Les Acadiens à l'Île-du-Prince-Édouard forment une minorité acadienne dans la province canadienne de l'Île-du-Prince-Édouard. Ils sont surtout présents dans la Région Évangéline et dans la région de Tignish.
L'Île-du-Prince-Édouard, autrefois appelée île Sain-Jean, est d'abord occupée par les Micmacs, avant d'être découverte par les Français en 1534. Cette île est ensuite intégrée à l'Acadie, faisant ainsi partie de la Nouvelle-France. Après le traité d'Utrecht de 1713 ayant entraîné une grande perte de territoire, l'île Saint-Jean reste toutefois en possession française. La France décide alors de coloniser ce territoire, avec l'arrivée des premiers Acadiens en 1720. La communauté acadienne de l'île grandit et se développe jusqu'en 1758, quand la colonie est détruite lors de la conquête de Louisbourg par l'Angleterre. De nombreux Acadiens sont déportés, mais certains arrivent à rester sur l'île et beaucoup d'autres reviennent. Ils doivent ensuite vivre sous la domination britannique.
Contexte
Historique
L'Île-du-Prince-Édouard est d’abord habitée par le peuple micmac, qui vit dans la région depuis des millénaires. Ils donnent à l'île le nom de Epekwitk, dont la prononciation est transformée par les Européens en Abegweit, c'est-à-dire « bercée sur les vagues ». Quelques centaines de Micmacs habitaient l'île, principalement durant l'été, puis traversaient le détroit et quittaient probablement l'île pour l'hiver afin de chasser.
Elle est découverte en 1534 par l'explorateur français Jacques Cartier, mais n'est ensuite jamais habitée de façon permanente par des colons malgré plusieurs tentavies. Seuls quelques pêcheurs français fréquentent l'île, alors appelée île Saint-Jean et faisant partie de la colonie acadienne de la Nouvelle-France. Cette île a jusqu'alors peu interessé la France. Toutefois, à partir du traité d'Utrecht de 1713, faisant perdre à la France une grande partie de son territoire en Amérique du Nord mais pas l'île Saint-Jean, il y a un regain d'intérêt pour cette île et de nouvelle tentatives de colonisation plus sérieurses sont entrepries, menant à l'arrivée des premiers Acadiens sur l'île en 1720.
Acadianité
L’acadianité est la définition de ce qu’est un Acadien. Dans les Provinces maritimes, on considère généralement tous les francophones comme des Acadiens. et même un certain nombre d'anglophones car ils sont en fait des Acadiens anglicisés.
Histoire
Tentatives échouées de colonisation de l'île (1534-1719) Durant l'été 1534, l'explorateur français Jacques Cartier devient le premier Européen à découvrir cet île, qu'il décrit comme . Bien qu’aucune population ne s’installe de façon permanente, des pêcheurs français et basques fréquentent l'île pendant près de 200 ans. En 1604, l'Acadie est fondée par Pierre Dugua de Mons et devient l'une des cinq colonies de la Nouvelle-France. Elle comprend notamment l'île Saint-Jean, aujourd'hui appelée Île-du-Prince-Édouard. Elle est située dans les provinces de l'Atlantique. Dans les années 1650, Nicolas Denys obtient la concession de l'île Saint-Jean, mais aucun établissement permanent de population ne se fait sur l'île En 1663, une grande partie du domaine de Denys est concédée à François Doublet et comprend l'île Saint-Jean. Doublet s’engage à fonder une colonie, à défricher et à cultiver la terre, et à payer une rente annuelle à la Compagnie de la Nouvelle-France. Cependant, ce dernier meurt et ses deux associés abandonnent le projet de colonisation. En 1668, l’île Saint-Jean est encore comprise dans une concession faite à Gabriel Gautier afin d’y établir une pêcherie. Quelques petits établissements de pêches sont donc mis en place, sans grand succès. Ainsi, durant le , les tentatives de colonisation de l'île ne sont pas concluantes et cette île reste presque presque aussi inconnue qu’elle l’était avant la visite de Jacques Cartier. Après la chute de Port-Royal en 1710, un certain nombre d'Acadiens ne voulant pas vivre sous domination anglaise se rendent à l'île Saint-Jean. Cependant, ne pouvant pas obtenir de titres pour leurs terres, ils quittent finalement l'île les uns après les autres.
Enfin, après le traité d'Utrecht de 1713, la Nouvelle-France voit son territoire considérablement réduit. Cependant, elle conserve tout de même certains territoires en Acadie, dont l'île Saint-Jean. C'est alors qu'elle décide de concentrer ses efforts sur ce territoire et d'entamer sa colonisation.
Arrivée et colonisation des Acadiens (1720-1745) En 1719, une concession de l'île Saint-Jean est accordée au comte de Saint-Pierre, premier écuyer de la duchesse d’Orléans, dans le but d’y créer une colonie stable. Au mois de janvier 1720, le comte de Saint-Pierre obtient de nouvelles patentes de concessions pour les îles de la Madeleine, îles et îlots adjacents, . L'une des principales motivations du gouvernement français pour le développement de cette colonie était de rappatrier les Acadiens vivant en Nouvelle-Écosse qui désiraient vivre en territoire français. De plus, les terres de l'île Saint-Jean étaient plus avantageuse pour l'agriculture que celles du Cap-Breton, ce qui incitait les Acadiens à venir s'y installer. Aussi, le , dans le havre de Rochefort, trois navires chargés de 300 passagers et de tout ce qui est nécessaire à l’établissement d’une nouvelle colonie embarquent en direction de l'île Saint-Jean. Quatre mois plus tard, le , ces mêmes navires mouillent dans la rade de Port-la-Joye (aujourd'hui Charlottetown). Les pêcheurs se rendent sur la côte nord, à Havre Saint-Pierre, qui deviendra le principal centre de pêche et l'établissement le plus peuplé de la colonie. Ainsi, les premiers Acadiens se sont établis à l'Île-du-Prince-Édouard en 1720 et la colonisation de l'île commence. Inquiète de la sécurité de ce territoire face aux ambitions territoriales des Anglais, la France envoie une trentaine de fusilliers marins chargés d'y assurer la souveraineté française.
Dans un rapport adressé au ministre de la marine datant du , une description de l'avancement de l'établissement français sur l'île Saint-Jean est détaillé. Plusieurs hâvres sont mentionnés : Tranchemontagne (South Lake), Saint-Pierre (St. Peter’s), Hâvre aux Sauvages (Savage Harbour), Tracadie, Quiquibougat (Rustico), Malpeque et Cascampèque (Cascumpec). On comptait alors seize familles de France et quatre familles d'Acadie à Port-la-Joye et une dizaine réparties à Tranchemontagne, Saint-Pierre et Tracadie. Il y avait donc deux courants d'immigration, l’un venant de France, et l’autre, beaucoup plus considérable, de l’Acadie.
Au mois d'octobre 1725, la compagnie créée par le comte de Saint-Pierre est dissoute et ses possessions dont l'île Saint-Jean retombent dans le domaine direct de la Couronne. L’année suivante, M. de Pensens est nommé gouverneur et commandant des troupes de l’île Saint-Jean. La faillite de cette compagnie n'entraîne pas la ruine de la colonie, ni le départ des colons, mais toute immigration de France et d’Acadie cesse complètement pendant trois ans, avant de reprendre normalement les années suivantes. Un autre facteur d'ordre géographique décourage l'émigration acadienne vers l'île. En effet, contrairement au reste de l'Acadie, l'île Saint-Jean est recouverte de forêts et dispose de peu de prairies naturelles. Les Acadiens n'ont pas l'habitude de cet environnement et manquent d'expérience pour l'exploiter, ce qui peut parfois les décourager de s'y installer. Malgré ces obstacles plusieurs familles acadiennes déménagent tout de même sur l'île chaque année. En 1735, 162 des sont d'origine acadienne, soit environ 35 % de la population de l'île Saint-Jean.
Afflux massif d'Acadiens fuyant les persécutions des Anglais (1745-1758) Durant l'année 1745, à la même période que le siège de Louisbourg, les Anglais et des troupes de Nouvelle-Angleterre tentent de s'emparer de l'île Saint-Jean avec ayant l'ordre de tout détruire et d’enlever la population. Un premier débarquement a lieu à Trois-Rivières où toutes les constructions sont incendiées, puis l'expédition se poursuit à Port-la-Joye, où seuls quinze soldats sous le commandement de Dupont Duvivier et quelques alliés Micmacs tentent de défendre leur territoire, en vain. À la suite de cette invasion, les habitants se réfugient dans les bois où ils restent jusqu’à ce que la misère les fasse sortir. Ils entrent ensuite en pourparlers avec les Anglais et concluent une espèce d’accord, en vertu duquel il leur était permis de revenir sur leurs terres à la condition de garder la neutralité et de vendre leurs produits aux Anglais. Ils vivent ainsi jusqu’au traité d’Aix-le-Chapelle de 1748 qui entraîne la restitution du Cap-Breton et de l’île Saint-Jean à la France en échange des comptoirs indiens de Madras. Malgré ces événements, la population de l'île reste plutôt stable avec environ jusque dans les années 1748. À la suite des nombreuses rivalités territoriales entre les Acadiens et les Britanniques, tels que le siège de Louisbourg en 1745 ou encore la fondation de la ville d'Halifax en 1749, les Acadiens de Nouvelle-Écosse subissent de nombreuses persécutions, injustice et son déportés massivement. Ainsi, un mouvement d'immigration acadienne vers l'île Saint-Jean se crée, ce qui entraîne la formation de plusieurs nouveaux établissement de population sur l'île tels que Pointe-Prime, Anse-à-Pinette, Grande-Anse (Orwell), Bédèque, Rivière-des-Blonds (Tyron) et Rivière-à-la-Fortune. Aussi, pour accueillir cette nouvelle population, la France s'empresse de reconstruire Port-la-Joye, détruite pendant le siège anglais.
Lors du recensement de 1752, la population de l'île est ainsi passée à et a donc été multipliée par trois en quelques années. Environ seraient arrivés après la fondation d'Halifax. Ceci provoque plusieurs problèmes : il est difficile de loger et nourrir tous les nouveaux arrivants et ces derniers éprouvent un sentiment d'insécurité pour leurs terres et à l'égard de la protection militaire de l'île. La garnison casernée à Port Lajoie est en effet trop éloignée de certains établissements de population. Dans ce contexte, les habitants sont très pauvres et vivent principalement de l'agriculture et dans une moindre mesure de la pêche. Seuls les habitants de Havre-Saint-Pierre et Tracadie ont le droit de pêcher. Le but de cette politique est de faire de l'île Saint-Jean le grenier de Louisbourg. Les invasions de rats et de sauterelles détruisent aussi régulièrement les récoltes, ce qui rend la vie sur l'île encore plus compliquée.
En 1755, un nouvel afflux d'immigrants acadiens arrive sur l'île. C'est en effet à ce moment que le gouverneur de Nouvelle-Écosse Charles Lawrence décide de déporter les Acadiens de son territoire, qui selon lui représentaient une véritable menace. À cette période, on compte environ en Nouvelle-Écosse, dont à peu près sont déportés vers les colonies de la Nouvelle-Angleterre. De nombreux Acadiens réussissent à s'échapper et environ se réfugient sur l'île Saint-Jean. Ainsi, en 1756 la population de l'île dépasse les . La situation des habitants de l'île devient alors encore plus compliquée, à tel point que le lieutenant-gouverneur Vaudreil, de Québec, décide de venir au secours de certains de ces réfugiés. Certaines familles sont même relogées à Québec.
Déportation des Acadiens (1758) vignette|redresse|droite|L'île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) en 1758.