John Michael Wright, né en et mort en Les dates exactes sont inconnues, son baptême eut probablement lieu le 25 mai 1617 et il fut inhumé le août 1694, est un peintre portraitiste baroque écossais qui étudie à Édimbourg sous la direction de George Jamesone. Il acquiert ensuite une solide réputation d'artiste et de savant lors d'un long séjour à Rome où il est admis à l’Accademia di San Luca et fréquente les plus éminents artistes de sa génération.

Wright est engagé, en 1655, par l'archiduc Léopold-Guillaume de Habsbourg, gouverneur des Pays-Bas espagnols, afin d'acquérir pour son compte des œuvres d'art en Grande-Bretagne. Il s'établit alors en Angleterre, dès 1656, et devient peintre de la cour avant et après la Restauration anglaise. Converti au catholicisme, il est l'un des favoris de la cour des Stuart, travaillant pour Charles II et Jacques II, il est le témoin des nombreuses manœuvres politiques de l'époque. Lors des dernières années du règne des Stuart, il retourne à Rome dans le cadre d'une ambassade auprès du pape Innocent XI.

Wright est actuellement considéré comme l'un des chefs de file des peintres britanniques de son époque, en particulier pour le caractère réaliste de ses portraits. Il a été favorisé par des clients au plus haut niveau de la société, à une époque où les artistes étrangers étaient généralement préférés. Ses peintures de la royauté et de l'aristocratie font aujourd'hui partie des collections les plus prestigieuses. thumb|Mrs Salesbury with her Grandchildren, vers 1676. Collection de la Tate Gallery.

Origine et jeunesse

L'origine de John Michael Wright est incertaine, lui-même entretient le doute à l'apogée de sa carrière en signant alternativement ses œuvres « Anglus » ou « Scotus »Brydall, p. 99.. Le diariste John Evelyn le dit écossais, un adjectif que reprend l'historien de l'art Horace Walpole et que semblent admettre ses biographes plus tardifs. Cependant, l'antiquaire anglais Thomas Hearne mentionne, en 1700, que Wright est né à Londres dans une demeure sur Shoe Lane et qu'après sa conversion au catholicisme, alors qu'il est adolescent, il est emmené en Écosse par un prêtreThomas Hearne, Reliquiae Hearnianae: the remains of Thomas Hearne, M.A., of Edmund Hall : being extracts from his MS. diaries, publié par John Russell Smith, 1857. p. 343.. La naissance à Londres semble accréditée par l'enregistrement du baptême, le , de « Mighell Wryghtt », fils de James Wright, décrit comme tailleur et citoyen de Londres, en l'Église Saint-Bride sur Fleet Street. Le document a été découvert par E. K. Waterhouse : .

Il est certain cependant que le , Wright est l'apprenti de George Jamesone, un portraitiste renommé d'ÉdimbourgRothenstein, p. 34.. Dans le registre des apprentis de cette cité, il est inscrit comme « Michaell, fils de James W(right), tailleur, citoyen de Londres »Waterhouse p.70. Les raisons de son départ pour l'Écosse demeurent incertaines, peut-être liées à des raisons familiales (ses parents étant vraisemblablement des Écossais vivant à Londres) ou bien à cause de la survenue d'une épidémie de peste à Londres. Pendant son apprentissage, Wright loge apparemment sur High Street près de la Netherbow Gate qui sert d'atelier à Jameson. Le contrat d'apprentissage est signé pour cinq ans, mais il est écourté en raison de l'emprisonnement de Jameson à la fin 1639. Il n'existe aucune trace d'une œuvre signée par Wright à cette époque (sa première toile connue est un petit portrait de Robert Bruce, 1st Earl of Ailesbury, réalisé dans les années 1640 lors de son séjour à Rome)Aujourd'hui dans la collection privée du Marquis d'Ailesbury à Tottenham House.

John Michael Wright rencontre vraisemblablement son épouse alors qu'il réside en Écosse. Peu d'éléments sont rapportés à son sujet, si ce n'est une mention, rédigée trente ans plus tard, qui la décrit comme « apparentée aux plus nobles et distinguées familles d'Écosse ». Si ce fait est avéré, il pourrait expliquer comment Wright obtient plus tard des commandes de la clientèle de l'aristocratie britannique. Il est cependant certain que Wright a au moins un fils, prénommé Thomas.

Carrière Rome et les Virtuosi al Pantheon

Après son apprentissage, Wright se rend en France, mais sa destination finale est l'Italie. Il est possible qu'il arrive à Rome dès 1642 dans l'entourage de James Alban Gibbes (un peintre lettré d'origine écossaise), mais il est certain que Wright y réside dès 1647. Les détails de son séjour sont assez sommaires, mais son talent et sa réputation s'accroissent à tel point qu'en 1648, il devient membre de la prestigieuse Accademia di San Luca (où il est inscrit comme « Michele Rita, pittore inglese »). À cette époque l'académie est fréquentée par des peintres italiens en vue, ainsi que par d'illustres étrangers dont le Français Nicolas Poussin et l'Espagnol Diego Velázquez. Le de cette même année, il est élu à la Congregazione dei Virtuosi al Pantheon, une société honorifique de peintres instituée par la papauté afin de promouvoir la foi catholique par l'art. La congrégation organise chaque année une exposition au Panthéon.

Wright passe dix ans à Rome et devient un linguiste accompli ainsi qu'un connaisseur d'art établi. Il est suffisamment prospère pour construire une importante collection de livres, gravures, peintures, pierres précieuses et médailles, dont certaines œuvres attribuées à Mantegna, Michelangelo, Raphael, Titien et Correggio. Il acquiert quelque quarante peintures ; sans doute aussi bien pour les revendre que pour les collectionner.

Antiquaire de Léopold d'Autriche

En 1654, après une décennie passée à Rome, Wright se rend à Bruxelles où ses capacités sont reconnues par l'archiduc Léopold-Guillaume de Habsbourg, alors gouverneur des Pays-Bas espagnols. Léopold ne l'emploie pas comme artiste, mais comme conseiller en antiquités. En tant que frère cadet de l'empereur Ferdinand III et cousin de Philippe IV d'Espagne, l'archiduc possède les moyens d'amasser une grande collection de peintures et d'antiquités.

En outre, au printemps 1655, l'archiduc vit une période de relations cordiales avec Oliver Cromwell, alors Lord Protecteur d'Angleterre. Tous deux ont en effet échangé des présents, chevaux et tapisseries que Léopold a offerts à Cromwell pour la rénovation du palais de Whitehall. Cromwell reçoit également une ambassade des Habsbourg pour le féliciter de sa nouvelle position.) Depuis l'exécution de en 1649, Léopold a acheté plusieurs pièces des collections royales et de certains aristocrates et, dans ce contexte, chargé Wright de se rendre à Londres afin d'acquérir pour lui davantage d'œuvres. Un passeport est alors issu au nom de « Juan Miguel Rita, pintor inglés, que va a Inglaterra a procurar pinturas, medallas, antigüedades, y otras cosas señaladas, que le hemos encargado … »Traduction de la phrase en espagnol du passeport : « Juan Miguel Rita, peintre anglais, qui va en Angleterre pour chercher peintures, médailles, antiquités, et autres choses citées, que nous avons commandées … »Bodlein Library, Université d'Oxford, Rawlingson MSS. Series A, Vol.26, fol.101. afin de lui permettre de se rendre en Angleterre. Le passeport est daté du et signé par l'archiduc à Bruxelles, ce qui indique que Wright a quitté l'Italie pour la Flandre à cette époque.

Comme tout membre d'une mission officielle, Wright présente sans doute ses respects à l'ambassadeur extraordinaire de Léopold à Londres, le marquis de Lede, et à Alonso de Cárdenas, l'ambassadeur ordinaire des Habsbourg ; qui s'est également impliqué, dès 1649, dans l'achat d'œuvres d'art pour la monarchie espagnole. Les dates exactes et la durée de cette visite restent incertaines, en raison du manque de documents retrouvés.

Toutefois, le marquis de Lede s'en va à la fin juin et Alonso de Cárdenas quelques semaines plus tard, alors que les relations entre Cromwell et les Habsbourg se détériorent. Wright arrive probablement en Flandre, avec toutes les acquisitions qu'il a faites, juste à temps pour apprendre l'imminence du départ de Bruxelles de l'archiduc et celle de son immense collection d'art à l'automne 1655.

Après la réinstallation de son employeur à Vienne, Wright retourne cependant à Londres. Le , il passe par Douvres où le registre des visiteurs mentionne : Avec tact le rapport dissimule l'emploi de Wright en Flandre (dénommée par euphémisme comme « d'autres lieux »), alors que l'Angleterre et les Habsbourg sont maintenant en guerre, et il ne relève pas non plus sa qualité de membre de l’Accademia di San Luca, qui l'identifierait comme catholique.

Angleterre

Quelles que soient ses intentions, Wright ne retourne pas en Italie, mais c'est au contraire sa famille qui le rejoint en Angleterre peu après. Bien qu'il soit catholique au cœur du très protestant Protectorate (1653–1659), Wright semble n'éprouver aucun problème à obtenir les commandes de clients prestigieux. L'historien de l'art britannique Ellis K. Waterhouse dit de lui qu'il s'engage alors dans « la plus délibérée et effrontée flagornerie de Cromwell », en 1658, grâce à son portrait posthume d'Elizabeth Claypole, fille d'Oliver Cromwell (aujourd'hui à la National Portrait Gallery). Il s'agit d'un portrait allégorique, représentant Elizabeth sous les apparences de Minerve, s'appuyant sur un relief sculpté de la déesse, née de la tête de Jupiter, portant la devise « Ab Jove Principium »Ab Jove Principium qui signifie « Commençons par Jupiter », dont l'équivalent en français est « À tout seigneur tout honneur. » ; une allusion à Cromwell lui-même, dont elle tient un portrait en camée. Apparemment, il est également disposé à travailler pour l'autre bord politique : en 1659, il peint le colonel John Russell ( du comte de Bedford), qui fait partie du complot du Sealed Knot qui vise à rétablir Charles II sur son trône. Ce portrait est d'ailleurs considéré, par un critique au moins, comme le chef-d'œuvre de Wright.

Après la restauration de Charles II en 1660, le catholicisme de Wright n'est plus réellement un handicap, en raison de l'attitude tolérante du roi en matière religieuse. N'ayant jamais été un homme d'affaires avisé, Wright rencontre quelques difficultés financières. Le roi lui accorde le privilège de disposer de sa collection de « vieux maîtres » en organisant une loterie. Charles II lui-même acquiert quatorze d'entre elles. Au début des années 1660, Wright possède un atelier fructueux à Londres, si bien que le diariste John Evelyn l'appelle « Mr Write le fameux peintre ». Pendant la Grande peste de Londres, en 1665, Wright se réfugie à la campagne, où il peint les portraits d'au moins trois membres de la famille catholique des Arundell of Wardour. Paradoxalement, le Grand incendie de Londres, l'année suivante lui est profitable, puisqu'il reçoit l'une des premières commandes artistiques de la Cité de Londres pour peindre vingt-deux portraits des Fire Judges (juges nommés pour évaluer les différends concernant la propriété après l'incendie). Ces peintures, achevées en 1670, étaient exposées dans le Guildhall, jusqu'à ce qu'il soit bombardé pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, seules deux de ces toiles (celles de Sir Matthew Hale et Sir Hugh Wyndham) sont exposées dans la Guildhall Art Gallery, les autres ayant été détruites ou dispersées.

Patronage royal