vignette|Carte des régions peuplées par les Kurdes. vignette|Drapeau kurde.

Lhistoire du peuple kurde en tant que groupe ethnolinguistique débute dans les régions montagneuses du sud du Caucase (Zagros et Taurus) ; cette aire géographique est dénommée Kurdistan. Il y a différentes hypothèses quant à l’identité des ancêtres des Kurdes, entre autres les Kardouques ou Carduchoi de l’Antiquité classique. Les plus anciennes dynasties kurdes connues sous autorité musulmane (du ) sont les Hasanwayhides, les Marwanides et les Shaddadides, suivies de la dynastie des Ayyoubides fondée par Saladin. La bataille de Chaldiran en 1514 est une date importante dans l’histoire kurde, marquant l’alliance des Kurdes avec les Turcs. Le Sharafnameh de 1597 est le premier récit de l’histoire kurde.

À partir du , l'histoire kurde est marquée par une montée de la prise de conscience d’une identité nationale se centrant sur le but d’un Kurdistan indépendant tel que prévu dans le Traité de Sèvres en 1920. Une autonomie partielle a été réalisée par le Kurdistan rouge soviétique (1923-1926), par la République de Mahabad en Iran (1946) et par le Kurdistan irakien (depuis 1991). Dans le Kurdistan turc, un conflit armé oppose le PKK (parti des travailleurs du Kurdistan) aux forces turques entre 1984 et 1999. La région continue toutefois à être instable et de nouvelles flambées de violence ont lieu dans les années 2000. Le traitement des Kurdes (comme des Arméniens et des Assyriens) par l'État turc est particulièrement durAmnesty Belgique Francophone, .CRR-Centre d’information géopolitique, Parti de la Démocratie du Peuple (HADEP), 2004, consulté le 27 octobre 2009., allant jusqu’à inclure dans la loi turque l’enregistrement national et dans l’Ordonnance sur les noms de famille, l'interdiction de porter un nom kurdeThomas Jézéquel, .Sabri Cigerli, ..

Préhistoire Le peuple kurde s'inscrit (de manière imprécise) dans un contexte préhistorique : préhistoire de la Mésopotamie, préhistoire de l'Iran baradostien (paléolithique supérieur, 38000-18000) culture de Zarzi (épipaléolithique, 18000-10000) culture de M'lefaat (mésolithique, 12000-10000) néolithique du Proche-Orient (10000-5500)

Antiquité

Mésopotamie antique vignette|alt=Ruines de l'ancienne cité de Van|Ruines sur le site de l'ancienne ville de Van

Selon l’érudit orientaliste Godfrey Rolles Driver (1892-1975), la plus ancienne mention des Kurdes retrouvée est sur une tablette en argile en cunéiformes sumériens du millénaire av. J.-C., sur laquelle est inscrit le nom d’une terre appelée Karda ou Qarda.

Ce territoire au sud du lac de Van, était habité par un peuple, Su ou Subaru, qui était connecté avec les Qurties, un groupe de montagnards.

C’est à partir de ce nom de Qurtie que Driver fait sa première connexion étymologiqueHakan Ozoglu, Kurdish notables and the Ottoman State, 2004, SUNY Press, 186 pp., ().Ora Scwartz-Be'eri, The Jews of Kurdistan: daily life, customs, arts and crafts, Published 2003 UPNE, 272 pp., . (page 25)..A. Arnaiz-Villena, E. Gomez-Casado, J. Martinez-Laso, « Population genetic relationships between Mediterranean populations determined by HLA allele distribution and a historic perspective » Tissue Antigens 60 (2), 2002, . ()...

Les premières mentions du nom Kurde apparaissent dans des documents assyriens vers -1000. Les Assyriens appellent Kourti ou Kourkhi le peuple qui vit sur le Mont Azou ou Hizan (près du lac de Van).

Le pays des Kourkhis comprend des régions du Mont Djoudi et des districts, plus tard appelés Sophène, Anzanène et Gordyène.

Les Kurdes combattent plusieurs fois Tiglath-Phalazar Ier qui finalement les défait et incendie complètement 25 de leurs villes, vers -1000G. Maspero, A. H. Sayce, History of Egypt, Part 6, Kessinger Publishers, 2003, , , 213..

Selon la légende kurde de Newroz (Livre des Rois (Ferdowsi)), toujours célébrée aujourd'hui et qui marque le nouvel an et le renouveau de la kurdicité, la personne de Kawa libère à l'aube des temps les Kurdes de la sanglante tyrannie de Dehak..

Les Cardouchis vignette|alt=Inscription de Xerxes en trois langues à Ganj Nameh en Iran|Période achéménide, inscription de Xerxès en persan ancien, élamite et babylonien à Ganj Nameh, près d'Hamadan, en Iran. vignette|alt=Traduction en anglais et translittération du texte de Xerxès en persan ancien à Ganj Nameh|Traduction en anglais du texte en vieux-persan.

En ce qui concerne l’origine des Kurdes, il suffisait auparavant de les décrire comme les descendants des (Karduchoi, de Gordyène ou Cardyène, Carduène, Korduène, Gordiane, Kordchayk, Korčayk’), qui s’opposent à la Retraite des Dix Mille à travers les montagnes au . Les Cyrtii (Kourtioi) mentionnés par Polybe, Tite-Live, et Strabon sont aussi des candidats possibles Carduchi, Encyclopaedia Iranica.. Les Kurdes font remonter leurs ancêtres aux Mèdes Lur tribes of Iran.. Cette descendance est défendable selon des preuves linguistiques, puisque les Kurdes parlent une variante occidentale de langues iraniennes.

Au , après avoir, avec les Babyloniens, défait l’Empire Néo-Assyrien, les Mèdes ont pu établir leur propre empire, qui s’étend des rives sud de la mer Noire et de la province d’Arran (aujourd’hui la République d’Azerbaïdjan) au nord et à l’Asie Centrale, l’Afghanistan, et le Pakistan.

À ces territoires s’ajoutent plusieurs États vassaux, y compris les Perses, qui finissent par les supplanter et absorbent l’empire Mède au sein de l’Empire perse des Achéménides. Avec la montée de l’empire perse, Carduchie et Médie sont incorporées dans un seul et même empire.

Les Cardouchis se rebellent fréquemment contre les Achéménides et à la fin du , sous le règne d’Artaxerxès II, ils ne sont plus sous contrôle perse Carduchi, Encyclopedia Iranica..

Selon Xénophon, les Cardouchis défont même une importante armée perse envoyée contre eux et parfois ils concluent des traités avec des satrapes perses.

La période séleucide et parthe Au cours des siècles suivants ils passèrent successivement sous le joug des Macédoniens, des Parthes, et des Sassanides. Les rois arsacides firent alliance avec eux. Gotarzes, dont le nom peut signifier chef des Goutii, est réputé être le fondateur des Gouranis, la principale tribu du Kurdistan sud. Son nom et ses titres sont préservés dans une inscription grecque à Behistoun près de KermanshahK/KU/KURDISTAN PROV.htm - LoveToKnow 1911..

Pendant l’ère séleucide, on trouve au moins un épisode important de déportation des Kurdes en Anatolie ouest et sud-ouest qui est prouvé historiquement. Il se déroule avant 181 quand un grand nombre de Cardaces est amené pour s’installer dans la région stratégique de Lycie et être un réservoir disponible pour la conscription dans l’armée et chez les garde-frontières. Il est vraisemblable que ce furent les Séleucides qui installèrent ces Kurdes en Lycie dans ce but (protection contre les Romains), peut être dans les dernières décennies du En effet l’historien romain Tite Live enregistre la présence en -190 de plusieurs milliers de soldats kurdes combattant dans l’armée d’Antiochus III. Le nom « Cardaces » ou « Cardacian » apparaît de nouveau à la bataille de Rafah en Palestine au printemps 217 entre le roi séleucide Antiochus III le Grand et le roi Ptolémée IV Philopator d’Égypte...

Les périodes romaine et sassanide vignette|alt=La ville d'Erbil (Hewlêr) avec la citadelle au centre|Erbil ou Hewlêr, au centre la citadelle. L'antique Adiabène ; en araméen : Arbela, en grec Hadyab. Son nom en kurde Horlei signifie « Temple du soleil ».

Les historiens classiques Polybe (-133) et Strabon (-48) appellent les Kurdes du nom de Kourtioi (Κύρτιοι). Le clan kurde Zelan de Commagène (région d’Adiyaman), s’étendit, établissant en plus de la dynastie des Zélanides de Commagene, le royaume zélanide de Cappadoce et l’empire zélanide du Pont, tous ces sites se trouvent en Anatolie. Ils devinrent vassaux romains vers la fin du Le royaume kurde de Cordouène devint une province de l’Empire romain en -66 lorsque Lucullus aida les Cordoueni à rejeter le joug de Tigrane qui avait auparavant tué leur roi Zarbienus. Après avoir défait Tigrane, Lucullus bâtit un mémorial à Zarbienus et l’appela ami et confédéré des Romains. Cordouène resta sous le contrôle des Romains pendant quatre siècles jusqu’en 384. À l’est, les royaumes kurdes de Cortea, Médie, Kirm et Adiabène étaient, dès le , devenus membres confédérés de l'Empire Parthe. Strabon, le géographe grec, considérait Gordys, fils de Triptolème, comme l’ancêtre de Gordyaei (Cordoueni). Il écrivit un article sur Gordiaea (Cordouène), un district ancien qui était réputé faire partie du KurdistanG. R. Driver, Studies in Kurdish History, , Bulletin of the School of Oriental Studies, University of London, 1922..

Au milieu des années 530, il y eut quatre années de froid exceptionnel partout en Asie et en Europe qui causèrent la perte des récoltes et par suite des épidémies. Les Kurdes du Moyen-Orient furent durement touchés et perdirent leurs vergers et leurs troupeaux tout en étant de plus attaqués par les forces byzantines et syriennesT. C. F. Hopkins, Empires, Wars, and Battles: The Middle East from Antiquity to the Rise of the New World, Macmillan Publishers, 2007, , 9780765303264, ..

Il y a des preuves d’un culte du Soleil chez les Kurdes à la fin de la période sassanide. Les Kurdes adorateurs du Soleil vivaient dans les montagnes qui se trouvent au nord de l’Irak d’aujourd’hui, au . Au début du aussi nous avons des descriptions de rituels de culte du Soleil et sacrifice d’un bœuf dans la région autour d’Adiabène, et de sacrifices à des démons à Beth Nuhadra, parmi les KurdesMichael G. Morony, Iraq after the Muslim conquest, Princeton University Press, 1984. ..

La période médiévale Les conquêtes musulmanes vignette|alt=Citadelle d'Erbil|La citadelle d'Erbil.

En 641, le commandant arabe Utba ibn farqad conquit les forts kurdes d’Adiabene. À cette époque-là les Kurdes menaient une vie partiellement sédentaire, élevaient des moutons et du bétail dans les régions de Beth Begash et Beth Kartewaye au-dessus d'Erbil en Adiabene. En 696 des Kurdes joignirent la révolte des Khariji près de HulwanMichael G. Morony, Iraq after the Muslim conquest, Princeton University Press, 1984, ..

Sous les califes de Bagdad, les Kurdes créèrent toujours des problèmes ici ou là. En 838, et de nouveau en 905, d’importantes insurrections éclatèrent dans le nord du Kurdistan ; l’émir Aqpd-addaula fut obligé de diriger les forces du califat contre les Kurdes du sud, capturant la fameuse forteresse de Sermaj, dont on voit encore les ruines aujourd’hui près de Behistun et soumettant la province de Shahrizor avec sa capitale maintenant marquée par le grand tertre de Yassin Teppeh. Un des spécialistes kurdes très renommé, Al-Dinawari (815 – 896), de Dinawar près de Kermanshah, vécut à cette époque. Il a écrit un livre sur les origines des Kurdes.

Un Kurde, du nom de Nasr ou Narseh se convertit au christianisme et prit le nom de Théophobe (« craignant Dieu ») sous le règne de l’empereur Théophile (« aimant Dieu ») et fut l’ami intime de cet empereur, ainsi que commandant pendant plusieurs annéesI. Sevcenko, Review of New Cambridge History of the Byzantine Empire. Slavic Review, , 1968.. Narseh se joignit à la révolte de Babak dans le sud du Kurdistan, mais les armées abbassides défirent ses forces en 833 et, selon l’historien musulman Tabari, à peu près de ses troupes furent tués. Narseh lui-même fuit vers les territoires byzantins et aida à former l’armée de Théophile. Cette armée kurde envahit le domaine du califat en 838 pour aider la révolte de Babak. Après la défaite de Babak, Narseh et ses soldats s’installèrent dans le Pont (au centre-nord de l’Anatolie)M. Izady, The Kurds: A Concise Handbook, Taylor & Francis, 1992, ..