Laura Jane Addams, née le à Cedarville dans l'État de l'Illinois et morte le à Chicago dans l'État de l'Illinois, est une philanthrope, pacifiste et une réformatrice sociale américaine.
Avec Mary Richmond, elle a marqué la spécificité de l'action sociale au sein de la société américaine.
Elle a rédigé de nombreux articles de presse et essais ayant pour sujet le droit des enfants, le droit des femmes et plus particulièrement le droit de vote des femmes aux États-Unis.
En 1889, dans la lignée du britannique, elle cofonde avec Ellen Gates Starr l'un des premiers centres d'œuvres sociales aux États-Unis, la de Chicago, la deuxième maison du genre, après créé à Londres en 1884.
Sa pensée sociale et politique plonge ses racines dans le pragmatisme philosophique de William James et de John Dewey.
En 1903, elle participe à la fondation de la , dont elle est élue vice-présidente aux côtés de sa présidente Mary Morton Kehew.
Durant la Première Guerre mondiale, Jane Addams s'illustre par ses prises de positions pacifistes et fait partie des soutiens de la création de la Société des Nations.
En 1920, Jane Addams fait partie des fondateurs de l'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) aux côtés de Clarence Darrow.
En 1931, avec Nicholas Murray Butler, elle est co-lauréate du prix Nobel de la paix.
Durant la période du , bien que malade, elle est membre de la commission de la de Chicago et siège en tant que vice présidente de la .
Biographie Jeunesse et formation Contexte familial gauche|vignette|Le sénateur de l'Illinois John H. Addams. vignette|Lieu de naissance de Jane Addams. Jane Addams est née le , dans une ferme de Cedarville, à proximité de Freeport, dans le nord de l'État de l'Illinois. Elle est la huitième des neuf enfants de Sarah Weber épouse Addams et de . Cinq des enfants décèdent prématurément, seuls Jane Addams avec ses deux sœurs aînées et un frère aînés atteignent l'âge adulte.......
Dès son enfance Jane Addams est d'une santé fragile et souffre d'une scoliose.
Son père John Huy Addams est un homme d'affaires, un banquier, qui en 1864, participe à l'ouverture de la Second Bank of the United States à Freeport, dont il devient le président ; il est également le propriétaire d'une meunerie et une personnalité politique. En 1854, il est élu sénateur de l'Illinois par huit fois d'abord comme membre du parti whig puis comme membre du Parti républicain. C'est également un proche d'Abraham Lincoln et un abolitionniste convaincu. Durant la guerre de Sécession, il recrute et équipe une compagnie qui rejoint un régiment de l'Illinois, compagnie nommée « The Addams Guard ».
La tragédie En 1862, Sarah Addams meurt pendant l'accouchement de son neuvième enfant.
Remariage En 1868, John Huy Addams épouse en secondes noces Anna H. Haldeman, une veuve, mère de deux enfants, animée par l'ambition à devenir membre d'une famille « respectable ».
Adolescence et scolarité gauche|vignette|Gravure représentant le Rockford Seminary. Même si Jane Addams n'a jamais tissé de liens chaleureux avec sa belle-mère, cette dernière exerce sur elle une forte influence, notamment dans les domaines de la musique et de la littérature. Par ailleurs, elle noue des relations amicales avec son beau-frère George Hadelman, qui devient son camarade privilégié durant son adolescence.
Sous l'influence de son père et de sa belle-mère, Jane Addams épouse les valeurs des républicains quant aux responsabilités de chacun vis-à-vis de la communauté, des droits individuels et la croyance dans que les principes éthiques du christianisme et les arts sont les fondements de la civilisation.
Même si John Huy Addams est loin d'être un partisan du droit des femmes, il souhaite pour ses filles la meilleure formation possible et il est soutenu en cela par sa seconde épouse. C'est ainsi, qu'en 1877, comme ses sœurs aînées, Jane Addams finit ses études secondaires au séminaire féminin de Rockford dans l'Illinois, séminaire devenu le puis la . Elle y fait la connaissance d'Ellen Gates Starr, qui devient son amie. Jane Addams y apprécie une professeure au caractère bien trempé, . Comme beaucoup de ses condisciples, elle est une admiratrice de John Ruskin et de sa philosophie sociale. Elle sort diplômée majore de sa promotion en 1881.
Abandon de ses études médicales En 1881, Jane Addams apprend la mort subite de son père, âgé de . Celui-ci lui laisse un héritage d'un montant de . Le décès son père la motive à embrasser la carrière de médecin et de se présenter au ; elle y est acceptée, mais à cause de sa santé fragile elle abandonne ses études au bout du premier semestre.
Voyage en Europe Marquée par la mort de son père et l’abandon contraint de ses études médicales du fait de sa santé, Jane Addams entre dans une période de Dépression. En 1883, voyant son état, sa belle-mère Anna H. Haldeman emmène Jane Addams faire un grande tournée en Europe en espérant que cela lui change les idées et lui permette de retrouver un état mental satisfaisant. C'est aussi l'occasion pour de riches héritières américaines comme Jane Addams de se faire courtiser par des aristocrates appauvris qui échangent leur titre contre la fortune.
Comme d'autres, Jane Addams visite les musées, va au concert, au théâtre, mais en plus elle prend conscience des souffrances que subissent les pauvres de Londres et des autres villes. Il lui semble plus utile de trouver des moyens pour alléger la détresse des pauvres que de trouver un mari.
Retour aux États-Unis En 1885, Jane Addams accepte de se faire opérer par son frère afin de ne plus souffrir de sa scoliose. Si l'opération réussit, en revanche il s'avère qu'il lui sera impossible de mener à terme une grossesse. Jane Addams ne pourra pas mener la vie normale d'une femme de la grande bourgeoisie américaine. La même année, elle se fait baptiser dans l'église presbytérienne de Cedarville. Pendant deux ans, Jane Addams part s'installer avec sa belle-mère et son beau-frère George Hadelman à Baltimore, dans l'État du Maryland. Pendant que George Hadelman suit des cours auprès de l'université Johns-Hopkins, Jane Addams se rend régulièrement aux conférences organisées par cette université et commence à s'engager dans des actions caritatives auprès de la population noire de la ville.
Sa romance avec George Hadelman se développe, malgré les séances de spiritisme où la « voix » de sa mère lui déconseille vivement de poursuivre cette idylle.
Second voyage en Europe vignette|Des grévistes de Londres. gauche|vignette|Portrait de Frederic Harrison.
En quête du christianisme primitif En 1887, désœuvrée, ne sachant quelle voie suivre, Jane Addams entreprend un second voyage en Europe. Elle est témoin de la grève des ouvrières des manufactures d’allumettes à Londres en 1888, qui lui fait toucher la misère humaine. Dans la foulée, elle rend visite à Frederic Harrison, un disciple du positivisme d'Auguste Comte, qui la convainc de s'intéresser à cette philosophie sociale ; elle pense que grâce à cette dernière elle pourra mener une synthèse entre les espérances religieuses et les conflits sociaux à travers les âges.
Arrivée à Rome, Jane Addams visite les catacombes plusieurs fois dans le dessein de pouvoir comprendre le christianisme primitif. Mais son projet est interrompu par une forte névralgie sciatique qui l'oblige à s'aliter pendant plusieurs semaines et la replonge dans un épisode dépressif.
En , Jane Addams visite Madrid, en compagnie de son amie d'enfance Ellen Gates Starr ; à l'occasion d'une promenade, elle lui confie ses projets de réforme sociale.
Le Toynbee Hall gauche|vignette|Le professeur d'économie Arnold Toynbee. vignette|Photographie du .
Un mois plus tard, elle retourne à Londres et visite le situé dans le quartier de l'East End, plus précisément à Whitechapel. Il s'agit d'un établissement ouvert en 1884, fondé par un groupe de diplômés des universités d’Oxford et de Cambridge. Tous sont influencés par Frederick Denison Maurice, Benjamin Jowett, John Ruskin et Léon Tolstoï ; ils sont animés par un nouveau devoir de l'homme riche et instruit, celui d'aider et d'instruire les pauvres.
Dès 1867, des jeunes diplômés viennent s'installer à Whitechapel pendant leurs vacances d'été ; parmi eux, il y a Arnold Toynbee, habité plus que tous par ce nouveau devoir. Après sa mort le , ses amis créent la fondation Toynbee. Ayant entendu parler de cette fondation, le prêtre anglican Samuel Barnett se rend à Oxford, et prononce au St John's College une conférence où il montre les limites de la philanthropie, que les pauvres ont certes besoin d'aliments, de vêtements, d'appartements mais aussi d'éducation, de la découverte des beaux-arts, de voyages touristiques, de relations sociales. Et pour cela il est nécessaire de se connaitre, de rapprocher les classes pauvres des élites, classes qui au mieux s'ignorent et au pire se haïssent. L'appel est entendu, dans la foulée est créée l, qui réunit les fonds nécessaires pour acheter un bâtiment qui devient après les aménagements nécessaires le Toynbee Hall..
Carrière
Création et ouverture de la Hull House de Chicago La recherche d'un bâtiment vignette|Ellen Gates Starr dans des années 1890. De retour à Chicago, en , Jane Addams et Ellen Gates Starr sont décidées à créer un centre d'activités communautaires sur le modèle du Toynbee Hall. Quand elles exposent leur projet auprès de leurs proches, ces derniers sont, à leur grande surprise, enthousiastes, l'idée est dans l'air du temps.
gauche|vignette|Photographie de la Hull House. Toutes deux se mettent en quête d'un bâtiment correspondant à leur projet dans le quartier du de Chicago. Elles jettent leur dévolu sur un bâtiment, la , une bâtisse abandonnée sise au 800, dans le . Maison construite par l'architecte Charles Hull pour un homme d'affaires afin de lui servir de maison de campagne mais depuis située au centre d'un quartier habité par plus de Italiens, Siciliens, Grecs, Russes, Allemands.
Jane Addams et Ellen Gates Starr s'installent dans la en et déclarent à leur voisinage qu'il s'agit de leur foyer. Jane Addams sillonne les États-Unis pour annoncer la création d'un centre communautaire à Chicago sur le modèle du de Londres. Ses conférences ont pour public majoritairement des jeunes et plus particulièrement des jeunes femmes de la haute bourgeoisie conscientes de leur ignorance des conditions de la « vraie vie ». Ce mouvement est perçu par Jane Addams comme allant au-delà des valeurs du christianisme mais comme résultant d'un besoin pressant de création de centres communautaires. L'un de ses discours les plus retentissants est celui donné en 1892 au sein d'une école d'éthique appliquée de la ville de Plymouth, dans le Massachusetts.
L'extension de la Hull House Dès 1893, grâce à des dons et à l'héritage paternel perçu par Jane Addams, la multiplie les places de résidents, et les pièces nécessaires pour plus de quarante ateliers, de salles d’expositions, de conférences, de clubs, de crèches de jour, et l'ouverture d'un dispensaire et s'étend sur plusieurs pâtés d'immeubles et comprend près de différents entre la et la gare de Dearborn, située sur la
Art et justice sociale vignette|Photo de William Morris. gauche|vignette|Photo de John Ruskin.
Tout comme John Ruskin et William Morris, Jane Addams est convaincue du lien et des interactions entre l'art et la justice sociale, c'est pourquoi, la intègre des ateliers d'expressions artistiques et ouvre un nouveau bâtiment, la « », et un théâtre dont le répertoire va des tragiques grecs à John Galsworthy. La résidente ouvre l'école de musique et la dirige. Cette école donne plusieurs concerts, ce qui donne l'occasion aux enfants des migrants d'avoir accès à la musique et de pouvoir y entrer pour développer leurs capacités.
L'arrivée de Florence Kelley