thumb|Philosophe errant, couramment associé à Apollonius de Tyane. Musée archéologique d'Héraklion (Crète).
Apollonios de Tyane (en grec ancien ), parfois connu sous la forme latine de son nom, Apollonius, est un philosophe néopythagoricien, prédicateur et thaumaturge du de l'ère chrétienne, né en 16 à Tyane en Cappadoce et mort à Éphèse en 97 ou en 98. S'il est également mentionné par Apulée et Lucien de Samosate, c'est la Vie d'Apollonios de Tyane, composée dans la première moitié du par Philostrate, qui constitue la principale source d'informations le concernant..
Adulé pendant les premiers siècles avant de tomber dans l'oubli, Apollonius de Tyane fut comparé à Jésus de Nazareth. Il aurait eu des disciples et aurait fait des miraclesMarc Van Uytfanghe, « La Vie d'Apollonius de Tyane et le discours hagiographique », Theios Sophistes. Essays on Flavius Philostratus' Vita Apollonii. In Mnemosyne Supplements 305, 2009, p. 335-374.
Cadre général En fait, on sait très peu de choses sur Apollonios. Il semble cependant qu'un personnage de ce nom ait bel et bien vécu, au . Il est né à Tyane vers l’an 15, et il semble que ses contemporains voyaient en lui un , qui rassemblait autour de lui des disciples, tout en ayant une réputation controversée..
Apollonios est donc sans doute inspiré d'un thaumaturge ou d'un magicien ayant vécu au premier siècle. Philostrate, quand il rédige la Vie d'Apollonios de Tyane (deux siècles après la mort de ce dernier) veut donner à travers ce personnage un portrait du sage idéal, d'un homme divin, d'un nouveau Pythagore, et en même temps réagir à la réputation de magicien qui accompagne Apollonios.. Il le présente comme un homme attaché au silence, au célibat, à une vie modérée, qui défend que c'est par le culte d'un cœur pur que l'on rend hommage au Dieu suprême, non par des sacrifices sanglants.
La lutte contre le christianisme Mais à la fin de l'Antiquité, dans sa lutte contre le christianisme, le paganisme va faire d'Apollonios un saint et un thaumaturge qu'il oppose au personnage de Jésus-Christ. Différents auteurs et polémistes antichrétiens s'emparent donc du personnage, parmi lesquels Sossianos Hiéroclès ou Porphyre de Tyr. On trouve aussi la figure d'Apollonios sur l'une des faces des médaillons contorniates, des monnaies émises par Rome à fins de propagande antichrétienne. En plus, dans la deuxième moitié du , Virius Nicomachus Flavianus traduit en latin le roman de Philostrate, sous le règne de Théodose IerFait rapporté par Sidoine Apollinaire, Lettres, VIII, 3, 1, note 1, dans la traduction de l'Histoire Auguste par André Chastagnol.
Roger-Pol Droit relève aussi que l’Apollonios de Philostrate est un .
La légende Finalement, c'est un portrait dithyrambique que Philostrate laisse d'Apollonios, alors même que le personnage était controversé par des auteurs comme Lucien de Samosate qui le comparait à un célèbre imposteur, nommé Alexandre d'Abonuteichos. En outre, le merveilleux domine cette biographie: l'auteur fait d'Apollonios un personnage d'origine divine, il décrit ses voyages dans des pays lointains comme l'Inde ou l'Éthiopie, où il rencontre des animaux fantastiques et des gymnosophistes. De plus, il pratique de nombreux miracles, venant à bout d'épidémies, il débarrasse des femmes du fantôme d'un satyre qui s'est emparé d'elles, il s'évade miraculeusement de la prison où Domitien le retient... On comprend que l'on utilisera longtemps des talismans protecteurs liés à Apollonios, même dans la Byzance chrétienne.
Autres éléments légendaires Ses disciples lui élevèrent des statues et des temples et le comparèrent à Jésus Christ.
L'empereur Néron l'aurait banni de Rome en tant que magicien, pour avoir ressuscité une jeune filleGérard Rochais, Les récits de résurrection des morts dans le Nouveau Testament, Cambridge University Press, 2005, 20., et l'empereur Domitien lui aurait fait couper de force, barbe et cheveux. À Éphèse, le , il serait entré en transe devant ses disciples et se serait écrié « Frappe le tyran ! » au moment même où l'empereur Domitien était assassiné à Rome, à l'instigation de sa femme Domitia Longina et du préfet du prétoire.
Selon la légende, rapportée par le biographe et théosophe G. R. S. Mead, il aurait été aussi capable de bilocation ou d'ubiquité, ou de lévitationJacques Bergier Visa pour une autre Terre J'ai Lu, 1977, .
Un ouvrage anonyme, probablement daté du , l’Histoire Auguste, évoque une apparition miraculeuse d' Apollonios de Tyane qui aurait promis à Aurélien (empereur romain) la victoire sur Zénobie s'il épargnait la cité de Tyane et ses habitants. LHistoire Auguste présente Apollonius comme « l'ami fidèle des dieux, digne d'être honoré lui-même comme une divinité », et affirme qu'Aurélien aurait vu son portrait dans de nombreux temples. Selon André Chastagnol, lHistoire Auguste invente et parodie la vision de Constantin racontée par Eusèbe de Césarée, opposant le miracle païen d'Apollonius de Tyane au miracle chrétienHistoire Auguste, Vie d'Aurélien, § XXIV ; Commentaire d'André Chastagnol p. CXLII..
Biographie La biographie qui suit est, sauf mention autre, fondée sur la Vie d'Apollonios de Tyane de Philostrate, qu'elle résume.
Grec né au début de l'ère chrétienne, Apollonios descend d'une famille ancienne qui donna à la ville de Tyane (dans la Turquie actuelle) quelques-uns de ses fondateurs. « On rapporte qu'il vint au monde dans une prairie, non loin de laquelle s'élève le temple qui lui est consacré ». Son père, qui répond aussi au nom d'Apollonios, est de loin le plus riche citoyen d'une ville opulente<ref>Sauf mention contraire, les éléments de cette biographie proviennent de Philostrate, Vie d'Apollonios de Tyane. Sa vie, ses voyages, ses prodiges. </ref>.
À quatorze ans, il est conduit par son père à Tarse, auprès du maître le Phénicien Euthydème, rhéteur célèbre de ce temps. De là, il se rend à Ægæ en Macédoine, où il rencontre des adeptes de différentes écoles philosophiques. Le penchant naturel de son esprit vers le mysticisme lui fait embrasser de préférence les doctrines de Pythagore, enseignées dans cette ville par Euxène d'Héraclée, qui s'adonnait aux plaisirs sensuels et prenait Épicure pour modèle. Cependant, Apollonios observera toute sa vie les pratiques les plus sévères du pythagorisme antique, tout en mêlant aux doctrines de cette école celles de Platon. On vante son désintéressement, sa tempérance, sa chasteté, qu'il poussera jusqu'à l'ascétisme. Il préconisait à ses disciples le végétarisme.
Voyages Pendant cinq années, il pratique le silence, conformément aux prescriptions de Pythagore. Il entreprend de longs voyages, en compagnie d'un certain Damis, qui devient son disciple. Leurs pérégrinations les conduisent principalement dans trois directions. Tout d'abord, Apollonios et ses compagnons de voyage se dirigent vers l'Orient : ils passent de la Pamphylie en Cilicie ; de là, ils se rendent à Antioche, en Syrie, puis à Ninive et à Babylone, jusqu'en Inde, où Apollonios converse avec les sages du pays, les brahmanes.
Sous le règne de Néron (54-68), il revient vers l'Occident ; il visite les grandes cités d'Ionie et de Grèce, Rome, l'Italie, l'Espagne, et séjourne à Gadès (Cadix). Après quoi, il se dirige vers le Sud ; il voyage en Sicile, passe par Rhodes pour gagner la côte septentrionale de l'Afrique, séjourne en Égypte, à Alexandrie – où il rencontre Vespasien, en 69, et les philosophes Euphratès et Dion de Pruse – et en Éthiopie, conversant avec d'autres sages, les gymnosophistes. Puis, il revient en Asie mineure, en Grèce et à Rome, sous le règne de Domitien (81-96). Son biographe lui prête des relations avec des intellectuels influents de l'époque, avec plusieurs empereurs qui ont régné à Rome depuis Néron, ainsi qu'avec des rois étrangers qui lui font visiter les Etats, comme ceux de Phraotès en Inde. Domitien le fait jeter en prison, et le traduit devant son tribunal, d'où il s'échappe.
Il meurt à Éphèse en 97 sous le règne de Nerva.
Prédication thumb|right|Apollonios de Tyane par Barthélemy de Mélo. Philostrate présente Apollonios comme un grand voyageur, visitant les pays entourant la Méditerranée, jusqu'à Babylone et même l'Inde, où il se lie d'amitié avec des brahmanes. Il marche pieds nus, porte les cheveux longs, ne se nourrit que de légumes et refuse les boissons alcoolisées. Il pratique l'abstinence sexuelle, vit d'aumônes, redistribue aux pauvres les biens qu'on lui donne et dort dans les temples. Ses prédications rassemblent sur son passage des foules qui viennent l'écouter condamner le luxe et la décadence des mœurs, inciter à ne pas consommer de chair animale et prôner un système de vie communautaire.
Malgré sa notoriété et ses nombreux disciples, Apollonios n'établira pas d'école ou de groupe formel, ni ne formera de successeur pour poursuivre sa tâche de prédication.
Apollonios souhaita à la ville d'Éphèse « une couronne de citoyens vertueux » plutôt que des bâtiments et des portiques.
Œuvres Peu de choses nous sont parvenues. On notera essentiellement des Lettres, un fragment sur les sacrifices rapporté par Eusèbe de Césarée, le Nuctéméron, un curieux ouvrage, en grec, qui attribue un génie à chacune des douze heures. Nuctéméron signifie « jour de la nuit ». L'occultiste Éliphas Lévi a traduit le livreÉliphas Lévi, Dogme et Rituel de la haute magie (1854-1861). Rééd. dans E. Lévi, Secrets de la magie, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2000, ., dont il fait Apollonius de Tyane l'auteur, mais l'attribution reste douteuse. Cet extrait, à titre d'exemple : « Première heure : dans l'unité, les démons chantent les louanges de Dieu. »On trouvera le texte de E. Lévi, « Supplément au rituel » qui reprend les douze heures sur cette page d'Academia.edu (à prendre cependant avec prudence vu la qualité de la source.) / Consulté le 21 octobre 2023.
Postérité Apollonios n'a cessé de fasciner, depuis Byzance aux occultistes du , en passant par la Renaissance et la Révolution française. Et en 1934 encore, Antonin Artaud, en 1934, écrit au début d’Héliogabale ou l’anarchiste couronné : .
Dans son livre Je vois Satan tomber comme l'éclair, René Girard (1999) propose un chapitre intitulé « L'horrible miracle d’Apollonius de Tyane », sur la base du récit de Philostrate (Livre IV), pour souligner les différences entre le « gourou » qui fait lapider un mendiant innocent et le comportement du Christ face à la femme adultèreDans une conférence prononcée en 2007, Guy Rachet s'insurge contre R. Girard (v. Bibliographie). Tandis que Louis Benoit propose que le mendiant lapidé n'était qu'une représentation, un simulacre de théâtre, ce qui sauverait Apollonius du procès en sacrificateur cynique. (in « La cité et ses ennemis : Étude sur la Vie d’Apollonius de Tyane, de Philostrate d’Athènes », 言語文化研究, (Études de langue et de culture), n° 32, 2006, p. 71-100..
Les Pseudo-Apollonios de Tyane Divers ouvrages nous sont parvenus ayant pour nom d'auteur d'''Apollonios de Tyane.
Livre du secret de la Création. « Apollonios de Tyane » a été arabisé en Balînoûs Toûânî, et c'est sous ce nom d'auteur qu'apparaît pour la première fois la courte et très célèbre Table d'émeraude d'Hermès Trismégiste, la Bible de l'hermétisme et de l'alchimie, dans le Livre du secret de la Création (Kitâb sirr al-Khalîqa)Hermès Trismégiste. La Table d'émeraude, Les Belles Lettres, coll. « Aux sources de la Tradition », 1994, préface de Didier Kahn, p. XIII, 1-12.. Le texte arabe date du ; il sera traduit en latin vers 1140 par Hugues de Santalla sous le titre Secretum SecretorumTexte arabe : U. Weisser, Das Buch über das Geheimnis der Schöpfung, von Pseudo-Apollonios von Tyana, Berlin - New York, 1980. Traduction latine : « Le "De secretis naturæ" du Pseudo-Apollonius de Thyane, traduction latine de Hugues Santilla du "Kitab sirr al-haliqa" », dans Chrysopeia, 6 (1997-1999), 1-154..