thumb|Blason de Vannes L'histoire de Vannes se déploie sur plusieurs millénaires, depuis la protohistoire. Après la guerre qui les opposa aux légions de César, l’administration romaine fait de Darioritum, nom antique de la ville, la civitas des Vénètes à la fin du sous le règne d'Auguste. À la fin de l'Empire romain, des colons bretons (venus de l’actuelle Grande-Bretagne) ainsi que des soldats maures sont installés pour protéger la région des pirates saxons. C’est aussi entre le et le que la ville se fortifie et se christianise. La ville accueille l’évêché et les ordres religieux catholiques en 465 lors du concile de Vannes. Ce concile consacre Patern, saint patron de la cité, saint fondateur de Bretagne et premier évêque attesté de Vannes.

Au cœur d'un comté qui forme un véritable espace-frontière, la cité est conquise en 578 par le roi Waroch qui organise le Bro Waroch, espace politique dont Vannes est la capitale, avant d’être intégré au Royaume de Bretagne en 849. La position centrale de Vannes en Bretagne-sud confère à la cité et à ses chefs politiques et religieux un rôle prédominant. Les comtes et évêques de Vannes sont des personnages clés de l'équilibre entre la Bretagne et la France.

Ville du missus Nominoë, Vannes est une des cités royales de l'éphémère royaume de Bretagne. En partie détruite lors des invasions normandes au , la ville connaît de nombreux sièges jusqu'à la fin de la guerre de Succession avant de devenir la résidence préférée des ducs Jean IV et Jean V. Théâtre de l'Union de la Bretagne à la France en 1532, Vannes connaît un essor religieux exceptionnel au cours du .

Lors de la Révolution française, la ville est partagée entre la République et la Chouannerie. Préfecture du Morbihan, Vannes continue son développement depuis le malgré l’activité maritime qui s’effondre à la même époque. À partir des années 1870, la ville se dote de nouveaux bâtiments publics et connaît un regain d’activité avec l'arrivée du chemin de fer et l’installation de régiments. L'après Première Guerre mondiale marque le temps des mutations alors que l'après Seconde Guerre mondiale marque celui de la croissance économique et démographique.

Symboles

Toponymie

Vannes tire son nom du peuple gaulois des Vénètes. Le mot Vannes est en fait la transformation, avec le temps, du latin Civitas Venetorum (la Cité des Vénètes), désignation qui l'a emporté sur Darioritum, nom latin de la ville lors de sa fondation. L'origine du nom des Vénètes n'est pas connue avec certitude. Le nom Vénètes regroupe deux peuples antiques homonymes dont l’un habitait le sud de l’Aremorica (celtique Veneti) et l'autre le nord de l'Italie (italique Veneti). Du gaulois latinisé Venetī, « les Vénètes » est un nom ethnique qui paraît contenir la racine « wen » (sanskrit van-o-ti « il aime », van-a « charme », latin ven-us et Venus, allemand wonne « joie », etc.), et signifier « les amis, les compatriotesHenry, Victor, Lexique Étymologique des termes les plus usuels du Breton Moderne, Faculté des Lettres de Rennes, Rennes, 1900. ».

Protohistoire et Antiquité

Vannes a été fondée il y a plus de et se nomme Darioritum sous l'époque gallo-romaine. Son identité et son nom actuel proviennent des Vénètes, peuple gaulois armoricain qui occupait vraisemblablement les territoires entre la Laïta, à l'ouest et la Vilaine à l'est (soit à peu près l'actuel département du Morbihan).

Période gauloise

Avec la création de la Société polymathique du Morbihan et le début des recherches archéologiques, plusieurs découvertes ont permis d'attester l'existence d'une occupation gauloise sur le territoire de la ville avant l'établissement de la cité romaine de Darioritum. La première découverte est la mise au jour des chambres souterraines de Tréhuinec en 1872Bulletin de la Société polymathique du Morbihan. 1861, 35 : Découverte et fouille des chambres souterraines de Tréhuinec par M de Cussé: Découvert par hasard lors de labours, le souterrain, creusé dans le sol, était composé de cinq cavités alignées sur une longueur de , où ont été trouvés des fragments de céramiques datant des . À l'issue des fouilles, le souterrain est comblé en dépit de l'importance de celui-ci. Vers 1960, une grande urne funéraire du est découverte dans le quartier du Bondon, précédant la découverte d'une série de stèles gauloises hémisphériques à la fin du . En 2000, des fouilles archéologiques menées dans le Quartier Nord (Bilaire) ont révélé qu'un sanctuaire gallo-romainVannes, Fouilles archéologiques de l'an 2000, Edition Ville de Vannes, 2001. avait succédé à un site de l'Âge du fer. Le sanctuaire comprenait un bâtiment de forme hexagonale allongée. L'édifice, long de , a été édifié au début de notre ère. Au sud, se trouvait un second petit temple carré (fanum), de de côté. Le sanctuaire a succédé à un autre édifice d'origine gauloise, existant dès le jusqu'à l'époque de l'empereur Auguste.

Le peuple des Vénètes thumb|right|upright=1|Monnaie vénète thumb|Bataille du Morbihan, enluminure du

Selon Jules César, le peuple vénète imposait son hégémonie sur les autres peuples de la fédération armoricaine. Ce peuple de marins contrôlait nombre d'îles et de presqu'îles, et surtout le commerce vers l’île de Bretagne (aujourd'hui la Grande-Bretagne) et les Sorlingues (les îles Cassitérides).

Ces relations leur permettent d'obtenir l'intervention de contingents des cités bretonnes contre les Romains lors de leur conquête des Gaules. La réponse de César est sans nuance.

En 56 av. J.-C., Publius Crassus, un général de César, confronté à la disette demande aux peuples d’Armorique de lui fournir du blé. Les Vénètes, sensibles à la menace romaine et à la non-libération des otages livrés l’année précédente, refusent et font prisonnier les envoyés de Crassus : Quintus Velanius et Titus Sillius. Après une ou plusieurs campagnes infructueuses dues à l'impossibilité de vaincre les Vénètes qui fuyaient par la mer lorsque le combat tournait à leur désavantage, d'un éperon barré à l'autre, César comprend qu'il lui faut la maîtrise des mers. Comme à son habitude, il s'appuie sur une cité voisine de ses ennemis. La cité des Namnètes (ils donneront leur nom à Nantes et au Nantais), était proche alliée des Vénètes. Mais Les Pictons et les Santons jaloux de la puissance vénète lui construisent une flotte avec laquelle il vainc les Vénètes en un lieu incertain (baie de Quiberon, tract de Guérande, futur golfe du Morbihan ou autre ?). Les suites de cette bataille sont désastreuses pour le peuple vénète. Tous les sénateurs celtes sont mis à mort et le reste de la population est réduit en esclavage. De plus, comme l'atteste la disparition des fours à sel au sur le territoire des Vénètes, il leur sera interdit de produire du sel, qui était l'une des sources de leur puissance.

La naissance de Darioritum

Il faut donc voir les Romains comme promoteurs de la ville nouvelle de Darioritum sur la colline de Boismoreau (actuel quartier Saint-Patern) peu après leur victoire sur les Vénètes. Ce nom signifierait gué de Dario (rito en gaulois signifie gué, Dario étant le nom d'une personne)Jean Huchet, Tout savoir sur l'origine et la signification des noms de villes et de lieux dans l'ouest, Dimanche Ouest-France, hors-série, 2007, . Elle se couvre bientôt des bâtiments et des monuments nécessaires à toute cité importante: forum avec basilique, temples, villas, etc. La cité est le carrefour de plusieurs vois romaines : de Condevicnum (Nantes) à Vorgium (Carhaix), vers Fanum martis (Corseul), vers Condate (Rennes) ou vers Juliomagus (Angers).

À la fin du , comme partout au nord-ouest de la Gaule, la désorganisation administrative, militaire et commerciale de l'Empire romain, mais beaucoup plus sûrement les agressions de pirates (Frisons) et de bandes incontrôlées (les Bagaudes) contraignirent les habitants gallo-romains à se réfugier derrière une muraille imposante. C’est l’empereur Probus qui autorise les habitants du litus saxonicum, dont Darioritum fait partie, à élever une muraille. Celle-ci est élevée en urgence absolue avec les éléments réutilisés des monuments publics démolis pour l'occasion, sans doute les seuls en dur et donc pouvant livrer des matériaux utiles en quantité. Cette première enceinte, ce castrum, est construite sur un petit éperon rocheux, la colline du Mené, bordé d'un lacet marin, face au centre ancien (). Il s’agit d’une enceinte grossièrement triangulaire (ou plutôt un « hexagone irrégulier comprenant trois grands côtés, de longueurs inégales, reliés l'un à l'autre par trois petits côtés, aussi de longueurs inégalesJules de la Martinière, L’enceinte romaine de Vannes, Imprimerie oberthur rennes, 1927, ») qui s’étend de l’actuelle rue du Mené à la place des Lices. Elle forme le cadre rétréci de la ville (un périmètre de englobant )Claudie Herbaut, Gérard Danet, Christophe Le Pennec, Les remparts de Vannes, Découverte d’une ville fortifiée des origines à nos jours, éditions Animation du patrimoine, ville de Vannes, 2001, .

Aux , comme beaucoup de métropoles régionales, Darioritum change son nom et prend celui du peuple dont elle est la capitale : elle devient Venetis. Ces mutations toponymiques sont intervenues à une époque où la solidité de l'empire romain s'effondrait. On observe alors, entre autres éléments significatifs, une renaissance des antiques divinités gauloises locales dans les sculptures religieuses et les inscriptions dédicatoires. Le changement de nom de cité relève sans doute un phénomène du même ordre, lié à une résurgence des vieux sentiments d'appartenance ethnique des tribus gauloises.

Du Bro Waroch à l'union des trois royaumes L'émigration bretonne en Armorique

Trois vagues distinctes d'émigration ont eu lieu à la fin de l'Empire romain entre l'île de Bretagne et le continent. La première, à la fin du , a été essentiellement militaire, à la suite de la réorganisation de la défense côtière contre les attaques. C'est par cette réorganisation que Darioritum s'est également dotée de murailles. La seconde a eu lieu au début du , sous la pression des Pictes et des Scots. C'est peut-être à l'occasion de celle-ci qu'ont émigré les sept saints fondateurs de la Bretagne, dont saint Patern, qui devient le premier évêques de la ville, lors du concile de 465. Enfin, une dernière vague d'émigration, la plus importante, a lieu à la fin du .

Une principauté se forme alors dans le Vannetais actuel, à l'instar de la Domnonée au nord de la péninsule (qu'on se met à nommer Bretagne) et de la Cornouaille à l'ouest, qui sera nommé plus tard Bro Waroch du nom d'un de ses rois. Mais ce royaume reste très peu celtisé dans sa partie orientale, dont Venetis fait partie. Le premier roi connu de ce territoire est Caradoc Freichfras, un roi semi-légendaire, chevalier de la Table ronde. À celui-ci succède Eusèbe, qui a probablement fait de Venetis sa capitale. Il habite déjà un château, dont on peut penser qu'il s'agit du château de la Motte, forteresse intégrée à la partie nord des remparts, sans qu'une date de construction ne puisse vraiment lui être attribuée.

La capitale du Broërec

thumb|left|upright=1.5|Le Bro Gwened, pays historique de Bretagne dont le territoire correspond au Bro Waroch