La est un cours d'eau de la Côte-Nord, au Québec (Canada) qui se jette dans le golfe du Saint-Laurent à l'ouest de la municipalité de Havre-Saint-Pierre.

D'une longueur de , la Romaine fait partie d'un groupe de grandes rivières de la moyenne Côte-Nord qui s'écoulent dans une direction nord-sud pour se jeter dans le golfe du Saint-Laurent. Ces rivières ont en commun de couler dans des vallées encaissées dans les roches archéennes du Bouclier canadien. Le débit moyen annuel de la Romaine à la station hydrométrique située à de l'embouchure est de .

La Romaine prend sa source dans la région du lac Long, à la frontière du Québec et de la province de Terre-Neuve-et-Labrador dont elle constitue la frontière jusqu'au puis la rivière suit un cours nord-sud relativement rectiligne pendant environ , avant de bifurquer vers l'ouest pour se jeter dans le golfe. Le territoire est particulièrement accidenté à partir d'un secteur situé à environ de l'embouchure. C’est pourquoi les missionnaires et les explorateurs historiques, suivant le conseil de leurs guides autochtones, ont choisi de terminer leur descente vers le Saint-Laurent par la rivière Saint-Jean.

La Romaine est fréquentée depuis des milliers d'années par des groupes de chasseurs nomades qui l’exploitaient pour subvenir à leurs besoins. Après l'arrivée des marchands et missionnaires euro-canadiens, les Innus ont pratiqué la traite des fourrures et adopté la religion catholique, tout en résistant longtemps à la sédentarisation. Aujourd'hui, les Innus d'Ekuanitshit habitent la réserve indienne de Mingan à l'ouest. Située à une quinzaine de kilomètres à l'est de l'embouchure de la Romaine, la ville de Havre-Saint-Pierre a été fondée en 1857.

La Romaine est surtout connue au pour le complexe hydroélectrique qu'y a construit Hydro-Québec entre 2009 et 2023. Les quatre centrales hydroélectriques du complexe ont une puissance installée de .

Toponymie vignette|gauche|alt=Illustration d'une carte du 18e siècle qui montre la position du Québec, de l'est du Canada et des États-Unis. |La Carte de la partie orientale de la Nouvelle-France ou du Canada de Jacques-Nicolas Bellin (1744). La rivière Romaine y est désignée sous le nom de R. d'eau Ramane.

La Commission de toponymie du Québec indique que le nom Romaine pour désigner cette rivière est attesté depuis le . Il tirerait sa source d'une adaptation française du terme amérindien « », qu'avait notée Jean-Baptiste-Louis Franquelin dès . La Carte de la partie orientale de la Nouvelle-France ou du Canada de Jacques-Nicolas Bellin de 1744 la désigne sous le nom « R. d'eau Ramane ». Les Innus, qui revendiquent cette région comme une partie du , leur territoire ancestral, parlent de la RomaineSelon la Commission de toponymie du Québec, le nom d'un cours d'eau s'accorde avec le genre du générique sous-entendu (rivière, ruisseau...), lorsqu'il est omis. en la nommant (), () et ().

Milieu physique Hydrographie vignette|gauche|alt=Image d'une rivière entourée d'une forêt de conifères. À l'avant plan, un bouillonnement d'eau. |La rivière Romaine dans son cours inférieur. La rivière Romaine prend sa source dans un massif de collines au nord du lac Long et s'écoule sur une distance de dans une orientation nord-sud sur la plus grande partie de son cours. La Romaine se jette dans le golfe du Saint-Laurent à proximité des limites de la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan, à l'ouest de Havre-Saint-Pierre.

Comme plusieurs autres rivières de la Côte-Nord, la rivière Romaine draine un immense territoire. Son bassin versant s'étend sur une superficie d'environ . Il présente une forme allongée dans son axe nord-sud et s'étend sur une distance de . Le réseau hydrographique, qui s'étend de part et d'autre de la rivière sur une largeur variant entre , emprunte un réseau de fractures de l'assise rocheuse peu altérable. Les tributaires présentent souvent des segments rectilignes qui bifurquent en angle droit avant leur confluence.

vignette|gauche|alt=Photo de l'embouchure d'une rivière. Le ciel est gris en raison du brouillard. |La Romaine se jette dans le golfe du Saint-Laurent, face à des îles de la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan. Photo prise de la route 138 (Route des Baleines), du pont 02498 W, poutres en béton armé, 2004.

Le cours principal de la rivière Romaine est entièrement situé au Québec, puisqu'en vertu du tracé du comité judiciaire du Conseil privé de Londres de 1927, la rive gauche de la rivière Romaine délimite la frontière entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador entre sa source et le de latitude Nord. Le Québec considère néanmoins que le tracé de est et ne l'a jamais officiellement entériné.. Selon l'Organisme de bassins versants Duplessis, qui est responsable du Plan directeur de l'eau de la région, le bassin versant de la Romaine est situé à 83,6 % dans la MRC Minganie et à 16,4 % dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador.

Dans la partie supérieure de son cours, la Romaine recoupe plusieurs lacs, dont le lac Brûlé, le lac Lavoie et le lac Lozeau. Dans cette section du plateau laurentien, la rivière adopte un style fluvial à méandres et les pentes sont faibles. C'est d'ailleurs dans ce secteur qu'on retrouve des plans d'eau naturels d'assez grande dimension, comme le lac Brûlé () et le lac Sénécal ().

Les lacs situés en aval de la rivière des Sauterelles, au point kilométrique (PK) 282Le point kilométrique 0 de la rivière Romaine correspond à son embouchure., sont plus étroits et remplissent des dépressions du plateau laurentien. C'est notamment le cas des lacs Allard () et Puyjalon (), situés aux environs du 70. Les lacs sont beaucoup moins nombreux dans la plaine côtière.

La Romaine est alimentée par une vingtaine d'affluents, dont les plus importants sont, de l’amont vers l’aval, la rivière aux Sauterelles, la rivière Touladis ( 233,5), le ruisseau Katahtauatshupunan ( 230), la Petite rivière Romaine ( 217), la rivière Jérôme ( 214,5), la rivière Baubert ( 198,5), la rivière Glapion ( 187,5), la rivière Garneau ( 181,5), le ruisseau Mista ( 149), la rivière de l'Abbé-Huard ( 131,5), la rivière Bernard ( 128), un ruisseau sans dénomination situé vers le 95, la rivière Romaine Sud-Est ( 82,5) et la rivière Puyjalon ( 13).

En aval de la Petite rivière Romaine, la rivière bifurque vers le sud-est et s'encaisse dans les hauts plateaux rocheux pour plus d'une centaine de kilomètres, entre le site du barrage de la Romaine-4 ( 191,9) et le bassin des Murailles, situé au 83,7. Dans ce secteur présente une succession de chutes et de rapides, séparés de segments à écoulement plus lent. Le dénivelé de ce tronçon est de et la pente est de l'ordre de .

Le site de la Grande Chute au 52,5 marque la transition entre le plateau laurentien et la plaine côtière. À partir de ce point, la rivière s'est taillé une place dans une vallée post-glaciaire formée de sédiments meubles. Au 43, la rivière bifurque vers l'ouest jusqu'à l'embouchure. Le dernier tronçon de la rivière compte trois chutes en aval de la Grande Chute : la chute à Charlie ( 35), la chute de l'Église ( 6) et la chute Utshinahkuhiu ( 2).

Hydrologie Débits Le débit module à la Grande Chute (site de la centrale Romaine-1 au 52,5) de la rivière Romaine est de Le débit moyen annuel à l'embouchure est de .. La crue printanière débute vers le , atteint son maximum trois semaines plus tard et se termine à la fin juin. La crue médiane est de . Le tableau suivant présente les caractéristiques du régime hydrologique à l'emplacement de la centrale Romaine-1 avant et après la construction du complexe de la Romaine.

Selon l'étude d'impact du complexe de la Romaine, les débit futur à l'emplacement de la centrale de la Romaine-1 après sa mise en service sera beaucoup plus stable tout au long de l'année. Il sera plus élevé que le débit historique de décembre à avril, plus faible en mai et juin et semblable aux conditions antérieures de juillet à novembre. La pointe de la crue arrivera avec deux à trois semaines de retard.

Avec la mise en place d'un régime de gestion des débits optimisé pour la production d'énergie, les barrages ont été progressivement abaissés à leur niveau minimal en hiver avant l'arrivée de la crue. Hydro-Québec exploite généralement ses turbines de manière à produire le maximum d'énergie avec l'eau dont elle dispose, donc en deçà des débits d'équipementLe débit d'équipement est le volume maximal qui peut être absorbé par un ouvrage en conditions normales.. La production sera cependant poussée à son maximum lorsque la demande est forte ou lorsqu'il existe une forte possibilité d'avoir à déverser des surplus d'eau.

Régime thermique et comportement des glaces Conditions historiques Historiquement, la température de l'eau descend près de zéro en hiver dans la partie de la rivière à l'aval de la Grande Chute. Le réchauffement commence dans une fourchette de trois semaines centrée sur la mi-mai. Elle atteint à la fin mai, à la fin juin et atteint sa température maximale, entre 21 et , entre la mi-juillet et la mi-août. La température de l'eau descend ensuite assez rapidement. Elle atteint le , le , puis le . Le point de congélation est atteint dix jours plus tard. En amont, la date du réchauffement peut varier de quelques jours et la température maximale de l'eau en été n'atteindra que de entre les sites des centrales Romaine-1 et Romaine-4, et au 290.

Avant la construction des aménagements hydroélectriques, la couverture de glace sur la rivière Romaine en amont de l'emplacement actuel de la centrale Romaine-1 commençait à se former au début de décembre, sauf dans certaines zones de rapides où on observait un plus grand nombre de tronçons en eau libre. La couverture de glace augmentait pendant tout l'hiver pour atteindre sa valeur maximale en avril. Au cours d'un hiver normal, la rivière pouvait être recouverte d'une couche de glace pouvant varier entre .

Selon Hydro-Québec, le club de motoneigistes Le Blizzard – qui utilise un critère d’épaisseur de glace de pour donner des conseils de sécurité aux adeptes de la motoneige – considère que la Romaine est couverte de glace autour du . Le dégel se produit au mois de mai, même si les conditions météorologiques font varier la date où la rivière se libère des glaces.

Conditions modifiées par le complexe de la Romaine Les aménagements hydroélectriques ont un impact sur la température de l'eau et le régime des glaces des réservoirs nouvellement créés. La température de l'eau de la rivière Romaine est aujourd'hui plus froide de en été et plus chaude de au cours de l'hiver. Les réservoirs présentent une stratification verticale en hiver et en été, et atteignent l'isothermie à au printemps et à l’automne.

Les variations de la température de l'eau provoquées par le harnachement de la rivière modifie le régime des glaces durant la saison froide. Par exemple, la glace commence à se former à la tête du réservoir de la Romaine-4 vers la fin novembre, avec un , indiquait l'étude d'impact environnemental du promoteur en 2007. La glace couvre ensuite entièrement les réservoirs de la Romaine-3 et de la Romaine-2, à l'exception des limites amont des réservoirs, qui sont alimentées par l'eau relativement plus chaude provenant des centrales en amont. Dépendant des rigueurs de l'hiver, la couverture de glace sur les réservoirs atteint un maximum variant entre au cours du mois de mars.

La situation est différente en aval de la centrale de la Romaine-2, puisque la température de l'eau empêche la formation de la glace sur une vingtaine de kilomètres pendant tout l'hiver. En aval de la centrale de la Romaine-1, la glace se forme sur tout le cours d'eau jusqu'à l'embouchure, à l'exception d'un tronçon de en aval de la centrale de la Romaine-1. Le gel survient maintenant avec un certain retard sur la situation qui prévalait avant la construction des aménagements hydroélectriques.

Qualité de l'eau