Le temple de Borobudur (en indonésien : ; en javanais : ) est une importante construction bouddhiste, bâtie aux à l'époque de la dynastie Sailendra dans le centre de l'île de Java en IndonésieRobart E. Buswell Jr et Donald S. Lopez Jr., The Princeton dictionary of buddhism, Princeton University Press, 2014, ..
Le site, construit aux alentours de l'an 800, semble avoir été abandonné vers l'an 1100.
Pendant une tournée d'inspection à Semarang dans le centre de Java en 1814, Thomas Stamford Raffles, alors lieutenant-gouverneur de l'île, entendit parler d'un grand monument dans la forêt près du village de Bumisegoro. Ne pouvant pas s'y rendre lui-même, il envoya , un ingénieur néerlandais, y faire des recherches. Pendant deux mois, Cornelius et ses abattirent des arbres, firent brûler la végétation et creusèrent dans le sol, mettant au jour le monument.
Le temple est à la fois un sanctuaire dédié au Bouddha, mais aussi un lieu de pèlerinage bouddhiste. C'est à la fois un stûpa et, vu du ciel, un mandala. Il forme un carré d'environ de côté avec, à chaque point cardinal, une partie en saillie accompagnée aux quatre angles par une partie en retrait.
Il est constitué de quatre galeries successives de forme géométrique. Celles-ci sont superposées et les trois plus hautes forment une représentation de la cosmologie bouddhiste. Comme l'ensemble du monument, ces galeries sont couvertes de bas-reliefs, dont la longueur totale est d'environ , relatant les divers épisodes de la vie du bouddha Sakyamuni. Ces bas-reliefs furent taillés in situ dans de la pierre volcanique grise par différents artisans qui réussirent néanmoins à préserver l'unité artistique du monument.
Un élément étonnant de ces galeries est l'existence d'une cinquième galerie enterrée, également couverte de bas-reliefs représentant essentiellement les turpitudes de la vie terrestre. Plusieurs hypothèses ont donc été émises pour expliquer la dissimulation de cette galerie, comme une volonté de consolidation du bâtiment ou encore la volonté délibérée d'occulter les réalités terrestres.
Après avoir traversé les quatre galeries, le pèlerin atteint la terrasse supérieure, elle aussi surmontée de trois terrasses circulaires concentriques bordées de (respectivement 32, 24 et 16). Ils consistent en des cloches de pierre ajourées logeant des bodhisattvas. Au centre de ces terrasses et donc au sommet du Borobudur, un autre stûpa couvre un bouddha inachevé, dont on ignore s'il a été rajouté après coup ou s'il était présent à l'origine.
Sauvé de la ruine grâce aux efforts conjoints de l'UNESCO et du gouvernement indonésien, le temple est aujourd'hui restauré et figure à l'inventaire du patrimoine mondial..
Étymologie thumb|Les stûpas de Borobudur restèrent à l'abandon pendant des siècles.
En indonésien, les constructions religieuses de l'époque classique sont appelées candi, mot qui désigne plus généralement les anciennes structures de cette époque. Les origines du nom « Borobudur » ne sont pas claires, la plupart des noms d'origine des plus anciens temples indonésiens n'étant même plus connus. Le nom Borobudur apparaît pour la première fois dans le livre de Raffles paru en 1814.. Aucun document plus ancien suggérant le même nom n'a été retrouvé. Le seul manuscrit en vieux-javanais qui fasse référence au monument en tant que sanctuaire sacré bouddhiste est le Nagarakertagama, un poème épique écrit en 1365 par le poète de cour Mpu Prapanca du royaume de Majapahit.
Le nom Bore-Budur, devenu Borobudur, a été vraisemblablement écrit par Raffles à partir du village voisin de Bore. La plupart des candi sont nommés d'après le nom du village le plus proche. Raffles pensait que le mot budur correspondait au mot javanais buda qui signifie « ancien ». Le nom « Borobudur » voulait donc dire pour lui « ancien Bore » conforme à la syntaxe javanaise, où le déterminant suit le déterminé. L'archéologue De Casparis pense, quant à lui, que le nom Budur dérive du mot javanais bhudhara qui signifie « montagne »..
Géographie thumb|left|upright=1.5|Alignement de la triade Borobudur-Pawon-Mendut.
Borobudur est situé dans la haute plaine de Kedu, dans la province de Java central. La plaine de Kedu est un lieu sacré javanais et a été surnommée en raison de la fertilité de son sol.
Le temple est rattaché à la ville de Magelang, située à environ au nord-ouest de Yogyakarta. Il se trouve à proximité de plusieurs volcans : le Sundoro et le Sumbing au nord-ouest, le Merbabu et le Merapi au nord-est. Il est encadré de deux rivières : la Progo et l'Elo.
Plusieurs autres temples importants ont été construits dans les environs vers la même époque que Borobudur. Il s'agit notamment des temples bouddhistes Pawon et Mendut, découverts durant la restauration de Borobudur au début du . De plus, Mendut, Pawon et Borobudur se trouvent sur une même ligne. Ce fait a donné du crédit a une légende locale selon laquelle une route pavée entre deux murs avait autrefois relié les trois temples.. Les trois temples de l'alignement ont une architecture et une ornementation qui viennent d'une même époque, ce qui peut suggérer une relation rituelle entre les trois temples..
À l'inverse des autres temples, qui étaient bâtis sur des surfaces planes, Borobudur a été érigé sur une colline, à au-dessus du niveau de la mer et à au-dessus d'un paléolac asséché.. L'existence du lac a été le sujet d'intenses discussions entre les archéologues du , époque à laquelle on pensait que le temple était construit sur les rives d'un lac ou même au milieu de celui-ci. En 1931, un artiste néerlandais et spécialiste d'architecture hindoue et bouddhiste, W.O.J. Nieuwenkamp, a émis une théorie selon laquelle la plaine de Kedu était un ancien lac et que Borobudur représentait initialement une fleur de lotus flottant dessus. Les fleurs de lotus sont présentes dans la grande majorité des œuvres d'art bouddhistes, servant souvent comme trône à Bouddha ou comme base aux stûpas. L'architecture générale de Borobudur suggère la forme d'un lotus dans lequel la posture de Bouddha évoque le sūtra du Lotus, surtout présente dans les textes du bouddhisme mahāyāna, école de bouddhisme répandue principalement en Asie de l'est. Les trois plates-formes circulaires du sommet représenteraient une feuille de Lotus. La théorie de Nieuwenkamp est cependant remise en cause parce que l'environnement naturel entourant le temple est caractéristique d'une zone sèche.
thumb|Derrière les stûpas, le volcan Merapi fumant.
Les géologues, quant à eux, adhèrent en majorité à la théorie de Nieuwenkamp, signalant des sédiments d'argile trouvés près du site, cité dans Murwanto (2004).. Une étude de la stratigraphie, des sédiments et d'échantillons de pollen ont conduit à confirmer l'existence d'un environnement propre à un paléolac près de Borobudur, ce qui tend à confirmer la théorie de Nieuwenkamp. L'étendue du lac a fluctué avec le temps et l'étude menée montre que Borobudur était aux abords de celui-ci aux . Le cours des rivières et l'activité volcanique ont modelé la campagne environnante, dont la zone du lac. Notamment, l'un des volcans les plus actifs d'Indonésie, le Merapi, est au voisinage direct de Borobudur et est actif depuis le Pléistocène..
Architecture thumb|Borobudur vu de dessus. Généralités Borobudur et ses stûpas constituent en réalité un unique grand stûpa. Vu d'en haut, le site a également la forme d'un mandala vajrayāna géant représentant à la fois la cosmologie bouddhiste et la nature de l'âme.. Sa base est un carré d'environ de côté. Il possède neuf plates-formes, les six premières carrées et les trois du haut circulaires. La plate-forme du haut possède en son centre un grand stûpa entouré de soixante-douze autres petits. Les stûpas sont en forme de cloches et percés de nombreuses ouvertures décoratives. Des statues de Bouddha assis peuvent être observées par les ouvertures.
Environ de pierre durent être pris des rivières alentour pour construire le monument. La pierre était taillée, transportée sur le site et assemblée à l'aide de mortier. Des poignées, des découpes et des queues d'aronde furent aussi utilisées comme joints entre les pierres. Les bas-reliefs furent sculptés sur place une fois la construction achevée. Le monument est équipé d'un système de drainage des eaux de pluie, permettant à l'édifice de résister aux violentes crues de la région. Pour éviter les inondations, cent becs verseurs sont répartis à chaque coin du temple avec chacun une gargouille sculptée unique représentant des géants ou des makaras.
thumb|left|upright=1.5|Proportions des différents étages.
Borobudur diffère radicalement des autres édifices du même genre. Il est notamment construit sur une colline alors que généralement, ce genre de construction est placée sur des surfaces planes. La technique de construction, elle, ressemble à celle des autres temples de Java. Sans espace intérieur comme dans les autres temples et avec une forme de pyramide, Borobudur servait certainement de stûpa avant d'être utilisé comme temple. Un stûpa est censé être un sanctuaire dédié à Bouddha, mais parfois ce ne sont que des symboles de dévotion au bouddhisme. Un temple, à l'inverse, doit être la maison d'une divinité et avoir des lieux de culte internes. C'est la complexité et la conception minutieuse de l'édifice qui suggère que Borobudur était en réalité un temple. Le culte était remplacé à Borobudur par le pèlerinage. Les pèlerins étaient guidés par un système d'escaliers et de corridors leur permettant d'atteindre la plate-forme la plus haute. Chaque plate-forme représente une étape du chemin vers l'illumination, d'après la cosmologie bouddhiste Peter Ferschin et Andreas Gramelhofer, , 2004, , 181-186..
thumb|Un corridor décoré de bas-reliefs.
On en connaît assez peu sur l'architecte dont le nom, Gunadharma, est cité dans les légendes locales comme .. L'unité de mesure qu'il utilisa était le tala, défini comme la longueur d'un visage humain de la ligne des cheveux sur le front au bout du menton ou comme la distance du bout du pouce au bout du majeur quand les doigts sont tendus à leur distance maximale. Si ces mesures dépendent naturellement des personnes, le monument est construit selon des mesures exactes et régulières. Une étude en 1977 montra que l'on retrouvait souvent les proportions 4/6/9 à divers endroits de l'édifice. Celles-ci furent établies par l'architecte pour poser les dimensions précises du temple. On retrouve également ces proportions à Pawon et Mendut. Les archéologues suggérèrent que ces proportions avaient un rapport avec un des thèmes calendaires, astronomiques et cosmologiques, comme cela se retrouve à Angkor Vat au Cambodge.
thumb|left|Une gargouille sculptée utilisée pour l'évacuation de l'eau.
La structure principale peut être divisée verticalement en trois groupes : la base (ou le pied), le corps et le sommet (ou la tête), ce qui est comparable aux divisions majeures du corps humain. La base carrée mesure et a une hauteur de . Le corps est composé des cinq plates-formes carrées dont les hauteurs diminuent. La première terrasse est située à du sommet de la base. Les autres terrasses sont décalées de , ce qui laisse la place à un corridor étroit sur chaque plate-forme. Le sommet est constitué de trois plates-formes circulaires, chacune possédant un rang de stûpas perforés, placés en cercles concentriques. Le stûpa central fait culminer le monument à de haut au-dessus du sol. L'accès à la partie élevée se fait par des escaliers situés au centre de chaque côté avec un certain nombre de portes, encadrées par de lions. Le principal accès se trouve du côté est, où sont placés les premiers bas-reliefs narratifs. Sur les pentes de la colline, il y a aussi des escaliers qui relient le monument à la plaine en contrebas.