thumb|upright=1.1|Armoiries du Royaume de France. Les querelles dynastiques françaises visent un ensemble de différends, à travers l’histoire de France, portant sur la désignation de la personne pouvant prétendre à la couronne royale ou impériale.
On en relève au moins quatre : la guerre de Cent Ans, qui a pour origine une querelle de succession au trône à la suite de l’extinction sans héritiers masculins des fils de Philippe le Bel ; la période 1589-1594 lors des guerres de religions, marquée par le refus de voir le protestant Henri III de Navarre (Henri IV) monter sur le trône ; la querelle persistant depuis 1830 entre la branche aînée des Capétiens, les Bourbons-Anjou et une des branches cadettes, les Orléans ; le bonapartisme, qui prône un rétablissement du trône impérial par le peuple..
À l’heure actuelle, trois groupes principaux revendiquent le trône : la branche aînée des capétiens et de la Maison de Bourbon, dirigée par le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou ; une des branches cadettes des capétiens, la maison d'Orléans, dirigée par le prince Jean d'Orléans, comte de Paris ; la Maison Bonaparte, avec le prince Jean-Christophe Napoléon.
Le trône des Valois
Les deux premières querelles dynastiques françaises sont liées à l’avènement, en 1328, de la maison de Valois sur le trône de France, d'une part, et par la suite à son héritage en 1589, après son extinction dans les mâles légitimes.
Pour les causes dynastiques de la guerre de Cent Ans, on se reportera au paragraphe détaillé sur la question. On retiendra que, bien que la dynastie de Valois ait régné en France dès 1328, la querelle liée à cette succession ne s'est éteinte qu’en 1453. Le problème de la succession de Navarre, qui lui était lié, n’a été réglé que peu d’années après, et c’est l’héritier de ce trône qui devait hériter de la Couronne de France en 1589. À noter toutefois l’épisode des années 1420-1801 où, selon le traité de Troyes, les rois d’Angleterre puis de Grande-Bretagne et du Royaume-Uni se sont considérés comme héritiers légitimes du fait d’un acte légal.
La querelle des Bourbons et des Orléans vignette|Louis de Bourbon, duc d'Anjou, aîné des Capétiens et chef de la maison de Bourbon, en 2020. gauche|vignette|Jean d'Orléans, actuel comte de Paris et chef de la maison d'Orléans. La querelle dynastique actuelle concerne quant à elle la dévolution de la Couronne entre les deux principales branches de la dynastie des Bourbons, les Bourbons-Anjou et les Orléans. La branche aînée des Bourbons descend de Louis XIV par le duc d’Anjou, petit-fils de France, devenu Philippe V, roi d'Espagne. La branche cadette des Orléans descend de Louis XIII par Philippe de France, fils de France, duc d’Orléans, frère cadet de Louis XIV.
En 1795, Louis XVII meurt et la prétendance puis la Couronne passent à ses oncles, frères de Louis XVI, Louis XVIII d’abord puis, celui-ci étant mort sans enfants, son frère Charles X.
En 1830, le duc d’Orléans, Louis-Philippe, devient roi des Français après les Trois Glorieuses, tandis que part en exil son cousin Charles X. Autour du monarque déchu et de ses successeurs prétendants se crée le mouvement du légitimisme, prônant le retour du monarque qu'il considère comme légitime. A contrario, les soutiens de Louis-Philippe forment l’orléanisme, qui deviendra ensuite l'un des grands partis français à la Chambre des députés.
La descendance mâle de Charles X s’éteint dans un contexte républicain en 1883, avec la mort de son petit-fils, Henri d’Artois, duc de Bordeaux, petit-fils de France, qui avait pris le titre de courtoisie de comte de Chambord. Avec lui s'éteint par la même occasion toute la descendance mâle de Louis XV, partageant le sort des deux autres branches mâles (Louis XVII et Louis XVIII) issues de son seul fils légitime Louis de France.
Depuis, deux écoles royalistes s'affrontent, toujours dans un contexte républicain : La légitimiste, soutenant l'aîné des Capétiens et descendants de la branche aînée de la Maison de Bourbon comme héritiers légitimes du trône, aujourd'hui ceux issus du rameau d'Anjou, dont l'actuel représentant est Louis de Bourbon, duc d’Anjou. L'orléaniste, soutenant les aînés des descendants de la branche cadette de la Maison d'Orléans, dont le représentant est Jean d'Orléans, duc de Vendôme puis comte de Paris. Il ne s’agit pas de l’orléanisme politique connu au Quoique la Nouvelle Action royaliste, qui soutient aujourd'hui les Orléans, soit proche du libéralisme politique de la monarchie de Juillet. puisque cette branche se considère, elle aussi, comme légitime au sens des lois fondamentales, selon l'interprétation qu'elle en fait.
La querelle repose donc, d'une part, sur l’interprétation des lois fondamentales et la circonstance que les Bourbons, aînés des Capétiens légitimes, sont devenus espagnols au (avant, pour le rameau aîné, mais aussi notamment pour certains rameaux des Bourbons dits de Parme, de redevenir français au ), alors que les Orléans sont les aînés des Capétiens légitimes demeurés continûmentIl s'agit là pour Hervé Pinoteau, de : Hervé Pinoteau, Compte rendu critique (d'un livre de Hugues Trousset, La légitimité dynastique en France, Grenoble, Éditions Roissard, 1987, 132 ), Revue historique, 569, janvier-mars 1989, 272, lire en ligne . Du Puy de Clinchamps avait développé cette théorie dès 1965 dans son livre Les grandes dynasties, 55, lire en ligne , un autre « Que sais-je ? ». français ; de l'autre, sur la question de la validité de la renonciation (pour lui-même et sa descendance) de l'ancêtre (Philippe V) des actuels Bourbons, en vue des Traités d'Utrecht (1713), à ses droits sur le trône de France, et de la conformité de ladite renonciation aux lois fondamentales.
En synthèse, les légitimistes arguent que les lois fondamentales du royaume désignent l'aîné des Capétiens comme successeur légitime des rois de France et que la couronne devrait donc revenir à l'aîné des descendants du roi d'Espagne Philippe V de France, petit-fils de (tandis que Louis-Philippe Ier descend de Philippe d'Orléans, frère du Roi-Soleil).. Les orléanistes rappellent cependant que Philippe de France a renoncé à son droit au trône de France pour lui-même et ses descendants dans le cadre du traité d'Utrecht de 1713 et considèrent que ceux-ci ont perdu leur nationalité française en régnant et résidant en Espagne, ce qui les exclurait de l'ordre de succession au trône en raison d'un « vice de pérégrinité » mis en exergue par un arrêt du Parlement de Paris (arrêt Lemaistre) selon lequel un prince étranger ne peut pas régner sur le royaume de France.. Les légitimistes contestent cette analyse, arguant que les lois fondamentales du royaume ne permettent pas au roi de renoncer à son droit au trône pour lui-même ou sa descendance, la couronne étant indisponible. En outre, ils considèrent que les descendants de Philippe de France sont Français par le sang (Louis de Bourbon est d'ailleurs de nationalité française) et que l’interprétation de l’arrêt Lemaistre par les orléanistes est erronée car la notion de nationalité a évolué au cours du temps. En effet, l'arrêt Lemaistre viserait selon eux à rappeler que la couronne de France ne peut pas revenir à une personne dont le sang est étranger à la famille royale française.. Dans ce cadre, la notion de prince étranger désigne des membres de familles nobles honorées de ce titre par le roi, étrangères à la famille royale, mais pouvant être de nationalité françaiseGuy Antonetti, « Les Princes étrangers » in J.-P. Bardet, D. Dinet, J.-P. Poussou et M.-C. Vignal dir., Etat et société en France aux , Paris, 2000, p. 33-61.. Il peut aussi être observé qu'au cours de l'histoire de France, plusieurs souverains de pays étranger sont venus régner en France, ce qui contredit l'argumentaire orléaniste (François II était roi d'Écosse, Henri III roi de Pologne, Louis X et Henri IV rois de Navarre, Louis VIII, roi d'Angleterre ou Charles III le Gros, déjà empereur d'Occident, roi de Germanie et roi d'Italie lorsqu'il fut élu roi des Francs).
Les lois fondamentales du royaume de France
Les lois fondamentales du royaume de France constituent un ensemble de règles coutumières, non écrites, observées au cours de l'Histoire de France depuis l'avènement de Hugues Capet. Ces lois, à caractère constitutionnel, s’imposaient à tous, même au roi, qui ne pouvait ni les ignorer, ni les modifier puisque c’est d’elles qu’il tenait la Couronne. À l’origine de la monarchie française, elles sont l’assise de tout droit au trône de France. Elles se sont développées au cours des premiers siècles de la monarchie capétienne et ont parfois été reprises dans d’autres pays liés à cette dynastie. Les principales sont :
L’hérédité et la primogéniture On hérite de la couronne. Ce principe, déjà présent chez les Mérovingiens et chez les Carolingiens, a été assuré aux débuts de la dynastie capétienne par le sacre des héritiers du vivant de leur père.
L’héritier de la couronne est l'aîné. Chez les Mérovingiens et Carolingiens prévalait le partage du royaume en plusieurs parts, ce à quoi mirent fin les Capétiens. Dévolue au fils aîné puis (à défaut), à partir de 1316, à l'oncle ou au frère cadet, la couronne passe ensuite au plus proche cousin agnatique à partir de 1328. Les cadets n’ont droit, eux, qu’à des apanages pour assurer le rang princier de leur descendance mâle légitime. Afin d’éviter un système électif et ne pouvant s’appuyer sur les principes d’hérédité et de primogéniture, Hugues Capet et ses successeurs prirent la précaution de faire sacrer leur fils de leur vivant, de sorte qu’à la mort d’un roi, il y avait déjà un autre roi sacré, rendant une élection inutile. Philippe Auguste est le premier des capétiens à ne pas faire sacrer son fils aîné de son vivant, mais le désigne dans son testament comme devant lui succéder. Comme ce testament n’a pas été attaqué, il a été par la suite admis que le royaume de France constituait le patrimoine des rois de France ; et les principes d’hérédité et de primogéniture furent à nouveau affirmés.
Il faut cependant remarquer que l’hérédité et la primogéniture n’ont pas toujours été de règle avant l’avènement des Capétiens : à la mort de Carloman II, en 884, son héritier, le futur Charles le Simple n’était âgé que de cinq ans. Afin d’assurer la défense du royaume, attaqué de toute part par les Vikings, les grands du royaume ont donné la Couronne à un cousin carolingien, Charles le Gros ; à la mort de ce dernier, quatre ans plus tard, la Couronne est donnée à un noble non carolingien, le robertien Eudes. Ses successeurs ont ensuite été désignés par les grands du royaume jusqu’en 987 et l’élection de Hugues Capet.
La masculinité et l'exclusion des femmes et de leur descendance