Le cheval en France, présent sous sa forme sauvage dès la préhistoire, est élevé à partir de l'époque celte. Lié au prestige politique, à l'efficacité militaire et à la nécessité d'obtenir des animaux de travail au quotidien, son élevage passe des mains de riches seigneurs et d'abbayes au Moyen Âge à celles des rois français, par le biais des haras royaux. La présence de chevaux dépend étroitement des activités humaines et des besoins de chaque époque, qui voit émerger ou disparaître des types spécifiques (de guerre, carrossiers, de trait, de course, de sport, de loisir…). La cavalerie militaire et le transport des personnes ou des matériaux, en particulier, sont deux motivations historiques. Si la réputation des chevaux de travail français, surtout celle du Percheron, a franchi les frontières, celle des chevaux de selle militaires laisse à désirer. L'organisation de l'élevage et la création des registres de races, ou stud-books, date de la fin du .

La motorisation et les progrès de l'agriculture font largement chuter les effectifs de chevaux au . Avec les techniques induisant la fin des usages militaires et utilitaires, les chevaux présents sur le sol français trouvent désormais quatre débouchés principaux. Le sport hippique concerne surtout les Pur-sangs et de Trotteurs, ces derniers étant les plus répandus en France. Quelques personnalités s'y sont forgé un nom, comme Jean-Pierre Dubois. Le sport équestre a révélé quelques athlètes équins de race Selle français et Anglo-arabe, comme Jappeloup. Les loisirs, voire la compagnie, se développent toujours, bien que l'effectif des chevaux adaptés reste réduit. Enfin, la production de viande concerne presque essentiellement des races de trait à l'exportation ou les chevaux de réforme. Plus d' d'équidés (ânes compris) sont recensés en France en 2023. Les haras nationaux se sont désengagés de leur longue tutelle historique sur l'élevage privé. Les nombreuses réformes dans la filière ont finalement conduit, en 2010, à la création de l'institut français du cheval et de l'équitation, et à une crise durant ces années 2010.

L'élevage des chevaux relève entièrement du domaine agricole depuis 2005. Il est soumis à des règles concernant l'identification, la vente, le choix des techniques de reproduction et le suivi des naissances. L’État français distribue des primes pour la naissance des poulains de races menacées et lors de concours d'élevage ou de valorisation sportive pour jeunes chevaux. Les éleveurs se regroupent en associations, syndicats et fédérations pour défendre et promouvoir leur activité. Le cheval est très présent dans la culture française, tant via le patrimoine culturel qu'en littérature et au cinéma, comme en témoignent des films tels que Crin-Blanc.

Sources et définition thumb|Présentation d'un cheval de trait français Poitevin mulassier au Salon international de l'agriculture en 2012. Ces chevaux ont longtemps été au centre d'une industrie mulassière réputée. Yves Grange soutient en 1981 une thèse portant sur « les relations politiques de l'homme et du cheval en France de 1614 à 1914 » à l'institut d'études politiques de Grenoble, mais il faut attendre Jacques Mulliez, en particulier avec Les chevaux du royaume, paru en 1983 (et réédité chez Belin en 2004), pour obtenir le premier ouvrage d'un historien du monde rural sur le sujet. Jean-Pierre Digard écrit de nombreux articles et livres depuis la fin des années 1990, dont Une Histoire du Cheval en 2004, qui complète son essai paru une dizaine d'années auparavant, Le cheval force de l'Homme.. L'historien de l'Ancien Régime Daniel Roche a écrit une série de trois ouvrages portant sur la culture équestre occidentale du au , avec Le cheval moteur (2008)., La gloire et la puissance (2011) et Connaissance et passion (2015).. L'ethnologue Bernadette Lizet analyse les usages du cheval de trait sous un angle sociologiqueEn particulier dans , prix Pégase en 1997.. Le colonel Denis Bogros étudie le cheval militaire, en particulier dans Les chevaux de la cavalerie française, paru en 2001.

L'élevage est défini comme . Daniel Roche souligne le lien important entre l'activité d'élevage et son résultat économique, social ou utile ; c'est la valeur marchande des chevaux qui permet de les écouler et d'atteindre une rentabilité, d'où une réflexion permanente pour savoir dans quelles races et quelles qualités les éleveurs doivent investir. L'activité d'élevage façonne les paysages et suscite des évolutions socio-économiques, le cheval étant longtemps indispensable tant dans les campagnes que dans les villes. L'élevage du cheval en France présente une originalité par comparaison à celui des bovins ou des ovins : il est peu incitatif, dans la mesure où ses éleveurs ne tissent pas son pelage ni ne mangent sa chair. Le bœuf a toujours été plus rentable à élever que le cheval, car il peut être mis au travail à partir de ses deux ans, puis abattu pour récupérer sa viande, sa graisse et son cuir.

Histoire L'histoire du cheval en France est commune à toute l'Europe de l'Ouest, la maîtrise de cet animal témoignant de la supériorité d'une classe sociale, celle de la noblesse ; il s'agit d'un exemple-type de , succédant à la société chevaleresque médiévale. Contrôler l'élevage équin est un enjeu à la fois militaire et politique, dans un contexte où les attentes et intérêts ne sont pas les mêmes pou un aristocrate ou pour un paysan. Pour l'historien Daniel Roche, l'élevage du cheval est indissociablement lié à l'histoire des nations occidentales, le rayonnement d'un pays dépendant de la possession de ses propres haras. Une distinction existe continuellement entre le cheval militaire ou aristocratique (destiné aux tournois, aux manèges, aux carrosses, à la chasse ou aux gradés de l'armée), qui doit être élégant, et le cheval de travail des paysans et du peuple, pour qui le fond prime sur la forme. L'élevage ne nécessite pas en principe de savoir monter à cheval, mais sous l'influence du désir d'agir sur les formes et le caractère des animaux, une sélection se met en place : .

Les haras royaux, devenus haras nationaux, jouent un rôle primordial dans l'organisation de l'élevage chevalin en France, puisque cette structure d’État créée sous Louis XIV gère la population équine française jusqu'au début du , surtout en ce qui concerne l'approbation ou l'autorisation des étalons reproducteurs. Les haras détiennent des étalons de différentes races, en particulier des chevaux de trait et de sport à la fin du .

Une spécialisation dans le cheval de trait thumb|left|La culture d’élevage française est bâtie autour de l'exploitation musculaire du cheval à la traction (ici, la compagnie générale des omnibus). La France est historiquement un pays d'élevage de chevaux de trait. Pour Denis Bogros, cette orientation découle d'habitudes sédentaires très ancrées. Une culture d'éleveurs s'est développée autour de l'exploitation musculaire du cheval au labour puis au transport, en particulier grâce au collier d'épaule, fait constaté au moins depuis le avec l'emploi du tombereau. Cette spécialisation autour du « cheval moteur » dont parle Daniel Roche va de pair avec un développement plus rapide des routes carrossablesÀ titre de comparaison, les peuples nomades comme les Mongols ou les Huns se sont spécialisés dans un cheval de selle vif et léger pour tous leurs déplacements en terrains variés. C'est pourquoi de nos jours, le réseau routier reste peu développé en Mongolie..

L'élevage des paysans reste longtemps « sauvage » : les poulinières sont saillies par des étalons laissés en semi-liberté, tous employés à de menus travaux. Il y a changement et sélection avec la recherche de juments plus aptes à la culture des terres. Les neuf races de trait françaises n'émergent pas avant le , contrairement à une opinion populaire répandueL'idée répandue selon laquelle les destriers (entre autres français) étaient d'énormes chevaux de trait est sérieusement remise en cause, voir cheval au Moyen Âge.. Ces neuf races, qui constituent un héritage unique au monde par leur diversité et la sélection effectuée par les éleveurs français, ont été proposées en 2008 au patrimoine mondial de l'Unesco., qui n'a vraisemblablement pas donné suite.

Les bons chevaux de selle sont à la fois rares et chers en France, et naissent presque exclusivement autour de Tarbes (cheval navarrin, Anglo-arabe) et en Limousin. En temps de paix, l'armée française se fournit surtout en Allemagne et aux Pays-Bas. Selon Bogros, Un grand nombre de défaites de la cavalerie française seraient imputables, non pas aux hommes, mais à la mauvaise qualité des chevaux de troupe français, plus adaptés à la culture des terres qu'aux exigences militaires.

Antiquité

thumb|Statuette de cheval gallo-romaine conservée au musée d'Évreux. Les populations humaines présentes sur le territoire de la future France chassent les chevaux sauvages depuis au moins ans.. Le cheval domestique est introduit en Gaule depuis l'Europe de l'Est au cours de l'âge du bronze. Les Celtes, peuple cavalier, en pratiquent l'élevage de façon importante, comme l'attestent des vestiges archéologiques. Le cheval trouve de très nombreuses utilisationsMusée des antiquités nationales, Vercingétorix et Alésia: Saint-Germain-en-Laye, 29 mars-18 juillet 1994, Réunion des Musées nationaux, 1994, , .. Il semble faire l'objet de cultes, et il n'est pas rare d'en retrouver dans des sanctuaires ou des tombes. Le cheval se répand, mais reste en retrait des autres animaux élevés sur le territoire français. Les restes de chevaux ne représentent jamais plus de des restes d'animaux domestiques retrouvés lors de fouilles. Ces animaux élevés par les Gaulois sont nettement plus petits que ceux connus de nos jours, mesurant environ , et présentant des similitudes avec le Tarpan.

Ils sont abattus jeunes (entre 3 et ), ce qui suggère une consommation pour leur viande. Les Gaulois consomment vraisemblablement aussi le lait de jument. Avant d'être abattus, ces chevaux servent de monture ou sont mis à la traction, bien que la traction bovine soit davantage usitée. Les chevaux tirent des chars légers, les labours et les chars plus lourds sont réservés aux bœufs. Ils sont utilisés pour la guerre. Les Romains, peu habitués à combattre à cheval à l'origine, intègrent finalement des cavaliers étrangers et notamment Celtes dans leur armée. Après le , l'hippophagie recule fortement dans une société qui se romanise, la consommation du cheval étant très rare à Rome. Elle réapparaît au , lorsque l'Empire romain perd son influence.

Moyen Âge

thumb|La Bataille de Muret d'après une enluminure du (Grandes Chroniques de France, BNF, Ms français 2813, fol. 252v.) L'élevage équin médiéval est peu connu, car les sources sont rares. Les comes stabuli (littéralement : « comtes de l'étable »), sous Clotaire Ier au , ont pour fonction de gérer les chevaux.. Au , le royaume mérovingien garde toujours au moins un centre d'élevage en activité.. La féodalité fait du cheval l'animal de statut de la noblesse, ce qui contribue à rendre l'hippophagie taboue dès l'Antiquité tardive et le Haut Moyen Âge.. Le Pape Grégoire III l'interdit dans le monde chrétien en 732. Un mythe populaire soutient que des bêtes de grande valeur, au sang espagnol et oriental, ont été capturées ou abandonnées après la bataille de Poitiers, et ajoutées au cheptel françaisCette croyance populaire, très répandue dans le milieu de l'élevage rural français, n'est que peu voire pas soutenue par les historiens modernes : il s'agit vraisemblablement d'une légende..