Paul Gauguin, né le à Paris et mort le à Atuona (Hiva Oa) aux îles Marquises, est un peintre postimpressionniste français.

Chef de file de l'École de Pont-Aven et inspirateur des nabis, il est considéré comme l'un des peintres français majeurs du et l'un des plus importants précurseurs de l'art moderne avec Klimt, Cézanne, Munch, Seurat et van Gogh.

Biographie Débuts vignette|gauche|redresse|Autoportrait, vers 1875-1877.

Eugène Henri Paul Gauguin naît au 56, rue Notre-Dame-de-Lorette à Paris, en 1848. Son père, Clovis Louis Pierre Guillaume Gauguin (1814-1851), est un journaliste républicain au National My Father, Paul Gauguin par Pola Gauguin, éd. Alfred A . Knopf, New York, 1937, .. Sa mère, Aline Chazal (1825-1867), est la fille de Flora Tristan et la petite fille de Thérèse Laisnay et Mariano de Tristán y Moscoso, un militaire membre d'une famille de propriétaires terriens nobles espagnols du Pérou.

Gauguin décrit sa grand-mère maternelle Flora Tristan comme une . Figure de proue du romantisme, en 1833, elle était allée rejoindre son oncle Don Pio de Tristan de Moscoso, notable de Lima.

Le peintre passe sa plus jeune enfance à Lima, où son père, mort en 1851 durant le voyage depuis la France, au large de Punta Arenas et enterré à Puerto del Hambre, venait fuir le régime politique de Napoléon III, auteur d'un coup d'État qui conforta son pouvoir. De retour en France à l'âge de 7 ans, Paul fait ses études à Orléans, d'abord dans un pensionnat de la ville, puis, entre 1859 et 1862, au petit séminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin dirigé à cette époque par Félix DupanloupCatherine Thion, La Chapelle-Saint-Mesmin, des siècles d'histoire, Maury imprimeur, édité par la Ville de La Chapelle-Saint-Mesmin, 2007 ..

Après son échec au concours d'entrée à l'École navale (préparé à Paris entre 1862 et 1864), il revient à Orléans et s'inscrit, durant l'année scolaire 1864-1865, au lycée impérial de la rue Jeanne-d'Arc, futur lycée Pothier.. Gauguin est ensuite embarqué sur le clipper Luzitano en qualité de novice/pilotin en , inscrit au Havre sous le matricule 790-3157. Il apprend aussi à jouer de l'accordéon. Il obtient le grade de lieutenant et embarque, en 1866, sur le trois-mâts Chili, dont il est le second lieutenant. Il effectue par la suite, en 1868, son service militaire dans la Marine nationale, embarqué sur la corvette Jérôme-Napoléon.« Paul Gauguin », dans Étienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Tallandier, 2002, 205-206.. Il participe à la guerre de 1870 et prend part à la capture de six navires allemands. Après son retour à Toulon le , il quitte la marine.

Sur la recommandation de son parrain Gustave Arosa (également mécène de Pissarro), il rejoint la société de bourse Bertin à Paris et devient agent de change à la Bourse de Paris où il connaît un certain succès dans les affaires.

En 1873, il épouse une jeune danoise luthérienne, Mette-Sophie Gad (1850-1920), à l'église protestante de la Rédemption de Paris, dans le arrondissement.

Ils partagent alors une vie bourgeoise confortable et ont cinq enfants : (1874-1955), Aline (1877-1897), Clovis, Jean-René (1881-1961), qui deviendra sculpteur, et Paul-Rollon (ou Pola) (1883-1961). Il s'installe avec sa famille en 1877 dans le arrondissement de Paris, d'abord rue des Fourneaux (actuelle rue Falguière), puis rue CarcelPaul Gauguin dans le arrondissement. Résumé d'un article de Jeanine Podloubny et Michel Périn in Bull. Soc. hist. & arch. du arrondt de Paris, ..

Paul Gauguin et les impressionnistes vignette|Rue Jouvenet à Rouen, 1884, Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid.

Son tuteur, , est homme d'affaires et grand amateur d'art, et sa fille Marguerite Arosa a appris à Gauguin la peinture à l'huile. Grâce à Arosa, en 1874, il rencontre Pissarro qui le présente bientôt à Cézanne, Guillaumin et aux autres membres du cercle émergent d'artistes qualifiés d'« impressionnistes » après leur première exposition collective en 1874. Comme son tuteur, Gauguin devient amateur d'art et s'essaye alors à la peinture. Il participe, de 1879 à 1886, aux cinq dernières expositions du groupe des impressionnistes.

En 1879, il peut s'offrir des toiles des meilleurs impressionnistes : Cézanne, Manet, Pissarro, Renoir, Sisley… Il vit à Paris impasse Firmin (actuellement 74 Rue Falguière). Le est né son troisième enfant Clovis et il travaille encore à la Bourse.

En 1882, il abandonne son emploi de courtier en bourse (qui est dans une phase de mauvaise conjoncture, avec la faillite de l'Union générale) pour se consacrer à sa nouvelle passion : la peinture.

Il vient de perdre son emploi à trente-cinq ans et déjà père de cinq enfants. La vie dans la capitale est trop chère pour subvenir aux besoins de sa familleNotice du Musée Thyse-Bornemisza, et il décide de s'établir à Rouen. C'est là que vit alors Camille Pissarro, qui l'a guidé dans son approche de l'impressionnisme. Pendant ces dix mois passés à Rouen, il réalise près de quarante tableaux, principalement des vues de la ville et de ses alentours.

Cela ne suffit pas pour vivre et, en 1883, il part vivre avec sa femme et ses enfants dans la famille de celle-ci à Copenhague. Il abandonne la peinture pour devenir représentant en toile goudronnée ; mais il ne semble pas doué pour ce travail, ses affaires vont mal et sa belle-famille lui reproche son mode de vie bohème. Il retourne donc à Paris, avec son fils Clovis, pour peindre à plein temps et laisse sa femme et ses autres enfants au Danemark, n'ayant pas les moyens d'assurer leur subsistance. Une fois dissipé le pécule accumulé pendant les années prospères, il connaît la misère. Il est contraint pour vivre de faire le colleur d'affiches dans les gares.

En 1885, il commence à travailler la céramique et s'associe avec Ernest Chaplet pour produire en céramique. Cette même année, il fréquente le café-restaurant Au Tambourin, tenu par Agostina Segatori, une modèle italienne, au 62 boulevard de ClichyLa Gazette de Montmartre, n°55, décembre 2015, p. 26..

Symbolisme et voyage en Amérique vignette|gauche|Les Manguiers, Martinique, 1887, Musée Van-Gogh, Amsterdam. vignette|Borne souvenir du passage de Paul Gauguin dans l'île de Taboga au Panama.

Les symbolistes, apparus dans les années 1880, étaient las de la société moderne et cherchaient à échapper à la réalité. Ils commencent à exprimer leurs rêves et leurs visions par des couleurs, des formes et des compositions éclatantes. Dans cette optique, Gauguin, durant l'été 1886, sur les conseils de Félix Armand Marie Jobbé-Duval, visite le petit village de Pont-Aven. Il se passionne pour son histoire, son folklore et ses rituels, et la simplicité et la franchise « primitive » des paysans de la région le séduisent. La Bretagne est son premier pas loin de Paris, et les œuvres réalisées à cette époque marquent une rupture stylistique majeure avec l'impressionnismeNotice Christ jaune, Galerie d'art Albright-Knox.

A Pont-Aven, il rencontre Émile Bernard, le tenant du cloisonnisme, et, de retour à Paris, en novembre, il rencontre pour la première fois Vincent van Gogh.

Toujours désargenté, il renoue avec l'aventure en s'embarquant en avec le peintre Charles Laval pour le Panama où ils vont travailler au percement du canal. Dans les lettres à sa femme, il fait part de sa désillusion en relatant les conditions de vie particulièrement difficiles. Atteint de dysenterie et de malaria, il est soigné dans le sanatorium de l'île de Taboga, où il veut vivre . Les deux peintres décident de rejoindre la Martinique où les conditions de vie sont plus faciles et moins chères. De juin à , ils s'installent dans une modeste case de l'Anse Turin au Carbet à deux kilomètres de Saint-Pierre, où se trouve, toujours aujourd'hui, un Centre d'interprétation. qui lui est consacré. Enthousiasmé par la lumière et les paysages, il peint dix-sept toiles lors de son séjour..

Sans ressources pour vivre et toujours malade, Gauguin s'engage comme marin pour regagner en la métropole et y recevoir de meilleurs soins médicaux. Laval prolonge son séjour jusqu'en 1888Laval rejoint Gauguin à Pont-Aven en juillet 1888 : voir « Lettre de Paul Gauguin à Vincent Van Gogh, Pont-Aven, 28 juillet 1888 », dans Douglas Cooper, 45 lettres de Paul Gauguin à Vincent, Théo et Jo Van Gogh, Amsterdam, 1983, ..

À Paris, il est à la dérive et accepte un lit dans la maison d'Émile Schuffenecker. Ils se sont rencontrés en 1872, alors qu'ils étaient tous deux employés chez un agent de change. Jusqu'à leur brouille, au début des années 1890, Schuffenecker soutient Gauguin et l'encourage à se lancer dans une carrière de peintre. Il le nourrit et l'héberge à plusieurs reprisesNotice Schuffenecker, Musée d'Orsay. Gauguin espère le succès d'une exposition que lui prépare Théo Van Gogh, mais qui sera un fiasco absolu. Il trouve un peu de soulagement dans l'étude des œuvres du Musée Guimet et dans l'ardeur de son travail de la céramique.

Synthétisme à Pont-Aven

vignette|Vision après le sermon ou La Lutte de Jacob avec l'ange (1888), Galerie nationale d'Écosse, Édimbourg.

Il ne peut plus supporter Paris et rejoint, début 1888, en Bretagne, un groupe de peintres expérimentaux, plus jeunes, car il a alors la quarantaine, connu comme l'École de Pont-Aven. Dans une lettre de 1888 écrite à Émile Schuffenecker, il lui exprime son credo qui sera l'âme des contestations artistiques à venir :

Sous l'influence du peintre Émile Bernard, novateur et très croyant, son style évolue. Bernard a élaboré avec son ami Anquetin une technique nouvelle, le "cloisonnisme", qui s'inspire des larges teintes plates et des contours noirs des vitraux médiévaux. Gauguin devient alors plus naturel et plus synthétique. Il cherche son inspiration dans l'art exotique et les estampes japonaises, pour peindre des œuvres modernes qui soient spirituellement chargées de sens. Il se retrouve dans un groupe cette fois plus homogène avec Laval, Moret et Ernest de Chamaillard, en opposition par rapport aux autres peintres de la pension.

Cette année-là, il peint Vision après le sermon, aussi appelée La Lutte de Jacob avec l'ange, . Dans une lettre à Van Gogh, il écrit : Vision après le sermon, Notice de la Galerie d'Écosse.

Pour son tableau représentant un Christ jaune, il se serait inspiré de la sculpture de la Chapelle de Tremalo, près de Pont-Aven. Son ami, le peintre et avocat Ernest de Chamaillard, l'assiste dans une affaire qui l'oppose à l'aubergiste Marie Henry.

Son intérêt croissant pour la plasticité de ses formes s'inspire en partie de Paul Cézanne, vers lequel il se tourne de plus en plus à partir de 1889. Il l'admire depuis ses débuts en 1881, et, lorsqu'il commençait une nature morte, il aurait dit : « Faisons un Cézanne ». Collectionneur passionné de Cézanne, il affectionne particulièrement La Nature morte au compotier, au verre et aux pommes (vers 1889), qu'il conserva jusqu'à ce que des considérations financières le contraignent à le vendre en 1898Notice Le Jambon, Philips Collection.

Épisode d'Arles vignette|Van Gogh peignant des tournesols, 1888. Musée Van-Gogh, Amsterdam.

Gauguin rejoint Vincent van Gogh qui l'a invité à venir à Arles, dans le sud de la France, en , grâce au frère de celui-ci, Théodorus. Les deux artistes échangent depuis plusieurs mois une longue correspondance, se confiant mutuellement l'avancée de leurs recherches vers une vision non naturaliste du paysageNotice Les Alyscamps, Musée d'Orsay.

Il découvre les estampes japonaises à travers Vincent van Gogh, alors qu'ils passent ensemble deux mois (d'octobre à décembre) à peindre. Ils peignent alors la série sur les Alyscamps, des portraits, des paysages et des natures mortes. Les deux confrères sont très sensibles et connaissent des moments de dépression .