thumb|Un horreum reconstruit à Saalburg (land de Hesse, Allemagne). Un (pluriel ) est un entrepôt de l'époque romaine. Bien que le terme latin évoque souvent le grenier à grains, les horrea étaient également utilisés pour stocker d'autres types de biens. Ainsi, les à Rome abritaient du grain mais aussi de l'huile d'olive, du vin, des vivres, des vêtements et même du marbre Lawrence Richardson, A New Topographical Dictionary of Ancient Rome, p. 193. JHU Press, 1992. ..
Historique Les premiers horrea furent construits à Rome à la fin du , entre 193 et 174 av. J.-C. au sud de l'Aventin près du Tibre. Le premier horreum public fut celui construit par le tribun Caïus Gracchus en 123 Le mot était alors associé à un lieu destiné à la conservation des biens ; il pouvait être une cave (horrea subterranea), mais aussi un endroit où on stocke des œuvres d'artPline le Jeune, Epist. VIII.18 ou même une bibliothèqueSénèque, Epist. 45.
À la fin de l'Empire, Rome comptait 290 horrea, ceci afin de répondre aux nombreux besoins de la villeSelon les inventaires Curiosum urbis Romae regionum XIIII de 357 et Notitia urbis Romae de 354. Les plus grands de ces entrepôts étaient gigantesques même selon les normes actuelles : les Horrea Galbae comportaient 140 pièces au rez-de-chaussée sur une surface totale de David Stone Potter, D. J. Mattingly, Life, Death, and Entertainment in the Roman Empire, p. 180. University of Michigan Press, 1999. . Lorsque l'empereur Septime Sévère décéda en 211 , on raconte qu'il laissa assez de nourriture dans les horrea pour approvisionner toute la population de Rome (un million d'habitants selon les estimations les plus courantes) pendant sept ans Guy P.R. Métreaux, "Villa rustica alimentaria et annonaria", in The Roman Villa: Villa Urbana, ed. Alfred Frazer, p[. 14-15. University of Pennsylvania Museum of Archaeology, 1998. . Cela nous donne une idée de la place disponible.
Certains horrea publics fonctionnaient un peu comme des banques, comme dépôt d'objets précieux. Les plus nombreux étaient toutefois ceux où l'État stockait et distribuait les aliments comme le grain ou l'huile d'olive William Smith, A Dictionary of Greek and Roman Antiquities, p. 618. John Murray, London, 1875..
Des bâtiments similaires (même s'ils étaient plus petits que ceux de Rome) étaient courants dans les villes, les cités et les forts de l'empire. Des exemples bien préservés ont été fouillés près du mur d'Hadrien en Angleterre, notamment dans les forts de Housesteads, Corbridge et South Shields David Soren, A Roman Villa and a Late Roman Infant Cemetery, p. 209. L'Erma di Bretschneider, 1999. . En France, un horreum souterrain (donc plutôt un cryptoportique) a été découvert à NarbonneL'horreum de Narbonne, rue Rouget de l'Isle .
Vu les besoins insatiables de Rome, la quantité de marchandises en transit dans certains horrea de la ville était énorme. On estime que la colline artificielle de Monte Testaccio à Rome qui se trouve derrière le site des Horrea Galbae contient les restes d'au-moins 53 millions d'amphores d'huile d'olive, amphores qui ont servi à importer 6 milliards de litres d'huileBryan Ward-Perkins, The Fall of Rome: And the End of Civilization, pp. 91-92. Oxford University Press, 2005. ..
Architecture et dénomination
Les horrea de Rome et de son port Ostie avaient deux étages ou plus. Ils possédaient des rampes plutôt que des escaliers, afin de faciliter l'accès aux étages supérieurs. Les horrea pour le grain étaient construits sur piliers afin de réduire les risques d'humidité et donc de perte. De nombreux horrea servaient également de zones de commerce avec des rangées de petits magasins (les tabernae) disposés autour d'une cour intérieure centrale. Certains étaient même assez élaborés, se rapprochant sans doute de nos galeries marchandes modernes. D'autres, comme ceux d'Ostie, n'avaient pas de cour centrale et présentant des rangées de tabernae dos-à-dos. Au Moyen-Orient, les horrea suivaient un autre plan, avec une seule rangée de tabernae très profondes, toutes ouvertes sur le même côté, ils reflétaient un style architectural qui était très répandu dans les palais et les complexes religieux de la région. Claridge, Amanda (1998). Rome: An Oxford Archaeological Guide, First, Oxford, UK: Oxford University Press, 1998, p. 55. .
La sécurité et la protection contre le feu étaient les premiers soucis. Les horrea avaient souvent des murs très épais (jusqu'à un mètre) pour écarter les risques d'incendie. Les fenêtres étaient toujours très étroites et placées très haut pour décourager le vol. Les portes étaient protégées par des systèmes complexes de serrures et de verrous. Même les horrea les plus grands ne disposaient que de deux ou trois portes extérieures qui étaient souvent très étroites et n'autorisaient pas l'entrée de charrettes. Le déplacement les marchandises dans, hors ou à l'intérieur des horrea était très probablement accompli manuellement. Les horrea les plus grands avaient donc de grandes équipes de travailleurs.
Les horrea romains étaient dénommés individuellement. Parfois leurs noms nous renseignent sur le contenu, comme candelaria pour la cire, chartaria pour le papier ou piperataria pour le poivre. D'autres étaient baptisés du nom d'empereurs ou d'autres membres de la famille impériale, comme les Horrea Galbae, qui furent appelées ainsi d'après l'empereur Galba. Deux affranchis Epagathus et Epaphroditus (probablement les propriétaires) ont donné leurs noms à un horreum particulièrement bien conservé d'Ostie Regio I - Insula VIII - Horrea Epagathiana et Epaphroditiana.
Bibliographie
RICKMAN, G., Roman Granaries and store buildings, Cambridge, 1971 SALIDO DOMINGUEZ, J., La investigación sobre los horrea de época romana: balance historiográfico y perspectivas de futuro, 2008, CUPAUAM 34, 105-124. “Los graneros militares romanos de Hispania”. En MORILLO, A., HANEL, N. & MARTÍN, E., (eds.): Limes XX. Estudios sobre la Frontera Romana. Anejos de Gladius 13. Volumen 2. Madrid, 2009, 679-692. . (2008): “Los sistemas de almacenamiento y conservación de grano en las villae hispanorromanas”. En FERNÁNDEZ OCHOA, C., GARCÍA-ENTERO, V. & GIL SENDINO, F., (eds.): Las villae tardorromanas en el Occidente del Imperio. Arquitectura y función. IV Coloquio Internacional de Arqueología de Gijón. 26, 27 y 28 de Octubre de 2006, Gijón, 693-706. 2008, . FRANCE J., « Les personnels et la gestion des entrepôts impériaux dans le monde romain », Revue des études anciennes, 110-2, 2008, 483-507.
Notes et références
Voir aussi
Catégorie:Architecture romaine antique Catégorie:Économie sous la Rome antique