La littérature péruvienne renvoie non seulement à la littérature produite dans la République indépendante du Pérou, mais aussi à la littérature de la vice-royauté du Pérou (1542-1824) pendant la période coloniale du pays, et aux formes artistiques orales créées par les groupes ethniques divers qui ont existé dans la région pendant la période de civilisation précolombienne, comme les Quechuas, Aymaras, Chancas, Huancas, Chachapoyas, etc.
La population originelle estimée a énormément diminué : en 1520, en 1570, en 1791. La population contemporaine a beaucoup augmenté : 2 millions en 1850, 7 en 1940, 33 en 2022.
Tradition orale pré-hispanique Largement inconnue, la production artistique de la période pré-hispanique (spécialement liée à l'Empire inca), dans le territoire de la Cordillère des Andes (correspondant à l'Équateur, au Pérou, à la Bolivie et au Chili) s'est manifestée dans les formes poétiques (dans une langue quechua ou runa simi) dénommées harawis (poésie lyrique) et hayllis (poésie épique). Ces poèmes décrivaient la vie quotidienne aussi bien que les obsèques, les fêtes, les noces, les bagarres, les guerres et étaient récitées par un poète qu'on appelait harawec.
À côté de la poésie, existaient aussi les récits oraux qui exprimaient la cosmologie du monde des Andes (les mythes de création, le déluge, etc.) et qui sont arrivés de nos jours sous une forme altérée, remodelés par le travail des premiers chroniqueurs.
Époque coloniale L'expression « littérature coloniale » (ou « littérature des Colonies ») fait référence à l'état du territoire du Pérou, du (1821 marque la date d'indépendance). Établi comme vice-royauté du Pérou, son étendue couvrait jusqu'au toute l'Amérique du Sud, avec l'exception du Venezuela qui appartenait à la Nouvelle-Espagne (Mexique) et du Brésil sous domination portugaise.
Au , le premier livre publié dans la ville de Lima est la Doctrina Christiana y Cathecismo para la Instrucción de los Indios (1584) d'Antonio Ricardo, il est publié en espagnol, quechua et aymara. Pendant les décennies précédentes, des réformes (1569-1581) avaient séparé la société coloniale en deux républiques, l'une pour les Espagnols, l'autre pour les Indiens. Ce fut aussi à cette période que furent promulguées les Lois des Indes (Leyes de Indias en espagnol). Ces deux facteurs font que la production littéraire dans les colonies se limite à des cercles d'influence principalement hispanique, produite dans les grandes villes par les descendants des Espagnols (les Espagnols américains).
La civilisation inca, c'est d'abord l'Empire inca, l'art, les mathématiques incas, mais il n'existe pas de véritable écriture inca. Les comptables de l'administration inca, Quipucamayoc utilisaient des quipus, et des abaques (yupana).
Felipe Guamán Poma de Ayala (~1540-1615), chroniqueur indigène du Pérou, de famille noble inca, dans El primer nueva corónica y buen gobierno (Nouvelle chronique et bon gouvernement, ~1615, 1200 pages), livre une somme d'informations. Inca Garcilaso de la Vega (1539-1616), chroniqueur métis hispano-quéchua, dans Comentarios Reales de los Incas (Commentaires royaux des Incas, 1609), en fournit un riche complément.
(1510–1576) Pedro Cieza de León (1520–1554) Cristobal de Molina (1529–1585) Felipe Guamán Poma de Ayala (1534 ou 1535-1615) Inca Garcilaso de la Vega (1539–1616) Blas Valera (1545–1597)
(1565–1634) (1570–1615) Bernabé Cobo (1582–1657) (1584–1654) Juan de Espinosa Medrano (1630–1688) (1645–1697)
Pedro Peralta y Barnuevo (1664–1743) Alonso Carrió de la Vandera (1715–1783) (1716–1770) (1721–1780) Pablo de Olavide (1725–1803) Juan Pablo Viscardo y Guzmán (1748–1798)
Écrivaines
Époque républicaine moderne
Costumbrismo Felipe Pardo y Aliaga (1806-1868) Manuel Ascencio Segura (1805-1871) (1820-1869) (1820-1889), médecin, satiriste, journaliste
Romantisme Ricardo Palma (1833-1919), bibliothécaire, écrivain, académicien, politicien (1830-1891), poète, dramaturge (1830-1863), poète, diplomate (1832-1903), poète, dramaturge, essayiste, journaliste, traducteur Luis Benjamín Cisneros (1837-1894), poète, écrivain, politicien (1835-1881), poète, dramaturge, traducteur (1841-1927), écrivain, journaliste (1839-1895), poète, journaliste
Réalisme et naturalisme Manuel González Prada (1844-1918), philosophe, poète, essayiste (1867-1908), intellectuel, pharmacien, écrivain, folkloriste, indigéniste
Écrivaines Flora Tristan (1803-1844), franco-péruvienne, mère du peintre Paul Gauguin, elle a écrit en français dans son premier livre Pérégrinations d'une paria le récit de son séjour au Pérou de 1833 à 1835. Juana Manuela Gorriti (1818-1892), journaliste, romancière (fantastique) Teresa González de Fanning (1836-1918), journaliste, éducatrice, romancière Mercedes Cabello de Carbonera (1845-1909, Enriqueta Pradel), romancière, essayiste Clorinda Matto de Turner (1852-1909), romancière indigéniste (1861-1947), romancière Amalia Puga de Losada (1866-1963), poétesse, romancière, essayiste, conteuse
Modernisme et avant-garde vignette|redresse|César Vallejo en 1929 Le modernisme se développe au Pérou à partir du poème « Al amor » de Manuel González Prada, publié dans le quotidien El Comercio en 1867, où le poète fusionne l'ensemble des genres poétiques provenant d'Europe, en donnant comme résultat el triolet. Malgré ses précédents avec Manuel Gonzáles Prada, le modernisme atteindra le Pérou tardivement, au début du . En ressortent José Santos Chocano, dont l'œuvre grandiloquente qui se plaît à la rhétorique et à la description de paysages est plus proche de Walt Whitman et du romantisme, et Alberto Ureta, dont les poèmes, de tonalité réfléchie et mélancolique, sont de meilleure facture.
José María Eguren a ouvert le chemin de l'innovation dans la poésie péruvienne avec ses poèmes La Canción de las figuras 1916 et Simbólicas 1911, proches du symbolisme et qui reflétaient son monde intérieur grâce à des images oniriques, avec lesquelles il réagit contre la rhétorique moderniste et le formalisme.
Jusqu'en 1920, le modernisme est le courant dominant dans le conte la poésie, mais dès 1915, l'avant-garde littéraire fait timidement son entrée dans la poésie nationale. César Vallejo, avec ses œuvres novatrices et son langage centré sur l'angoisse de la condition humaine, appartient à cette époque, dont font aussi partie les poètes Alberto Hidalgo, Xavier Abril, Carlos Oquendo de Amat, Luis Valle Goicochea, Magda Portal et les surréalistes César Moro et Emilio Adolfo Westphalen.
L'écrivain le plus remarquable de cette période est Abraham Valdelomar, qui dans sa brève vie a cultivé le conte, le roman, le théâtre, la poésie, le journalisme et l'essai. Il est surtout apprécié pour ses contes, qui racontent avec une certaine tendresse des histoires des villes provinciales et, dans une moindre mesure, des récits sur Lima ou plus cosmopolites. En 1916 il a fondé la revue Colónida qui regroupait quelques jeunes écrivains et qui, malgré sa brève existence (quatre numéros seulement ont été publiés) a ouvert la voie à de nouveaux mouvements comme l'avant-garde dans la littérature péruvienne.
D'autres auteurs, qui ont avec Valdelomar inauguré le conte au Pérou sont Clemente Palma, qui a écrit des contes décadents, psychologiques et de terreur, influencés par le réalisme russe et par Poe, et Ventura García Calderón, qui a écrit surtout des contes exotiques au sujet du Pérou. Il faut aussi citer Manuel Beingolea, "Cloamón" et Fausto Gastañeta.
Au théâtre, parmi le peu d'œuvres de valeur, figurent les comédies du poète festif Leonidas Yerovi et, par la suite les pièces de critique sociale et de nature politique de César Vallejo, qui ont mis beaucoup de temps avant d'être publiées ou représentées. Déjà, dans les années 1940, l'influence tardive du modernisme et du théâtre poétique se reflètera dans les œuvres de Juan Ríos, lesquelles ont été critiqués pour leur rhétorique poétique excessive, généralement situées dans des temps éloignés ou dans les légendes, et qui cherchent à atteindre une portée universelle.
Indigénisme Au Pérou, le sujet principal de la littérature indigéniste était l'Indien, dont la prédominance dans littérature s'était initiée dans les années 1920 et 1930, d'abord avec les récits d'Enrique López Albújar et plus tard avec les romans de Ciro Alegría.
Ainsi a commencé la controverse intéressante sur l'indigénisme et l'indianisme, c'est-à-dire, sur la question que ce ne sont pas les Indiens eux-mêmes qui écrivent sur leurs problèmes. Ce courant littéraire a atteint son apogée dans l'œuvre de José María Arguedas, l'auteur de Les Fleuves profonds (Los ríos profundos, 1958), Tous sangs mêlés (Todas las sangres, 1964), Agua, El sexto, El zorro de arriba et el zorro de abajo, La agonía de Rasu Ñiti. Grâce à son contact avec les Indigènes pendant son enfance, il a pu assimiler comme sienne leur conception du monde et ses expériences : fils d'un juge de campagne itinérant, il a passé une partie de ses jeunes années dans une communauté traditionnelle quechua.
Années 1950 vignette|Mario Vargas Llosa en 2011 La modernisation du récit péruvien commence avec la Génération de 50, qui a pour cadre politique le coup d'état du Général Manuel A. Odría en 1948 et les élections de 1950 dans lesquelles il est auto élu président de la République. Pendant la décennie précédente, un mouvement migratoire du champ à la ville (de préférence vers la capitale) avait commencé, qui dans les années 1950 a pris sa plus grande ampleur, et qui eut pour résultat la formation de quartiers et de villages nouveaux, entraînant l'apparition de sujets marginaux et socialement déclassés. La littérature écrite à cette époque a été surtout influencée par les avant-gardes européennes, en particulier, le modernisme anglo-saxon de Joyce et dans le domaine nord-américain, l'œuvre de Faulkner et de la Génération perdue. La littérature fantastique de Borges et de Kafka l'a aussi beaucoup influencée. Appartiennent à cette génération Carlos Eduardo Zavaleta, Eleodoro Vargas Vicuña, Mario Vargas Llosa, entre autres.
La génération de cinquante s'inscrit dans un moment dans lequel le récit se lie d'un manière très forte au sujet du développement urbain, à l'expérience de la migration andine vers Lima (une augmentation drastique de la population à partir de la fin des années 1940). Très liée au cinéma néo-réaliste italien, il présente la réalité de la grande ville changeante, l'apparition de personnages marginaux et problématiques. Au sein des auteurs les plus représentatifs, Julio Ramón Ribeyro ressort avec Los gallinazos sin plumas (1955), Enrique Congrains avec la novela Lima, hora cero(1954) et le recueil de contes No una, sino muchas muertes(1957), sans oublier Luis Loayza.
À côté des prosateurs, un groupe de poètes surgit, certains se détachent du lot : Alejandro Romualdo, Washington Delgado, Carlos German Belli, Francisco Bendezú, Juan Gonzalo Rose, Pablo Guevara.