La diplomatie du ping-pong (en chinois , Pīngpāng wàijiāo ; en anglais ) fait référence aux échanges de joueurs de ping-pong entre les États-Unis et la Chine entre 1971 et 1972. L'événement a ouvert la voie à un renouveau dans les relations sino-américaines à l'occasion de la visite du président américain Richard Nixon en 1972 en Chine.
Le risque de guerre entre la Chine et l'URSS après le conflit frontalier sino-soviétique de 1969 et son utilisation par l'administration Nixon pour mettre en difficulté l'URSS donnent un contexte favorable à un rapprochement entre les deux pays. Les dirigeants chinois et américains échangent des premiers gestes diplomatiques dans cet objectif.
Lors du championnat du monde de tennis de table de 1971, après plusieurs échanges entre les équipes des deux pays, la rencontre entre Glenn Cowan et Zhuang Zedong est retransmise médiatiquement. Les dirigeants chinois décident d'inviter l'équipe de tennis de table américaine à visiter la Chine. L'année suivant cette visite, en 1972, Nixon devient le premier président américain à visiter la Chine et l'équipe chinoise de tennis de table voyage à son tour aux États-Unis.
La diplomatie du ping-pong est l'un des exemples les plus connus de diplomatie du sport. Elle est le catalyseur du rapprochement diplomatique entre la Chine et les États-Unis, et marque un tournant à la fois dans les relations sino-américaines et dans la guerre froide.
Définition L'expression « diplomatie du ping-pong » désigne le rapprochement entre les États-Unis et la Chine facilité par le tennis de table au printemps 1971.. Par extension, elle peut désigner l'utilisation des tournois internationaux de tennis de table comme un outil diplomatique, ou une diplomatie à base de gestes réciproques ressemblant à une partie de ping-pong.
Contexte
Contexte géopolitique À partir de 1949, le soutien des États-Unis à Taïwan cristallise la tension entre la République populaire de Chine et les États-Unis. Le conflit frontalier sino-soviétique de 1969 et la volonté de Nixon ont créé un contexte favorable au rapprochement entre les deux pays.
Une relation tendue dans un contexte de guerre froide
Les États-Unis mettent fin aux relations avec la Chine, en 1949, lors de la prise du pouvoir en Chine du Parti communiste chinois (PCC). En , les États-Unis interdisent tout voyage en Chine. Les tensions entre les deux pays augmentent avec la reconnaissance de Taïwan par les États-Unis et le soutien de camps opposés lors de la guerre de Corée et la guerre du Vietnam ; elles atteignent leur paroxysme lors de la première et de la deuxième crises du détroit de Taïwan dans les années 50.
Lors de la conférence de Bandung de 1955, le Premier ministre Zhou Enlai montre que la Chine veut un apaisement dans les relations avec les États-Unis et une résolution pacifique de la question taïwanaise. Plus de bilatérales sont organisées entre les deux pays entre 1955 et 1970, sans grand succès. Ces interactions officielles prennent fin en 1970, avant la rencontre à la suite de l', au cours de laquelle les États-Unis étendent le conflit vietnamien au Cambodge. vignette|Mao Zedong (au centre) et Edgar Snow (à droite) en 1960.
Volonté de rapprochement des deux côtés La Chine sort affaiblie de la révolution culturelle.. La rupture sino-soviétique et le risque de guerre lié au conflit frontalier sino-soviétique de 1969 isolent le pays. Il revoit sa politique extérieure, en évoquant un rapprochement avec les États-Unis.... Le conflit frontalier est souvent considéré comme la cause principale du rapprochement entre les deux pays. Lors de la fête nationale de la république populaire de Chine du , le journaliste Edgar Snow et sa femme Lois Wheeler Snow sont invités à observer la parade à côté du président Mao. Ce moment est officialisé par une photo en première page du Quotidien du Peuple, le ... Et, le , Snow est convié à une discussion de cinq heures avec Mao Zedong. Durant cet échange, Mao déclare qu'il serait heureux de discuter avec Nixon, comme invité et comme président.. Cette ouverture de Mao n'est rendue publique par Snow qu'en , lors de la publication de son livre A Conversation with Mao Tse-tung.
Richard Nixon est élu président des États-Unis en 1968 ; au cours de sa campagne, il a appelé de nombreuses fois à une ouverture avec la Chine. En 1967, Nixon s'était positionné contre la politique d'isolation de la Chine, lors d'un article dans le journal Foreign Affairs nommé Asia After Viet Nam.. Il considérait qu'une réconciliation avec la Chine permettrait de renforcer la situation des États-Unis par rapport à l'URSS. Dans son discours d'investiture du , il déclare en référence à la Chine : .. Le discours est reproduit intégralement dans Le Quotidien du peuple le . Washington fait un pas de plus vers Pékin en assouplissant les restrictions de commerce et de voyage en Chine en .
Un canal secret de communication gauche|vignette|Yahya Khan (à gauche) et Richard Nixon (à droite) lors de leur rencontre à la Maison-Blanche en 1970. Par l'intermédiaire du président pakistanais Yahya Khan, Nixon fait transmettre, en , un message à la Chine. En , lors de la visite de Khan aux États-Unis, Nixon lui demande de transmettre à la Chine son intention de normaliser les relations entre les deux États, d'envoyer secrètement un représentant américain officiel en Chine et de visiter la Chine dans un futur proche. Il fait la même demande au président roumain Nicolae Ceaușescu lors de leur rencontre le jour suivant. Cela va permettre des échanges secrets entre les deux pays de fin 1970 à début 1971. Les dirigeants chinois expriment leur accord, et indiquent que seule la question taïwanaise fait obstacle. L'administration Nixon fait un geste : la république populaire de Chine est désignée par son nom officiel dans le rapport de politique étrangère du et toute restriction sur les passeports américains voyageant en Chine est supprimée.
L' de , pendant laquelle l'Armée de la république du Vietnam envahit le sud-est du Laos, met fin à ces échanges. Même si Nixon déclare que cette opération n'est pas une menace directe contre la Chine, le Parti communiste chinois, dans un article dans son journal Le Quotidien du peuple, dénonce une grave menace.
Importance du tennis de table en Chine À l'initiative de son président Ivor Montagu, la Fédération internationale de tennis de table reconnaît à la république populaire de Chine le monopole de représentation de la Chine face à Taïwan en 1953... La plupart des institutions sportives internationales ne donnent pas à la Chine cette reconnaissance, à l'instar du Comité international olympique. Cette décision pousse la Chine à s'investir dans le tennis de table. vignette|Rong Guotuan, champion du monde de tennis de table de 1959 et premier champion du monde chinois, toutes disciplines confondues. En 1959, Rong Guotuan remporte la médaille d'or en simple messieurs aux championnats du monde de tennis de table et devient le premier champion du monde chinois, tous sports confondus. Cette réussite est présentée comme celle de la révolution communiste ; elle motive encore plus les institutions chinoises à développer le tennis de table dans le pays.
Les joueurs chinois remportent de nombreux titres aux championnats du monde de 1961, 1963 et 1965. Mais la révolution culturelle déstabilise l'équipe nationale de tennis de table et l’empêche de participer aux championnats de 1967 et 1969. En , elle participe à son premier tournoi à l'étranger..
Là où l'équipe chinoise a obtenu une médaille d'or chez les messieurs et une médaille d'argent chez les dames aux championnats du monde de Nagoya, l'équipe américaine ne se place que mondiale. Les joueurs américains sont des amateurs. Même Graham Steenhoven, le président de l'USATT, composée de , a un emploi à Chrysler..
Championnats du monde de tennis de table (25 janvier - 3 février 1971) La participation de la Chine aux championnats du monde était bloquée par la question de la « seule Chine ». Le travail du président Gotō Kōji va débloquer la situation. Les interactions positives entre les délégations chinoises et américaines vont permettre aux Chinois d'inviter l'autre partie à visiter leur pays.
Participation de la Chine aux championnats du monde gauche|vignette|Zhou Enlai, premier ministre chinois et acteur majeur de la diplomatie du ping-pong. Gotō Kōji devient président de l'association asiatique de tennis de table en 1967 et de la fédération japonaise de tennis de table (JTTA) en 1968. La Chine fait alors partie de la fédération internationale de tennis de table mais pas de la fédération asiatique car Taïwan avait adhéré à cette dernière en 1954. La fédération asiatique recommande l'admission de la république populaire de Chine (Taïwan), entraînant la fureur de Pékin.. Les championnats du monde de 1971 étant organisés du au à Nagoya, au Japon, la JTTA est responsable de son organisation. La Chine demande donc que l'association japonaise reconnaisse qu'il n'existe qu'une seule Chine, comme prérequis à sa participation. Gotō prend la décision d'expulser Taïwan de l'association asiatique, au risque de perdre sa présidence ; il se rend en Chine en pour favoriser sa participation aux championnats du monde..
Les officiels chinois ne sont pas tous favorables à la participation aux championnats du monde. Moins de dix jours avant la date limite d'enregistrement au tournoi, aucune décision n'a été prise. Les ministères des affaires étrangères et des sports y sont hostiles ; Zhou Enlai et Mao passent outre et décident d'envoyer les joueurs chinois, mais avec des consignes précises : entre autres, celle de ne pas entamer de conversation avec les Américains. Zhou donne à la participation chinoise son slogan : , en accord avec la politique chinoise des années 1950 à 1980, qui était d'utiliser le sport pour favoriser les rapprochements diplomatiques..
Le tournoi et l'invitation Lors des premiers jours du tournoi, la délégation américaine montre sa bonne volonté envers la Chine. Lors de la réception du , des joueurs américains cherchent à lier conversation avec les Chinois, qui y mettent fin en apprenant leur nationalité, conformément à leurs consignes. Un matin, le , Graham Steenhoven, président de l'association américaine de tennis de table (USATT), est assis à la même table que Song Zhong, secrétaire générale de la délégation chinoise. Il fait ce commentaire : . Le , un jour sans compétitions, un joueur américain dit à un joueur chinois, en blaguant : . Ces différentes approches sont relevées par les officiels de la délégation chinoise comme un geste de bonne volonté et un désir de visiter la Chine ; elles sont répétées à Pékin, qui émet un avis négatif. vignette|Monts Huang, chaîne de montagne dont la représentation est offerte par Zhuang Zedong à Glenn Cowan. Le , le joueur américain Glenn Cowan monte dans le bus chinois.. Zhuang Zedong, après un moment de silence dans le bus, dit à Cowan : . Il lui offre une sérigraphie représentant les monts Huang. À la sortie du bus, les deux hommes se serrent la main et les journalistes présents immortalisent ce moment.. Le lendemain, , Cowan lui offre un T-shirt sur lequel sont imprimées les paroles de la chanson populaire Let it Be. Le , sur ordre de Pékin, Song Zhong invite la délégation américaine à visiter la Chine, qui accepte immédiatement.
Visite de l'équipe américaine en Chine (10-17 avril 1971) Immédiatement après la fin du championnat du monde, l'équipe américaine part en Chine. Le voyage est présenté positivement dans les médias des deux pays. Il permettra le rapprochement entre les deux pays et la visite de Nixon en Chine en 1972.
Préparation de la visite