La guerre du Liban, ou guerre civile libanaise (arabe : الحرب الأهلية اللبنانية, al-ḥarb al-ahliyyah al-libnāniyyah), est une guerre civile qui se déroule de 1975 à 1990 au Liban. Elle fait entre et , 100 à 200 000 blessés, et de nombreux disparus et exilés.
La diversité religieuse des Libanais a joué un rôle notable dans le déclenchement et pendant le conflit : les chrétiens libanais et les musulmans sunnites libanais constituaient la majorité dans les villes côtières ; les chiites libanais étaient principalement présents dans le sud du Liban et dans la Plaine de la Bekaa à l'est ; et les Druzes ainsi que des chrétiens habitaient les zones montagneuses du pays. À cette époque, le gouvernement libanais était sous l'influence des élites de la communauté maroniteInhorn, Marcia C., et Soraya Tremayne. 2012. Islam and Assisted Reproductive Technologies. p. 238.. Le lien entre politique et religion s'est renforcé sous le mandat français de 1920 à 1943, et la structure parlementaire du pays favorisait une position dominante pour les chrétiens libanais, qui constituaient la majorité de la population. Cependant, les musulmans libanais formaient une importante minorité, et l'arrivée de milliers de Palestiniens — d'abord lors de l'exode de 1948 puis de celui de 1967 — a contribué au changement démographique du Liban vers une majorité musulmane. Le gouvernement dominé par les chrétiens faisait face à une opposition croissante de la part des musulmans, des panarabistes et des groupes de gauche. La guerre froide a également eu un effet désintégrateur sur le pays, étroitement lié à la polarisation politique qui avait précédé la crise libanaise de 1958. Les chrétiens se rangeaient principalement du côté du monde occidental, tandis que les musulmans, panarabistes et de gauche se tournaient vers les pays arabes alignés sur le bloc soviétique"Beware of Small States: Lebanon, Battleground of the Middle East." p. 62.
Les affrontements entre les milices chrétiennes libanaises et les insurgés palestiniens, principalement issus de l'Organisation de libération de la Palestine, débutèrent en 1975 et aboutirent à une alliance entre les Palestiniens, les musulmans libanais, les panarabistes et la gaucheHalliday, 2005 : 117. Le conflit s'intensifia lorsque des puissances étrangères, notamment la Syrie, Israël et l'Iran, s'impliquèrent et soutinrent ou combattirent aux côtés de différentes factions. Au cours du conflit, des alliances évoluèrent rapidement et de manière imprévisible. La guerre prend un autre tournant lorsque de nombreux sous-conflits s'y ajoutent à la suite de règlements de comptes entre factions libanaises et palestiniennes : Les conflits inter-chrétiens au Liban deviennent de plus en plus forts lorsque les factions maronites des Forces de régulation des Kataeb et de la Brigade Marada s'affrontent à la suite de différends politiques. Les conflits dégénèrent en tueries et batailles. La guerre des camps : des milices palestiniennes rivales se combattent avec l'appui de milices libanaises et de nations étrangères. La guerre des frères : les mouvements chiites Amal et Hezbollah commencent à s'affronter dans les aires urbaines, avant de se réconcilier.
La guerre se termine défavorablement pour le Front libanais, qui a vu un grand nombre de ses membres faire défection ; les Forces libanaises en tant que milice sont dissoutes. Toutefois, jusqu'en 2000, le Hezbollah et le PSNS continuent le conflit au sud contre l'Armée du Sud-Liban et Tsahal : c'est le conflit au Sud-Liban de 1985-2000.
Les séquelles du conflit se font sentir sur une longue période avec une reconstruction difficile, le maintien de milices armées, des reprises ponctuelles de la violence et une forte instabilité politique. En 1989, l'accord de Taëf a marqué le début de la fin des combats lorsqu'un comité nommé par la Ligue arabe a commencé à formuler des solutions au conflit. En , le Parlement libanais a adopté une loi d'amnistie qui pardonnait tous les crimes politiques perpétrés avant la promulgation de la loi.
Contexte historique de la guerre : une unité fragile La création du Liban moderne par la France
L'Empire ottoman subit une lourde défaite lors de la Première Guerre mondiale. Ses anciennes possessions au Proche-Orient sont divisées après sa défaite face à l’Entente.
En 1920, la France rétablit l'État du Grand Liban qui conservera ses frontières géographiques après son indépendance en 1943.
Il est composé par le territoire montagneux du mont Liban et ses périphéries immédiates, principalement les plaines de la Bekaa et du Akkar ainsi que le littoral méditerranéen.
Ce tracé géographique a été demandé par les leaders chrétiens maronites en vue d'assurer la viabilité économique du futur État, à travers les ressources agricoles des plaines de la Bekaa et de l'Akkar, greniers historiques de la montagne.
Cette demande des chrétiens rend compte du grand traumatisme qu'a constitué la famine du Mont-Liban en 1916 parmi la population de la montagne, quand elle a été isolée de sa périphérie nourricière.
La communauté maronite est alors majoritaire à 80 % dans le Mont-Liban et sur la plaine de Beyrouth, mais dans le nouvel État du Grand Liban elle ne représentera plus que 52 % de la population.
Elle sera diluée face aux communautés sunnites et grecque-orthodoxe majoritaires sur le littoral, et chiite dans la Bekaa au sud.
Malgré cette dilution démographique, les maronites ont semblé détenir la conviction de jouer le rôle prépondérant dans le nouvel État, en raison de leur ascension culturelle progressive (débutée du temps de l'émirat) et le soutien de la France mandataire.
Le pays, né ainsi en 1920, est donc multiconfessionnel. Il compte officiellement dix-sept communautés différentes, chacune ayant un droit privé spécifique. Parmi les chrétiens, les maronites sont les plus nombreux. Il y a des musulmans chiites et sunnites ainsi que d'autres minorités religieuses comme les druzes (5 à 7 % de la population libanaise) et les juifs (0,5 %).
La constitution de 1926 Entre 1926 et 1943, sous mandat français, la Constitution du Liban est mise en place.
Elle entérine l'appartenance de chaque Libanais à une communauté religieuse, et institue le « communautarisme politique », système par lequel les communautés sont représentées « équitablement » au sein de l'État sur la base d'un recensement effectué en 1932.
L'indépendance L'indépendance du Liban est proclamée en 1941 par la France libre et devient pleinement effective en 1943 avec la fin du mandat français. Toutefois, le départ complet des troupes françaises n'intervient qu'en 1946.
Après le retrait des troupes françaises en 1946, un système parlementaire confessionnel se met en place, instaurant le partage des pouvoirs entre les diverses communautés.
C'est le « pacte national » non écrit de 1943, aux termes duquel la présidence de la République est attribuée à un maronite, celle du gouvernement à un musulman sunnite et la présidence de l'Assemblée à un chiite.
Les maronites ont également reçu le contrôle de l'armée. En retour, ils devaient reconnaître le Liban comme un pays arabe.
Les forces politiques au pouvoir : le clientélisme Les forces politiques qui dominent la scène libanaise ne sont pas des partis au sens moderne du terme, mais plutôt des rassemblements autour d'un notable, épaulé par ses hommes de main, les abadays, recrutés sur une base communautaire et locale. Les affrontements politiques tournent donc le plus souvent autour d'une rivalité de clans.
Ce système est considéré comme étant une porte ouverte à la corruption car les loyautés diverses seraient d'abord familiales et locales, ensuite régionales. Chaque décision passe par un consensus entre les dirigeants qui doivent s'assurer du soutien de leur communauté respective. Les politiques ne se limitent pas au partage du pouvoir : la gestion des entreprises publiques est confiée aux partisans et aux proches.
Les années 1950 voient fleurir quelques partis politiques, dont deux jouent un rôle essentiel à partir des années 1970. Ils représentent le fossé qui à ce moment-là de l’histoire du pays semble s'être ouvert entre les Libanais. Le Parti socialiste progressiste de Kamal Joumblatt dont l'idéologie laïcisante et égalitariste habille une organisation quasi féodale dans un langage marxiste , tandis que le parti Kataëb (phalanges) devient le premier du pays en 1975, avec . Fondé par Pierre Gemayel en 1936, sur le modèle non pas idéologique, mais organisationnel des partis fascistes européens, il mobilise les couches moyennes maronites autour d'objectifs sociaux et de la défense du Liban chrétien.
Les déséquilibres économiques La présence de travailleurs palestiniens ou syriens permanents ou temporaires assure aux entrepreneurs un volant de main-d'œuvre à bon marché, mal protégée et remplacée régulièrement. Au total, 10 % de la population active se retrouvait au chômage en 1970, au plus fort de ce qui a parfois été présenté comme le "succès économique libanais".
Les inégalités sociales et économiques présentent un double caractère régional et confessionnel. La communauté chiite est la plus pauvre, tandis que les fortunés se trouvent chez les Grecs orthodoxes et que les classes moyennes sont chez les maronites. Dans les années 1970 le Liban traverse une crise socio-économique. En cause, l'absence d'une politique de redistribution des richesses et de protection des salariés. Les clivages communautaires sont souvent dépassés par la misère et la prolétarisation, et la mobilisation syndicale et politique s'amplifie.
Les conséquences du conflit israélo-arabe
En 1948, lors de la guerre israélo-arabe de 1948 à la suite de la naissance de l'État d'Israël, environ se sont réfugiés au Liban. Une grande majorité des réfugiés est logée dans des camps de l'ONU. Cette population, musulmane à 80 %, s'installe au Liban, et est l'objet de tensions.
Ainsi, tous les Palestiniens chrétiens se voient octroyer la nationalité libanaise, alors qu'elle est refusée aux Palestiniens musulmans.
L'écho des crises du Proche-Orient À la faveur de la prospérité et de la liberté d'expression, en contraste avec la censure des États voisins, Beyrouth abrite de nombreux intellectuels et opposants politiques arabes, et devient un foyer de réflexion et de contestation. Les maisons d'édition et les quotidiens, ainsi que les nouvelles organisations politiques, se multiplient.
Le Liban devient un lieu de dialogue privilégié, non seulement entre les mondes arabes et le reste du monde, mais souvent aussi pour les États arabes entre eux. Membre fondateur de l'ONU et de l'UNESCO, le pays participe aux principales institutions spécialisées.
Crise libanaise de 1958
Contexte immédiat : la montée des périls (1966-1975) Une démocratie en crise À partir de la fin des années 1960, la vie politique libanaise est entachée d'affaires de corruption généralisée avec des fonctionnaires contraints de démissionner par dizaines, ainsi que par les désaccords sur les thèmes de politique extérieure et de traitement de la résistance palestinienne. La classe dirigeante est en proie à des tensions internes, l'enjeu de cette agitation étant le partage des postes de pouvoir. Les mouvements se radicalisent et la tension grimpe.
Les Libanais conservateurs chrétiens craignent pour la cohésion nationale alors que les musulmans sont solidaires de la résistance palestinienne. Les milices commencent à s'armer massivement. Le clan considéré comme pro-arabe est soutenu par les Palestiniens, alors que les principaux partis libanais chrétiens se tournent vers l'Occident. Des vagues d'affrontements commencent, opposant les Kataëb (phalangistes libanais) aux Palestiniens et aux mouvement arabes
La question palestinienne vignette|Défilé de la milice du Fatah, Beyrouth, .