Le donjon de Vez est le nom habituellement donné au château de Vez, un ancien château fort du qui se dresse sur le territoire de la commune française de Vez dans le département de l'Oise. Le donjon proprement dit a été édifié entre 1390 et 1410 par Jean de Vez et sans doute son beau-frère Robert de Saint-Clair, lui-même étant resté sans descendance. Il n'a jamais appartenu à Louis d'Orléans ou à un membre de sa famille, mais Jean de Vez était son chambellan et a de toute évidence fait appel à un architecte de l'entourage royal ou ducal, vraisemblablement Jean Lenoir. Le donjon de plan pentagonal comporte quatre étages habitables, et ses seuls éléments défensifs sont ses mâchicoulis en bordure de la terrasse sommitale. Il se situe en bordure d'une vaste enceinte fortifiée, en partie contemporaine, en partie postérieure, et bâtie sur des fondations plus anciennes. En son centre, se trouvent une chapelle de la même époque que le château et la ruine du logis des années 1360-1390. Plus rien ne rappelle le premier château commencé sans doute à la fin du , et incendié sous la Grande Jacquerie en 1358. — Quand l'entrepreneur et expert-géologue Léon Dru rachète le château en 1890, il est partiellement ruiné. Il entreprend sa restauration et la mène d'une façon très radicale influencée par Eugène Viollet-le-Duc, puis décède en 1904. En cette même année, le château est classé au titre des monuments historiques par arrêté du .. Plus récemment à la fin du , ses propriétaires ont de nouveau restauré le château, et il sert depuis de cadre à des œuvres artistiques contemporaines : sculptures, peintures et vitraux.
Localisation Le château de Vez se situe au cœur de la vallée de l'Automne, sur la commune de Vez, dans le département français de l'Oise. Le château est implanté en surplomb de la vallée, au nord, et se trouve au sud de l'entrée ouest du village.
Historique
Par interprétation très libre de l'étymologie du toponyme Vez, qui est assimilé à tort avec Valois, les historiens du , dont Claude Carlier, font de Vez le chef-lieu d'une principauté carolingienne puisant ses origines dans un camp romain, mais aucun indice archéologique et aucune source n'étayent ces allégations. Vez appartient aux comtes de Crépy-en-Valois depuis des temps immémorables, puis passe dans le domaine royal quand Philippe Auguste annexe le Valois en 1185. Puis pour récompenser son compagnon d'armes Raoul d'Estrées pour ses mérites à la bataille de Bouvines, le roi lui donne la totalité de son domaine de Vez, y compris le moulin, en fief. L'acte de donation ne faisant aucune mention d'un château ou d'une maison forte, il peut être considéré comme à peu près certain que la place forte n'existe pas encore. Raoul d'Estrées ou l'un de ses descendants édifient un château, qui appartient à Hector (d'Estrées) de Vez, son lointain descendant, en 1358. Selon la description fournie par son fils Jean en 1358, à la suite de la dévastation du lieu sous la Grande Jacquerie fin -début , le château a dû être de dimensions généreuses et pourvu de toutes les commodités. Mais l'incendie du château occasionne de tels dommages que la seule solution paraît l'arasement total des vestiges et la reconstruction à part entière.. vignette|gauche|redresse|Plan du donjon de Vez.
Dès 1360, Hector de Vez entame la reconstruction du château et fait tout d'abord creuser des douves, qui faisaient donc apparemment défaut jusque-là. Son fils Jean (d'Estrées) de Vez (fl. à partir de 1370 ; † vers 1399), aussi seigneur d'Esquerdes, fait poursuivre les travaux après la mort de son père. La bâtisse issue de cette campagne de construction est l'ancien logis, depuis longtemps ruiné, situé immédiatement au sud de la chapelle. En 1393 et 1394, Louis d'Orléans, comte puis duc de Valois, laisse à son chambellan Jean de Vez (aussi chambellan du duc de Bourgogne en 1376) du bois pour une valeur de « pour sa maison de Vez ». Mais contrairement à ce qui est souvent prétendu en recopiant auprès d'Eugène Viollet-le-Duc, le duc d'Orléans ne devient jamais propriétaire du château de Vez. Ce sont la qualité de l'architecture et le soin de l'exécution du donjon qui suggèrent que Louis d'Orléans soit le maître d'œuvre du donjon. En réalité, son édification est lancée par son chambellan Jean de Vez vers 1390, qui porte un projet ambitieux et engage de toute évidence un architecte de l'entourage royal ou ducal. Le plus probable est qu'il s'agisse de Jean Lenoir, architecte royal au bailliage de Senlis, ville relativement proche. L'ambition du projet pourrait aussi résulter de la partition de la seigneurie entre Jean et sa sœur PéronellePéronnelle et Jean, enfants de Mannassé de Vez ; selon . à une date non exactement déterminée, motivée par l'absence de descendance de Jean. Péronnelle a pris comme époux Robert de Saint-Clair (St-Clair ?), qui figure déjà en 1392 comme propriétaire de la basse-cour. Le donjon aurait donc été prévu comme résidence de Péronelle et Robert et de leur descendance.. ; vers 1400, leur petite-fille nommée Jeanne se marie déjà et épouse Bernard de Châteauvillain de Thil. Péronelle vit plus longtemps que Jean et hérite de tous ses biens.. Le donjon, la courtine sud-est et la chapelle sont terminés vers 1410 ; d'emblée, le donjon a une vocation à prédominance résidentielle.. Le domaine reste dans la famille jusqu'en 1446, quand Bernard de Châteauvillain la vend pour le montant de d'or à la suite de la mort de son épouse..
Quand l'entrepreneur et expert-géologue Léon Dru rachète le château en 1890, il est partiellement ruiné. Il entreprend sa restauration et la mène d'une façon très radicale influencée par Eugène Viollet-le-Duc, puis décède en 1904.Voir aussi Mesqui 1988.. En cette même année, le château est classé au titre des monuments historiques par arrêté du .
En 1988, le château est acheté par Francis Briest, commissaire-priseur parisien, qui organise dans les jardins des expositions de sculptures modernesTélérama, , 3 août 1994, ..
Description Aperçu général Le donjon de plan pentagonal, reconstruit au ., se situe à l'extrémité orientale d'une enceinte de la forme d'un losange presque régulier, mesurant du nord au sud et d'est en ouest. Cette implantation correspond au point le plus proche du village de l'enceinte fortifiée. La courtine sud-est à la suite du donjon lui est contemporaine et affiche le même style ; les autres courtines sont postérieures et assez disparates. C'est la courtine nord-est qui contient en son centre la poterne flanquée de deux petites tours rondes. Au centre de l'enceinte fortifiée, se trouve une chapelle de plan hexagonal, faisant directement face à l'entrée. Derrière la chapelle et disposé perpendiculairement, se situe l'ancien corps de logis des années 1360-1380 aujourd'hui ruiné ; seulement le mur gouttereau nord-est et une large partie du mur pignon sud-est restent debout..
Le donjon vignette|redresse|Le donjon.
Le plan du donjon se compose d'un carré auquel l'on a ajouté au sud un triangle isocèle. À son angle sud-ouest, le donjon est flanqué d'une tour d'escalier angulaire, contenant l'escalier en colimaçon. Les trois autres angles du carré et la pointe du triangle sont flanqués de tourelles circulaires pleines montant jusqu'en haut, et la face orientale du donjon regardant le village possède en son milieu une tourelle identique. Ces tourelles ont en même temps vocation de contreforts, selon un concept déjà archaïque au moment de sa construction, répandu dans l'ouest de la France au et incarné au mieux par le donjon de Niort. Au sud, un conduit de latrines triple surplombe le fossé. L'emprise sur le sol atteint une longueur d'environ du nord au sud et de d'est en ouest, et l'édifice atteint une hauteur de environ. L'accès se fait de plain-pied depuis l'intérieur de l'enceinte, à côté de la tour d'escalier (à sa gauche en regardant le donjon depuis la cour intérieure). Il ne s'agit pas de l'accès d'origine, qui se faisait par une porte dans la tour d'escalier. Quatre étages d'habitation sont contenus à l'intérieur, séparés simplement par des planchers en bois.
Les pièces sont généreusement éclairées par des fenêtres à meneaux et croisillons agrandies pendant la restauration du début du , mais déjà relativement grandes dès l'origine. Pas moins de treize fenêtres regardent vers l'extérieur de l'enceinte. Tout l'intérieur de la tour a été profondément remanié et modernisé lors de la restauration, et peu d'éléments restent authentiques. Au-dessus du dernier étage se trouve aujourd'hui une terrasse, à l'origine occupée par une toiture. Le chemin de ronde prend appui sur une ceinture de mâchicoulis soigneusement moulurés avec quatre encorbellements successifs et un larmier, selon un type bien répandu dans la région. Le soin de l'exécution et la qualité des moulures rendent probable l'attribution à l'un des architectes royaux ou ducaux. Ces mâchicoulis s'arrêtent devant les tourelles d'angle et la conduite de latrines. Le crénelage ne correspond plus du tout à la disposition d'origine et a été refait au début du selon un dessin publié par Eugène Viollet-le-Duc. En réalité, les ouvertures étaient rectangulaires et donc plus étroites, et recouvertes par une assise continue en saillie. Dans le même sens, la tourelle de guette prolongeant la tour d'escalier relève d'une pure invention de Viollet-le-Duc. Pour caractériser le donjon, il est à retenir que les mâchicoulis en constituent les seuls éléments défensifs ; il n'y a même pas de meurtrières. La prédominance de la vocation résidentielle est évidente. Le rôle défensif du donjon s'adresse plus particulièrement aux bandes armées qui infestent le Valois pendant la guerre de Cent ans : il aurait été incapable de résister à un siège...
Les courtines vignette|Courtine sud-est, vue depuis la cour. vignette|Donjon et courtine nord-ouest.
La courtine sud-est contemporaine du donjon est la plus ancienne et a été construite avec le plus grand soin. Le chemin de ronde est relié au donjon par une porte de la tour d'escalier, entre le premier et le deuxième étage. Vers l'extérieur, elle présente les mêmes mâchicoulis que le donjon. La partie basse est plus épaisse, puis le mur se retraite du côté de la cour moyennant un glacis. L'on trouve le même glacis au nord-est et en partie au nord-ouest, signe qu'il s'agit peut-être dans les deux cas de bases de murs plus anciennes. Des courtines auraient donc existé avant le donjon, mais elles étaient incomplètes. Afin d'obtenir des plates-formes sur le chemin de ronde, deux balcons appuyés sur un quintuple encorbellement débordent sur la cour : cette solution permit une économie de matériaux par rapport à une épaisseur accrue de la muraille au niveau de ces plates-formes. Dans un souci esthétique, un encorbellement rectangulaire supplémentaire est plaqué sur ces dispositif..
La courtine nord-est communique également avec le donjon, mais seulement le début avec les deux premiers mâchicoulis atteint la hauteur initialement prévue. Elle comporte la poterne cantonnée de deux tours rondes aux toits en poivrière. Il convient de regarder cette courtine comme un ensemble avec la moitié attenante de la courtine nord-ouest, construite en même temps, sans doute au . En dessous du glacis, soit à un niveau très bas, l'on note une série de fentes, qui représentent plutôt des barbacanes pour favoriser l'écoulement des eaux que des archères. Elles ne devaient pas se trouver à l'air libre initialement. À gauche de la porterie en approchant du château, une arcade en anse de panier bouchée reste visible ; sa fonction ne peut être expliquée. Les moyens n'étaient pas suffisants pour construire des mâchicoulis. Entre la poterne et le donjon, leur rôle est assumé par deux petites échauguettes en encorbellement, reprenant le profil des mâchicoulis. Ailleurs, les dispositifs de défense se résument à deux échauguettes prenant appui sur des contreforts, les emplacements habituels des encorbellements étant occupés par des modillons..