Le lac de la Maix, autrefois dénommée la Mer, est situé au sud-ouest du massif du Donon, sur le territoire de la commune de Vexaincourt, à du centre du village, dans les Vosges gréseuses. Il s'agit de l'un des derniers lacs naturels de formation glaciaire du massif vosgien.

Sur ses rives se dresse une chapelle bâtie sur la crypte à côté des ruines de l'ermitage de la Mer, important vers 1250, autorisé par l'évêque Pibon en 1090Le Petit Futé : Lorraine-Vosges, 2007-2008, cite 1070 comme année de consécration du lac de la Maix en l'honneur de la sainte et indivise Trinité. Comme la source unique relève des écrits de Richer, il vaut mieux suivre l'avis de Dominique Dantand, spécialiste de la chronique de Richer, lire infra, qui mentionne l'année 1090, plus conforme à la carrière épiscopale de l'évêque Pipo alias Pibon.. Un sarcophage de pierre côtoie la chapelle, Emile Gerlach avait observé une forme semblable à ceux de l'église abbatiale de Haute-Seille, taillée au .

Limnologie Le petit lac installé sur un terrain géologique creusé et affouillé par les glaces il y a environ , mais probablement ensuite recouvert de tourbières il y a moins de , possède un fonds trouble. La profondeur a longtemps été sous-estimée à moins de quinze mètres. « Le trop plein de ses eaux ne se déverse pas à la surface, c'est par le fond qu'elles débouchent à environ 110 mètres de cette petite pièce d'eau »Monographie communale de Vexaincourt rédigée en 1889, Archives des Vosges, cote 11 T 31/355 - État social de la commune de Vexaincourt à la fin du siècle dernier. Troisième feuillet. Citation intégrale de la phrase..

Les eaux limpides, constamment renouvelées par les sources en amont, étaient entourées de berges circulaires régulières et hautes, surmontées d'un chemin de ronde, au début du , au point qu'il était facile de faire croire à un aménagement anthropique constantC'est l'avis de Sylvestre Urbain, botaniste amateur dans sa jeunesse et journaliste, auteur de l'article "Une visite au lac de la Maix" dans la rubrique "Sites et cités de Lorraine", L'Est Républicain, 3 septembre 1928.. Des nénuphars nains, de la même sous-espèce que ceux de Retournemer et Longemer, se déploient à la belle saison, étalant leurs fleurs immaculées. Divers arbustes entourent le plan d'eau, en particulier des saules à certains endroits laissent traîner leurs branches sur plus de dix mètres dans les eaux, ce qui nuit à la visibilité depuis le sud et l'ouestAdolphe Garnier, "Paysages, sites pittoresques et curiosités naturelles du département", Annales de la société d'Emulation des Vosges, juillet 1907. Partie 2 : La Montagne, paragraphe Vexaincourt, Lac de la Maix, en particulier .. De petits buissons opportunistes, à commencer par les brimbelliers, plongent aussi leurs racines dans l'eau. Un botaniste amateur se souvient en des multiples et différentes fougères de la forêt moussue ou des abords du lac jonchés d'hépatiques, et sur les espaces ouverts ou près des chemins, des sureaux portant leurs grappes de baies semblables à du corail et autres buissons couverts de chèvrefeuillesL'Est Républicain, 3 septembre 1928..

Le lac est d'ailleurs très poissonneux à la fin du . On y trouvait une sous-espèce de harlinFachot l'ainé, « Mémoire sur la principauté de Salm en 1784 », in Bulletin de la société philomatique vosgienne, Tome IX, année 1883-1884, article page 127 à 163, en particulier la rubrique "lac de la Mer" (dénomination de transition avant Lac de Lamaix, lac de la Mex, Lac de la Maix)..

Toponymie Lacum qui mare dicitur selon la chronique de Richer, livre second, paragraphe 22, voilà comment le moine bénédictin de Senones, Richer, écrivain voyageur et chroniqueur du décrit ce « lac qui est dit mer », tout en précisant la construction de la maison-église dont il connaît la tutelle de son monastère de Senones. Les premiers textes en ancien français mentionnent le plus souvent l'Ermitage de la mer ou Hermitage de la mer et ses variantes altérées. Après le milieu du , la lac de la Maix s'impose, avec la mention du pèlerinage populaire de la MaixLire infra partie histoire. Le rôle de l'abbaye de Senones, dirigée par Dom Calmet, n'est pas étrangère à cette mutation d'appellation. Les travaux érudits des moines senonais ont couvert l'Europe centrale, des Vosges et autres monts hercyniens aux confins des Carpathes ou des Balkhans, et contribuer à l'essor du français véhiculaire de l'époque, en traduisant à partir du latin médiéval, en adaptant le vocable moderne usité ou plus rarement en inventant ou généralisant un équivalent français, pour décrire, de manière simple, les données géographiques rencontrées, ainsi le terme généralisé "ballon" pour qualifier les sommets des Vosges du Sud... Claude Muller, "Des réseaux transvosgiens des abbayes bénédictines à la géographie de l'Alsace au tournant du ", in Abbayes : les réseaux transvosgiens. Actes de la Rencontre des historiens des Hautes Vosges, à Moussey près Senones le 21 octobre 2006, publié par les Dialogues transvosgiens, , 2007, .

Une première hypothèse proposée autrefois pour cette mutation a été la graphie erronée met au lieu de mer. La seconde explication linguistique est plausible, l'étymon mer/mar désigne un plan d'eau sauvage, un lac remarquable dans la langue parlée autrefois, peut-être de l'ancien français merer en 1210, « se vautrer dans une mare, se rouler dans la boue » apparenté à marage, nom masculin désignant outre le bord de mer, « le marais, le lieu sauvage et dangereux » sous l'influence du francique marisk, au sens de marais, tourbière. La troisième voie, allusion à la matrem latine, en ancien français mere signifiant au choix « mère, protectrice, matrone » peut évoquer le sanctuaire à répit mais aussi le plan d'eau sacré, au sens d'eauwe-mere (du latin médiéval aqua-matrem ou eau-mère), simplifiée en mer.

Le meix ou maix fait allusion au petit domaine compartimenté dont le sanctuaire souterrain, la modeste chapelle supérieure et l'ermitage et ses dépendances jardins, fontaine et bassin, vergers en espalier, palissades en bois... était le centre au milieu de prairie. Une ferme dite de la Maix était localisé à quelques centaines de mètres de ce domaine, pour entretenir les biens fonciers du domaine. Le passage de mer à lac de la maix se produit tardivement au moment où s'impose pour les actes religieux un français local, typique au .

Histoire On ignore si à l'époque celtique le site est un lieu de culte et de pèlerinage. Mais ces bords sont fréquentés avant l'époque de Hallstatt. Ce point d'eau bucolique semble être cultivé et hanté par les troupeaux au moins depuis ces temps.

Au , le modeste hermitage de la Mer, est fondé par l'insigne église de Toul, à côté d'un sanctuaire à répit en partie souterrain, où les mères chrétiennes apportaient leurs enfants mort-nés pour qu'ils revivent quelques secondes et puissent recevoir le baptême sous l'égide de la Vierge noire du lieu. Un nommé Reignier, attiré par ce lieu vaste et isolé vers 1070, avait décidé de s'y retirer, installant une maison d'aide spirituelle jointe à une église modeste située au-dessus d'une chapelle souterraine, avec l'autorisation du vénérable abbé Bercher de SenonesDom Augustin Calmet (et collaborateurs), Notice de la Lorraine, tome 2, en particulier développement sur le lac de la Maix en fin d'article sur Senones (abbaye), . L'abbé Berchere (sic) qui avait autorisé Régnier à devenir ermite près de la mer est décédé en 1087, selon les archives de l'abbaye de Senones. Régnier est le prénom écrit en français par les scribes senonais du , Reinerus l'était en latin, Reiner ou Rainer en langue tudesque ou allemand.. Le sanctuaire, point de pèlerinage fréquenté le jour de la Trinité (octave de la Pentecôte), est dûment consacré aux nones de en l'honneur de la sainte Trinité lors du passage de l'évêque PibonLa Chronique de Richer, traduction de Dominique Dantand, « Terre d'abbaye en Lorraine », , 2013, 154 pages , Chapitrage et index en fin d'ouvrage. Richer suit la tradition de l'auteur Herculanus, nom latin du chanoine Herquel de Plainfaing, en proposant la date du 7 mai de l'an 1090 pour la consécration de l'église.. Une foire s'y serait même tenue à la sainte Trinité, profitant de l'affluence des pèlerins en famille.

L'église se nomme Notre-Dame-de-la-Mer, elle est placée sous la responsabilité de l'abbaye de Senones qui nomme un hermite ou garde-chapelle. Celui-ci, vivant à demeure, peut être un prêtre-ermiteL'ermite responsable doit venir à l'abbaye et à l'église saint-Pierre, les jours de fêtes solennelles et y faire ses pâques. L'abbé a toute autorité sur l'ermite, il peut le démettre ou le corriger, selon Dom Calmet. Notice de Lorraine, ibidem.. Les constructions de l'ermitage prennent de l'ampleur, l'église est agrandie à la fin du selon l'opus francigenumDom Calmet décrit une église grande et belle pour un ermitage de montagne.. La chapelle souterraine embellie permet d'y honorer la sainte Vierge, qui commande de plus en plus aux météores, maîtrisant les pluies abondantes et calmant les vents de sécheresse, à l'instar de saint Sigisbert ou Christ pantocrator. L'ermitage est complétée par plusieurs bâtiments attenants au et car un grand concours de peuple venu de Lorraine et d'Alsace, voire d'au-delà, y afflue le jour de la Fête-Dieu et les desservants permanents de la maison d'ermitage ne cherchent qu'à améliorer ce haut lieu de spiritualité. Dans les écrits médiévaux ou du début de l'époque moderne, cet ermitage géré depuis la cure de Luvigny ou en dernier ressort souverain, par l'abbaye de Senones, n'a jamais fait référence au lac de la MaixChanoine E. Roussel, "Dom Calmet, abbé de Senones, son action pastorale (1728-1757)", Bulletin de la société philomatique Vosgienne, année, 1926, , en particulier la partie "Ermitage de Notre-Dame de la Mer, aujourd'hui Notre Dame de la Maix", .. En 1508, l'abbaye de Senones autorise la réfection et la reconstruction pour l'Hermitage d'une plus vaste chapelle de la Mer, pour mieux accueillir un pèlerinage devenu imposant. vignette|droite|Sarcophage derrière la chapelle (carte postale Adolphe Weick).

Dom Augustin Calmet, abbé de Senones, n'attente jamais ni à l'ermitage et à son budget réduit, ni aux divers pèlerinages dont il se plait à observer les formes en historien de la religion. Il admet l'intercession de la Vierge contre les pluies incessantes ou la sécheresse, la mère de Dieu ne pouvant que favoriser les bonnes récoltes. Il est par contre contrarié par la conception médiévale de la Vierge du Répit qui avait encore cours dans l'esprit populaire au voisinage de la Mer. Il affirme « Il est interdit de baptiser les morts, cette coutume est une tromperie »Alban Fournier dans son opus "Du Donon au ballon d'Alsace", avec le photographe Victor Franck, rapporte ce propos. Ce propos de duperie résonne de manière ironique quand on connait le rôle de Dom Calmet, véritable adepte des pouvoirs spirituels ou spirites, dans la prime diffusion de la notion de vampires..