André Routis, né le à Bordeaux et mort le dans le arrondissement de Paris, est le quatrième boxeur français à devenir champion du monde de boxe anglaise. En 1928, il est sacré dans la catégorie des poids plumes en battant Tony Canzoneri au terme d'un combat épique au Madison Square Garden de New York.

Orphelin à l'adolescence, André Routis s'essaie à la boxe anglaise parmi d'autres sports. Ses premiers combats amateurs l'incitent à s’y entraîner plus sérieusement. Prometteur boxeur du Sud-Ouest de la France, sa carrière pugilistique prend un tournant lors de son service militaire à Casablanca où il rencontre l'ancien champion d'Europe Louis de Ponthieu. L'entraîneur apprend un autre style de boxe au Bordelais, dans l'agression constante, qui le fait progresser rapidement jusqu'à affronter le champion européen incontesté Charles Ledoux auquel il résiste jusqu'à la fin du combat. Sa carrière pugilistique se poursuit sous la direction de Robert Eudeline à Paris où il s'impose comme l'un des meilleurs boxeurs français de sa catégorie. Après un deuxième échec contre Charles Ledoux, il le détrône et s'empare du titre de champion de France des poids coqs de son rival. Malgré ce triomphe, Routis est boudé dans la capitale et part tenter sa chance en Amérique.

Son accueil aux États-Unis est excellent, les sportifs américains apprécient son style. L'influent promoteur Tex Rickard le fait régulièrement combattre contre les meilleurs boxeurs de sa catégorie. Le , André Routis devient champion du monde à la surprise générale, des deux côtés de l'océan Atlantique. Le Français conserve sa ceinture mondiale un an, la défend avec succès une première fois contre Buster Brown avant de s'incliner face au jeune Battling Battalino en . Un mois plus tard, André Routis met un terme à sa carrière de boxeur après une opération d'un décollement de rétine à l'œil droit. Il ouvre en face du Palais des Sports le café « Chez Routis », qu'il fait prospérer. Manager de plusieurs boxeurs et investi dans l'enseignement de la boxe, il meurt d'une crise cardiaque le jour de son anniversaire.

Biographie Jeunesse Fils de Jean Routis et Philadelphie Lafond, André Routis naît le à Bordeaux. Son père est magasinier à l'École de la santé de la marine.. Le jeune André étudie à l'école Saint-Charles.. Son éducation terminée, André Routis embrasse la profession de serrurier et travaille aux chantiers Dyle et Bacalan. Sa vie bascule lorsque son père est tué dans la Grande Guerre en et que sa mère meurt d'émotion douze heures après avoir appris le décès de son mari. Élevé par un oncle et une tante, propriétaires d'un bar du Vieux-Bordeaux, l'orphelin entre à l'usine comme ajusteur.. L'adolescent s'essaie d'abord au football en tant qu'avant-centre pour l'Étoile sportive de Talence lors des saisons 1915-1916 et 1916-1917. Il participe à quelques courses cyclistes pour le club de l'Étoile Sportive de Cadaujac et a l'occasion de mettre les mitaines pour s'amuser dans des salles de boxe anglaise lors de la réouverture du Cercle athlétique bordelais en ..

Débuts prometteurs Le , André Routis fait son premier combat en public à la salle Saint-Paul où il bat Blanchard par abandon au quatrième round. À la suite des incitations à poursuivre la boxe de ses amis, il consent à faire quelques combats. L'Occitan s'entraîne pour la première fois chez le professeur Bouen. Le , il bat Fillatreaux aux points et devient détenteur de la ceinture d'honneur du Cercle athlétique bordelais. Trois semaines plus tard, Routis fait match nul au Stadium avec Huysset. Le , il bat Demarty à Royan par knockout au quatrième round. Ces victoires l'incitent à continuer la boxe. À la foire, il affronte officieusement l'ancien champion hollandais Harry Roose et le prend de vitesse en deux rounds. Vexé, ce dernier lui lance un défi. Le combat est organisé à l'Alhambra le . Envoyé au tapis d'un crochet du gauche dès la première reprise, André Routis s'incline aux points contre le vétéran hollandais..

Le , le Bordelais enchaîne à la salle Franklin en étant déclaré vainqueur d'Yves Cram, champion amateur de Paris. Le même mois, André Routis s'impose comme le champion 1919 du Cercle Athlétique Bordelais et le champion amateur de la Côte d'Argent. Les succès s'accumulent, contre Mora le puis contre le vétéran Georges Gloria, venu remplacer le champion de France Barrot, qu'il fait abandonner à la huitième reprise. Le , le Bordelais signe professionnel sous la direction de Charles Bonnaudin, la Fédération française de boxe lui octroie la licence .. Trois jours plus tard, Routis est la tête d'affiche d'une délégation de boxeurs du Sud-Ouest de la France pour ses débuts sur un ring parisien.. Il subit une défaite des mains d'Émile Juliard, alors challenger du champion de France Albert Bouzonnie, après s'être abîmé la main dans la quatrième des dix reprises..

Le , le Wonderland bordelais organise à l'Alhambra le combat entre l'espoir bordelais et le champion de France Albert Bouzonnie.. Les deux boxeurs se rendent coup pour coup. L'arcade sourcilière de Routis est fendue au cinquième round sur un coup de tête involontaire. Le boxeur local use de son bras gauche pour arrêter les enchaînements de Bouzonnie et de droites au corps, ce qui lui permet d'arracher un match nul contre le champion de France en titre.. Considéré comme un , Routis met knockout Gloria et se place comme un sérieux prétendant au titre de champion de France...

Déclic marocain Mécanicien, André Routis effectue son service militaire dans l'aviation au Maroc. Tout de suite apprécié de ses chefs, il est encouragé à poursuivre sa carrière pugilistique en Afrique du Nord. Soutenu par le Maréchal Hubert Lyautey, Routis retrouve Louis de Ponthieu à Casablanca. Arrivé au Maroc en tant que poids mouche, le bordelais s'étoffe physiquement sous les ordres de Louis de Ponthieu jusqu'à devenir un solide poids coq. L'ancien champion d'Europe lui apprend la méthode de combat dite , la recherche du corps-à-corps, que lui a enseigné Frank Erne.

Au cours d'une permission à Paris, il saisit sa chance en remplacement de Charles Ledoux pour affronter le champion d'Angleterre Harry Lake qu'il bat aux points pour le compte du Challenge Desborough.. De retour à Casablanca, Routis bat Young Blaise, Robert Dastillon à deux reprises et met knockout Julien Couleaud qui l'a battu sur disqualification quelques semaines plus tôt.

Le , André Routis est battu aux points par Charles Ledoux après un combat disputé de quinze reprises au milieu des arènes de Casablanca remplies par huit mille spectateurs dont le maréchal Lyautey.. Dès la deuxième reprise, le boxeur bordelais est envoyé au tapis sur un crochet du gauche à la mâchoire de Ledoux et se relève au compte de neuf secondes... Dans les reprises suivantes, Routis touche fréquemment le champion d'Europe, jusqu'à lui fermer l'œil gauche dans le huitième round.. Ses efforts sont néanmoins insuffisants pour battre Charles Ledoux qui s'impose nettement aux points.

Dans l’ombre de Cyclone Ledoux vignette|gauche|alt=Deux hommes se tiennent debout côte à côte, mains derrière le dos.|Charles Ledoux (à gauche) et André Routis (à droite) en 1924. Après cette performance, le boxeur bordelais rentre à Paris avec Louis de Ponthieu.. À la rentrée, il est attendu dans la capitale avec le statut de celui qui a réussi à tenir en échec le champion d'Europe.. À son retour en France, un ami commun s'emploie activement auprès de Robert Eudeline pour qu'il en fasse un pensionnaire de son écurie à l'étoile noire dont la tête d'affiche est Eugène Criqui.. Après avoir dominé Edouard Prié, André Routis rejoint l'écurie d'Eudeline à Montmartre.. Routis s'installe dans l'appartement de l'entraîneur motocycliste Henri Nass, au 22 rue Nélaton.. L'aspirant champion est attiré par le Vélodrome d'Hiver où il s'attache d'amitiés avec de nombreux cyclistes dont Robert Grassin.

Le au Vél' d'Hiv’, Routis s'incline à la stupéfaction générale par knockout face à Michel Montreuil, champion de Belgique des poids coq, sur un direct au front dans la deuxième reprise... Un mois plus tard dans la même enceinte, le boxeur bordelais restaure sa réputation en mettant Charles Piet hors combat avec aisance.. La semaine suivante, Routis s'illustre à Londres avec une magnifique victoire par KO sur le Britannique Johnny Chrislett..

Dans une rencontre organisée à Casablanca, considérée comme la demi-finale du championnat d'Europe, André Routis prend un net avantage sur Émile Juliard avant qu’il abandonne d'une étrange manière dès la troisième reprise.. Challenger officiel de Ledoux, Routis accepte de rencontrer le Lyonnais Eugène Julien, vainqueurs à deux reprises de Juliard, pour prouver qu’il est bien le boxeur qualifié pour rencontrer le champion.. Dominateur dès les premiers échanges du combat, le Bordelais écarte son adversaire de la lutte pour le titre...

Après avoir subi une nouvelle défaite pour le compte du championnat d'Europe des poids coqs par Charles Ledoux, André Routis doit se défaire de Pierre Calloir pour s'imposer comme le prétendant au titre de champion de France des poids coq. Après un match nul., Routis est déclaré une première fois vainqueur après la disqualification de Calloir sur un coup bas., il s'impose à Lyon à la décision des juges. et obtient une nouvelle tentative de mettre fin à la suprématie du champion. En , André Routis affronte une nouvelle fois son rival Charles Ledoux dans une longue bataille de vingt reprises équilibrée de laquelle aucun des deux boxeurs ne réussit à faire de nette différence.. En étant désigné nouveau champion de France des poids coq par les juges, l'espoir bordelais met un terme au règne de treize ans du vétéran adulé... La décision des juges est contestée par le public qui ne s'attend pas à voir Ledoux battu.. Trois mois plus tard, le nouveau champion tricolore démontre sa supériorité devant le jeune Édouard Mascart avant que celui-ci soit disqualifié pour un coup bas..

Champion boudé vignette|droite|alt=Photographie en noir et blanc de spectateurs assis autour d'un ring de boxe sur lequel deux boxeurs combattent.|André Routis et Henry Hébrans s'affrontent en extérieur à Deauville dans un des combats majeurs de l’année 1924 en France. En constante difficulté pour être au poids demandé pour la catégorie des poids coqs, André Routis fait ses débuts dans la catégorie supérieure, celle des poids plumes, en à Deauville. Il y est opposé en extérieur au champion d'Europe belge Henry Hébrans dans un combat sans titre en jeu.... Le Bordelais contredit les pronostics et gagne une nette victoire aux points. La revanche contre Édouard Mascart en octobre se conclut sur un match nul accueilli positivement par les spectateurs... Malgré ses succès, la capitale manifeste une formelle antipathie au champion de France des poids coqs.

Le boxeur bordelais est moins actif lors de l'année 1925, certains évoquent ses prétentions financières importantes, d'autres que ses adversaires se « dégonflent ».. La relation détériorée entre Robert Eudeline et François Deschamps n’y est pas étrangère. Par rancœur, Deschamps refuse que son boxeur Charles Ledoux relève son défi pour le titre de champion de France des poids plume en janvier. La presse sportive, qui ne souhaite pas se mettre à dos le manager de la vedette Georges Carpentier, opte pour le camp de ce dernier. L'Humanité dénonce une conspiration du silence autour des performances d'André Routis..