thumb|Adoubement de Lancelot du Lac. Miniature d'Évrard d'Espinques tirée du Lancelot en prose, BNF, Fr.116, 1475 Lancelot du Lac est un personnage du cycle arthurien des romans de la Table ronde et une figure emblématique de l'amour courtois. Apparu à la fin du dans les œuvres de Chrétien de Troyes et d'Ulrich von Zatzikhoven, il devient rapidement l'un des personnages centraux de la légende arthurienne, notamment dans le roman de chevalerie dit Lancelot en prose ou Lancelot-Graal, écrit au .

Lancelot illustre parfaitement les règles de l'amour courtois en vigueur à la cour de Champagne pour laquelle écrit Chrétien de Troyes, et telles qu'elles sont évoquées par André le Chapelain dans le Traité de l'amour (De arte honeste amandi 1185 environ).

Fils du roi Ban de Bénoïc, il se prénomme d'abord Galaad. Il est enlevé encore enfant par la fée Viviane, la « Dame du Lac », qui le rebaptise Lancelot. Parvenu à l'âge adulte, il devient l'un des meilleurs chevaliers de la Table Ronde. Son amour pour la reine Guenièvre le rend impur, lui interdisant ainsi d'accomplir la quête du Graal.

Lancelot du Lac demeure l'un des personnages les plus importants du cycle arthurien et ses aventures sont adaptées dans la littérature, le cinéma, la peinture, la musique, la bande-dessinée et les jeux.

Anthroponymie Le personnage de Lancelot du Lac n'apparaît pas dans les textes arthuriens les plus anciens comme l’Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth ou l’Historia Brittonum. Il pourrait être une invention du poète français Chrétien de Troyes.

Lanceloz del lac est mentionné pour la première fois dans Erec et Enide où il est qualifié de « troisième meilleur chevalier du monde ». C'est dans Lancelot ou le Chevalier de la charrette qu'il prend toute son importance.

Attestations

1169-1170 : (forme écrite) (Chrétien de Troyes, Erec et Enide). 1176-1177 : (forme écrite) (Chrétien de Troyes, Cligès ou la Fausse Morte). 1177-1181) : (forme écrite) (Chrétien de Troyes, Lancelot ou le Chevalier de la charrette). (non daté) : Lanselos del lac (Godefroi de Leigni, continuation du Chevalier de la charrette). Fin : Lanzelet (Ulrich von Zatzikhoven / prétendument la transcription en allemand d'un « livre français » provençal d'un présumé Daniel Arnaud, probablement antérieur au Chevalier de la Charrette. 1215-1225 : (forme écrite) (un ou plusieurs auteurs anonymes, Lancelot en prose (langue romane)). De nos jours (français) : Lancelot du Lac.

Étymologie L'origine du nom Lancelot du Lac demeure obscure. Elle fait l'objet de nombreuses interprétations : Origine celtique Les explications étymologiques par le celtique sont toutes spéculatives puisqu'elles ne reposent pas sur des formes anciennes.

Ferdinand Lot propose, avec la plus grande prudence, un rapprochement avec le personnage de Llenlleawc qui apparaît dans le conte Culhwch ac Olwen, plus tard T. Gwynn Jones prétend qu'il vient du gallois Eliwlad. Plus récemment, Roger Sherman Loomis évoque le dieu Lugh Lamhfhada, « Lug à la longue main », par l'intermédiaire d'un personnage nommé Llwch Lleminawc. Certains ont rapproché le nom Lancelot du nom Anguselaus, personnage de l'Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth.

Origine romane Lancelot / Lanceloz est la seule forme initiale que l'on possède.

Théodore Hersart de La Villemarqué affirme que ce nom est issu de l'ancien français l'ancel (par agglutination de l'article défini cf. lierre), terminé par le suffixe diminutif -ot, c'est-à-dire ancien français le petit ancel « le petit serviteur ». Cette hypothèse est reprise par Jean-Pierre Foucher. Pour Gaston Paris, il est composé sur le modèle d'un nom d'homme courant tel que Lancelin, hypothèse également soutenue par Rachel Bromwich. Les noms de familles français Lancel et son diminutif Lancelin sont également vus par Albert Dauzat comme représentant l'ancel « le serviteur » et l'ancelin « le petit serviteur »Albert Dauzat, Noms et prénoms de France, Librairie Larousse 1980, édition revue et commentée par Marie-Thérèse Morlet, p. 8b-9a-362b.. L'ancien français lancelin signifie par ailleurs « dard, javelot »Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, édition de F. Vieweg, Paris, 1881–1902, p. 709b, mot formé à partir du diminutif *lancel de lance. C'est pourquoi, pour René Bansard et à sa suite Georges Bertin, ainsi que pour une équipe du CENA de l'Université de Caen, le personnage de Lancelot se confondrait avec saint Fraimbault de Lassay, à partir de l'étymologie de Fraimbault (Frambald) dont l'élément Fram- est identique à celui que l'on rencontre dans l'arme des Francs, la framée « lance des guerriers germaniques ». Son personnage et sa vita auraient servi de modèle aux à la création du personnage littéraire de Lancelot.

L'épithète du Lac fait probablement référence au lac où il fut élevé par la fée Viviane, aussi appelée la « Dame du Lac ».

Légende Bien que la première œuvre connue racontant l'histoire de Lancelot du lac soit celle de Chrétien de Troyes, ce personnage était vraisemblablement déjà connu auparavant. D'une part, Chrétien parle déjà du héros dans Erec et Enide comme l'un des meilleurs chevaliers de la Table Ronde. D'autre part, le Lanzelet de Ulrich von Zatzikhoven est prétendument la transcription en allemand d'un « livre français » provençal (d'un certain Daniel Arnaud) qui était probablement antérieur au Chevalier de la Charrette.

Chrétien de Troyes écrit à la demande de la comtesse Marie de Champagne, fille d'Aliénor d'Aquitaine. Il ne s'intéresse qu'à la relation amoureuse entre Lancelot et la reine. En revanche, le Lancelot en prose, rédigé au en langue romane par un (ou plusieurs) auteur(s) anonyme(s), étoffe considérablement le récit : on lui attribue une famille, un royaume, une descendance et de nombreuses aventures.

Pour Chrétien de Troyes, Lancelot est essentiellement une figure romanesque. Chrétien le met en scène, auprès de la reine Guenièvre, parmi les Chevaliers de la Table Ronde. Par la suite, d'autres auteurs vont faire de Lancelot une des figures clés de la « Quête du Graal ». Cette double appropriation du personnage de Lancelot est à l'origine de la complexité du héros.

De la naissance à l'adolescence Malgré la diversité des récits, Lancelot est généralement considéré comme le fils du roi Ban de Bénoïc et de la reine Hélène (on trouve la graphie Helainne en ancien français, parfois traduite par Elainne ou Elaine. La version moderne Hélène semble plus fidèle et évite les confusions possibles avec la mère de Galaad). Il est né peu après la Pentecôte à Trèbe sur la Loire. Il y fut enlevé à ses parents par la fée Viviane, dite la « Dame du Lac ». Celle-ci va l'élever jusqu'à ses dix-huit ans à l'abri du Lac.

Fils du roi Ban, il est donc l'héritier du royaume d'Armorique et d'une lignée prestigieuse que certains font remonter à Joseph d'Arimathie, le personnage biblique ayant recueilli le sang du Christ dans le vase que l'on appellera le « Saint Graal » et l'ayant apporté en terre bretonne.

Le nom de baptême de Lancelot est Galaad, Lancelot n'étant que son nom d'usage. Il découvre ce dernier après son triomphe à la « douloureuse garde ». Lancelot donnera le nom de Galaad à son fils Galaad.

Selon une version tardive de la légende, le château de son père, réputé imprenable, était situé non loin de la forêt de Brocéliande. Dans les textes médiévaux, il se trouve à l'est de la terre gast (« terre déserte »). Afin de protéger son épouse et son fils, le roi Ban de Bénoïc décide de quitter son château avec sa famille et quelques sujets, laissant la forteresse au soin d'un proche. Le roi, s'éloignant du château, se retourne une dernière fois et constate qu'il a été trahi : le château a été incendié par Claudas de la Terre Déserte. Il ne peut alors supporter cette vision et en meurt, laissant seule son épouse et son nourrisson. Pendant que sa femme pleure sur son corps, le jeune Lancelot est enlevé, sans que sa mère ne puisse l'en empêcher, par la fée Viviane, une créature résidant dans les profondeurs de son lac. La reine Hélène, croyant que son fils est mort, se fera religieuse.

La fée Viviane vignette|La Dame du Lac enlevant Lancelot. Le lac de Viviane a été associé à une « passerelle » vers l'autre Monde des Celtes et, par assimilation, à l'île enchantée d'Avalon.

La fée Viviane emmena Lancelot dans son palais aquatique et l'éduqua comme un fils. Elle lui donna son surnom de Lancelot du Lac. Appelé « Fils de Roi », « Le Beau Trouvé » ou « Riche orphelin » par la fée, il ignora tout de ses origines. Durant toute sa jeunesse, elle l'éduqua afin d'en faire le chevalier parfait, lui enseignant le combat et la chasse, mais aussi la musique, la courtoisie et la noblesse d'esprit.

Vers 1230, les auteurs du Lancelot en prose identifiaient ce célèbre Lac au lieu encore appelé de nos jours Saint-Pierre-du-Lac, en Anjou, sur la commune de Beaufort-en-Vallée. Il s'agit de la plus ancienne localisation du lieu.

Le chevalier vignette|Blason de Lancelot (« d'argent à trois bandes de gueules »). Chrétien de Troyes le décrit en premier dans son livre Lancelot ou le Chevalier de la charrette (qui a été continué par Godefroi de Leigni).

Lancelot est tout d'abord un modèle de chevalier. Ses prouesses guerrières font de lui l'un des trois meilleurs chevaliers que le monde arthurien ait connus avec Perceval et Galaad. C'est en même temps un héros courtois qui se dévouera entièrement au service de sa dame, allant jusqu'à accepter la défaite (lors du tournoi de Pomelegloi et de Noauz) et la honte (sa montée dans la charrette infamante) par soumission à Guenièvre. Ces deux aspects de Lancelot en font déjà un personnage tiraillé entre deux univers, celui de la chevalerie et celui du monde courtois.

Par la suite, lorsqu'apparaît, dans la geste arthurienne, la quête du Saint Graal, le personnage de Lancelot est confronté à une troisième réalité, celle du péché. En effet, il est tombé amoureux d'une femme mariée, la propre épouse du suzerain à qui il a juré allégeance. La version de Chrétien de Troyes ayant déjà été écrite, et relatant la relation adultérine des deux amants, cet amour éloignera définitivement Lancelot du Saint Graal et sera sa malédiction. Pourtant prévenu qu'il ne pourrait pas poursuivre la quête dans cet état de péché (la quête du saint Graal est avant tout une quête spirituelle), il s'obstine par orgueil, ne voulant pas reconnaître que, par sa faute, il ne deviendra pas ce que le monde attendait de lui : le chevalier triomphant et apportant au royaume d'Arthur paix et prospérité avec le Saint Graal.

Lancelot sera autorisé à contempler le Graal dans un de ses rêves, mais seul son fils, Galaad, le bon chevalier, aura le privilège de mener à bien la quête du Graal entouré de ses deux compagnons, Perceval et Bohort..

Au Moyen Âge, des armoiries imaginaires attribuées aux chevaliers de la Table ronde lui donnent comme blason « d'argent à trois bandes de gueules »Armorial de la Table Ronde, Bibliothèque Municipale de Lille MS 329, folio 7 verso..

Combat contre les dragons du Val sans Retour vignette|Miniature française du XVe siècle illustrant Lancelot, reconnaissable à son écu à trois bandes vermeilles, qui combat les deux dragons ailés qui gardent l'entrée du Val sans Retour où la fée Morgagne retient prisonniers ses amis Galeschin et Yvain parmi quelque deux cent-cinquante chevaliers infidèles, inspirée du Merlin, poème arthurien du 13e siècle de Robert de Boron