Henri DuhemNé Henri Aimé Duhem., né à Douai le et mort à Juan-les-Pins le , est un peintre, collectionneur d'art et écrivain français.
Biographie
Origines, influences et formation thumb|Portrait de Marie Duhem (1898), aquarelle, musée de la Chartreuse de Douai. Descendant d'une vieille famille flamande, Henri Duhem naît à Douai le . Avocat au barreau de la Cour de Douai à partir de 1883, il s’adonne parallèlement à sa passion pour le dessin et l’aquarelle. En 1887, il s’inscrit au cours de dessin d'Henri Harpignies à Paris et, à la même période, se lie d’amitié avec le peintre Émile Breton qui l’initie à la peinture à l’huile. C’est chez la nièce de ce dernier, Virginie Demont-Breton, fille du peintre Jules Breton, et elle-même artiste peintre installée à Wissant, qu’il rencontre, en 1889, une jeune femme peintre, Marie Sergeant (1871-1918), qu'il épouse l'année suivanteLa rencontre de Henri et Marie Duhem l'été 1889 est racontée par Adrien Demont, dans son ouvrage Souvenances, page 314 et suivantes (éditions de la Nouvelle Société Anonyme du Pas-de-Calais, 1927). Ainsi, selon Adrien Demont : « Ce fut par une après-midi d'été que Mademoiselle Marie Sergeant arriva. Nous étions tous en train de peindre sur la route de Marquise quand passa le petit omnibus de Duval qui l'amenait accompagnée de Madame Sergeant, sa mère. Nous leur fîmes un salut amical de la main et ce rapide instant suffit à Henri Duhem pour être frappé de la beauté et du charme de Mademoiselle Marie ».. De leur union naît un garçon, Rémy Duhem (1891-1915). C'est l'époque du groupe de Wissant (encore appelé École de Wissant) : autour des Demont-Breton, chaque été pendant plusieurs années, les Duhem, installés dans leur maison de campagne à Camiers, retrouvent tout un groupe d’amis venus peindre, sur le motif, la campagne du boulonnais et le littoral de la Côte d’Opale. Parmi les plus assidus, l’on compte Georges Maroniez, Francis Tattegrain, Fernand Stiévenart ou encore Félix PlanquetteCe groupe de Wissant est évoqué par Adrien Demont, dans son ouvrage Souvenances, au chapitre XVI intitulé « Wissant - La mer - Le Typhonium » (page 310 et suivantes)..
Carrière Désormais artiste reconnu, Henri Duhem abandonne sa carrière d’avocat en 1893 pour se consacrer uniquement à son art. Jusqu’en 1914, il présente régulièrement des œuvres au Salon de la Société nationale des beaux-arts dont il est sociétaire et où il obtient une mention honorable en 1893René Édouard-Joseph, Dictionnaire biographique des artistes contemporains, tome 1, A-E, Art & Édition, 1930, . Il remporte une médaille de bronze à l'Exposition universelle de 1900. En , il rejoint la Société nouvelle de peintres et de sculpteurs, avec une première exposition collective à la galerie Georges Petit à Paris en « Choses du jour : Un nouveau salon », par Étienne Charles, in: La Liberté, Paris, 6 juillet 1899, — sur Gallica.. Il est encouragé et soutenu par Camille Pissarro: ainsi, en , Camille Pissarro écrit à Henri Duhem : « Je suis allé une deuxième fois au salon. J'ai pu voir à mon aise votre beau tableau de moutons parqués dans la plaine. J'ai été heureux de voir que vous aimez la nature simple et harmonieuse, contrairement aux fracas de vos voisins, que vous ne cherchez pas à éblouir par une exécution fulgurante si attirante au gros public »Cette lettre de Camille Pissarro, datée du 27 avril 1902, est citée par Jacqueline Chœur dans son article Rencontre avec les Duhem, in les Mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Douai, 1992-1995, série (1996), et 76. Elle est conservée dans les Archives Duhem du musée de la Chartreuse de Douai.. Deux expositions personnelles lui sont consacrées à Paris, sous le patronage du critique d'art Roger Marx : une en 1904, à la galerie Druet, une autre en 1908, à la galerie Georges Petit. En , une nouvelle exposition personnelle lui est consacrée, toujours à la galerie Georges Petit, comprenant 82 aquarelles dédiées à la Grande Guerre dans le Nord occupéCette exposition d'aquarelles, qui s'est tenue du 16 juin 1919 au 30 juin 1919, a fait l'objet d'un catalogue publié par la galerie Georges Petit, avec un propos introductif par le peintre lui-même.. Chevalier (1910) en tant qu'artiste-peintre et administrateur de l'Académie de Douai, puis Officier (1924) de la Légion d'honneur, il est élu en 1926 membre correspondant de l’Académie des beaux-arts.
Avec son épouse, il effectue de nombreux voyages en Italie, aux Pays-Bas, en Belgique, en Angleterre, en Afrique du Nord et se rend régulièrement à Paris à l’occasion des Salons. Chaque été, il séjourne à Camiers, dans sa maison de campagne, où il aime à planter son chevalet en compagnie de son épouse. Il expose de plus en plus à l’étranger, notamment Chicago, Prague ou encore Madrid.
Profondément attaché aux thèmes artésiens et du Boulonnais, très lié aux peintres de l’École d’Étaples, c'est aussi un artiste attaché à sa région, il a notamment illustré l’ouvrage Douai, son histoire militaire, ses fortificationsÉditions Dechristé, 1892.. Ses nombreuses aquarelles permettent également de reconstituer le Douai d'avant le démantèlement et d'avant les bouleversements dus à la guerre. En 1925, il est nommé Rosati d'honneurArchives de la ville de Fontenay-aux-Roses. À la suite de cette distinction, Henri Duhem publie "Discours" in La Revue Septentrionale, Bulletin des Rosati, janvier 1926, p.286 à 290..
En 1932, il est promu au grade de Commandeur de la Légion d'honneur.
Collectionneur d'art Compagnon des postimpressionnistes, critique d’art auteur d’ouvrages sur l'artRenaissances, éditions Fernand Clerget, 1897 ; Impressions d’art contemporain, éditions Figuière, 1913. et ami personnelCes amitiés sont précisément évoquées par Jacqueline Chœur, à travers la correspondance de Henri Duhem conservée aux Archives Duhem du musée de la Chartreuse de Douai, dans son article intitulé Les correspondants des Duhem, in les Mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Douai, 1992-1995, série (1996), à 86. d'Auguste Rodin, de Camille Pissarro et d'Henri Le Sidaner, Henri Duhem est aussi, comme Gustave Caillebotte, un collectionneur d'art passionné. Il acquiert de nombreuses œuvres de ses contemporains et de leurs précurseurs immédiats, et réussit à former un ensemble représentatif comprenant des peintures et des sculptures d'Eugène Boudin, Eugène Carrière, Camille Corot, Paul Gauguin, Armand Guillaumin, Constantin Meunier, Claude Monet, Camille Pissarro, Auguste Renoir, Auguste Rodin, Albert Lebourg, Henri Le Sidaner et Alfred SisleyOn retrouve un catalogue précis des œuvres collectionnées par les Duhem dans l'ouvrage de Marianne Delafond, La Donation Duhem ; Musée Marmottan ; Paris, éditions du Musée Marmottan, Paris, 1987..
Durant la Première Guerre mondiale, il perd son fils Rémy, peintre lui aussi, tué au front le . Marie Duhem, très affectée par la mort de son fils, meurt à Douai, en 1918, pendant l'occupation allemande. Henri Duhem, resté seul, s'occupe d'abord de l'administration de la ville de Douai lors de sa libération au sein de la Délégation Spéciale. Il veille aussi à la reconstitution des collections du musée de Douai. Ses souvenirs douloureux, liés à la perte de son fils et de sa femme, sont consignés dans un récit intitulé La Mort du foyer (Éditions Figuière, 1922). En 1924, le critique d’art Camille Mauclair publie un ouvrage évoquant l’œuvre des deux disparus.
Pendant l’entre-deux-guerres, Henri Duhem reste actif sur le plan artistique : il participe notamment à la création du salon des Tuileries en 1923. Il partage dès lors sa vie entre Douai et Paris, où il réside dans le XVI arrondissement, et fait la connaissance d’Anatole de Monzie, homme politique et amateur d’art, qui l’encourage à poursuivre son œuvre dessinée et peinte.
Sa santé se dégradant, et face à la menace d’une Seconde Guerre mondiale, Henri Duhem quitte définitivement le Nord en 1937 pour s’installer à Juan-les-Pins, à la villa « Mont Riant ». Il y meurt le , pendant l’Occupation allemande. Il lègue sa collection de tableaux à sa fille adoptive, Nelly Sergeant-Duhem, qui, répondant aux vœux de son père, donne l’ensemble de cette collection à l'Académie des beaux-arts en 1985. Elle est ainsi conservée au musée Marmottan à Paris. On peut y découvrir des œuvres comme la Promenade près d'Argenteuil peinte en 1875 par Claude Monet ou Bouquet de fleurs peint en 1897 à Tahiti par Paul Gauguin.
L'œuvre Son art est à rapprocher de l'intimisme de son ami Henri Le Sidaner. D’une facture postimpressionniste, ses œuvres expriment la poésie latente des choses, à travers des thèmes simples : troupeaux de moutons, bords de cours d'eau et canaux, moulins, paysages de neige, meules et travaux des champs, avec un jeu sur la sensibilité des effets dus aux modifications de la lumière ; effets de l'aube ou du soir.
Distinctions
Publications En canot de Douai au Helder : çà et là, en collaboration avec Jules Cavrois, Éditions Marpon et Flammarion, 1881. Renaissances, Éditions Clerget, 1897. Impressions d’Art Contemporain, Éditions Figuière, 1913. La Mort du foyer, Éditions Figuière, 1922. Ève ou l'épicier, Éditions de la Flandre, 1935.
Œuvres dans les collections publiques Arras, musée des beaux-arts : Le moulin d'Arras, le soir, aquarelle ; Bailleul, musée Benoît-De-Puydt : Dixmuide - Le vieux moulin, huile sur toile ; Blackburn, Blackburn Museum and Art Gallery : Scène avec rivière (œuvre dédicacée à Thomas Ingham), huile sur panneau ; Cambrai, musée de Cambrai : Un peuplier à l'aurore près des lacs du Bourget, huile sur toile ; Douai, musée de la Chartreuse : Le retour du berger, huile sur toile ; Pavillon soir d'hiver, huile sur toile ; La Place Saint-Amé à Douai, huile sur toile ; Marie Duhem peignant, 1893, huile sur bois ; Devanture de café avec deux personnages, 1905, huile sur bois ; La famille Duhem peignant dans un champ, aquarelle ; Portrait de Marie Duhem, 1898, aquarelle ; Le Barlet, départ pour le front, 1914, aquarelle Autoportrait, 1915, aquarelle ; (Douai), aquarelle ; L'hôtel du Grand Cerf, , aquarelle ; La Paix - Hôtel de Ville de Douai, 1919, aquarelle ; Ruines de l'Arsenal, , aquarelle ; Étaples-sur-Mer, Musée Quentovic d'Étaples-sur-Mer : Paysage de pâturage, huile sur toile ; Le Touquet-Paris-Plage, musée du Touquet-Paris-Plage : Moulin du Boulonnais au soleil couchant, huile sur toile ; Moutons sortant de l'enclos sous le clair de lune, 1905, huile sur toile ; Lille, palais des beaux-arts : Paix de la nuit, huile sur toile ; Paysage, vue d’un marais, aquarelle ; Paysage de sologne, aquarelle ; Lyon, Musée des beaux-arts de Lyon : Haleur (midi, l'hiver), huile sur toile ; Paris : musée Marmottan : Scène de rue, 1912, huile sur toile ; La chapelle des pêcheurs sous la neige, huile sur panneau ; Un pêcheur au bord de l'eau, huile sur toile ; Bergère avec ses moutons, huile sur toile ; Mont Riant sur Vevey, huile sur bois ; Canal avec péniche, huile sur bois ; En allant voir Albert Besnard, aquarelle ; musée d'Orsay : Canal flamand, huile sur toileNotice sur le site du musée d'Orsay. ; Le retour du berger, huile sur toileNotice sur le site du musée d'Orsay..
Galerie
Iconographie
Notes et références
Annexes
Bibliographie Collectif, Douai, son histoire militaire, ses fortifications, Éditions Dechristé, ill. Duhem, 1892. Albert Croquez, Les peintres flamands d'aujourd'hui, Paris La Nouvelle Librairie Nationale, 1910 (portrait consacré à Henri Duhem pages 33 à 37). Camille Mauclair, Marie Duhem, Rémy Duhem : hommage, Éditions Jacomet, 1924. Adrien Demont, Souvenances, Éditions de la Nouvelle Société Anonyme du Pas-de-Calais, 1927. Charles Warusfel, La famille Duhem, in Les Amis de Douai, 1956, . Marianne Delafond, La Donation Duhem ; Musée Marmottan ; Paris, Éditions du musée Marmottan, Paris, 1987. Jacqueline Chœur, « La Maison Duhem », in Les Amis de Douai, 1986, .