La centrale Bersimis-1 désigne un barrage et une centrale hydroélectrique construits par Hydro-Québec sur la rivière Betsiamites, à Lac-au-Brochet, au nord de Forestville, au Québec. Les travaux d'aménagement ont débuté en 1953 et la centrale, d'une puissance installée initiale de , a été mise en service en 1956.
Cette centrale est la première à être construite par Hydro-Québec et constitue un tournant dans l'histoire de l'électricité au Québec, ouvrant la voie à la prise de contrôle de tous les services publics privés du Québec par la société d'État en 1963. En 1959, une deuxième centrale, Bersimis-2, est mise en service à une trentaine de kilomètres en aval de Bersimis-1.
Grâce à des travaux d'entretien, à une mise à jour majeure dans les années 1990 et au détournement de rivières dans les années 2000, la puissance installée de la centrale a été augmentée au fil du temps à son niveau actuel de .
Dotée d'une chute impressionnante de 266,7 mètres, la centrale Bersimis-1 se distingue en tant qu'installation hydroélectrique possédant la plus haute chute d'eau au Québec et une des plus hautes au monde.
Géographie
La rivière Betsiamites, également connue sous le nom de Bersimis, est située à mi-chemin entre les rivières Saguenay et aux Outardes, sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, en aval de la ville de Québec. La région est peu peuplée, à l'exception de la réserve innue de Betsiamites, située à l'embouchure de la rivière.
Étymologie Le mot Betsiamites ou Pessamit est d'origine innue et signifie « L'endroit où les lamproies se réunissent ».
L'appellation Bersimis n'était pas utilisée par les Innus, les Français ou les Canadiens, étant plutôt introduite dans les relevés hydrographiques du fleuve Saint-Laurent réalisés par l'amiral britannique Henry Wolsey Bayfield en 1837. La Compagnie de la Baie d'Hudson utilise le même mot lorsqu'elle y établit un comptoir en 1855, tout comme le bureau de poste, ouvert en 1863.
Après deux décennies d'efforts, les résidents et le gouvernement du Québec réussissent en 1919 à convaincre le gouvernement fédéral d'adopter Betsiamites. Mais l'usage administratif de l'appellation Bersimis dure pendant des décennies et Hydro-Québec l'a utilisé dans les années 1950 pour nommer ses installations dans la région.
Géologie
Climatologie
Hydrologie
Faune et flore Ce territoire fait partie de l'écorégion des Laurentides centrales de l'écozone du Bouclier boréal. L'arrière-pays est boisé et dominé par des essences résineuses, comme l'épinette noire (Picea mariana), le sapin baumier (Abies balsamea) et l'épinette blanche (Picea glauca).
En 1937, le gouvernement du Québec accorde une concession forestière à l'Anglo-Canadian Pulp & Paper Co. afin d'alimenter son usine de Forestville, sur la côte. On décrit la zone comme « un véritable paradis pour les sportifs; on y trouve en abondance du poisson, l'orignal, l'ours et nombre d'autres animaux sauvages ».
Milieu humain
Aménagement hydroélectrique thumb|left|Le bassin versant de la rivière Betsiamites. D'un point de vue technique, la rivière est bien adaptée au développement de l'hydroélectricité. La différence de niveau de sur une distance de entre le lac Pipmuacan et l'embouchure, dont une série de chutes et de rapides avec une dénivellation de sur une distance de constitue un attrait majeur pour les ingénieurs.
Le site est idéal à un autre titre, puisque le débit de la rivière peut être contrôlé très facilement à la sortie du lac Cassé. En plus, il était également possible de développer un deuxième site, à environ en aval du premier, afin de profiter d'une autre dénivellation de . Le deuxième site, connu sous le nom de Bersimis-2, a été développé entre 1956 et 1959.
Contexte
Le boom de l'après-guerre crée une augmentation sans précédent de la demande d'électricité au Québec. Les gestionnaires d'Hydro-Québec et des autres compagnies d'électricité de la province tentent par tous les moyens d'augmenter la production hydroélectrique afin de satisfaire la croissance des besoins. Dans la région montréalaise, le principal territoire alors desservi par Hydro-Québec, l'ajout de 12 groupes à la centrale de Beauharnois ne suffirait pas à répondre à l'augmentation de la demande à compter de 1956. D'autres projets, comme l'aménagement des rapides de Lachine ou la construction de la centrale de Carillon sont à l'étude, mais comportent leurs lots de désavantages.
Au Saguenay, Alcan aimerait accroître la productivité de ses usines hydroélectriques en détournant des cours d'eau vers le lac Saint-Jean. Elle demande au gouvernement l'autorisation de détourner la rivière vers la rivière Péribonka et le lac Saint-Jean. Le premier ministre Duplessis rejette cette demande en , expliquant .
De son côté, la plus grande compagnie d'électricité privée, la Shawinigan Water and Power Company (SWP), faisait face au même problème. Bien qu'elle ait ajouté des groupes à ses centrales de Rapide-Blanc et de La Tuque et construit deux nouvelles centrales, Shawinigan-3 () en 1949 et Trenche () en 1953, les dirigeants de l'entreprise étaient désireux de convaincre le gouvernement de leur accorder de nouvelles concessions hydrauliques sur des rivières qui n'étaient pas encore aménagées.
SWP a dans sa mire les prometteuses rivières de la Côte-Nord. En 1948, sa filiale d'ingénierie, Shawinigan Engineering, réalise la reconnaissance des rivières de la Côte-Nord et amorce secrètement les études d'avant-projet en vue de la construction d'une centrale d'un million de horsepower () sur la rivière Betsiamites. Selon les calculs préliminaires, le développement du site coûterait par horsepower (ce qui équivaut à environ ), un coût suffisamment bas pour compenser les coûts additionnels des lignes électriques de qui relieraient la centrale aux grandes villes du Québec.
Mais le gouvernement du Québec en décide autrement. La Commission des eaux courantes de Québec envoie une mission sur la rivière au cours de l'été 1951 pour en faire le profil et établir la topographie détaillée des principaux emplacements de barrage. La direction de la Shawinigan apprend en que le gouvernement confiera le développement de la rivière à la Commission hydroélectrique. La Shawinigan sera cependant compensée financièrement pour les travaux préliminaires qu'elle cède au nouveau promoteur. La concession hydraulique est formellement accordée à la société d'État par décret le .
Selon Claude Bellavance, un historien économique qui a consacré un ouvrage à la formation et au déclin de la SWP, cette décision du gouvernement Duplessis aura des conséquences majeures sur l'avenir de l'entreprise, qui sera rachetée et intégrée au sein d'Hydro-Québec en 1963. Avec le recul, écrit Bellavance, cette décision représente « une étape décisive du processus de réappropriation par l'État de ce champ d'intervention privilégié de l'activité économique » qui a fait en sorte « qu'Hydro-Québec devienne le principal, sinon l'unique maître d'œuvre » du développement hydroélectrique au Québec.
Construction
Les travaux préliminaires commencent dès 1952. La première étape consiste à construire des infrastructures pour fournir de matériel, de vivres et de fournitures pour les que comptera le chantier.
Des travaux ont lieu à Forestville, point de départ d'un réseau de de routes qui devront être construites dans l'arrière-pays afin d'atteindre les différents chantiers. Le premier chemin de pénétration vers le site du chantier est ouvert par une équipe de 150 hommes de l'Anglo Canadian Paper Company à l'automne 1952. La route à deux voies qui relie Forestville à Labrieville est maintenant intégrée du réseau routier québécois. Elle est maintenant connue sous le nom de route 385.
Toutes les marchandises, des friandises au ciment, seront transportées à Forestville par bateau, puis déchargées au quai d'Hydro-Québec pour être transbordées dans des camions qui les livreront au chantier. Les travaux de construction d'un quai, d'entrepôts, d'un silo à ciment, d'ateliers et de garages sont menés au printemps 1953 et les installations de Forestville accueillent leurs premières cargaisons dès l'été.
Labrieville
Avant même de commencer la construction du barrage et de la centrale électrique, un approvisionnement stable en électricité était nécessaire à la bonne marche des travaux. Hydro-Québec a construit une centrale hydroélectrique temporaire à proximité du lac Cassé entre et . La centrale de (environ ) a alimenté les chantiers de construction et des camps de travailleurs. L'équipement utilisé pour construire la centrale temporaire provenait de la centrale de Saint-Timothée, une petite centrale acquise lors de la nationalisation de la Montreal Light, Heat and Power pour être démantelée en 1949.
La construction de Labrieville, un village nommé en l'honneur de Napoléon-Alexandre Labrie, évêque-fondateur du Diocèse du golfe Saint-Laurent, a commencé en . Outre les baraquements temporaires réservés aux ouvriers du chantier, une école comportant huit salles de classe, une église de 400 places, une auberge, un centre administratif et commercial et 117 maisons ont été construites. Le premier locataire a pris possession d'un logement le et le village a été achevé en 1955.
Décrit par un contemporain comme « un véritable joyau enchâssé dans la rugosité d'un pays inculte », le village était situé dans la vallée de la Betsiamites, à une courte distance de la centrale électrique. Dans un article publié dans le Canadian Geographical Journal en 1960, W.J.W. McNaughton ajoute que Labrieville est une « gentille petite ville, avec ses parterres dont le vert brillant contraste vivement avec l'austérité impressionnante du paysage environnant ». Les progrès technologiques dans le domaine des télécommunications et dans le contrôle à distance rendent toutefois le village redondant. Hydro-Québec fermera Labrieville en 1974.
Barrages thumb|right|Le réservoir du lac Pipmuacan La construction des barrages et des centrales électriques débute en . Deux structures en enrochement sont construites afin de créer un réservoir qui augmente la superficie des lacs Pipmuacan et Cassé à : le premier, d'une longueur de et haut de , est construit entre deux montagnes qui ceinturent le Lac Cassé. Le second, d'une longueur de , permet de contrôler la rivière Desroches.
De grandes quantités d'argile ont nécessaires afin d'imperméabiliser le noyau des barrages. Une quantité suffisante a été trouvée à proximité par les ingénieurs chargés de l'avant-projet grâce à la perspicacité d'un groupe d'autochtones qui se rappelait avoir vu des castors utiliser un dépôt de glaise pour construire leurs propres barrages.
Une montagne située entre les deux barrages a été nivelée pour construire l'évacuateur de crues du réservoir. La conception des deux barrages est similaire au barrage Kenney construit en 1952 par Alcan dans le cadre de l'aménagement de Kemano, en Colombie-Britannique.
Centrale
La centrale électrique souterraine est construite à du barrage principal. Une prise d'eau bétonnée d'un diamètre de a été creusée dans le granit du Bouclier laurentien pour acheminer l'eau à une culotte, où des conduites forcées alimentent les huit turbines de la centrale situées plus bas. Le tunnel a été creusé à un rythme moyen de par semaine.
La chambre d'équilibre a été taillée dans le roc et se trouve à en amont de la première conduite forcée. Un puits de s'élève à la verticale sur , pour rejoindre la chambre d'équilibre, profonde de et d'un diamètre de . Elle débouche en plein air sur une colline surplombant le village.
Les huit turbines Francis branchées à des alternateurs à sont situés dans une caverne longue de , large de et haute de . La galerie de fuite est parallèle à la centrale et rejette l'eau turbinée dans la rivière.
Lignes électriques