Léglise Saint-Étienne de Caen, anciennement abbatiale Saint-Étienne de Caen, est un lieu de culte catholique sur le territoire de la commune française de Caen, dans le département du Calvados, en région Normandie. Construite à partir du par Guillaume le Conquérant comme église abbatiale de l'abbaye aux Hommes, ou abbaye Saint-Étienne, elle est devenue église paroissiale après la Révolution française. Elle ne doit pas être confondue avec l'église Saint-Étienne-le-Vieux située à proximité.

Au cœur du très bel ensemble architectural de l'abbaye construit entre les , son impact est essentiel sur l'histoire de l'art en Normandie et en Angleterre. Elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par liste de 1840..

Historique

vignette|centre|redresse=2.8|alt=Plans de l'église avec ses différentes phases de construction|

La construction de l'église romane (aux )

L'abbaye est fondée vers 1063 par Guillaume le Conquérant. Elle est construite hors des murs de la ville où il n'existe aucun bâtiment sauf peut-être une chapelle..

Pendant les quatre années de l'abbatiat de Lanfranc, de 1066 à 1070 avant d'être nommé archevêque de Cantorbéry, il achète des terrains et des carrières. La construction de l'église bénéficie des larges revenus que l'abbaye retire de ses domaines reçus après la conquête normande de l'Angleterre.

Le deuxième abbé de Saint-Étienne, Guillaume Bonne-Âme est celui qui assiste le . à la dédicace de l'église. La solennité est présidée par l'archevêque Jean d'Avranches, entouré des évêques, ses suffragants, et d'un grand nombre d'abbés et de seigneurs. Elle a lieu en présence du roi et de la reine Mathilde, de leur fils Robert, de Lanfranc, archevêque de Cantorbéry et de Thomas, archevêque d'York. On place sur l'autel la grande charte de fondation et les autres chartes des vassaux qui avec leurs nouvelles richesse dues à la conquête ajoutent de nouveaux dons..

On trouve en fait plusieurs dédicaces, en 1073, 1077, 1081 et 1086, qui pourraient correspondre au chœur, à la croisée du transept et aux deux travées Est de la nef, mais une construction par tranches horizontales, tout au moins pour les deux derniers niveaux est plausible..

L'extrême régularité et l'ampleur du parti architectural de l'église Saint-Étienne suggère que Lanfranc a fait appeler l'un des meilleurs architectes de son temps et voulu le caractère grandiose de l'édifice. Mais il serait imprudent d'aller au-delà de ces considérations d'ensemble : l'édifice marque l'aboutissement des recherches régionales antérieures dont l'abbaye de Bernay et l'abbaye de Jumièges..

Les portions qui restent de l'église Saint-Étienne sont semblables en plan et en arrangement aux portions correspondantes de la cathédrale de Cantorbéry : même nombre de piliers, des tours à l'Ouest, des transepts sans ailes, une tour centrale, un pilier portant une voûte à l'extrémité de chaque croisillon du transept, les dimensions entre les murs sont de anglais à Saint-Étienne, , la distance de la tour centrale à la façade Ouest et la longueur du transept identiques, et anglais.

Le plan primitif est bien conservé au niveau de la nef, mais il reste peu de traces au niveau du chœur, reconstruit plus tard dans le style gothique. L'église Saint-Étienne appartenait à la série des plans dits bénédictins adopté auparavant par l'abbaye de Bernay et l'église Sainte-Trinité de l'abbaye aux Dames, mais avec le chevet à déambulatoire avec ou sans chapelles rayonnantes qui prévalaient ailleurs. Elle devait probablement ce plan à l'abbaye Notre-Dame du Bec qui avait fourni ses premiers moines et le popularisa en Normandie et en Angleterre.

Dans la nef, les voûtes reconstruites au reproduisent les voûtes primitives. Les bas-côtés étaient disposés pour recevoir des voûtes d'arêtes comme celles des croisillons du transept. Les piliers forts et faibles de la nef que l'on trouve aussi à la collégiale Notre-Dame de l'abbaye de Jumièges étaient probablement disposés pour recevoir des voûtes d'arêtes sur plan carré.

La travée de façade, bien que paraissant avoir fait partie des constructions primitives, a dû être construite après coup, mais semble avoir fait partie du plan original, car les départs des tours existent sur une hauteur d'environ sur la tour nord-ouest et sur un étage pour accrocher les bâtiments claustraux sur la tour sud-ouest. Cette travée a été bouchée au pour la construction de l'orgue. Le corps carré des clochers est de construction romane.

Il est probable que le chœur comportait trois travées. Sa largeur était la même que celui qui lui a succédé au , que son abside était épaulé par des contreforts plats. Les bas-côtés du chœur devait, comme ceux de la nef, être voûtés en arc de cercle. Il est possible que le chœur ait pu être voûté comme dans l'église Saint-Nicolas et l'église de l'abbaye aux Dames. L'abside devait s'élever sur trois niveaux comme c'est le cas dans l'église de Lessay ou d'autres églises à tribunes normandes. Les deux bas-côtés du chœur comportaient deux travées terminées par une abside en arc de cercle à l'intérieur et un chevet plat à l'extérieur. Ces bas-côtés ne communiquaient pas avec le chœur par des arcades mais par un mur percé d'une porte à la seconde travée. Des ressauts reliaient l'absidiole à l'abside principale. Le sol était à un niveau inférieur de par rapport au dallage actuel.

Le , Guillaume le Conquérant meurt à Rouen. Son corps est transféré à Caen et il est inhumé dans l'église Saint-Étienne.

Les premières années du sont marquées par un changement dans la technique de construction visible par l'épaisseur des joints. Le chœur fut très probablement voûté d'arêtes comme l'église Sainte-Trinité de l'abbaye aux Dames et l'église Saint-Nicolas.

Dans la nef, les piliers forts et faibles se concilient mal avec des voûtes d'arêtes mais s'accordent très bien avec des voûtes sexpartites sur croisée d'ogives. Ce projet change complètement l'aspect du triforium dont il reste toutes les constructions antérieures dans la nef sauf une colonne par travée.

Dans le transept, les colonnes qui portaient l'arcade du sont noyées dans un mur relié à celui de l'extérieur à l'endroit de la poussée des voûtes et les croisillons du transept sont voûtés en voûtes d'arêtes à nervures. Dans la tour centrale, quatre colonnes sont ajoutées pour porter la voûte de la lanterne. Dans la travée de l'orgue, l'arc géminé est remplacé par un arc unique entouré d'une fresque crénelée. La tourelle de l'escalier du croisillon Nord du transept porte la portion octogonale du sur la base carré primitive

La reconstruction partielle dans le style gothique (du au début du )

À la fin du , l'église est entièrement terminée, les voûtes sont à peine achevées que l'abside n'est déjà plus en rapport avec les changements qui se sont introduits dans les dispositions du chœur des grandes églises. L'autel qui était près de la croisée du transept est reporté plus à l'est et un déambulatoire construit autour du chœur donne accès à de nombreuses chapelles. Il y a controverse sur la construction du chœur qui aurait eu lieu pendant l'abbatiat de Simon de Trévières de 1316 à 1344, mais qui serait plutôt du commencement du , voire de la fin du si on prend en compte les caractéristiques architecturales.

Le , la grande chapelle au bas de la nef sur le côté nord est fondée par Philippe Halbout. Cette chapelle est dédiée à Notre-Dame et quatre chapelains à la nomination de l'abbé y sont rattachés.. Le roi Jean ordonne la continuation des travaux de l'abbatiale et du monastère.

, de 1485 à 1506, fonde huit des seize chapelles du chœur. Quand il meurt en 1512, Pierre de Martigny, son neveu et successeur, à partir de 1506, lui fait construire un somptueux tombeau de marbre blanc et noir, élevé dans la chapelle de la Vierge, derrière le chœur. En 1531, Pierre de Martigny, abbé de Saint-Étienne, évêque de Bayeux est inhumé près de son oncle.

La ruine et la reconstruction de l'église (du milieu du au )

En 1562 et 1563, pendant les guerres de Religion, l'église est pillée par les troupes de Montgommery puis abandonnée. Les vitraux, les orgues et le mobilier sont détruits. Le tombeau de Guillaume le Conquérant, magnifique mausolée en marbre, surmonté d'un gisant, et qui fut édifié à la demande de son fils Guillaume le Roux, roi d'Angleterre est profané en 1562 par les protestants. Les restes sont confiés à un moine de l'abbaye, Michel de Cemallé. Mais en 1563, une nouvelle intrusion des protestants provoque la fuite des moines et les ossements sont dispersés à l'exception d'un seul os, sauvé par Charles Toustain de La Mazurie, le poète ami de Jean Vauquelin de La Fresnaye. Le tombeau de Charles de Martigny est également détruit.

À Pâques 1563, les couvertures de plomb de l'église sont enlevées. La tour-lanterne s'écroule en 1566 et entraîne la chute des voûtes du chœur par la faute d'un sénéchal de l'abbaye Jean Laurent dit Le Goullu qui fait couper des sommiers qui en tombant ébranlent la tour, l'escalier s'écroule et entraîne avec lui les voûtes du chœur. Le culte est interrompu dans l'abbatiale pendant soixante-trois ans.

L'église doit sa restauration dans le respect de l'existant au prieur claustral Jean de Baillehache qui se bat toute sa vie pour rétablir l'église et la discipline altérée par toutes ces années de troubles.

En 1600, il reste quatorze religieux profès et deux novices. Le Parlement de Rouen oblige le fermier de l'abbaye à fournir par an pour les réparations de l'église. Le premier , il ordonne que le rond-point du chœur et les chapelles en ruines soient démolies. Les échevins de Caen veulent les pierres pour renforcer les fortifications de la ville.

Jean de Baillehache obtient le un arrêt portant défense de démolir le chœur, le rond-point et les chapelles et de reconstruire à l'identique les deux piliers de la tour-lanterne. En 1603, le roi voit les ruines. En 1619, Jean de Baillehache fait saisir sur le fermier général pour l'achat de cloches, d'objets de culte, chasubles et parements d'autels. Il présente une requête pour faire travailler sans discontinuité aux réparations de l'église.

Le , l'église est à nouveau consacrée et rouverte au culte.

Après la restauration du chœur, l'os de Guillaume le Conquérant, sauvé en 1563, est replacé en 1642 dans un nouveau tombeau en marbre par Jean de Baillehache.

À partir de 1704, les bâtiments conventuels sont reconstruits par la congrégation de Saint-Maur qui occupe l'abbaye depuis 1663. Excepté la restauration de la tour nord, frappée par la foudre le , l'église ne fait pas l'objet d'importants travaux. Elle fait toutefois l'objet de quelques aménagements intérieurs.

Un jubé est commencé en 1724 pour séparer le chœur de la nef. Un grand orgue est construit sur une tribune en revers de la façade principale dans les années 1730-1740. Une grande horloge est installée sur une tribune dans le transept nord. Il est également fait acquisition d'un nouveau mobilier (tabernacle, croix, chandeliers).

En 1742, les moines obtiennent du roi l'autorisation non seulement de déplacer le tombeau de Guillaume le Conquérant dans le sanctuaire mais aussi de le réduire à un simple caveau recouvert d'une pierre tombale.

Période contemporaine (depuis la révolution française)

En 1790-1791, les frères sont chassés de l'abbaye aux Hommes et les bâtiments sont affectés à diverses administrations.

L’église Saint-Étienne-le-Vieux est désaffectée et l'ancienne abbatiale devient l'église de la paroisse Saint-Étienne. L'ordonnance du , qui réduit le nombre des paroisses caennaises de treize à sept, incorpore à la paroisse Saint-Étienne celle de Saint-Martin, de Saint-Nicolas, de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe et de Saint-Ouen, les deux dernières conservant la qualité de succursale.