vignette|Hellé se noyant dans ce qui deviendra l'Hellespont et Phrixos chevauchant le bélier à la Toison d'or. Fresque de Pompéi.

Historiquement, jusqu'au milieu du , le textile reste l'activité de fabrication la plus importante d'Europe occidentale et jusqu'au milieu du , la laine et son principal dérivé, le drap, sont la principale activité textile. Il faut distinguer le tissu de laine, étoffe tissée, de types d'étoffes non tissées comme le feutre ou le tricot, autres utilisations communes de la laine. La laine était aussi abondamment utilisée, simplement nettoyée et cardée, pour le matelassage et le rembourrage.

Le drap de laine (qu'il ne faut pas prendre dans le sens de « drap de lit ») est un tissu de laine amélioré principalement par le foulage puis progressivement par d'autres opérations de finition comme le lainage. La laine se prête en effet facilement au feutrage et au foulage. Cette particularité est due à la spécificité de la fibre animale qui la compose, la kératine. gauche|vignette|558x558px|Kinuta ou Beauté foulant le drap au clair de lune de Katsushika Oi (vers 1840 ?) Au , ces améliorations et des innovations techniques en production permettent de proposer une grande variété de tissus de laine puis de les produire en masse. Cette industrie naissante constitue un facteur déterminant de l'apparition du capitalisme marchand et du démarrage économique de l'Occident. L'activité textile se concentre alors dans quelques régions qui connaissent un renouveau urbain.

Étymologie D'après CNRTL-ortholang :

Laine vient du latin lana : laine, drap du bas-latin drappus : étoffe, probablement d'origine gauloise. Dès le Moyen-Âge, drap et son dérivé drapeau prennent deux significations différentes :

Drap (de laine), tissu de laine cardée, foulée et apprêtée de grande dimension qui sert de matériau de base pour la confection et les tapisseries, considéré comme un produit de luxe auquel est associé le nom de (marchand-)drapier, personnage souvent puissant dont le commerce est la draperie. Au pluriel draps pouvait être synonyme d'habits, toujours coupés dans du drap : « être dans de beaux draps ». Pour les autres pièces de tissu de grande dimension, on parle plutôt de toile (qui est aussi le nom d'un type d'armure en tissage). Draps (de lit), toujours au pluriel à l'époque, remplace alors dans cet usage linceul dont l'origine est : étoffe de lin (de même « linge » désignait à l'origine une étoffe de linCnrtl, articles linceul et linge.) Drapeaux : morceaux de draps puis langes (Drapia actuel en poitevin) à partir du . Il prend son sens actuel dans les armées au où il remplace enseigne (qui lui remplacera porte-enseigne comme rang d'officier).

Premières utilisations de la laine vignette|Le mouton sauvage (mouflon corse ou européen, qui descend en fait des premiers moutons domestiqués au Proche-Orient), a un poil relativement ras et ne produit pas de laine utilisable|alt=|gauche La chèvre et le mouton constituent le premier bétail domestiqué au Néolithique au Proche-Orient (Néolithique précéramique A). Ces premières populations ne produisent pas de « vraie » laine.

Laine de mouton En effet les premiers moutons domestiques ressemblent au mouflon corse actuel. Des analyses génétiques prouvent l'appartenance du mouflon corse et de toutes les races de moutons à laine à l'espèce Ovis orientalis alors que les autres races de moutons proviennent généralement de croisements entre différentes espèces d'ovis. Les premiers agriculteurs cultivent le lin et le chanvre pour élaborer leurs textiles.

Il est impossible de distinguer sur du matériel archéologique le duvet (ou poils de bourre), précurseur de la laine des premiers moutons, de la vraie laine des moutons à laine (les poils plus grossiers sont appelés poils de jarre). Ce sont donc des indices indirects qui permettent d'estimer les dates d'apparition des races à laine.vignette|Laine avant et après lavageUn des avantages de la laine sur les textiles végétaux est qu'elle est beaucoup plus fine. Il faut donc des fusaïoles et des fuseaux plus petits pour la filer. Des études portant sur quelques milliers de fusaïoles retrouvées au Proche-Orient occidental permettent de placer cette date autour de -5000 dans cette région et - 4500 en Europe. D'autres études portant sur la répartition des âges à l'abattage confirment ces dates. Avant l'invention des forces ou de ciseaux, qui ne peuvent dater d'avant l'âge du bronze, il est possible que les éleveurs aient procédé par simple épilage avec des peignes, par exemple. Les mouflons arrachent en effet leur duvet hivernal en se frottant contre les arbres au printemps, il pouvait en être de même pour les premières races à laine et le mouton de Soay est probablement une survivance de ce type de races. Ensuite, la sélection a favorisé les races qui gardaient leur laine au printemps pour ne pas perdre de toison. Ainsi le mouton est devenue une espèce dépendant de l'homme pour sa survie (sauf en ce qui concerne les races à fourrure).

La laine devait ensuite être lavée pour la débarrasser de ses impuretés et du suint puis cardée avant le filage. Le cardage régularise la laine en rubans et permet de retirer les dernières impuretés. Les premiers peignes ou cardes étaient fabriqués à partir de chardons (cardères), de corne ou d'os.

La laine de mouton a pu être très tôt utilisée sous forme de feutre et de tresses qui ne nécessitent pas d'appareillage particulier. Les nomades d'Asie centrale excellaient à cette fabrication.

Une empreinte de tissu avec teinture rouge est attestée à Çatal Höyük (autour de - 7000).vignette|Représentation d'Indiens Salish de la côte, filant et tissant une couverture sur un métier primitif, avec un chien à laine. 1856, Canada

Autres laines D'autres animaux furent utilisés après leur domestication pour leur production de laine : la chèvre (cachemire), le bœuf musqué (en fait un caprin, il donne le qiviut), le yack, les chameaux et dromadaires, l'alpaga. L'angora est une sorte de laine très soyeuse qui peut être fournie par la chèvre angora (mohair) et le lapin angora. Les Indiens d'Amérique du nord avaient domestiqué des chiens à laine comme le . Les tissus salish mêlaient souvent de la laine de chien avec un peu de laine de chèvre des Rocheuses, un caprin parent du bœuf musqué difficile à chasser..

Enfin de tous temps, de la laine a été récupérée à la mue, prélevée sur des animaux chassés ou capturés, celles de vigogne et d'antilope du Tibet (Shahtoosh) étaient et restent très prisées.

La production de ces laines n'a jamais été comparable en quantité à celle du mouton mais pouvait être localement intéressante. L'angora a généralement été considéré comme un produit de luxe.

Antiquité Grâce aux pièces complètes découvertes dans les tourbières, l'emploi de la laine comme fibre textile est attesté dès l'âge du bronze dans les pays du Nord (vers 1600-) : on y tissait et on filait déjà il y a plus de vingt siècles et la laine s’est imposée à l'exportation vers Rome. Pourtant, si l'on en croit les auteurs antiques, la laine des Gaules était loin d'être aussi fine et confortable que les produits concurrents du monde méditerranéen. vignette|Ulysse et ses compagnons s'échappant de la grotte de Polyphème, Jacob Jordäens|gauche Dans l'Odyssée, les moutons de Polyphème ont une toison si épaisse que les compagnons d'Ulysse se cachent dessous.

Les Romains connaissent déjà le foulage, exigeant en main-d’œuvre, qui resserre les fibres, les tasse et leur donne un bel aspect velouté, une surface unie. Il épaissit le drap et l'imperméabilise. Cette opération était souvent réalisée par des esclaves battant le tissu imprégné de terre à foulon puis marchant dans une cuve d'eau chaude additionnée d'urine pour continuer à le battre et le laver.

Virgile dit que les artisans de Milet en Asie mineure produisaient une laine teinte à la pourpre de Tyr de grand prix Publio Virgilio Marone, Tutte le opere, III, 306-307 - Sansoni Editore, Firenze 1966.

L'invention d'un savon de bonne qualité par les Gaulois, selon Pline (Savon#Les usages européens), apporte d'autres solutions au lavage de la laine et des tissus qui peuvent, de plus, être utilisés confortablement plus longtemps. vignette|Toison sur un mouton d'Ouessant, probable descendant des moutons nordiques à queue courte. Le mouton d'Europe du Nord à queue courte, proche des premiers moutons à laine, accompagne l'expansion scandinave dès l'âge du fer. Ces races rustiques de petits moutons sont particulièrement résistants à l'humidité et au froid. Leur toison est en effet double comprenant deux couches bien développées, une intérieure le Þel et une extérieure le tog. Ils contribuent ainsi à la colonisation des îles pluvieuses du Nord-Ouest de l'Europe et du nord de la Fennoscandie, jusqu'au Groënland et en Russie. Les Vikings connaissent le tissage (les voiles de drakkars sont souvent en laine) et une sorte de tricot, le nalebinding qui permet de faire des vêtements et des moufles résistants. Les moutons islandais sont une relique de ces populations. Ils fournissent encore une laine dont on fait un tricot réputé, le qui mêle le Þel et le tog. La chèvre islandaise () appelée aussi chèvre de la colonisation produit un cachemire réputé et même le pelage du chien de berger islandais comporte une double toison..

Premier essor à partir du gauche|vignette|La cardère à lainer (dipsacus sativus) est une plante domestiquée pour le lainage du drap. Les cardères sauvages à piquants plus grands étaient utilisées pour le cardage.|alt= vignette|Démonstration de cardage, filage et tricotage : le cardage est effectué à l'aide d'une planchette hérissée de pointes ; écomusée Roscheider Hof, Konz, Allemagne centré|vignette|Outil destiné au lainage composé de cardères sèches enfilées ; Musée des Alpilles À cette époque, la production de laine est très importante chez les nomades d'Asie centrale, déjà réputés pour leurs tapis, et tout autour de la Méditerranée. Ainsi les productions lainières de l'Égypte fatimide, parfois réalisées dans des ateliers d'état, sont importées par les marchands européens. En Inde, le coton est plus répandu mais le rouet y est inventé. En Chine, la soie est plus prestigieuse.

L'histoire de la laine a été, à la plupart des époques de croissance, marquée par un développement du drap, son principal dérivé. Le drap est un tissu de laine retravaillé. Le métier à tisser horizontal apparaît vers 1050-1070 Dans le comté de Flandre ; il permet de fabriquer des pièces de 2 m de large et jusqu'à 30 m de long, ce qui entraîne des gains de productivité considérables ; les premiers métiers horizontaux dotés de pédales et les moulins à foulon apparaissent ensuite à cette époque en Europe. Le foulage peut être suivi du lainage qui consiste à tirer les poils du tissu à la cardère.

Le drap devient le textile prépondérant ,en effet le développement de grands élevages constitués de races lainières sur des zones alors incultes, le filage plus aisé, la mécanisation du foulage et du lainage qui permet de fabriquer du drap solide et isolant, la facilité de teinture de la laine (même sans mordant, contrairement aux fibres végétales) permet à la laine des productions plus adaptées aux régions froides et pluvieuses de l'Europe supra-méditerranéenne et moins coûteuses que le lin.. Les usages de la toile de lin sont restreints à des domaines non essentiels pour les couches populaires : habillement d'été, vêtements de peau, literie, toile de parement et d'ameublement ; cependant sa production, plus rurale, est importante dans les mêmes régions que le drap (Champagne, Hainaut, Flandres). La soie est réservée aux riches.