Le trait d'union « - » est un signe typographique utilisé pour joindre des mots (par exemple, deux prénoms dans le cas d'un prénom composé) et pour séparer les syllabes d'un même mot. Il n'est jamais séparé des éléments qu'il unit par des espaces.

Sont concernés : un mot composé : un nom propre composé, comme « Sainte-Croix » ; un nom commun composé, comme « arc-en-ciel » ; une date, comme « 11-11-1918 » ; un article de loi ou de code, comme « article 9‑1 du Code civil » ; un intervalle, comme « 1912‑1914 ».

Dans le cas d'une césure typographique en fin de ligne, un trait d'union conditionnel est utilisé.

Histoire En grec ancien, l’énotikon (ou hyphen) est utilisé dans certains textes pour marquer l’union de deux lettres ou de deux mots, celui-ci a la forme d’un arc renversé comme le tirant souscrit : ‿. En latin, ce signe iphen est défini par le grammairien Priscien dans comme signe marquant l’union de deux mots.

En hébreu, le macaph ou maqqeph est utilisé pour relier plusieurs mots brefs entre eux et a la forme d’un trait horizontal : ־, selon Nina Catach c’est à lui que nous devons la forme actuelle du trait d’union.

Le trait d’union est déjà présent dans certains manuscrits français du , sous la forme d’une double barre oblique : ⸗.. À l’époque, certains scribes utilisent encore la barre oblique simple pour indiquer la demi-pause (celle-ci a été remplacée par la virgule). Il est utilisé par Johannes Gutenberg vers 1455, toujours sous la forme d’une double barre oblique, dans sa Bible à quarante-deux lignes, pour indiquer la division, c’est-à-dire la coupure de mot en fin de ligne.

En français, dans la troisième édition de la Briefve Doctrine par Pierre de Sainte-Lucie de 1538, on peut voir le trait d’union, à la place de l’accent enclitique (l’apostrophe) des versions précédentes, entre le verbe et le pronom personnel sujet. Cet usage se répand durant la seconde partie du . Le premier dictionnaire utilisant le trait d’union comme moyen de former des mots composés est le Thresor de la langue françoyse tant ancienne que moderne de Jean Nicot, alors que ce trait d’union était absent du dictionnaire français-latin de Robert Estienne.

Dans sa première édition, en 1694, le Dictionnaire de l'Académie française sépare beaucoup de mots, composés jusque-là en un seul mot, par des traits d’union, parfois sans cohérence (certains mots soudés sont conservés, comme arrieremain tandis que d’autres non, comme chauve-souris ou passe-port ; les mots composés avec entre- sont écrits avec l’apostrophe tandis que les mots composés avec contre- ou passe- sont écrits avec le trait d’union). Selon Catach, en dehors des marques des pluriels qui ont changé au cours des siècles, la première édition établit l’usage (et l’absence de cohérence) du trait d’union concernant les mots composés. Un des points des rectifications orthographiques de 1990 simplifie et rend plus cohérente l'écriture d'un certain nombre de mots en préconisant la forme soudée (sans trait d'union).

Utilisation dans la langue française Le trait d'union sert à unir deux mots ou prénoms pour une identité, dits composés, comme dans « brise-roche », « demi-sœur », « belle-mère », « chassé-croisé » Jean-Pierre, Jean-Marie, Marie-France, etc.

Il apparaît également dans les noms de fusion de genres musicaux : pop-rap, jazz-funk

Il est en outre utilisé pour marquer la présence d’une ancienne enclise pour les pronoms sous leur forme conjointe ; c’est le cas dans des syntagmes comme « dis-tu », « dis-moi », « dis-le-moi », « vas-y » Quand apparaît le phonème éphelcystique (« phonème de liaison ») /t/ après un verbe et un pronom conjoint, ce phonème est représenté par un « t » séparé par des traits d’union : « donne-t-il », « y a-t-il » et non par une apostrophe comme on peut souvent le lire (« * donne-t’il », « y-a-t’il » ; dans ce dernier syntagme, il ne peut y avoir ni apostrophe ni trait d’union entre y et « a », qui sont naturellement liés dans la prononciation).

Enfin, c’est la marque de la coupure de mot ou césure en fin de ligne.

Après un préfixe En français, il y a parfois un trait d’union après un préfixeLe trait d’union dans les termes médicaux.. C’est le préfixe qui détermine s’il faut un trait d’union ou pas.

Les préfixes suivants réclament toujours un trait d’union : après-, mi-, non- (sauf dans nonchalance, nonobstant, nonpareil, et dans le cas où non est suivi d’un adjectif : non linéaire)Non peut aussi être adverbe, il ne prend alors pas de trait d’union., quasi-Quasi peut aussi être adverbe, il ne prend alors pas de trait d’union., sous-.

Le trait d'union est conservé si le mot qui suit le préfixe est un nom propre (post-Renaissance, pro-Suisse), un sigle (pro-ONU), un nombre (pré-), un mot déjà composé (mini-sous-marin).

Il ne faut pas de trait d’union après les préfixes suivants : anti- (sauf lorsque le deuxième élément commence par i, dans des mots composés comportant d’autres traits d’union et dans les noms géographiques), archi-, auto- (sauf lorsque le deuxième élément commence par i ou u), bi-, bio-, brachy-, ferro- (sauf lorsque le deuxième élément commence par i ou u), co- (sauf devant u : co-usufruitier — mais devant un i, ce i prend un tréma : coïnculpé, coïncidence), inter-, intra- (sauf lorsque le deuxième élément commence par i ou u), macro-, méta-, micro- (sauf lorsque le deuxième élément commence par i ou u), mono-, multi-, pré-, tri-.

Mots composés avec « grand » La forme « grand’ » est fautive : elle a disparu de la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie française publiée entre 1932 (A-G) et 1935 (H-Z) pour être remplacée par « grand- ». La forme « grand’ » était en effet un adjectif épicène et donc invariable ; on trouvait donc écrit dans la septième édition du Dictionnaire (1877-1878) « grands-pères » et « grand’mères ». On reprochait à l’Académie française le caractère trompeur de ce groupe d’ qui pouvait faire croire que le d était à prononcer (comme dans aujourd’hui). Et puis l’apostrophe sert à noter l’élision en français : or en ancien français grand était la forme commune au masculin et au féminin (donc une forme épicène) qui continuait le latin (ou plus exactement son accusatif ) forme commune au masculin et au féminin ; le féminin grande est analogique et plus récent dans la langue française.

L’Académie a aussi été critiquée pour n’avoir pas précisé la graphie des pluriels qui avaient troqué leur apostrophe pour un trait d’union dans cette huitième édition de 1932-1935.

Concernant les mots masculins composés avec « grand- », leur pluriel s’accorde. Exemple : « des grands-pères ».

Pour les mots féminins, selon l’Académie françaiseArticle « Grand », Dictionnaire de l'Académie française, (Éoc - Map), , éd. Imprimerie nationale/Fayard, Paris, 2005, ., . On écrira donc, par exemple, « des grand-mères » pour suivre l’Académie. Mais cette recommandation ne datant que de 2005, il reste difficile d’établir si elle a eu le moindre impact sur la doctrine ou sur l’usage qui jusque-là accordait également les pluriels féminins. Exemples : « les grands-pères et les grands-mères », « la fête des grands-mères », « les mères-grands », « les grands-papas et les grands-mamans », « les grands-messes », « les grands-tantes », « les grands-voiles »

Un piège « académique » : le mot « grand-croix », féminin lorsqu’il désigne la décoration, s’écrit « grand-croix » au pluriel (en suivant l’Académie). Mais il devient traditionnellement masculin lorsqu’il désigne le récipiendaire et s’écrit alors « grands-croix » au pluriel ; exemple : « la liste des grands-croix de l'ordre national du Mérite ».

Conformément au sens, « grand- » reste toujours invariable dans les adjectifs : « grand-ducal » (voir l’article Grand-duc), « grand-maternel », « grand-paternel ».

Écriture des nombres Orthographe en usage avant les rectifications orthographiques de 1990 Pour les nombres composés inférieurs à 100, les différents éléments sont reliés entre eux par des traits d’union, sauf quand ils sont liés par la conjonction et. 28 = vingt-huit 31 = trente et un 71 = soixante et onze ou septante et un 92 = quatre-vingt-douze ou nonante-deux 124 = cent vingt-quatre 651 = six cent cinquante et un = dix-neuf mille soixante-dix-sept ou dix-neuf mille septante-sept

Ces anciennes règles ne devraient plus être utilisées dans les nouveaux documents. Voir le paragraphe ci-dessous et les rectifications orthographiques de 1990.

Rectifications orthographiques de 1990 La nouvelle orthographe, application des rectifications orthographiques de 1990, est enseignée en Belgique, en France et aussi au Canada, en Alberta, au Québec et au Saskatchewan et acceptée dans d’autres provinces. Les numéraux composés ont des traits d’union entre tous les éléments.. trente-et-un six-cent-cinquante-et-un vingt-et-un-mille-trois-cents « Million » et « milliard » peuvent être considérés comme des numéraux entrant dans la composition de nombres parfois complexesDominique Dupriez, La Nouvelle Orthographe en pratique, De Boeck, 2018, .. trois-milliards. un-million-cent« Numéraux composés », Orthographe-recommandée.info. deux-millions-sept-cent-mille. Cependant, « million » et « milliard » ne sont pas concernés par les rectifications de 1990 lorsque, comme « millier », ils sont clairement des substantifs., ce qui est souvent le cas en pratique, quand on préfère une écriture en toutes lettres à une écriture en chiffres. La dette s'élèverait à un milliard et demi. « Sept-cents millions de Chinois, et moi, et moi, et moi. » La nouvelle orthographe est non ambigüe ; ainsi distingue-t-on : mille-cent-vingt-septième (1127), de mille-cent-vingt septièmes (1120/7), de mille-cent vingt-septièmes (1100/27), de mille cent-vingt-septièmes (1000/127). Ou encore : vingt et un tiers (20 + 1/3), de vingt-et-un tiers (21/3).

Noms de personnes Contexte francophone à controverse depuis l'informatisation des états civils et l'expansion de l'utilisation informatique Le trait d’union est utilisé entre les noms de famille français ou francisés composés de deux noms de famille, comme Strauss-Kahn, ou composés en l’honneur d’une personne avec son prénom et son nom de famille, comme Firmin-Didot, Louis-Dreyfus ou Casimir-Perier.

Anciennement, les différents prénoms d’une personne étaient joints par des traits d’union, par exemple Louis-Charles-Alfred de Musset dans le Larousse du . Cette tradition n’est plus dans l’usage, spécialement dans les actes d’état civil et dans les textes officiels, et les prénoms sont actuellement séparés par des espaces. Le trait d’union est mis entre les éléments d’un prénom double usuel : Jean-Jacques Rousseau, Jean-Pierre Dupont. Il n’est pas utilisé dans les noms propres et les surnoms précédés d’un article : Alexandre le Grand, Charles le Téméraire, Napoléon le Petit. Cet usage permettait d’identifier les noms de famille contenant un prénom, par exemple Bertrand de Beauvoir.