Aristocréon (en grec ancien / Aristokréôn) est un philosophe stoïcien grec, neveu et disciple de Chrysippe, vivant vers la fin du Apprécié par son oncle, qui se chargea de son éducation, et lui dédia une dizaine d'ouvrages, Aristocréon devint, après la mort de celui-ci, un gardien de sa mémoire. Par ailleurs la connaissance que la critique moderne a d'Aristocréon est complétée par la redécouverte de deux décrets athéniens lui rendant les honneurs. Ainsi s'esquisse la figure d'un homme aussi dévoué à la cité d'Athènes qu'à la mémoire de son oncle.
Éducation L'information la plus ancienne que nous ayons de la vie d'Aristocréon nous est donnée par Diogène Laërce : (VII, 185).. Si tant est que le récit donné par Diogène Laërce soit bien chronologique, l'on pourrait estimer que cette période de formation intervient avant la mort de Cléanthe, soit avant 233-232 av. J.-C.. Le cas échéant, Aristocréon serait né un peu avant 250 av. J.-C.Dictionnaire des philosophes antiques, Richard Goulet (dir.), t. I, p. 386, article « Aristocréon ».
Biographie Disciple Aristocréon est probablement un disciple assez aimé de Chrysippe. Il apparaît comme son premier dédicataire : dans la liste des œuvres de Chrysippe donnée par Diogène Laërce, trente-six livres, dix ouvrages lui sont en effet dédiés, contre huit seulement pour Métrodore, et aucun pour Philocrate (VII, 189-202).. La plupart de ces livres appartenant au lieu logique, l'on peut conjecturer qu'Aristocréon était bon logicien. L'on peut également supposer qu'en tant que logicien, Aristocréon était particulièrement préoccupé par le paradoxe du menteur, quatre des dix ouvrages dédiés ayant trait à cet argument. Ce paradoxe, attribué à Euboulidès de Milet (II, 108)., fut résumé comme suit par Alexandre d'Aphrodise : Cité dans le Dictionnaire des philosophes antiques, t. II, p. 348, article « Chrysippe ».. L'une des applications de ce paradoxe est le syllogisme bien connu d'Épiménide : .
+ Liste des œuvres de Chrysippe dédiées à Aristocréon Titre françaisTous les titres français sont des reprises des titres traduits dans l'article Chrysippe du Dictionnaire des Philosophes antiques. Titre original Nombre de livres LieuDiogène Laërce classe en effet les œuvres de Chrysippe par lieu, ou domaine d'étude concerné. Sur l'introduction au Menteur Un livre Logique Sur le Menteur Six livres Logique Contre ceux qui le résolvent en le tranchant l'argument du menteur Deux livres Logique La solution au Menteur Trois livres Logique La solution des arguments hypothétiques d'Hédylos Un livre Logique L'argument du négateur Deux livres Logique Sur les notions semblables Trois livres Logique Sur la dialectique Quatre livres Logique Sur l'art et la privation de l'art Quatre livres Ethique Sur le beau et le plaisir Dix livres Ethique
Gardien de la mémoire de Chrysippe Après la mort de Chrysippe, Aristocréon érigea une statue de bronze en son honneur et y fit inscrire le distique suivant :
Il est probable qu'en honneur à son oncle, Aristocréon ait rédigé un Tombeau de Chrysippe (), si l'on en croit un papyrus d'Herculanum, extrait probablement d'une œuvre de Philodème de Gadara. Selon ce papyrus, ce tombeau mentionnait un certain Hyllos de Soles, disciple de Sphairos, puis de ChrysippeIndex Stoicorum Herculanensis, col. XLVI, 1-5 = A. Traversa page 62-63..
Citoyen thumb|upright=1.0|Inscription honorifique athénienne du dédiée à Aristoxénos.
Deux décrets honorifiques de la cité d'Athènes portent mention d'AristocréonOn renverra directement aux lignes de ces deux décrets, que l'on peut trouver, entre autres, dans Wilhelm ou Robert.. L'assimilation de cet Aristocréon au neveu de Chrysippe est généralement acceptée par la communauté scientifiqueLes Souscriptions publiques dans les cités Grecques, Léopold Migeotte, p. 38..
Le premier, daté de l'archontat de Chariclès (soit 196-195), est très fragmentaire. Il honore Aristocréon, eu égard à ses nombreux mérites : sa volonté de servir les Athéniens, ses actions en faveur d'Athéniens localisés à Antioche, son respect des institutions de la ville. Le second, plus complet, n'est pas daté. Cependant, un renvoi au premier décretSecond décret, ligne 12. indique qu'il lui est forcément postérieur. L'intérêt de ce décret est, en premier lieu, de donner la titulature complète d'Aristocréon : fils de Nausicratès, de S(oles) ou de S(éleucie). L'état du décret ne permet toutefois pas de trancher entre les origines possibles : Soles selon WilhelmA. Wilhelm, Hermes 24 (1889), p. 328-336., Séleucie de Calycadnos selon Ingolt H. Ingholt, Aratos and Chrysippos on a Lead Medallion from Beirut Collection. et RobertBulletin des épigrammes 184 (1969)., Séleucie de Piérie selon Köhler. Le décret souligne les bienfaits d'Aristocréon : il a prêté de l'argent à la citéSecond décret, ligne 2. (notamment en vue de la rénovation du PiréeSecond décret, ligne 6.) et a su mener à bien une ambassade avec Soles (ou Séleucie)Second décret, lignes 7 et 12.. En conséquence, la ville d'Athènes a décerné à Aristocréon les honneurs suivants : un élogeSecond décret, lignes 21-22., une couronne de laurierSecond décret, lignes 22-23., une stèle de marbre installée sur l'acropole où serait gravé le décretSecond décret, lignes 32-37., un statut de proxèneSecond décret, lignes 25-26, ainsi que le droit d'acquérir une habitation d'une valeur maximale d'un demi-talent, et un lot de terre d'une valeur maximale de deux talentsLes métèques ne pouvaient ordinairement acheter de terre ou de maison en Attique. Le dictionnaire de l'antiquité de l'académie d'Oxford indique ainsi : .Second décret, lignes 28-31..
De ces deux décrets, l'on peut extrapoler les deux conjectures suivantes : Aristocréon ne manquait pas de prestige (en particulier pour mener des ambassades) et devait être assez riche pour se montrer si généreuxPour ces deux conjectures, voir le Dictionnaire des philosophes antiques, t. I, page 389..
Géographe ? Les travaux d'un géographe homonyme sont parfois attribués à Aristocréon. Il s'agirait d'un contemporain d'Hermippe de Smyrne, qui se serait tout particulièrement intéressé à l'Égypte. Ses travaux sont connus grâce à plusieurs citations de Pline l'Ancien et d'Élien. Il aurait ainsi estimé la distance de Saïs à la mer à pasPline l'Ancien, Histoire naturelle, V, 10, et situé la ville de Tole, à cinq jours de marche de Méroé, et à douze jours d'ÉsarPline l'Ancien, Histoire naturelle, VI, 35. En accord avec Adolf WilhelmA. Wilhelm, Ephem. Arch. 1901, col. 51, la plupart des hellénistes rejettent cette attribution.
Postérité Le nom d'Aristocréon est cité dans le papyrus PHerc. 1667, issu de la villa des papyrus d'Herculanum, qui a été déroulé numériquement et lu en entier pour la première fois en juin 2026. Le texte, dont on ignore l'auteur, semble être une œuvre stoïcienne du 2e siècle av. J.-C. traitant des pulsions humaines et du progrès moral de l'homme.
Bibliographie Ouvrage utilisé pour l'article Dictionnaire de l'antiquité de l'université d'Oxford, Robert Laffont, Paris, 1993
Sources antiques (VII : « Vie de Chrysippe ») Plutarque, Sur les contradictions stoïciennes
Études modernes Simone Follet, Dictionnaire des philosophes antiques (dir. Richard Goulet), t. I, , article « Aristocréon » H. Ingholt, Aratos and Chrysippos on a Lead Medallion from Beirut Collection Louis Robert, Bulletin des épigrammes 184 (1969) A. Traversa, Index Stoicorum Herculanensis, Gênes, 1952 Adolf Wilhelm, Hermes 24 (1889)
Notes
Références
Catégorie:Philosophe de la Grèce antique Catégorie:Philosophe hellénistique Catégorie:Philosophe du IIe siècle av. J.-C. Catégorie:Philosophe stoïcien Catégorie:Date de naissance non renseignée (IIIe siècle av. J.-C.) Catégorie:Date de décès non renseignée (IIe siècle av. J.-C.)