Marc-Claude de Buttet, est un poète et gentilhomme savoisien (), né en 1530 à Chambéry et mort en 1586 à Genève, membre du courant humaniste, en relation avec la PléiadeLouis Terreaux,(1921-2015, président de l'Académie de Savoie,"Historique de la littérature savoyarde", La Fontaine de Siloé, 2011. Sa place, dans la littérature française du et dans celle spécifiquement savoyarde, est d'une importance non négligeable. Il est l'Sarah Alyn Stacey, Marc-Claude de Buttet, L'honneur de La Savoie, d'après Maurice de La Porte, Honoré Champion, Paris, 2006.

Biographie

Marc Claude de Buttet, né en 1530 à Chambéry, était seigneur de la rente féodaleArmorial et nobiliaire de l'ancien duché de Savoie par le Cte E.-Amédée de Foras ; continué par le Cte F.-C. de Mareschal, Grenoble, Allier, 1863, vol 1, . de Grésy en Genevois (aujourd'hui Grésy-sur-Aix). Il est issu d'une ancienne famille de la noblesse savoisienne originaire d'Ugine. Depuis la fin du , les membres de cette famille se sont distingués, non seulement comme secrétaires des comtes et ducs de Savoie à Chambéry, mais aussi, ultérieurement, auprès des comtes et ducs de Savoie-Nemours, à Annecy.

Son père, Claude de Buttet, ancien maître-auditeur à la cour des Comptes de Genevois à Annecy, fut ensuite syndic de Chambéry. Son grand-père paternel, Mermet de Buttet, héritier de la seigneurie d'Entremont au Bourget-du-Lac, était secrétaire du duc Louis de Savoie. Sa mère, Jeanne-Françoise de La Mar, était originaire de Genève. Son grand-père maternel, Jean-François de La Mar, était syndic de Genève.

Marc-Claude de Buttet est mort en 1586 à Genève, sans alliance ni postérité, entouré de ses neveux.

La Savoie est occupée par les troupes du roi François en 1536

En 1536, deux événements vont profondément influencer le sort de Marc-Claude de Buttet :

Genève combat victorieusement le duc de Savoie et impose le protestantisme ; le poète sera, toute sa vie, partagé entre ses parents savoisiens catholiques et sa famille genevoise protestanteFrançois Mugnier, dans son ouvrage biographique (MC de Buttet, ibid, ) précise: On doit croire que, depuis sa jeunesse, Marc-Claude, sans avoir renoncé publiquement au catholicisme, avait, comme la plupart des poètes de France, adhéré aux nouvelles doctrines. Dans toutes ses œuvres, en effet, on ne rencontre pas un seul mot qui le montre catholique. Et même dans l'Ode XVIII, on lit cette strophe qu'un poète réformé n'aurait pas désavoué: Une nymphe galiléenne, dans son flanc heureux le porta. Et par puissance non humaine, Mère et Vierge, elle l'enfanta. La Nature en ce fait, et en foi, ne comprend comment faire se peut, quand sa loi ne le veut, un miracle si grand.. Alliées de Genève, les troupes du roi François envahissent la Savoie, qui restera annexée à la France pendant près d'un quart de siècle, au détriment de Turin et du duc Charles III de Savoie, exilé à Nice et à Verceil. Les fils de gentilshommes savoisiens iront désormais suivre leurs études à Paris ; ce sera la chance de Marc-Claude de Buttet.

Étudiant à Paris

En 1544, à l'âge de 14 ans, il part étudier à Paris, probablement au collège de Bayeux, où enseigne Jacques Peletier du Mans. Dans une épître adressée à la Princesse Marguerite de France, le , à l'occasion de son mariage avec le duc Emmanuel-Philibert de Savoie, il confirme : . Et il ajoute : Le dit "mien labeur" est l'Epithalame des noces.

Il est noté comme un élève doué en lettres, en philosophie, en géométrie et en mathématiques.

La Brigade de Jean Dorat. La Cour du Louvre

En 1546, il va étudier au Collège de Coqueret et au Collège des lecteurs royaux. Sous la direction du limousin Jean Dorat, il est initié à la versification française, grecque et latine. À ces leçons vont s'ajouter tous les ingrédients de la mythologie dont les festons viendront enrichir, sinon encombrer, les œuvres de nos poètes. Enfin, pour couronner cette solide formation, le maître Jean Dorat se complait à expérimenter l'adaptation de la méthode métrique latine à la versification française. Le résultat en a été controversé et Marc-Claude de Buttet, en bon élève appliqué, s'y est brûlé les ailes dans une partie de ses œuvres.

À partir de 1547, il fréquente le cercle littéraire de la BrigadePasquier a eu l'occasion de reparler dans le livre VII de ses Recherches de la France, de la Brigade : " Ce temps là était du tout consacré aux Muses. Y participaient : Pontus de Tiart, Estienne Jodelle, Rémy Belleau, Jean-Antoine de Baïf, Jacques Thureau, Guillaume des Autels, Nicolas Denizot, Louis Le Carond, Olivier de Magny, Jean de La Péruse, Marc-Claude de Buttet, Jean Passerat, Louis des Masures, moi-même. Tout cela passa sous le règne de Hennri II. Je compare cette Brigade à ceux qui font le gros d'une bataille. Chacun d'eux avait sa maitresse qu'il magnifiait, et chacun se promettait une immortalité de nom par ses vers... sous la férule de Jean Dorat, Pierre de Ronsard, Joachim du Bellay, fondateurs de la future Pléiade. Il est distingué à la cour du Louvre par le cardinal Odet de Châtillon, frère de l'amiral Gaspard II de Coligny, qui le fait entrer dans le cercle de la princesse Marguerite de France (1523-1574), duchesse de Berry, fille de François . C'est là qu'il rencontre Béatrice Pacheco de Silva, épouse d'un grand seigneur savoyard, le comte Sébastien de Montbel d'Entremont. Elle est la première dame d'honneur de la reine Éléonore de Habsbourg, sœur de Charles Quint et deuxième épouse du roi François Ier. Béatrice Pacheco sera la première égérie de notre poète et incarnera sa muse Amalthée. Mais, cette rencontre est éphémère. Le roi Henri succède à son père, François , mort le . Devenue veuve, la reine Eléonore, accompagnée de sa première dame d'honneur, part en exil à la cour de Bruxelles.

En 1549, Marc Claude de Buttet va heureusement suivre les préceptes de l'Art Poétique que vient de publier Joachim du Bellay : Défense et illustration de la langue française. Il se lie d'amitié avec Ronsard. Toute leur vie, ils échangeront des épigrammes louangeurs. Voici un des louanges adressé à Marc-Claude:

Ronsard, Livre des Amours

Marc-Claude de Buttet fait éditer sa première élégie Le Trépas de la Reine de Navarre. Cette œuvre de facture s'ajoute à celles de tous ses collègues de la Pléiade.

Premier retour au pays natal: Apologie de la Savoie

En 1554, il revient en Savoie et il renoue ses relations avec ses amis savoyards restés au Pays, et notamment avec Emmanuel-Philibert de Pingon et Louis Milliet. Chambéry est toujours soumis à l'occupation française, sous le régime d'un Parlement français. Celui-ci publie un nouveau règlement, préfacé par Barthélémy Aneau, dans lequel les Savoyards sont traités de sauvages et de barbares. Dans toute la fougue de ses vingt-quatre ans, Marc-Claude de Buttet, faisant preuve d'un patriotisme audacieux, va publier à Lyon une vigoureuse réponse en prose, chez Angelin Benoist, intitulé Apologie de Marc-Claude de Buttet pour la Savoie contre les injures et calomnies de Barthélémy AneauL'Apologie est un vibrant plaidoyer pour la Savoie, en même temps qu'une violente attaque contre Barthélémy Anneau. Buttet se fait le défenseur ardent de sa patrie, la nation savoisienne (Louis Terreaux, La littérature du Moyen âge au début du ). Les critiques considèrent que l'allure rapide de ce libelle et la verve continue de l'écrivain en rendent la lecture attrayanteÀ propos de la réponse véhémente que le poète chambérien, Marc-Claude de Buttet, fit au lyonnais Barthélémy Anneau qui dressait de la Savoie un tableau pitoyable, j'ai déjà montré que le patriotisme en Savoie, n'est ni une invention contemporaine, ni un fait récent. (Rémi Mogenet, 150 ans de l'annexion de la Savoie-2010- Savoie- Blog savoyard, Archives, novembre 2009)..

Conséquence probable de cette publication, il est poursuivi devant le Tribunal de Chambéry pour port d'arme prohibéL'Apologie pour la Savoie est publiée à Lyon à la fin de 1554...Lors d'un procès intenté contre lui au début de 1555, Marc-Claude de Buttet est emprisonné pour exces, port d'armes, blasphèmes, et contravention du rest. Plus spécifiquement, il aurait porté des armes le 12 février 1555. (Rappelons qu'entre 1536 et 1559, la Savoie était soumise à la loi française; selon un décret de François en date du 31 décembre 1532, les nobles savoisiens n'avaient plus le droit de porter des armes, les membres de la noblesse savoisienne étant interdits du port de leur épée par l'occupant Français.. Il est défendu par son ami avocat, Louis Milliet qui parvient à le faire libérer de prison après plus d'un mois de captivitéSarah Alyn Stacey, Marc-Claude de Buttet, l'Honneur de la Savoie, ibid, )..

À la cour royale du Louvre

Rentré à Paris en 1556, il déclame les vers qu'il consacre à sa muse Amalthée, à la cour du Louvre, en présence de la Princesse Marguerite de France, duchesse de Berry, sœur du roi Henri II, protectrice bienveillante de la Pléiade. Certains de ses poèmes sont mis en musique par le compositeur Antoine de Bertrand. Les jeunes filles de la Cour, imitées en cela par les demoiselles d'Avignon, chantent ses odes au son du luth et du hautboisVictor de Saint-Genis, Histoire de Savoie, Chambéry, 1869, tome II, pages 52-53. (Extrait de la préface de L'Amalthée par Louis de Richevaux, Paris, 1575..

L'Amalthée

En 1557, il fait connaissance de Jacqueline de Montbel d'Entremont qui vient de quitter la cour de Bruxelles pour faire son entrée à la cour du Louvre, à l'âge de 16 ans, comme demoiselle d'honneur de la Princesse MargueriteEugène Ritter, auteur d'une étude sur l'Amalthée, a parfaitement identifié Jacqueline d'Entremont comme l'égérie du poète en relevant les passages relatifs à cet amour platonique. Mais il ignore que Jacqueline est revenue de la cour de Bruxelles en 1557 pour venir à la cour de France comme demoiselle d'honneur et estime que cet amour est impossible vis-à-vis de la petite fille qui vivait à la cour dix ans plus tôt avec sa mère, Béatrice Pacheco !. Elle est la fille unique de Béatrice Pacheco, sa première égérie, et la plus riche héritière du duché de Savoie. Elle prendra le relais de sa mère pour inspirer l'auteur de L'Amalthée.

Tout à l'inspiration de sa muse, le gentilhomme savoisien semble définitivement intégré à la France. Il est destiné à vieillir doucement, entouré de charmantes demoiselles d'honneur, entre le palais du Louvre, le château de Fontainebleau et les châteaux de la Loire, au gré des déplacements royaux.

La bataille de Saint-Quentin et le traité du Cateau-Cambrésis

Pourtant un événement exceptionnel vient bousculer cette belle ordonnance et curieusement, c'est son pays, le duché de Savoie, qui est directement impliqué dans cette conjoncture.

Le duc Emmanuel-Philibert de Savoie, fils de feu le duc Charles III, a pris la tête des armées impériales de son oncle, Charles Quint et de son cousin germain, le roi Philippe II d'Espagne, en qualité de Lieutenant Général. Il bat en 1557 les troupes françaises du roi Henri II à la bataille de Saint-Quentin et bénéficie le du traité du Cateau-Cambrésis. Ce brillant chef de guerre obtient la main de la princesse Marguerite de France et recouvre la souveraineté de son duché de Savoie, dont son malheureux père avait été évincé lors de l'invasion des armées du roi François Ier, que les Français vont devoir évacuer.

Le mariage est célébré par le cardinal Charles de Lorraine, dans la nuit du 9 au , en l'église Saint-Paul à Paris. Il est endeuillé par la mort tragique du roi Henri II, grièvement blessé dans le tournoi qu'il avait organisé dix jours plus tôt rue saint-Antoine, en l'honneur de sa sœur Marguerite. Tous ces événements sont relatés dans les œuvres de Marc Claude de Buttet.