Ernst Schäfer, né le à Cologne et mort à Bad Bevensen le , est un zoologue allemand, spécialisé en ornithologie. Il a effectué, avec Brooke Dolan II, deux expéditions scientifiques en Chine et au Tibet Isrun Engelhardt, The Ernst-Schaefer-Tibet-Expedition (1938-1939): new light on the political history of Tibet in the first half of the 20th century, in McKay Alex (ed.), Tibet and Her Neighbours : A History, Edition Hansjörg Mayer, London, 2003 . Son principal titre de gloire est une expédition scientifique qui séjourna au Tibet en 1938-1939, en allemand Deutsche Tibet-Expedition Ernst Schäfer (l'« expédition allemande au Tibet Ernst Schäfer ») selon le sous-titre choisi par Schäfer lui-même dans son livre de 1943, Geheimnis Tibet.
Ayant rejoint la SS à l'été 1933 selon Peter Levenda, ou en 1934 suivant le conseil du maire de Göttingen selon Isrun Engelhardt, et y atteignant les grades de Untersturmführer (sous-lieutenant) en 1936, Obersturmführer (lieutenant) en 1937, Hauptsturmführer (capitaine) en 1938 et Sturmbannführer (commandant) en 1942 . Selon le renseignement militaire américain en Europe, Schäfer œuvra dans le cadre de l'Ahnenerbe, un institut créé par Heinrich Himmler European Theater of Operations, The Activities of Ernst Schaefer, United States Forces - European Theater, Military Intelligence Service Center, APO 757 Final Interrogation Report (OI-FIR) No. 32, Feb. 12, 1946. : .. Selon Isrun Engelhardt, l'expédition ne fut pas subventionnée par l’Ahnenerbe.
Selon sir Basil Gould, le représentant de la Grande-Bretagne au Sikkim en 1938, Ernst Schäfer était « avant toutes choses, un nazi dans l'âme » . De même, le diplomate britannique Hugh Richardson, qui se trouvait à Lhassa en 1939, se souvient de Schäfer comme d'« un nazi jusqu'au bout des ongles » .
Isrun Englehardt remet les déclarations des représentants britanniques dans le contexte précédant la Seconde Guerre mondiale. Elle mentionne aussi une rencontre entre Ernst Schäfer et le vice-roi des Indes, au cours de laquelle ce dernier lui remit un message à l'attention d'Adolf Hitler, ce qu'il ne pourra faire, en raison de l'opposition furieuse de Himmler.
Selon Alex McKay, Ernst Schäfer était un scientifique sérieux et apparemment un nazi réticent Alex McKay Introduction, in : : . En 1932, il a été élu membre de l'Académie nationale des sciences américaine, une distinction qu'il a gardée à vie.
Études et première expédition en Chine et au Tibet (1931-1932) Né le à Cologne, Ernst Schäfer était le fils d'un grand industriel allemand, directeur de la compagnie de pneus Phoenix . Quand ses parents s'installèrent à Hambourg, où son père était devenu président de la chambre de commerce et d'industrie, le jeune garçon se mit à négliger l'école au profit d'excursions dans les environs, si bien qu'on décida de l'envoyer en pension à Heidelberg. C'est là, à l'âge de , qu'il découvrit la chasse, le directeur du pensionnat l'emmenant avec lui dans ses expéditions cynégétiques . Après l'obtention de son Abitur (diplôme de fin d'études secondaires) à Mannheim en 1929, Schäfer entreprit des études universitaires de zoologieIsrun Engelhardt, , géologie, botanique et géographie à l’université de Göttingen, en Basse-Saxe.
En 1930, le naturaliste américain Brooke Dolan II vint en Allemagne recruter des scientifiques pour une expédition zoologique. Ernst Schäfer interrompit ses études pour rejoindre, en 1931, la première expédition de Brooke Dolan en Chine occidentale et au TibetThe Activities of Ernst Schaefer, op. cit. : .. Financée par l'Académie d'histoire naturelle de Philadelphie en Pennsylvanie et conduite par Brooke Dolan II, chasseur de gros gibier à ses heures, cette expédition gagna le Tibet oriental, au milieu des escarmouches entre le gouvernement nationaliste chinois, les seigneurs de la guerre et l'armée tibétaine John J. Reilly, Compte rendu du livre de Christopher Hale, Himmler's Crusade, John Wiley & Sons, Hoboken (NJ), 2003 : ..
Ernst Schäfer revint en Allemagne en 1932 pour reprendre ses études. Il savait qu'il se retrouverait dans une impasse s'il ne finissait pas son Doktorarbeit .
En reconnaissance de ses nombreuses contributions scientifiques, il fut élu membre à vie de la National Academy of Sciences de Philadelphie en 1932Schweizerische Gesellschaft für Asienkunde, Asiatische Studien: Études asiatiques, Volume 58, Numéros 1 à 2, Éditeur A. Francke., 2004 : . À peine âgé de , il publia un premier livre, Berge, Buddhas und Bären. Forschung und Jagd in geheimnisvollem Tibet, où il racontait sa participation à cette première expéditionThe Activities of Ernst Schaefer, op. cit. : . L'ouvrage lui valut un début de notoriété.
Selon Christopher Hale, Schäfer serait revenu de cette première expédition non sans éprouver de la méfiance vis-à-vis du « lamaïsme », affirmant que les Tibétains, « un peuple puissant, sain », « étaient sous le joug de leur religion, laquelle les privait de toute possibilité de développement » .
Adhésion au nazisme Au printemps 1933, lorsque Hitler eut consolidé son pouvoir, Schäfer devint membre du parti nazi, sous le numéro 4690995, à l'instar de ces opportunistes que l'époque qualifiait de « violettes de mars » . Dans la foulée, à l'été 1933, il s'engagea dans la SS The Activities of Ernst Schaefer, op. cit. : ..
Selon Isrun Engelhardt, c'est en 1934 qu'il s'engagea dans la SS suivant le conseil du maire de GöttingenIsrun Engelhardt, : ., un ami de son père .
Seconde expédition en Chine et au Tibet (1934-1936) Entre 1934 et 1936 il participa à la seconde expédition scientifique de Brooke Dolan II en Chine et au Tibet oriental. Cette expédition parvint en Chine occidentale et au Tibet oriental. Un missionnaire américain du nom de Marion H. Duncan était également du voyage . Schäfer rencontra, en , le panchen-lama, Thubten Chökyi Nyima, alors en exil à Hangzhou, en Chine .
Retour d'expédition via les États-Unis et doctorat Selon Isrun Engelhardt, Ernst Schäfer rentra aux États-Unis avec Dolan en . C'est à Philadelphie qu'il reçut un télégramme de félicitations émanant du gouvernement allemand et lui indiquant que son retour en Allemagne était souhaité. Peu de temps après, une nouvelle missive l'informa qu'en reconnaissance du succès de son expédition, il avait été nommé sous-lieutenant SSIsrun Engelhardt, : .
De retour au pays, Schäfer publia en 1937 le récit de ses expériences tibétaines dans un livre intitulé Unbekanntes Tibet (litt. « Tibet inconnu »), dans lequel il appelait à l'envoi d'une expédition scientifique allemande au Tibet Unbekanntes Tibet. Durch die Wildnisse Osttibets zum Dach der Erde. Tibetexpedition 1934/36, Berlin, Paul Parey, 1937, viii, 295 p., p. of plates. Joseph Cummins, History's great untold stories: obscure events of lasting importance, Murdoch Books, 2006, 366 p., chap. Explorers of the Deep, en part. : .
En outre, il poursuivit ses études à Berlin où il obtint le titre de docteur en zoologie en 1937.
Rencontre avec Heinrich Himmler Entretemps sa notoriété avait attiré l'attention de Heinrich Himmler, lequel l'avait nommé in absentia Untersturmführer (sous-lieutenant) dans la SS et sommé de lui faire son rapport dès son retour du Toit du mondeThe Activities of Ernst Schaefer, op. cit. : .. Ce qui fut fait en : très intéressé par le travail de Schäfer, Himmler lui déclara, lors de leur rencontre, qu'il souhaitait faciliter ses projets à venir et qu'il parrainerait sa prochaine expéditionThe Activities of Ernst Schaefer, op. cit. : .. Il fut convenu que l'expédition aurait lieu, qu'elle serait parrainée par l'Ahnenerbe Forschungs and Lehrgemeinschaft (la « société du patrimoine ancestral »), institut de recherches anthropologiques et archéologiques créé par Himmler, que les membres de l'expédition seraient de la SS et que Schäfer se chargerait de la préparer et de choisir une équipe de savants, avec l'accord de HimmlerJoseph Cummins, History's great untold stories: obscure events of lasting importance, op. cit., : .
En , Schäfer se rendit en Angleterre pour travailler au Musée britannique. Il y aurait étudié les collections d'oiseaux tibétains et himalayens aux fins de comparaison avec sa propre collection. À son retour en Allemagne en septembre, il fut invité par Himmler à rejoindre l'Ahnenerbe, honneur que Schäfer affirme avoir décliné à ce moment-làThe Activities of Ernst Schaefer, op. cit. : ..
Toujours en 1936, il devait être invité d'honneur à la Reichsparteitag (ou Congrès de Nuremberg), où il rencontra tous les hauts responsables nazisThe Activities of Ernst Schaefer, op. cit. : ..
Entre et , il écrivit un livre, Dach der Erde (« Le toit du monde ») et aida l'explorateur britannique Frank Wallace à organiser la partie asiatique du « Salon international des trophées » à Berlin. Il eut l'honneur de faire visiter l'exposition à Goering et Himmler en The Activities of Ernst Schaefer, op. cit. : . La même année, il obtint le grade de obersturmführer (lieutenant) .
Mariage et décès de son épouse À l'âge de , il épousa Hertha Volz, une grande beauté blonde, après que celle-ci eut obtenu un certificat d'aryanité en bonne et due forme à l'instar de toute future conjointe de membre de la SS . Elle devait périr à la suite d'un accident lors d'une partie de chasse au gibier d'eau avec des officiers SS et leurs épouses, le . Schäfer, l'auteur involontaire du coup de feu selon les attestations de toutes les personnes présentes, devait par la suite être tenaillé par un sentiment tenace de culpabilité Joseph Cummins, History's great untold stories: obscure events of lasting importance, op. cit., : .
L'expédition allemande au Tibet (1938-1939)
Origines Le Reichsfuehrer-SS Himmler tenta de profiter de la réputation d'Ernst Schäfer pour la propagande nazie et s’enquit de ses projets d'avenir. Ce dernier lui répondit qu’il voulait mener une autre expédition au Tibet. Il aurait souhaité placer son expédition sous le patronage du département culturel des affaires étrangères ou de la Deutsche Forschungsgemeinschaft (« Communauté scientifique allemande ») comme l’indiquent ses démarches. Himmler était fasciné par le mysticisme asiatique et souhaitait qu'une telle expédition s'effectue sous les auspices de l’Ahnenerbe et que Schäfer développe une recherche fondée sur la théorie pseudo-scientifique de Hans Hörbiger, « la cosmogonie glaciaire », promue par l'Ahnenerbe. Schäfer avait des objectifs scientifiques, il refusa donc d’incorporer à son équipe Edmund Kiss, un adepte de cette théorie, et formula 12 exigences pour obtenir la liberté scientifique. En conséquence, Wolfram Sievers, de l'Ahnenerbe, critiqua les objectifs de l'expédition, si bien que celle-ci ne fut pas subventionnée. Himmler accepta que l'expédition s’organise à la condition que tous ses membres deviennent des SS. Schäfer dut accepter des compromis.
Préparation
Dans le cadre du projet d'une expédition dénommée « expédition SS au Tibet » – c'est l'intitulé employé par Schäfer et les journaux allemands de l'époque The Activities of Ernst Schaefer, op. cit. : . , ou encore « expédition allemande au Tibet Ernst Schäfer » – c'est le sous-titre choisi par Schäfer dans son livre de 1943, Geheimnis Tibet, Schäfer publia des articles dans la revue SS Das Schwarze Korps (« Le Corps noir ») et autres périodiques nazis afin d'en faire connaître les buts et le rôle dans les visées de conquête mondiale du National SocialismeThe Activities of Ernst Schaefer, op. cit. : ..
Placée sous l'égide de l'Ahnenerbe, l'expédition fut financée par des contributeurs publics et privés, le retour en avion étant pris en charge par la SSUne liste en est fournie dans le rapport du renseignement militaire américain en Europe daté de 1946 : The Activities of Ernst Schaefer, op. cit. : .
Les préparatifs de l'expédition s'échelonnèrent de janvier à The Activities of Ernst Schaefer, op. cit. : ..