La vache sacrée est un terme d'origine occidentale pour nommer le phénomène de zoolâtrie religieuse à l'égard des bovins, en particulier en Inde. Le terme indien et originel est Gao Mata (en hindi), c'est-à-dire « Mère Vache » (de même que les Déesses hindoues s'appellent « Mère Kâlî » (Kali Mata), etc.). ou « La Vache-Mère ».. La vache est en effet vue en Inde comme une « Mère universelle » (la vache, sous le terme gaya, veut dire aussi « douceur »), du fait qu'elle donne son lait à tous, même à ceux qui ne sont pas ses veaux ; en Inde, la vache n'est pas seulement « sacrée » en tant que telle – bien qu'étant décrite par la littérature hindoue comme l'origine et le fruit de tout sacrifice aux dieux –, elle représente la sacralité de toutes les créatures. La vache a été et est encore vénérée dans de nombreuses civilisations et religions dans le monde, les plus notables étant l'hindouisme, le zoroastrisme, aussi bien que les religions de l'Égypte ancienne, de la Grèce et de la Rome antiquesElisabeth de Fontenay, le silence des bêtes, la philosophie à l'épreuve de l'animalité, éd. Fayard.. right|200px|thumb|Vache indienne. right|200px|thumb|Ascète (sadhu) hindou avec un veau.

Hindouisme Origines

Termes sanskrits Le mot le plus commun pour la vache (bœuf, bovin) est go. (ou gau), mot apparenté avec le terme anglais cow et le latin bos, tous liés à l'IE *gwous. Le mot sanskrit pour bétail est paśu., de l'IE *peku. D'autres termes comme dhenu correspondent à la vache, rishabha à Taureau et ukshan à bœuf.

Les vaches laitières sont également appelées aghnya « que l'on ne peut pas tuerV.M. Apte, Religion and Philosophy, The Vedic Age ». Cette terminologie indique clairement la protection absolue dont la vache (bovin) doit bénéficier.

La vache dans la tradition sacrée hindoue Rig-Véda Les bovins étaient déjà très importants pour le peuple de l'Inde ancienne, et plusieurs hymnes se référent à plus de dix mille bovinsRV 1.126.3; 1.164.3; 5.27.1; 8.1.33; 8.2.41; 8.4.20; 8.5.37; 8.6.47; 8.21.18; 9.69.4. Dans le Rig Véda (7.95.2.) et d'autres versets (par exemple, 8.21.18) on mentionne également la région Sarasvati où on a versé du lait et du beurre clarifié (ghee), indiquant que les bovins ont été rassemblés dans cette région. Le Rig Véda 6,28 est un hymne titré « Vaches », dont les vers parlent de la sécurité due aux vaches :

thumb|Une brochure pour protester contre la pratique de la consommation et le meurtre des bovins. Kali (extrême droite), le démon de sexe masculin du Bhâgavata Purâna et Markandeya Purana, tente d'assassiner une vache. La version en couleurs est due à Ravi Varma Press (1912). Cette représentation de la vache est issue de l'Atharva-Véda.

Dans le Rig Véda, les vaches figurent souvent en tant que symboles de la richesse « ou » de déesses de la rivière (les rivières sont souvent assimilées à des vaches dans le RigvedaRV 4.41.5, 10.75.3-4), par exemple, 3.33.1 :

Selon Aurobindo, dans le Rig Véda, les vaches symbolisent parfois la « légèreté » et les « rayons » solaires(RV 1.92.4; 4.52.5; 7.79.2), Aurobindo: The Secret of the Veda; Sethna 1992. Aurobindo écrit qu'Aditi (la forme personnalisée primordiale de la Prakriti/Nature) est décrite comme une vache, et le Purusha (l'être suprême/l'âme) comme un taureauSethna 1992:42.

Le dieu védique Indra, roi des Dieux, est traditionnellement comparé à un taureau.

Atharva-Véda Dans l'Atharva-Véda le corps de la vache est représenté par de multiples dévas (divinités hindoues) et d'autres sujetsAtharvaveda 9.7. La vache constitue l'essence du sacrifice par son don de lait, nourriture sacrée permettant les rituels et la vie, et représente l'incarnation du monde et de tous les êtres :

Harivamsha thumb|Le Seigneur Krishna jouant de la flûte au milieu des bovins (miniature indienne de 1740).

Le Harivamsha représente Krishna en vacher. Il est souvent décrit comme Bala Gopala, « l'enfant qui protège les vaches ». Un autre des nombreux noms de Krishna est Govinda , ce qui signifie « celui qui apporte satisfaction aux vaches ». Identifiant la vache comme la « Mère » de toute civilisation, son lait nourrit toute créature. Cette qualité « maternelle », réservée à la vache, est saluée comme la plus haute forme de don.

Le lait d'une vache est estimé promouvoir les qualités sattviques (pureté). Le ghee (beurre clarifié) fait à partir du lait de vache est utilisé dans les cérémonies et dans la préparation des aliments religieux. La bouse de vache est utilisée comme engrais, comme combustible et comme désinfectant dans les maisons. Les tests indiquent que la bouse de vache contient également du menthol, du phénol, de l'indole, de l'ammoniac, du formol et des bactériophages qui éliminent les agents pathogènes et est donc un désinfectant reconnu2006 - Alternative Medical Centre: http://www.altmedicenter.com/am/agnihotra_homa.asp?pageID=agnihotra_homa3.asp. Son urine est également utilisée pour des rituels religieux, ainsi qu'à des fins médicinales. Le matériel de purification suprême, panchagavya, est un mélange de cinq produits de la vache, nommément le lait, le lait caillé, le ghee, l'urine et les excréments. Le refus de se nourrir de la viande de vache, vue comme l'animal généreux par excellence, est ainsi considéré comme le premier pas vers le végétarisme totalAchaya, K. T. (2002), A Historical Dictionary of Indian Food, Oxford University Press, .

Purana

La déesse Prithvi est représentée sous la forme d'une vache dans le Bhagavata Purana.

Mânava-Dharma-Shâstra thumb|Vache et Indiens sur les ghats de la ville sainte de Pushkar, lieu de pèlerinage où se trouve le seul temple au monde dédié au Dieu Brahmâ, père du premier homme, Manu (qui composa son Dharma-Shâstra).

Le célèbre canon sacré hindou, le Mânava-dharma-shâstra, ou Lois de Manu, instaure les rapports avec la vache dans des termes qui sont les siens, c'est-à-dire en référence au droit hindou classique qu'il incarne. Il indique néanmoins le parallèle qu'il y a entre le brâhmane et la vache, tous les deux symboles de l'Ahimsâ et des sacrifices pour les dieux, le premier en raison de son savoir sacré (véda), la seconde parce qu'elle crée l'élément primordial que l'on offre dans les sacrifices hindous (yajña) : les laitages. Ce caractère « brahmanique » de la vache est confirmé par l'équivalence du mérite libérateur que donne la protection d'une vache, ou d'un brâhmane, de femmes ou d'enfants, au prix de sa vie :

Les Lois de Manu prévoient des pénitences strictes pour celui qui assassine un bovin :

Signification historique Enseignements de Swami Ramdas vignette|Rats sacrés au Temple de Karni Mata buvant du lait offert ; le lait de la vache est considéré par les hindous comme un aliment particulièrement saint. Pour Swami Ramdas, la vache est une Mère pour ses qualités précieuses représentant et rendant palpable l'Absolu (Brahman), et qu'incarnent les hommes pieux :

Enseignements du Mahâtma Gandhi vignette Dans ses lettres à l'ashram, concernant la protection de la vache, le Mahatma Gandhi considérait qu'il s'agissait du devoir premier de tout hindou de défendre « Mère Vache », vue comme un « poème de miséricorde » et symbole de toutes les vies faibles à protéger en ce monde : pour lui, l'hindouisme ne peut continuer à exister uniquement si des hommes protègent et rendent un culte aux bovins, qui est le cadeau de l'hindouisme au monde ; car ce principe de protection de la vache n'est pas seulement valable en Inde, mais à faire respecter sur la Terre entière.

Époque contemporaine

La loi en Inde

Dans l'État du Gujarat, au nord-ouest de l'Inde, selon une loi passée en 2017, celui qui se rend coupable du meurtre d'une vache encourt une peine de prison à perpétuité..

Zoroastrisme Du fait de la proximité géographique de l'Iran et de l'Inde, le zoroastrisme est une religion liée historiquement et religieusement avec l'hindouismeEncyclopédie des religions, Gerhard J. Bellinger, éd. Livre de Poche.. Cette religion fut fondée par Zarathoustra :

Ce rejet des sacrifices sanglants n'est pas sans rappeler celui du Bouddha.

Le terme « geush urva » désigne l'esprit de la vache et est interprétée comme l'âme de la Terre. Dans l'Ahunavaiti Gatha, Zarathoustra (ou Zoroastre) accuse certains de ses coreligionnaires d'abuser de la vache. Le dieu Ahura Mazda demande en effet à Zarathoustra de protéger les bovinsClark, Zoroastrianism.

Ainsi, on ne peut ignorer que les terres de Zarathoustra et des prêtres védiques étaient celles d'éleveurs de bétailVogelsang, The Afghans.

Le chapitre 9 du Vendidad de l'Avesta expose le pouvoir de purification de l'urine de vache Some Aspects of Ancient Indian Culture By D. R. Bhandarkar. Il est déclaré être une panacée pour tous les maux corporels et moraux.

Asie de l'Est

Égypte antique

thumb|Hathor au musée égyptien du Caire. thumb|Hathor, représentée avec une tête de vache. Dans l'ancienne Égypte, la déesse du Ciel, Hathor, était adorée sous la forme d'une vache, d'une femme à tête de vache ou à cornes de vacheEncyclopédie des symboles, édition française établie sous la direction de Michel Cazenave, le livre de poche, . La vache avait une valeur symbolique très importante chez les Anciens Égyptiens :

La vache n'avait pas à subir de sacrifice sanglant en Égypte antiqueP. 57 Analysis and summary of Herodotus, with a synchronistical table of principal events; tables of weights, measures, money, and distances; an outline of the history and geography; and the dates completed from Gaisford, Baehr, etc., by J. Talboys Wheeler By James Talboys Wheeler, les Égyptiens, (mais aussi les Sabiens et beaucoup d'autres peuples idolâtres) évitaient de sacrifier et donc de manger des brebis, des boucs, des bovins (dans l'Antiquité, il n'était possible de consommer la chair d'un animal seulement si ce dernier avait été sacrifié à une divinité).

Dans la mythologie égyptienne, Hésat était la manifestation d'Hathor, la divine vache céleste sous sa forme terrestre. Comme Hathor, elle était considérée comme l'épouse de Rê. En hiéroglyphes, elle est représentée comme une vache avec une couronne égyptienne.

Enfin, le culte des bovins trouvait en Égypte son caractère principal avec le culte du taureau Apis, à Memphis, « ba vivant de Ptah », culte que l'on retrouve par la suite en Grèce antique et à Rome ; la mort du taureau Apis était un événement majeur qui conduisait à un deuil national de soixante-dix jours :

Afrique subsaharienne En Afrique subsaharienne, les bovins ont aussi, dans la culture animiste, une sacralité très importante selon les peuples. En effet, par exemple :

Europe antique

VoirEurope antique=VOIR : J.-L. Durand, Sacrifice et labour en Grèce ancienne, Essai d'anthropologie religieuse, (Images à l'appui n° 1), Paris-Rome : éd. La Découverte, 1986. [ 24 χ 17, ΧΙΠ + 212 p. ] + 94 illust. dans le texte. :

Grèce antique

Galerie

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Hindouisme Nandi Bovins Végétarisme hindou

Liens externes Selon le Mahatma Gandhi Chanson hindoue sur Gau Mata, « Mère Vache » Chanson hindoue Gau hamari mata hai, « la vache est notre mère » Chant du Rajasthan pour Gau Mata, « Mère Vache » vidéo(s): exemple du culte de la vache en Inde

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