Cet article présente les faits marquants de l'histoire de Toulon, de l'Antiquité à nos jours.thumb|Blason de Toulon Toulon est un port de guerre français. C’est l'un des principaux avec Brest et autrefois Rochefort. thumb|Vue satellite illustrant l'importance de la rade. Le site est fréquenté dès l'Antiquité et prend le nom de Telo Martius sous les Romains. Le site est d’une exceptionnelle qualité, d’où la vocation maritime et militaire du port dès l’époque romaine.. Au pied des hauteurs naturelles du Faron, du Coudon, du Gros-Cerveau et du mont Caume, la rade de Toulon s’impose comme l’une des plus belles du monde. Protégée des grandes houles par les îles d'Hyères et la presqu’île de Giens, divisée en grande et petite rade, elle abrite une pêcherie de pourpre dans l'Antiquité. Elle subit le contrecoup des guerres maritimes entre chrétiens et musulmans au Moyen Âge où elle passe sous l'autorité des vicomtes de Marseille. Pendant les guerres d'Italie, elle devient une base maritime militaire des rois de France et tient une place importante dans l'histoire de la marine française avec ses victoires et ses heures tragiques comme le siège de 1793 et le sabordage de la flotte en 1942. Après 1945, elle reste une base navale et un arsenal et reçoit le siège de la préfecture du Var, jusque-là à Draguignan, mais le recul industriel cause des problèmes sociaux persistants.
Les évolutions d'un petit port de l'Antiquité au Moyen Âge Il s'y développe une pêcherie de murex, gros escargot de mer servant à teindre les toges. Sous l'Empire romain, Telo Martius devient l'une des deux teintureries impériales de pourpre, colorant naturel de couleur rouge, grâce à l'exploitation des Murex et des cochenilles du chêne kermès, alors dominants dans la région.
L'Itinéraire d'Antonin, au , mentionne une Tolo Martius. La Notitia dignitatum, vers 400, signale qu'un procurateur y dirigeait une teinturerie de pourpre. Un évêque y réside probablement à partir de 441 mais l'histoire du site est mal connue pendant le Haut Moyen Âge et il semble avoir été dépeuplé par les attaques des Sarrasins de Fraxinet. Une notice de l'abbaye Saint-Victor de Marseille, en 993, indique que la localité s'est repeuplée sous l'autorité du vicomte de Marseille. Elle est de nouveau pillée par les Sarrasins de Majorque (notamment le , puis en 1196 mais les marins toulonnais aussi se faisaient volontiers pirates par temps de disette), protégée par lou Castéou de la mar (1366), la ville médiévale est successivement passée de la domination des vicomtes de Marseille à celle des comtes de Provence et elle empêcha en 1410 un débarquement des marins de Gênes. Rattachée à la couronne de France avec le comté de Provence en 1481, la ville comptait alors .
Du à nos jours : cinq siècles de vie militaire thumb|La flotte de Barberousse lors de son hivernage à Toulon en 1543.
Les premiers aménagements royaux au Toulon fait l’objet de tous les soins de , d'Henri IV, du cardinal de Richelieu et de Louis XIV. À partir de Charles VIII — fondateur de l’arsenal —, Valois et Capétiens s’acharnent à faire de la place le premier port du Levant pour la guerre, même si Marseille -premier port commercial de France- conserve longtemps les galères du roi. Toulon surveillant à la fois le golfe du Lion et le golfe de Gênes, Louis XII y fait élever la première fortification de la place : la Grosse Tour de 1513, dite Tour Royale. Mais en 1524 Charles Quint s’empare de Toulon, avec le connétable de Bourbon et l’amiral Hugo de Moncada. En 1530, les Barbaresques saccagent le port. En 1534, François fait ériger le fort des Vignettes (actuel fort Saint-Louis), sur le littoral du Mourillon, par Saint-Rémy, ingénieur des ports. Mais en 1536, Andrea Doria prend Toulon pour le compte de Charles Quint.
Le roi François devient le quasi allié du sultan ottoman Soliman le magnifique pour lutter contre le Habsbourg. Aussi, en 1543-1544, la flotte ottomane est-elle autorisée à hiverner à Toulon, vidée de ses habitants par ordre du roi afin d’éviter tout rapport entre marins turcs et femmes provençales. Seuls dix chefs de famille toulonnais sont autorisés à resterExtrait des ordres de François au sujet de l’hivernage de l’escadre de Khayr ad-Din Barberousse après le siège de Nice : « Logez le Sieur Barberousse, envoyé au roi par le Grand Turc, avec son Armée Turque et ses grands seigneurs au nombre de pour l'hiver dans ses ville et port de Toulon… pour le logement de la dite armée, ainsi que pour le bien-être de toute sa côte, il ne sera pas possible pour les habitants de Toulon de rester et se mêler à la nation turque, à cause des difficultés qui pourraient se présenter ». . Au cours de l'hivernage de Barberousse, la cathédrale de Toulon est transformée en mosquée et les pièces ottomanes ont cours. .. « Pour imaginer Toulon, il faut s'imaginer à Constantinople » note un visiteur. Après le départ de la flotte de Soliman, le port est exonéré de taille pour dix ans en raison des dégâts subis. En 1558, les Turcs célèbrent encore leurs fêtes religieuses à Porquerolles.
De Richelieu à Louis XIV : une politique royale décisive vignette|Modèle réduit d’un vaisseau de guerre du . Lorsque les rois de France décident de se doter d'une marine permanente, Toulon est avec Brest l’un des rares ports ayant une profondeur suffisante pour accueillir les gros vaisseaux de ligne (Musée de la Marine de Toulon). Henri IV, à qui le port a été très fidèle lors des troubles de la Ligue, crée véritablement le port militaire, englobant dans une muraille bastionnée (dès 1594) la ville et ses huit faubourgs. Deux grands forts bastionnés complètent le tout, et Henri IV jette les assises de deux grands môles de 700 pas chacun. L’arsenal est aménagé, de même que des chantiers de construction navale et la vieille darse d’une superficie de 15 Sous Louis XIII, le port est destiné à jouer un rôle essentiel dans la guerre franco-espagnole de 1635-1659. Aussi, dès 1633, le roi et Richelieu chargent-ils le président Séguirian de faire partir de Toulon une description des côtes de Provence. Devant son accablant rapport (insuffisance de la Grosse Tour, manque d’artillerie, vie dissolue du gouverneur qui se partage entre sa mission militaire et ses quatre servantes), Richelieu fait élever la tour Balaguier dès 1634. En 1635, il achète aux Gondi les îles d'Hyères en même temps que leur généralat des galères. Amélioré, fortifié, le port accueille donc les flottes du comte d’Harcourt, du cardinal de Sourdis, du duc de Maillé-Brézé. Sourdis se plaint cependant de l’état d’abandon de la Grosse Tour dans son Mémoire sur les places et garnisons de Provence (1637), mais le port arme avec succès les escadres du roi. Pendant les troubles de la Fronde, Toulon demeure fidèle au roi, comme pendant la Ligue.
Le la ville de Toulon se soumet au duc de Mercœur, général de l'armée de Provence et futur gouverneur de Provence.
Toulon est avec Brest, le seul port capable d'accueillir de grands vaisseaux de guerre aux . Ces derniers, qui sont de plus en plus lourds à cause du poids de plus en plus élevé de leur artillerie, présentent des tirants d'eau de plus en plus importants, soit après 1660-1680. Le site est même meilleur que celui de Brest qui est sous dominante de vents d'ouest, ce qui rend difficile la sortie des escadres.. Toulon n'a pas ce problème, mais la Méditerranée est une mer presque fermée, et en cas de guerre, l'escadre de Toulon doit contourner l'Espagne pour rejoindre celle de Brest, ce qui demande beaucoup de temps. Mais l'autorité royale, qui gère les deux façades maritimes du pays, n'a de toute façon guère le choix et doit se plier aux contraintes géographiques.
vignette|gauche|Atlantes de l'hôtel de ville de Toulon, sculptures de Pierre Puget, v. 1668-1679.
Sous l'impulsion de Colbert et de Louis XIV, le port se développe, ceux-ci décidant de donner une grande flotte de guerre au pays. Siège d’une première intendance de marine dès 1659 - avant Rochefort (1666), Brest (1674), Le Havre (1680) et Dunkerque (1683) -, Toulon accueille Louis XIV dès 1660, le chevalier Paul commandant la marine au port. En 1679, deux ans après le grand incendie qui détruit une partie de Toulon au départ d’une boulangerie du port, Vauban commence à Toulon la construction de la nouvelle darse (), réservée à la marine royale qui abandonne au commerce et à la pêche la vieille darse Henri IV. L’enceinte bastionnée est prolongée, deux nouveaux forts sont édifiés dont celui de l’Aiguillette, des cales de radoub sont construites, des batteries érigées pour faire face à toute descente ennemie. Avec sa corderie et sa place d’armes, le Toulon colbertien devient le principal port de guerre du royaume. Là sont construites puis armées les principales escadres de la guerre de Hollande (1672-1678), les flottes de Vivonne et Duquesne, victorieuses en Méditerranée des Hispano-Bataves. Alger, Gênes et Tripoli sont pareillement bombardées à partir d’escadres armées à Toulon. À la mort de Colbert, Seignelay, son successeur, visite Toulon (1684). Les jésuites y installent leur séminaire royal de marine (1685) destiné à convertir les officiers protestants au lendemain de la révocation de l’édit de Nantes et à former des aumôniers de marine. L’établissement fournit bientôt nombre de maîtres des gardes de la marine : surtout des professeurs d’hydrographie et de mathématiques. Pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg, sous les ministres Pontchartrain, Toulon accueille Tourville après la capture du convoi de Smyrne à Lagos (1693).
Avec la guerre de Succession d'Espagne (1702-1713), les difficultés se multiplient. Gibraltar étant conquise par les Anglais, l’amiral de France comte de Toulouse arrive à Toulon pour empêcher la Méditerranée de devenir un lac anglais. Il y arme une grosse flotte qui combat à Vélez-Malaga, mais Gibraltar reste anglais. Après le double échec du siège du « rocher » (1704-1705), Toulon se trouve menacée par les Impériaux victorieux à Turin (1706). Convergent alors vers Toulon les troupes du duc de Savoie Victor-Amédée II et du prince Eugène : ils assiègent Toulon par le nord (-) alors que la flotte anglo-hollandaise bloque le port par le sud. La marine royale, le maréchal de Tessé (général des galères), le comte de Grignan (lieutenant général de Provence, gendre de Madame de Sévigné), organisent la résistance. Les notables locaux (les Thomas, les Burgues, les Terras, les Flamenq, les Baussiers, les Martini, les d’Entrechaux), les consuls, le corps de ville, l’évêque de Toulon (), tous se solidarisent dans une résistance acharnée. Les combats font rage au pied du fort Saint-Catherine. Les bourgeois sacrifient leurs biens au point que les Flamencs sont anoblis pour avoir coupé leurs oliviers afin de mieux atteindre l’adversaire. La ville est finalement sauvée, mais la flotte a été sabordée par précaution.
Après le siège, la vie toulonnaise reprend autour de la vieille cathédrale Sainte-Catherine, agrandie de 1654 à 1661, puis ornée d’une belle façade en 1696. À la vie militaire et religieuse s’ajoute la vie artistique, animée par les sculpteurs locaux (Puget) ou les peintres toulonnais (La Rose) qui travaillent pour la marine du roi. Datent de cette période les célèbres Atlantes de Puget (1656) qui supportèrent longtemps le balcon de l’hôtel de ville. Port de commerce, Toulon a aussi sa vie centrée autour de la halle aux poissons, de la place de l’Huile, de la rue aux Arbres et des savonneries locales qui ont enrichi plusieurs familles (les Thomas, les Signier) devenues pépinières d’officiers généraux de la marine royale.
Du à 1945 : la confirmation de la vocation navale center|thumb|700px|Toulon vers 1750. La ville abrite l'escadre de Méditerranée. Elle a été profondément modelée, aux , par les aménagements royaux autour du port et de l'arsenal. (Peinture de Joseph Vernet, musée de la marine de Toulon)