Ernst Moritz Theodor Ziller (en grec moderne : / ) né le , à Serkowitz, aujourd'hui quartier de Radebeul, et mort le , à Athènes, est un architecte, chercheur et archéologue saxon naturalisé grec. Avec plus de privés et publics construits entre 1870 et 1914, Ziller a laissé une empreinte durable sur l’architecture historiciste de la fin du en Grèce. Membre certainement le plus influent de la famille d'architectes Ziller, il a acquis par mariage la nationalité grecque. vignette|gauche|Le théâtre national de Grèce à Athènes, anciennement Théâtre royal.
C’est à Athènes, capitale depuis 1834 de la Grèce indépendante, que Ziller a conçu la grande majorité de ses bâtiments. La transformation de la ville, qui ne comptait à l’époque que quelque , en une capitale représentative à forte croissance avait été entamée sur un plan de 1831 par Schaubert et Kleanthis, dans un classicisme d’inspiration grecque basé sur les principes énoncés par leur maître Schinkel (qui avait lancé un projet de palais sur l’Acropole). Les frères danois Hans Christian et Theophil von Hansen poursuivirent ces travaux sous le roi Othon de Grèce. Ziller assortit leur classicisme grec d’éléments de style inspirés de la néo-Renaissance d’Italie du Nord et, dans ses églises, d’éléments architecturaux byzantins. Il a ainsi, pendant le règne du roi , donné à la capitale des allures de métropole européenne moderne avec ses édifices publics représentatifs et ses splendides villas. La National Hellenic Research Foundation qualifie cette « Athènes éclectique » de la deuxième moitié du , où se mêlent classicisme et néo-Renaissance nord-italienne et où se font déjà sentir les nouvelles idées venues de Vienne et de Dresde, d’« Athènes de Ziller », car il y a marqué .
L’œuvre de Ziller n’a commencé à être appréciée à sa juste valeur qu'à partir de 1942, quand Hans Hermann Russack publie son œuvre fondamentale Deutsche bauen in Athen (Architectes allemands à Athènes). L’architecte, presque oublié en Grèce et guère connu en Allemagne, a été rappelé à la mémoire du public en 1973, à l’occasion du de sa mort, par Dimitrios Papastamos, dans son Essai de monographie (Prospatheia Monographias), qui se base sur les documents originaux remis à la Nationalgalerie par la fille de Ziller, Josefine (Fifi) Dima-Ziller. Maro Kardamitsi-Adami, de l’université polytechnique nationale d'Athènes, a notamment, dans plusieurs publications, fait l’éloge de l’œuvre de Ziller en Grèce. Une exposition de plans de Ziller, qui s’est tenue en 2010 à la Pinacothèque nationale d'Athènes, a aussi contribué à faire connaître Ziller à un large public.
Premières années Ernst Ziller est le fils aîné d’une famille de dix enfants. Son père, Christian Gottlieb Ziller, est lui-même architecte. Ernst constitue, avec quatre de ses cinq frères, la troisième génération d’architectes dans la famille. Il apprend, sur les chantiers de son père, le métier de maçon alors que son frère Moritz est en même temps initié à celui de charpentier. C’est à la maison qu’ils reçoivent de leur père les bases théoriques du métier, notamment en hiver, lorsque les chantiers sont au repos. Ernst fréquente en outre, de 1855 à 1858, l’atelier d'architecture de l’Académie des Beaux-Arts de Dresde (École Semper-Nicolai), où il obtient, la deuxième année, une médaille de bronze et, la troisième année, une médaille d’argent pour des ouvrages réalisés dans le cadre de concours d'études.
Les deux frères se rendent ensuite à Leipzig, auprès du tailleur de pierres Einsiedeln, ami de la famille. Ils veulent de là aller à Berlin, ou plus précisément à Potsdam, chez leur oncle Christian Heinrich. Mais Einsiedeln leur conseille, en 1858, d’opter plutôt pour la ville de Vienne, « plus sérieuse ». Moritz trouve rapidement un travail comme charpentier. Ernst, par contre, se fait employer comme dessinateur dans le bureau de l’architecte classique danois Theophil Hansen. Néanmoins, six mois plus tard, Hansen se rend en Grèce pour préparer la construction de l’Académie d’Athènes. Les deux frères rentrent donc dans leur région natale de Lössnitz et passent l’hiver à approfondir leurs connaissances à l’atelier d’architecture de l’Académie saxonne des Beaux-Arts.
Alors que Moritz intègre l’entreprise de construction de son père à Oberlössnitz, Ernst remporte un concours d’architecture pour la construction de logements à Tbilissi, en Géorgie. Le jour même où la légation russe de Dresde le convoque pour signer le contrat pour le projet de Tbilissi, il reçoit de Vienne une lettre de Hansen, datée du et archivée (la lettre y est reproduite)., qui lui fait une proposition avantageuse, sans encore toutefois mentionner Athènes. Ernst Ziller décide de renoncer au projet de Tbilissi pour accepter l’offre de Hansen. Il emprunte de l’argent pour se rendre à Vienne, .
Chef de chantier et comptable de Hansen vignette|L'Académie d'Athènes. Ziller travailla encore un an et demi à Vienne, occupé comme dessinateur à dresser les plans de l’Académie d'Athènes. En 1861, il partit pour Athènes avec Hansen, dont il resta le représentant dans la capitale grecque pour les suivantes, à quelques brèves interruptions près, jusqu’à la mort de Hansen. À compter du , peu après le départ d’Athènes de Hansen, et jusqu’au , Ziller lui écrivait régulièrement des lettres, dont 348 sont archivées parmi les documents faisant partie de la succession de Hansen. Ce qu’il lui rapportait ne concernait pas uniquement les travaux qu’il réalisait pour Hansen, mais aussi ses propres ouvrages, et il lui donnait également des nouvelles de sa famille. Hansen lui envoyait aussi régulièrement des croquis, des plans et des photos de ses derniers projets. Dans ses dernières lettres, Ziller tutoyait même son ancien maître.
Ziller éprouvait des difficultés à faire avancer les travaux sur ses chantiers ; cela n’était toutefois pas seulement dû aux barrières culturelles et linguistiques, mais aussi aux retards intervenant dans les tranches de financement, en dépit des promesses faites par le baron Simon von Sina, qui prenait en charge les travaux. Après la révolte du peuple grec et l’abdication du roi Othon , le baron von Sina suspendit « provisoirement » ses paiements en 1864, les travaux de construction de l’Académie devant être interrompus « pour une durée indéterminée ». Le mécène, ancien ambassadeur du roi Othon, acceptait mal l’expulsion de ce dernier.
vignette|Le Zappeion en 2006. vignette|La Bibliothèque nationale.
Ziller profita de cet intermède pour entamer la même année un voyage d’étude en Italie qui le mena à Naples (« Museum Borbonico »), Rome (où il compara la basilique Saint-Pierre avec la Frauenkirche de Dresde), Florence, Mantoue et Vérone et où il se familiarisa de plus près avec l’Antiquité, mais aussi et surtout avec la Renaissance italienne. En 1865, il rejoignait Hansen dans son bureau de Vienne, où il travailla non seulement sur de nouveaux plans pour l’Académie d’Athènes, mais aussi sur ses propres projets. C’est à cette époque qu’il conçut de sa propre initiative pour son village natal les plans d’un temple de style byzantin, qui furent toutefois rejetés. Il fit également des études à l’Académie des beaux-arts de Vienne, qu’il conclut par un diplôme. À cette époque et jusqu'en 1868, il entreprit des voyages d’étude à Berlin et Dresde, où il se pencha tout particulièrement sur les œuvres de Schinkel et Semper.
Ce n’est qu’en 1868 que Ziller put rejoindre Athènes pour achever la construction de l’Académie, dont la poursuite du financement était désormais assurée. Il s’y installa définitivement et se chargea pendant plus de vingt ans du suivi de tous les projets de construction de Hansen. L’Académie fut achevée en 1885. Vinrent s’y ajouter le palais d’exposition du Zappeion (pose de la première pierre en 1874, inauguration en 1888) et la Bibliothèque nationale (pose de la première pierre en 1888, hébergement des collections de la bibliothèque en 1903). Il acquit bientôt à Athènes une solide renommée comme étant l’un des principaux architectes classiques de Grèce.On avait tendance à oublier un peu Hansen, à tel point que lors d’une audience auprès du nouveau roi , celui-ci demanda à Ziller si les plans des nouveaux édifices étaient tous de lui. Employé par Hansen comme chef de chantier, Ziller disposait d’un revenu assuré et pouvait ainsi songer à développer de nouvelles idées et à réaliser ses propres projets. Dans une lettre qu’il adressa à Hansen quelque vingt ans plus tard, il fit état de cette chance inouïe et lui exprima toute sa gratitude.
Hansen, employeur, mécène et ami de Ziller pendant de longues années, mourut en 1891.
Architecte-chercheur et archéologue classique Courbures
En , Ziller présenta son étude sur les courbures, dans laquelle il examinait d’une manière approfondie les courbures que l’on constate sur les horizontales dans les édifices antiques. Se basant sur des mesures détaillées réalisées par Francis Penrose (1817–1903) sur le Parthénon et le Théséion (connu aujourd’hui sous le nom de Temple d’Hephaïstos), il posa la question de savoir si les courbures constatées de nos jours étaient dues à des affaissements tectoniques ayant affecté des éléments architecturaux autrefois absolument rectilignes ou si elles avaient été sciemment apportées dès l’Antiquité. Il réfuta la thèse de la tectonique avancée par Karl Bötticher et parvint à la conclusion que tous les éléments horizontaux des entablements étaient réalisés, pour des raisons de perspective, avec une certaine courbure : « Aucun triglyphe, aucune métope n’est donc taillé à l’équerre ; ils sont tous modelés en fonction des courbes de l’ensemble et de leur position dans le triglyphe ». La théorie énoncée par Ziller a été des années durant fort controversée parmi les spécialistes ; en 1879, Josef Durm réfutait catégoriquement « de telles subtilités […] comme la courbure intentionnelle ».
Mais Ziller ne se laissa pas ébranler et dans les plans qu’il dressait pour l’Académie, il réintroduisit l’effet de courbure, pour la première fois depuis l’Antiquité. En bon praticien, il terminait son article, publié en 1865 dans la Zeitschrift für Bauwesen (Revue d’architecture) par des instructions pratiques pour l’élaboration d’horizontales courbées, qui n’est « pas véritablement plus compliquée que l’exécution d’une horizontale parfaite », cité par .
Polychromie Ziller « s’y entendait […] en polychromie antique, car les temples et statues de la Grèce antique n’affichaient pas la pâle blancheur du marbre que nous connaissons aujourd’hui, mais étaient très colorés. Ziller a reproduit avec beaucoup de sensibilité dans ses dessins les anciennes ornementations et statues encore conservées, les sauvegardant pour la postérité. 400 de ces dessins nous sont parvenus ». Animé de cet exemple, il eut aussi recours à la polychromie dans ses propres ouvrages, on voit sur ses plans en aquarelle non seulement des façades colorées, mais aussi, à l’intérieur de ses édifices, des croquis de salles aux nuances harmonieuses, comprenant même parfois des meubles assortis de sa propre conception.
Théâtre de Dionysos