La bataille de la Hougue, qui se déroule du 29 mai au 3 juin 1692 à l'est du Cotentin, au large de Saint-Vaast-la-Hougue (actuel département de la Manche), est un épisode naval de la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697).
Elle oppose une flotte française de 44 navires de ligne commandée par le vice-amiral Tourville et une flotte anglo-hollandaise de 88 navires de ligne commandée par l'amiral Russell. Elle s'achève, après un premier engagement peu concluant le 29 mai, par une victoire des Anglo-Hollandais.
Cette bataille résulte du projet de Louis XIV d'effectuer un débarquement en Angleterre afin de rétablir sur le trône le roi Jacques II, renversé en 1688 lors de la Glorieuse Révolution par son beau-fils Guillaume III d'Orange-Nassau, stathouder de Hollande. Un corps expéditionnaire de est rassemblé en avril 1692 dans le Cotentin, dans un immense camp au-dessus de Quinéville..
Le 29 mai, Tourville, arrivant de Brest pour embarquer le corps expéditionnaire, est surpris par la flotte de Russel. L'engagement qui s'ensuit, appelé « bataille de Barfleur », est, compte tenu de la disproportion des forces, plutôt favorable à Tourville, qui ne perd aucun navire. Néanmoins, l'expédition vers l'Angleterre est compromise ; de surcroît, dans les cinq jours qui suivent, tandis qu'une partie de la flotte française parvient à se mettre à l'abri dans le port de Saint-Malo après avoir franchi le raz Blanchard, quinze des plus gros vaisseaux français restés en arrière, notamment le vaisseau amiral, sont détruits par l'ennemi après avoir été volontairement échoués sur la côte.
Les Anglo-Hollandais reprennent alors le contrôle de la Manche, après leur défaite de Béveziers en .
Contexte La guerre de la ligue d'Augsbourg La guerre de la Ligue d'Augsbourg oppose la France de Louis XIV, allié à l'Empire ottoman et aux jacobites d'Écosse (partisans de Jacques II) à une vaste coalition européenne, dirigée par le roi d'Angleterre et stathouder de HollandeIl est en fait stathouder (gouverneur, chef militaire) de la plupart des provinces formant les Provinces-Unies. Mais le pouvoir politique appartient aux États généraux des Provinces-Unies. Guillaume III d'Orange-Nassau, allié aux Habsbourg d'Autriche, dont le chef est l'empereur Léopold La fonction d'empereur n'est pas héréditaire, mais élective, même si dans la plupart des cas, c'est le chef de la maison de Habsbourg qui est élu., aux Habsbourg d'Espagne (Charles II) et au Portugal.
Cette coalition a pour but de s'opposer aux visées expansionnistes de Louis XIV.
Le projet de Louis XIV de débarquement en Angleterre En 1692, après trois années de guerre, , décide de mettre sur pied une opération militaire pour rétablir Jacques II sur son trône en débarquant en Angleterre. Jacques II est en effet le cousin germain de Louis XIV, étant le fils d'Henriette de France, fille d'Henri IV et il est catholique, une des raisons de sa chute en 1688. Un succès affaiblirait considérablement la coalition, notamment en ce qui concerne les forces navales.
Une des conditions de la réussite de ce projet est que Tourville dispose de forces navales suffisantes pour tenir tête à la flotte coalisée formée par les marines du royaume d'Angleterre et de la république des Provinces-Unies. Il est prévu qu'il dispose de 70 vaisseaux bien équipés, en rassemblant la flotte du Ponant (Brest) et la flotte du Levant (Toulon).
Bien qu'il soit à la tête de la flotte française, Tourville n'a aucun pouvoir décisionnaire en ce qui concerne la stratégie générale de l'opération. Celle-ci est en effet placée sous le commandement de , de François d'Usson de Bonrepaus et de Bernardin Gigault de Bellefonds, commandant du corps expéditionnaire.
Préludes Le courrier de Louis XIV à Tourville (26 mars 1692) Le , le roi adresse par courrier ses directives à Tourville, alors à Brest.
Tourville doit impérativement quitter Brest le ; aucun retard ne sera toléré, quitte à laisser en arrière les vaisseaux non armés.
Il doit envoyer la partie de sa flotte la plus rapide au Havre prendre contact avec Bonrepaus pour le prévenir de son arrivée, se rendre à la Hougue pour embarquer l'infanterie, puis attendre l'arrivée des navires amenant le reste des troupes.
Le lieu du débarquement en Angleterre doit être choisi par , à qui Tourville est tenu d'obéir en tout point, ainsi qu'à Bellefonds.
Une fois le débarquement effectué, il renverra les bâtiments de transport dans leurs ports respectifs et restera dans la Manche pour protéger les troupes débarquées.
Au cas où Tourville rencontrerait les Anglais avant d'arriver à la Hougue, le roi lui donne l'ordre de les combattre : .
La trop lente progression de la flotte du Levant (21 mars-29 mai 1692) La flotte du Levant (16 vaisseaux), partie de Toulon le sous le commandement de l'amiral Victor Marie d'Estrées, capture deux navires anglais le .
Alors qu'elle s'apprête à passer Gibraltar (), elle subit une violente tempête qui détruit deux vaisseaux. L'amiral fait demi-tour pour s'abriter à Malaga et réparer les avaries. Il apprend alors qu'un convoi anglais se trouve à proximité. Le , il envoie cinq navires les attaquer. Pour éviter la capture, les Anglais incendient leurs bateaux.
La flotte du Levant ne franchit le détroit de Gibraltar que le . Le , jour de l'engagement de Tourville à Barfleur, la flotte mouille devant le fort de Bertheaume, entre Brest et Le Conquet.
Rassemblement du corps expéditionnaire dans le Cotentin (avril-mai 1692) En , les troupes du corps expéditionnaires commencent à arriver dans le Cotentin.
Pierre Mangon du Houguet, l'un des plus anciens historiens du Cotentin, note : .
De nombreuses difficultés apparaissent, . Le recrutement du corps expéditionnaire rencontre aussi des difficultés : à la date prévue du déclenchement de l'opération, il manque environ .
Première phase : la bataille de Barfleur (29 mai 1692) Départ de Tourville de Brest (12 mai 1692) Le , la flotte de Tourville ( avec ) quitte Brest, sans le renfort des seize navires de l'escadre du Levant, encore au large du Portugal, et de vingt navires commandés par François Louis Rousselet de Châteaurenault. Tourville ne dispose que d'une quarantaine de vaisseaux sous-armés en hommes et en équipement.
Alors que ses s'engagent dans la Manche, le corsaire John Tupper (de Guernesey) les découvre et prévient l'amiral Russel de l'arrivée de la flotte française..
La bataille (29 mai 1692) vignette|La Bataille de Barfleur. Au centre, le Soleil Royal, navire amiral, entre un vaisseau hollandais et un vaisseau anglais. Tableau de Ludolf Bakhuizen, 1693.
Le jeudi , la flotte de Tourville se dirige vers la Hougue pour embarquer le corps expéditionnaire. Mais les flottes anglaise et hollandaise font à ce moment leur jonction au large de Barfleur, soit au total 88 vaisseaux de ligne avec .
L'amiral n'est pas prévenu à temps que la flotte anglo-hollandaise est très supérieure à la sienne. Conformément aux directives royales de mars 1692, Tourville décide d'attaquer la flotte ennemie.
Pendant près de douze heures, la bataille se déroule au large à (sept lieues marines) entre le cap de la Hougue et la pointe de Barfleur.
Bilan mitigé de la bataille de Barfleur Le résultat est indécis. Les Français n'ont perdu aucun vaisseau tandis que les Anglais ont perdu le contre-amiral Richard Carter et deux naviresLes marins illustres de la France, Léon Guérin, 1845, .. Le Soleil Royal a aussi coulé cinq brûlots
Les Anglo-Hollandais font état de tués et alors que les français comptent seulement . Cependant les marins français sont beaucoup plus difficiles à remplacer. dira lui-même ..
Compte tenu de la disproportion des forces, on peut considérer que c'est une victoire de Tourville. Mais en pratique, la flotte française doit renoncer à l'expédition projetée et se mettre à l'abri en profitant de la nuit et de la brume.
Deuxième phase : le repli de la flotte française (30 mai-3 juin) vignette|Portrait de Tourville avec une représentation du combat naval de La Hougue (fin du ). vignette|Les navires réfugiés à st-Malo.
Faute de fortifications sur la côte normande, ou d'une rade sûre, Tourville prévoit alors de rejoindre Brest ou Saint-Malo afin de pouvoir réparer les navires, dont la plupart sont endommagés. La flotte navigue vers l'ouest et atteint l'extrémité du Cotentin, à l'entrée du raz Blanchard.
Un succès : l'entrée de l'escadre de Panetié à Saint-Malo Vingt-sept navires parviennent à franchir le raz avant la renverse des courants, puis à rallier Saint-Malo sous le commandement de François Panetié malgré la poursuite d'une escadre anglo-hollandaise.
Cet épisode met en valeur le rôle de pilote d'un marin du Croisic (actuel département de la Loire-Atlantique), Hervé Riel. En 1871, son rôle sera commémoré par un poème de l'écrivain britannique Robert Browning.
Mais les plus gros vaisseaux, dont le navire amiral, le Soleil Royal, ne réussissent pas franchir le raz. Renvoyés par les courants et les vents vers le nord-est et poursuivis par les Anglais, ils sont contraints de gagner la côte afin d'y trouver refuge.
Destruction de trois vaisseaux à Cherbourg Le , trois navires fortement touchés pendant la bataille sont échoués sur la côte à Cherbourg : le Triomphant près de l'embouchure de la Divette, lAdmirable sur les Mielles, et le Soleil Royal, navire amiral, à la pointe du Hommet. L'artillerie des fortifications de la ville tient pour quelque temps l'ennemi à distance mais les « saintes-Barbes » (stocks de poudre) du Soleil Royal et du Triomphant s'embrasent et explosent : les projections de débris et de boulets provoquent de gros dégâts matériels et humains dans la ville.
Échouage et destruction (2 et 3 juin) de douze vaisseaux à La Hougue Tourville, à bord d'un autre vaisseau, poursuit sa route vers la Hougue, dans l'espoir d'être appuyé par les troupes et bateaux qui s'y trouvent encore.
Une fois arrivé, l'amiral reçoit l'ordre d'échouer ses vaisseaux : il importe en effet de conserver canons et équipages. Six sont échoués près de l'île Tatihou (Le Merveilleux, Le Saint-Philippe, L'ambitieux, Le Foudroyant, Le Magnifique et Le Terrible), et six autres derrière la pointe de la Hougue (Le Fort, Le Gaillard, Le Bourbon, Le Fier, Le Tonnant, Le Saint-Louis).
Les et , les Anglais, embarqués sur des chaloupes, incendient l'un après l'autre les navires échoués. (1633-1701) assiste depuis les hauteurs de Quinéville à ce spectacle qui marque la fin de ses ambitions.
Bilan et conséquences de la bataille de la Hougue
Du côté anglo-hollandais : une victoire mal exploitée La destruction de quinze vaisseaux français (à la Hougue et à Cherbourg) correspond à peu près aux pertes subies par la flotte anglo-hollandaise deux ans plus tôt à la bataille du cap Béveziers.
Cette victoire navale anglo-hollandaise n'est cependant pas mieux exploitée par les vainqueurs que celle de Béveziers ne l'a été par les Français. Cela envenime un conflit entre le secrétaire d'État Nottingham et l'amiral Russel, qui est finalement écarté du commandement de la flotte anglaise pour l'année 1693.
Du côté français : des conséquences limitées La destruction des navires de ligne à proximité des côtes permet de récupérer à marée basse la quasi-totalité des équipages et de l'armement, ce qui atténue le préjudice subi. À l'époque, le couvert forestier français est suffisant pour faire face aux besoins de la marine, il est donc plus facile de remplacer un navire qu'un équipage expérimenté. De fait, les quinze vaisseaux perdus sont remplacés dès l'année suivante.
, conscient que ce sont ses ordres qui ont contraint Tourville à livrer bataille en situation d'infériorité, ne lui en tient pas rigueur, le nommant maréchal de France l'année suivante ().
Suites La question des fortifications littorales dans le Cotentin