Une race de chevaux, ou race chevaline, est une race domestique de l'espèce Equus caballus. Toutes ces races descendent de la lignée DOM2 des steppes eurasiennes. La notion de race de chevaux ne repose pas sur des critères biologiques objectifs ni sur l'existence obligatoire d'un standard de race, mais sur des consensus d'experts et des règles fixées par des groupements ou associations d'éleveurs. La plupart ont été sélectionnées en fonction des besoins humains pour le transport, mais leur définition est très subjective, car fortement influencée par l'exploration et les mouvements de nationalisation et de mondialisation. Ainsi, des groupes de chevaux peuvent être définis et nommés comme races sur la base de critères plus ou moins discutables, allant de la convergence morphologique à l'aptitude sportive, en passant par la seule couleur. Si les races de chevaux européennes sont le plus souvent définies sur la base de leurs performances sportives, les races américaines peuvent l'être par leurs allures ou leur couleur de robe : la couleur pie est ainsi le seul critère qui sépare un Paint Horse d'un Quarter Horse.

Alors que la notion de pureté est omniprésente dans la définition et le vocabulaire relatif aux races de chevaux, ces entités ne sont pas, de fait, fixées dans une immuable ; elles évoluent et sont recomposées en fonction des objectifs commerciaux et des idéaux esthétiques de chaque époque. L'usage répété des mêmes reproducteurs peut aussi homogénéiser des races distinctes par le passé, à l'image des évolutions du cheval de sport européen depuis les années 1990, la notion de marque et de registre généalogique se substituant à celle de race pour les définir. Qu'elles soient naturelles ou issues d'un élevage sélectif, les races de chevaux sont réparties sur tous les continents. Il est difficile de les comptabiliser exactement, mais la FAO en recense plus de 700, subsistantes ou éteintes, en 2008.

Taxonomie et critères Le concept de race chez le cheval remonte aux classifications de Carl von Linné, Lamarck et Buffon. Il est théorisé par les hippologues du . La définition qu'ils en donnent, basée sur des critères fixés par l'humain tels que la morphologie, la robe et l'aptitude utilitaire, reste valable de nos jours. Comme toutes les autres races d'animaux domestiques, les races chevalines n'ont pas de nom scientifique., et sont décrites et définies comme telles par l'être humain. Les critères qui les distinguent les unes des autres sont généralement fixés par des associations d'éleveurs. Ils restent de ce fait très subjectifs et arbitraires. Les critères d'appréciation relatifs à la morphologie du cheval le sont tout particulièrement.

La définition des races et leur constitution alimentent toujours d'importants débats dans le secteur équestre. L'élevage et la sélection de races relèvent de tentatives humaines de modeler les corps équins pour qu'ils se conforment à des normes de , localisées et historiquement spécifiques. La race . Cette notion de « race » dénote en effet une influence humaine importante sur la sélection, de manière à obtenir des traits considérés comme désirables, particulièrement en matière de taille, de forme de la tête ou encore de couleur de robe. Ces traits n'améliorent pas forcément la capacité d'un cheval à survivre dans son environnement, et sont plutôt choisis en fonction de motifs économiques ou esthétiques. La sélection des races tend ainsi à rendre les chevaux plus dépendants des soins humains. La notion de race revêt aussi un caractère exclusif, comme le dénote la présence de documents d'identification et de marques. La race chevaline n'est donc pas une réalité biologique évidente mais une catégorie construite, dont la reconnaissance dépend de critères historiques, zootechniques et administratifs, ainsi que de décisions institutionnelles.

Mythe de la « race pure » vignette|Un Pur-sang, une race de chevaux présentée comme pure et d'origine anglaise, constituée à partir de croisements d'étalons orientaux.|alt=Photo d'un cheval alezan marchant, vu de profil.

Les races de chevaux résultent généralement de différents croisements et brassages. La notion de race pure ou de race croisée est difficile à définir, dans un contexte où cette notion de pureté est omniprésente dans le discours relatif aux races de chevaux, en particulier quand il est question de leur conservation. Il existe une valorisation sociale associée à la notion de race pure, considérée comme un standard de race fixe et reposant sur une croyance en la supériorité de la lignée pure. Dans les faits, l'être humain continue de créer de nouvelles variantes à partir des races existantes, et par ajout ou recombinaison de lignées. La fixité et la pureté des races de chevaux ne sont alors que des idéaux, ces races évoluant . Ainsi, de nombreux acheteurs potentiels souhaitent un par affection et fascination envers l'aspect historique, culturel ou esthétique de telle ou telle race, ce qui est qualifié par Natalie Pilley-Mirande de . Une mythologie est développée par les associations de races de chevaux et par les amateurs de ces races, autour de la pureté des origines.

Le cas du Lipizzan, décrit comme une mais résultant en réalité de très nombreux croisements, en est une excellente illustration.. D'après l'anthropologue Regina Bendix, la prétendue du Lipizzan est un fait social dû à l'application des valeurs de l'aristocratie royale autrichienne à l'élevage des chevaux.. La pureté alléguée de cette race de chevaux est même devenue un argument pour soutenir l'eugénisme nazi.

Le fameux Pur-sang est un autre exemple de race prétendument pure, mais constituée sur un brassage originel entre chevaux anglais et orientaux.

Critères de définition et de différenciation des races de chevaux Tous les chevaux domestiques appartiennent par définition à la même espèce (Equus caballus, le « cheval domestique »). Le cheval domestique diffère peu de sa forme sauvage et de nombreuses races se ressemblent, les différences entre races de chevaux n'étant pas aussi marquées qu'entre les races de chiens. Quelques-unes sont faciles à identifier visuellement (Shetland, Marwari, Pur-sang, Quarter Horse, Arabe, Shire…), mais nombre d'entre elles sont impossibles à identifier sans contexte ni indices géographiques. Les variations relèvent généralement de la taille (amplitude pouvant aller de pour le cheval miniature à plus de pour le Shire) et de la corpulence, sans variations importantes au niveau de la forme des oreilles, de celle du museau ou de la longueur du poil.

Le Lipizzan illustre bien la difficulté à savoir quand un groupe de chevaux décrit par un même nom constitue une race : les critères historiques ou administratifs ne fournissent pas de mesure objective permettant d'affirmer sans ambiguïté qu'une population animale soit une race distincte.. La règlementation européenne ne se limite plus au concept de « race », mais introduit aussi celui de « sous-populations », la reconnaissance officielle d'une race n'étant pas automatique. Celle-ci peut être décidée par un groupe d'experts sur la base de critères précis concernant l'histoire et le développement d'une population chevaline ; ses caractéristiques morphologiques ; ses performances ou aptitudes productives.

Problèmes liés à la subjectivité des auteurs de classifications raciales vignette|Cheval « Barbe » monté en loisir sur une plage d'Essaouira au Maroc.|alt=Cavalier au galop sur une plage.

Il existe des différences dans la définition des races de chevaux en fonction de la subjectivité de l'auteur, un exemple étant les nombreuses encyclopédies de races de chevaux qui décrivent un unique « poney chinois », alors que les autorités chinoises dénombrent des dizaines de races locales.

L'historien Peter Boomgaard souligne que les sources historiques consacrées à l'archipel indonésien aux recourent peu à la notion de race de chevaux. Lorsqu'elles sont mentionnées, l'accent est davantage mis sur leurs ressemblances que sur leurs différences. Concernant les chevaux indonésiens, Boomgaard estime que c'est la subjectivité de chaque auteur qui a conduit à distinguer des « races », plutôt que les critères scientifiques.

Le cheval Barbe, notamment lors des efforts menés pour le réhabiliter à la fin du , est décrit dans une majorité d'ouvrages publiés (par des auteurs occidentaux) comme la résultante d'une filiation artificielle et quasi-exclusive entre tous les chevaux présents au Maghreb depuis plusieurs millénaires, et les chevaux actuels.. La notion de race « Barbe » revêt ainsi un caractère générique, ce qualificatif étant attribué par des auteurs européens à tout cheval originaire d'Afrique du Nord.. Pour le vétérinaire marocain Yassine Jamali, l'unicité du cheval Barbe dans l'ensemble du Maghreb constitue un dogme et un legs colonial, en cachant la diversité réelle de ces populations chevalines.

Spécificités des critères américains Les critères qui définissent les races de chevaux aux États-Unis diffèrent de ceux qui prévalent en Europe. Alors que les éleveurs européens se focalisent surtout sur des critères de performances, les éleveurs américains peuvent définir des « races » sur la base de la couleur de robe (Appaloosa, Paint Horse…), des allures et de l'élégance (Saddlebred, Morgan), ou de la capacité à sprinter et à rassembler du bétail (Quarter Horse). De plus, l'identité des races américaines se construit comme une mythologie, le plus souvent autour d'un étalon fondateur doué de qualités supérieures, qui serait à l'origine de ladite race, à l'exemple de Steel Dust pour le Quarter Horse et de Figure pour le Morgan. La notion subjective de « pureté » est plus importante pour les éleveurs américains que pour les éleveurs européens : les Européens achètent souvent un animal appartenant à une « race » européenne pour l'inclure au registre généalogique d'une autre « race » européenne, alors que cette démarche est évitée par les Américains, qui créent des registres généalogiques bien séparés, visant à garantir la traçabilité et la « pureté » de chaque race européenne. Cette démarche est justifiée par un besoin de conserver la « pureté » des animaux exportés vers un biotope climatiquement différent de leur biotope d'origine. La différence entre Européens et Américains est aussi bien perceptible chez les éleveurs de chevaux arabes, les éleveurs américains ayant une tendance à fétichiser certaines parties du corps du cheval (notamment la tête) pour en faire un critère racial. John Borneman en conclut que cet ensemble de caractéristiques spécifiques à la définition arbitraire des races de chevaux aux États-Unis est constitutif de la création d'une identité américaine et d'une forme de totémisme.

Cas des chevaux « arabes » vignette|Étalon « arabe égyptien » sacré champion suprême à de 2009, aux États-Unis.|alt=Cheval marron et noir brillant vu de trois quart arrière et tenu en main par un homme.

Le concept de « race arabe » est une création européenne de la fin du ., qui se réfère généralement à des montures élevées sur plusieurs siècles par les Bédouins dans le désert. Une mythologie s'est créée autour de cette race, réputée descendre des juments du prophète Muhammad. Les représentations orientalistes du , puis le marketing de la , ont aussi construit une idée fausse selon laquelle le cheval d'Égypte antique était de la race du Pur-sang arabe..