Bixquert (en valencien), parfois Bisquert (en castillan), est une vallée rattachée à la ville de Xàtiva, dans la Communauté valencienne (Espagne). Il s'agit également d'un nom de famille dont l'origine est étroitement liée à cette vallée.
Histoire thumb|La vallée de Bixquert en 1721. Le massif de la Serra Grossa (au centre) sépare la vallée (en haut) de la ville de Xàtiva (en bas, alors San Felipe). Au début du , il s'agissait non pas d'une vallée, mais d'une alquería (de l'arabe القرية al-qarīa, « village », « hameau ») que les Arabes appelaient Biškart. Cette dernière se trouvait aux pieds du château de Xàtiva sur les pentes arides du massif de la Serra del Castell où résidait une petite communauté d'Arabes qui vivaient de la terre. Or, quatre ans après avoir reconquis Xàtiva aux mains des musulmans, Jacques Ier d'Aragon céda le leurs terres et propriétés de Biškart, devenu entretemps Bischert, à Girbert Novarello, Pere Godalest, Pere Satorre ainsi qu'à vingt de leurs compagnons d'armes. Ses scribes inscrivirent cette donation dans un codex, le Llibre del Repartiment :
(La phonétique des termes Bischert, Bisquert et Bixquert est exactement la même, d'où les changements orthographiques survenus au cours du temps)
Le de cette même année, il offrit également des terres « dans Bixquert » au chevalier Berenguer d'Àger, toujours selon le Llibre del Repartiment :
Le Donatio Navarri ballestarii domini regis, un document daté du et rédigé à Saragosse, témoigne de la donation d'une terre dans « le lieu-dit Bixquert » à un certain Navarro, arbalétrier du roi. Les terres de Navarro étaient entourées par les vignes du roi, par la propriété d'Englesia, fille de Gilabert d'Arenchs, par la propriété de Ramon de Sales, et par le château de Xàtiva :
Le , Doménech Peris de Torre se vit offrir une jovada de terre à Bixquert Alguns topònims històrics de la governació, terme general i particular de la ciutat de València, Agustí Ventura Conejero de la part de Guerrero de Mora, père de son épouse Guerrera, et y fit planter des vignes. Pour le récompenser de son travail, le roi d'Aragon lui offrit les terres alentour, terres qui portèrent pendant plusieurs siècles le nom de lieu-dit Guerrero Diplomatarium of the crusader kingdom of Valencia: the registered charters of its conqueror Jaume I, 1257-1276, Volume 4,Robert Ignacius Burns.
Margarida de Lloria i d'Entença, fille de Roger de Lauria et de sa seconde épouse Saurina d'Entença i de Montcada, reçut « un grand nombre de vignes dans le hameau de Bixquert » dans la première partie du :
Il faudra attendre le pour que des termes tels qu' alquería ou hameau qui désignaient Bixquert en tant que communauté rurale disparaissent au profit de celui de vallée Libro quarto de la Crónica de la ínclita y coronada ciudad de Valencia y de su reino, Rafael Martí de Viciana (1502 - 1574) , il est donc fort à parier que l'alquería de Bixquert n'existait déjà plus au .
Origine
thumb|Carte ethnolinguistique de la péninsule Ibérique vers le , avec en orange l'étendue de la langue ibère thumb|Carte des noms de lieux ayant pour origine le mot ibère "bizkar", « colline, cime ». Les experts qui se sont penchés sur l’origine de ce mot sont unanimes, le terme Bixquert serait antérieur à la conquête musulmaneToponimia arabiga del pais Valencia. alqueries I castells, Maria del Carme Barceló TorresDiccionario de Historia medieval del Reino de Valencia, José Hinojosa (autrement dit antérieur à l'an 711), et plus précisément pré-romainOnomasticon Cataloniae, Joan Coromines et Josep Maria de Casacuberta (antérieur au ), la plupart s’accordent donc sur le fait que le mot Bixquert viendrait de l’ibère bizkar qui signifie « colline, cime ». Bixquert signifierait donc, par extension, le lieu à flanc de montagne. C’est aussi le cas pour d’autres toponymes similaires situés au pied de montagnes rocheuses et escarpées tels que l’Hort de Biscarra à Elche, l’alquería de Biscarro à Onda, ou encore la montagne Buixcarró, située entre Barxeta et Benigànim.
On ignore quel était exactement le nom primitif de Bixquert, cependant il est certain que sous la domination musulmane de Valence (de 711 à 1238) et bien après, notamment sur une carte arabe datée de 1485, l'alquería de Bixquert se nommait Biškart. En effet, les musulmans valenciens continuaient de nommer les villes, même après la Reconquista, par leurs anciens noms arabes alors que tous les noms de ville sans exception avaient été modifiés entretemps par les chrétiens valenciens. Par exemple, ils continuaient d'appeler la ville de Valence par son ancien nom de Balansiya, même sous la domination chrétienne.
Or, s’il est quasiment certain que la racine du mot Bixquert soit bizkar, sa terminaison inédite en -art/-ert laisse penser que le mot d’origine était suivi d’un suffixe. Joan Coromines propose trois suffixes possibles :
en -ga, Bizkarga, (« colline sans-cime », Bixquert se situant justement au pied d’une montagne surplombée par un château bâti par les Ibères). Évolution hypothétique du nom : Bizkarga > Bisqärqä(/Biškart) (arabe) > Bisquert (à partir du ) > Bixquert (tardif). en -tu, Bizkartu, (« colline avec-cime, pointue »). Évolution hypothétique du nom : Bizkartu > Biškart (arabe) > Bisquert () > Bixquert (tardif). en -di, Bizkardi, (suffixe toujours existant en basque actuel, qui a donné son nom à la ville valencienne de Segart, anciennement Segardi). Évolution hypothétique du nom : Bizkardi > Biškarde(/Biškart) (arabe) > Bisquert (à partir du ) > Bixquert (tardif).
Selon Joan Corromines, il est également possible que le toponyme Bixquert vienne de Biscargi ou Biscargis, nom qui aurait été donné en l'honneur de l'antique cité ibère de Biscargis. On remarque que dans la toponymie ibère, un certain nombre de villes portent des noms déjà existants, ou du moins, extrêmement proches. Cette hypothèse se reflète dans les villes de Illiberris (aujourd'hui Albacín), Illibiris (Elne), Illumberri (Lumbier), Illumberris (Lombez), Ellimberium (Auch) et Cauco Illiberris (Collioure) pour ne citer qu'elles.
Géographie
thumb|alt=Le Château de Xàtiva avec à droite la Vallée de Bixquert (Communauté Valencienne, Espagne)|La vallée de Bixquert (à droite) vue du château de Xàtiva construit sur la Serra del Castell. La vallée de Bixquert est entourée au Sud par la Serra Grossa, au Nord par celle du Castell (où se trouve le château) et celle de Vernissa, et à l'Est par la rivière AlbaidaGran Enciclopedia de la Comunidad Valenciana. Au milieu du , à la suite de la construction massive de villas et de résidences secondaires dans une bonne partie de la vallée, Bixquert est devenu un quartier à part entière de Xàtiva dont les habitants sont appelés bixquertí/bixquertina (plur. bixquertins/bixquertines)Lien mort www.bixquert.org..
Le nom de famille
Les Bixquert (de tous orthographes) descendent de chrétiens ou d'arabes ayant vécu dans l'Alquería de Bixquert. Il existe plusieurs orthographes différentes telles que Bixquert, Bisquert, Vixquert, Visquert, ou encore Bisquertt (en Amérique latine).
Personnages ayant porté ce nom
Introduction concernant les Bixquert musulmans
Le patronyme al-Biškartī (latinisé sous la forme Albisquerti ou Bixquert sur les documents chrétiens Un asesinato en la Valldigna, Carme Barceló Torresal-Qanṭara, Volume 26, Numero 2 & Archives des Ducs d'Osuna, Traslado de la licencia concedida en Valencia el 14 septiembre 1461 por Luis de Vich, Caballero de la ciudad de Valencia, como procurador del Monasterio de Santa María de Valldigna, a Abdala Bisquert, del lugar de Taberna, y Azina Munzat, de Cimat, para vender y cargar censales.La vall de les sis mesquites : el treball i la vida a la Valldigna medieval, Ferran García-Oliver) est un nom de famille porté par les musulmans valenciens du Moyen Âge. Il faut savoir que la latinisation des prénoms et des noms de famille des musulmans valenciens est une pratique extrêmement répandue et assumée par les chrétiens. Il s'agissait soit de transcrire phonétiquement les noms, soit de leur enlever entièrement leur aspect arabe comme on peut le voir ci-après :
Noms de familles valenciannisés :
• al-Zummayla : Çumilla/Zumila...
• al-Margalitī : Margarit...
• al-Satibi : Xativi/Satibi...
• Ziqnil : Signell/Zignell/Zichnell...
Prénoms valenciannisés :
• Abu Ahmed : Aboaçmet, Abuamet...
• Abu Abdallah : Aboabdile...
• Ben Abd al-Aziz : Abenabdallasis...
Le patronyme al-Biškartī/Albisquerti/Bixquert étant donc présenté par le Docteur Carme Barceló Torres comme un seul et même patronyme, un Bixquert pouvait être aussi bien chrétien que musulman (voir chapitres suivants).
Or, un nom de famille arabe commençant par al et se terminant pas un i peut signifier deux choses :
il s'agit soit d'un gentiléMiscel·lània Fabra : recull de treballs de lingüística catalana i romànica, chapitre Sobre els apel-latius i nominatius personals, Joan A. Argenter qui donnait une information précieuse sur l'origine du musulman. Exemple : le juriste et théologien valencien Abû Is-hâq Ash Shâtibî Al Andalusî portait le nom Shâtibî en référence à Xàtiva sa ville de naissance ainsi que le nom Al-Andalusî en référence à Al-Andalous, qui désignait l'ensemble des terres de la péninsule Ibérique au Moyen Âge. Autres exemples, le patronyme al-Qurtubi signifie cordouan, al-Saraqustī signifie saragossan, al-Balansī signifie valencien etc.
Soit d'un ethnonyme (moins courant) autrement dit une information sur le nom de la tribu à laquelle la personne en question appartenait. Exemple : les musulmans portant les patronymes al-Qurašī, al-Lajmī ou encore al-Qaysī pour ne citer qu'eux, appartenaient aux tribus arabes Qurašī, Lajmī et QaysīAl-Ándalus y los andalusíes - Page 29, Manuela Marín.
Selon une carte arabe datée de 1485, le lieu-dit de Bixquert était appelé Biškart par les musulmans. En effet, ces derniers continuaient à appeler les villes, même après la Reconquista, par leur ancien nom arabe.
Le nom de famille al-Biškartī signifie donc soit l'habitant de Bixquert, soit celui qui fait partie de la tribu des Biškart, la première hypothèse étant la plus probable.
Personnages thumb|Document relatant les exploits guerriers du valencien Joan Bixquert au début du (4 premières lignes)Arxiu Municipal de València (AMV), Manuals de Consells, A-34, f. 196 r.. Comme on l'a vu plus haut, Les patronymes al-Biškartī/Albisquerti/Bixquert sont un même patronyme, ils sont donc présentés ensemble dans ce paragraphe.
Abdele Albisquerdi, de Valence, fut dépossédé de ses biens en 1238 au profit du chevalier Baldoví (Llibre del Repartiment):
Abrahim Abisquert se voit dépossédé de ses maisons en 1238, maisons qui revinrent au chrétien Martí Garcés. Il est précisé que le propriétaire initial était un certain Homar Abinobantalla : « Marti Garceç : domos de Abrahim Abisquert que fuerunt Homar Abinobantalla. Kalendas decembris. » Azmet Albesqueri se voit retirer le ses maisons, son champ et ses terres au profit de Jucef, juif de Tortose et médecin du roi d'Aragon. Il est précisé que cette propriété jouxtait les bains d'un certain Avenmelich : « Jucef alfaquim dertusensis : domos et I ortum et IV jo. in Beniferre. XVI kalendas octobris. De Azmet Albesqueri juxta balneum de Avenmelich. » Mahomat Albisquerti, de Tavernes de la Valldigna, était membre du conseil de la Aljama de sa ville en 1301. Il faisait certainement partie des Bixquert de Gebalcobra.
Çaat Bixquert, ou Bisquert, qualifié de mudéjar, apparaît dans une carta pobla du Royaume de Valence au Cartas pueblas de las morerias valencianas y documentacion complementaria, Manuel Vicente Febrer Romaguera. Mahomat Albizay Albisquerti, habitant de l'alquería d'Algar - aujourd'hui disparue - située aux alentours de l'actuel village de Callosa d'en Sarrià, l'an 1409.
Mahomat Bixquert de Gebalcobra, de Tavernes de la Valldigna, reçoit pour son mariage le deux vaches d'un montant de 112 sous de la part de son voisin Mahomat Marnet de La Taverna.