso « torche » ; cf. moyen haut allemand blas « torche », anglais blaze « grand feu » < anc. fr. blou (au fem. blève) < *blāo ; cf. néerlandais blauw, allemand blau < *bord « bord d’un vaisseau » > bordée, renforcé postérieurement par l’ancien scandinave borth ; cf. néerlandais boord, allemand (nord) Bort, dont dérivent les mots bâbord (du néerlandais bakboord) et tribord (du néerlandais: stuurboord) bouter < *bōtan « frapper, pousser » ; cf. néerlandais boten, allemand (sud) boßen brandir, brandon < *brand « tison » ; cf. néerlandais brand « feu », allemand Brand canif < *knif « couteau » (cf. vieux norrois knífr, anglais knife, danois, suédois kniv) < *krampo « crochet, fermoir » ; cf. néerlandais flamand kramp « crochet de fermeture à glissière », allemand Krampf « crampe » < *kribbia « mangeoire » ; cf. néerlandais krib(be), allemand Krippe cresson < *kresso « cresson » ; cf. néerlandais kers, allemand Kresse < *krok « crochet » ; cf. vieux norrois krókr (d’où le suédois krok, danois krog) cruche < *krūkka (de même sens) danser < *dansōn « tirer ; traîner » ; cf. ancien haut allemand dansōn « tirer, étirer », allemand gedunsen « bouffi, boursouflé » < *daroþ « arme de jet » ; cf. vieil anglais daroþ, ancien haut allemand tart, vieux norrois darraðr. L'anglais dart vient du françaisTerry F. Hoad, The Concise Oxford Dictionary of English Etymology, Oxford University Press, 1986 (multiples rééd.), - 113.. détacher, attacher < *stakka « pieu » ; cf. néerlandais staak « perche », allemand Stake(n) échanson < *skankio ; cf. loi salique scancio, ancien haut allemand scancio, allemand Schenke ; néerlandais schenken « verser ; faire don », allemand schenken « faire don » écran < *skrank ; cf. néerlandais schrank, allemand Schrank « placard », Schranke « barrière ». L’anglais screen procède de l’ancien français. < *skūm « mousse » ; cf. néerlandais schuim « mousse », allemand Schaum « écume ». épieu < *spiot « rôtissoire, crampon » ; cf. moyen néerlandais spiet, allemand Spieß éperon < *sporo ; cf. néerlandais spoor, wallon sporon, allemand Sporn « éperon » épier < *spehōn « observer avec attention » ; cf. moyen néerlandais spien, néerlandais spieden, allemand spähen (l'anglais spy vient du français) escrime < italien scrima « art de manier l'épée » < anc. fr. escremie « combat », de escremir « combattre » < *skirmian « défendre, protéger en combattant » ; cf. néerlandais schermen (« protéger »), allemand schirmen étal(age) < *stal « position » ; cf. néerlandais stal, allemand Stall étron < *strunt (de même sens) ; cf. néerlandais stront, wallon strî < *standhard « stable, fixe »; voir le néerlandais stand hard qui signifie « tient ferme » < *fano « étoffe » ; cf. néerlandais vaan « drap », allemand Fahne « drapeau » farder < *farwian « colorer, teindre » ; cf. néerlandais verven « teindre », allemand färben « colorer » fauteuil < *faldistōl « chaise pliante » ; cf. néerlandais vouwstoel, allemand Faltstuhl, anglais faldstool fief < *fehu « bétail » ; cf. néerlandais vee, allemand Vieh « cheptel (vif ou mort) ; biens meubles » < *fliekka « arme de trait » ; cf. moyen néerlandais vlie(c)ke « penne, rémige ; arme de trait », néerlandais brabançon vleek « pièce latérale d’une serrure » frais < *frisk ; cf. néerlandais vers, allemand frisch framboise < *brambasi « mûre de ronce » ; cf. néerlandais flamand braambes, allemand Brombeere « mûre », avec influence du f- de fraise sur l’initiale (le néerlandais contemporain framboos provient à son tour du français). frapper < *hrap(p)an « arracher » ; cf. néerlandais rapen « ramasser », luxembourgeois rappen, allemand raffen « saisir, attraper » frette < anc. fr. fraite « lanière ou corde entrelacée autour des jambes pour maintenir les souliers ou les houseaux » < frq. *fetur ; cf. néerlandais veter « lacet, ficelle », allemand (vieux) Fesser (mod. Fessel) « fers, entrave » gâcher < *waskan « mouiller, laver », sens conservé dans l’expression gâcher le mortier. Même origine que l’allemand waschen et l’anglais wash galop(er) < *walalaupan, composé de wala « bien » et laupan « courir » ; cf. néerlandais wel lopen « bien courir », allemand wohl et laufen, même chose. gant < *want « moufle, mitaine » ; cf. néerlandais want « mitaine », wallon want [wɒ̃], allemand Wanten « linceul ». Les Francs avaient l'habitude de remettre une paire de gants en symbole de la remise d'un bien-fonds. Gant était dès le début un terme juridique de la saisine (investiture)Site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.