Juan Diego Cuauhtlatoatzin, né en 1474 et mort le à Mexico, également connu sous le nom de Juan Diego ou saint Juan Diego est le premier chrétien Amérindien déclaré saint par l'Église catholique. Il est canonisé par le pape en 2002, et sa fête est liturgiquement commémorée le par l'Église. La tradition en fait un Indien mexicain de la tribu des Nahuas qui aurait assisté en 1531 à l'apparition de la Vierge Marie sous la représentation de la Vierge de Guadalupe.

La basilique Notre-Dame-de-Guadalupe de Mexico, située au pied de la colline de Tepeyac, possède le manteau ou cape de Juan Diego (connu sous le nom de tilma) sur lequel une image de la Vierge aurait été imprimée par un miracle comme . Ces apparitions et la transmission de l'image miraculeuse sont à la base de la vénération de Notre-Dame de Guadalupe, qui est omniprésente au Mexique et qui prévaut dans toute l'Amérique latine. En conséquence, la basilique de Guadalupe est devenue le principal centre de pèlerinage pour les catholiques dans le monde, avec 20 millions de visiteurs par an.

La première contestation de l'historicité du personnage remonte à l'extrême fin du , par l'historien Juan Bautista Muñoz. Ce débat a été rouvert à l'occasion du projet de béatification et de canonisation de Juan Diego par l’Église catholique à la fin du . Une opposition est même apparue parmi certains ecclésiastiques mexicains qui contestaient l'historicité des événements (l'apparition de la Vierge à Juan Diego). Ce conflit, qui s'est étalé dans la presse, a poussé la Congrégation pour la cause des saints à revalider l'historicité du futur saint, avant de valider sa canonisation.

Depuis le , la figure de Juan Diego (et la Vierge de Guadalupe), est vue comme un entre les différentes populations du Mexique, et par extension, de toute l'Amérique. L'image de la Vierge sur sa tilma, le message transmis par la Vierge et répercuté par l’Église, sont interprétés et relus comme une passerelle entre les colons espagnols et européens, les populations autochtones du pays, et les populations métisses. Depuis la fin du , l’Église a développé affecté à Juan Diego envers les populations américaines. Enfin, depuis les années 1980, l'épiscopat sud-américain a développé dans sa pastorale le thème de . Le pape , à l'occasion de la béatification de Juan Diego, a placé l'Indien comme .

Biographie

Selon la tradition, Juan Diego est né en 1474 dans l'État de Mexico, à Cuautitlán, une ville aztèque à au nord de Tenochtitlan (aujourd'hui Mexico). Le nom donné à sa naissance - Cuauhtlatohuac - signifie , en langue nahuatl..

Lors de l'arrivée des conquistadors espagnols et de la chute de l'empire aztèque, il se convertit au catholicisme vers 1524 ou 1525 et prend le nom de Juan Diego. Il se retire alors dans une mission catholique de frères franciscains à Tolpetlac.

thumb|left|170px|Juan de Zummárraga, premier évêque de Mexico. vignette|200px|Notre-Dame de Guadalupe. vignette|240px|Au pied de la colline de Tepeyac. Alors qu'il se rend à pied à Mexico, le , la Vierge Marie lui serait apparue sur la colline de Tepeyac, et lui aurait parlé en langue nahuatl. À l'occasion de cette vision, la Vierge lui aurait demandé de faire construire une église en ce lieu, et pour cela, d'aller voir l'évêque de la ville. Juan Diego va voir l'évêque espagnol, Juan de Zumárraga, pour lui transmettre la requête. Celui-ci ne le croit pas et lui demande un signe probant de la demande mariale.

Le , la Vierge Marie apparaît alors une nouvelle fois à Juan Diego et, pour répondre à la demande de l'évêque, elle invite l'Indien à aller cueillir des roses sur la colline (c'était alors en plein hiver). Juan Diego trouve les roses et les présente à l'évêque. Lorsque les fleurs tombent de la tunique, une icône de la Vierge reste imprimée sur le tissu. L'évêque est alors convaincu de l'authenticité de la démarche de l'Amérindien...

Une première chapelle est édifiée, au pied de cette colline pour accueillir la précieuse relique (l'image de Notre-Dame de Guadalupe restée imprimée sur la tilma de Juan Diego). Juan Diego s'installe sur place dans un ermitage et accueille les pèlerins indigènes, favorisant le mouvement de conversions religieuses au catholicisme, encouragé par les missionnaires espagnols..

Juan Diego meurt à Mexico, le , à l'âge de ..

Historicité du personnage

Sources historiques vignette|170px|Copie du Nican mopohua conservé à la bibliothèque de New-York.

Les plus importantes documents approuvés par l'Église Catholique lors du procès en canonisation de Juan Diego sont : Le Nican mopohua, le récit des apparitions écrit en nahuatl, la langue parlée par les Indiens de la vallée de l’Anahuac (Mexico) écrit vers 1545-1548. par Antonio Valeriano. Élève brillant du Collège de Santa Cruz de Tlatelolco, où il apprit l’espagnol et le latin, il fut nommé professeur à 21 ans, puis vice-recteur du collège et informateur de l'historien Fray Bernardino de Sahagún. Son manuscrit fut publié pour la première fois en 1649. Une des copies originales de l'époque de ce très précieux document se trouve à la Bibliothèque Publique de New YorkCollection Lennox, Section de Manuscrits, Monuments Guadalupéen. The Nican Mopohua and Nuestra Señora de Guadalupe., et a fait l’objet d’une multitude d’études par un grand nombre d’historiens. Les témoignages recueillis lors des . Le Codex Escalada, découvert durant les phases d'enquêtes de canonisation.

Nican mopohua. Ce document manuscrit, publié en 1649, mais dont il existe plusieurs copies (à la bibliothèque d'Espagne, à la BNF, ou à la bibliothèque de New-York), est daté de 1556.. Attribué par de nombreux historiens spécialistes en langue nahuatl à Antonio Valeriano (consensus assez large dans le milieu scientifique, malgré une critique toujours présente)...

Codex Escalada thumb|170px|Le Codex Escalada, daté du milieu du . Ce Codex (ou Codex 1548) est une feuille de parchemin sur laquelle ont été dessinées, à l'encre et dans le style européen, des images (accompagnées d'un texte en nahuatl) illustrant l'apparition mariale de Notre-Dame de Guadalupe à Juan Diego sur la colline de Tepeyac, au nord du centre de Mexico. Le parchemin a été découvert pour la première fois en 1995 et daté de l'année 1550 (environ)...

Le livre-dossier (El encuentro de la Virgen de Guadalupe y Juan Diego) dont les auteurs, Fidel González Fernández, Eduardo Chávez Sánchez et José Luis Guerrero Rosado, postulateurs pour la cause de Juan Diego, présentent les événements vécus par le Mexique au , est le fruit des années de longues recherches dans le but de démontrer historiquement la vérité sur la vie de Juan Diego.

Contestations et critiques

Chez les historiens L'historicité de Juan Diego a soulevé un débat historiographique car les premiers documents publiés faisant référence à ce personnage remontent à 1648 (publication du livre Imagen de la Virgen María par ) et 1649 (publication du Huei tlamahuiçoltica par Luis Lasso de la Vega), soit plus d'un siècle après sa mort. Certains historiens restent ainsi sceptiques quant à l'existence réelle de Juan Diego.

La première contestation historique remonte à l'extrême fin du avec la rédaction par Juan Bautista Muñoz de son .. L'historien espagnol rejetant les écrits indigènes conclut que les apparitions mariales de 1531 sont un mythe construit par le clergé... Ses écrits amènent de vives réactions au Mexique..

Dans les années 1990, avec le projet de béatification, puis de canonisation, les historiens ont ravivé les doutes quant à la qualité des preuves concernant de Juan Diego. Les écrits (qui nous sont parvenus) de Zumárraga, entre les mains duquel Juan aurait remis l'image miraculeuse, ne font référence ni à lui ni à cet événement. Le compte rendu de l'enquête ecclésiastique de 1556 l'a omis et il n'a pas été mentionné dans la documentation (du clergé espagnol) avant le milieu du .

En 1995, le père jésuite Xavier Escalada, annonce la découverte fortuite d'une feuille de parchemin (connue sous le nom de Codex Escalada), qui contient un compte rendu illustré de la vision et quelques notations en nahuatl concernant la vie et la mort de Juan Diego. Cette annonce qui se situe presque à mi-chemin entre la béatification et la canonisation de Juan Diego en 1990 et 2002 respectivement, et le parchemin daté du milieu du (soit quelques années après la mort de Juan Diego) amène de nouvelles critiques Pour certains auteurs, cette découverte était pour que le document ne soit pas un faux.. Avant la découverte du parchemin, la première publication évoquant Juan Diego était Imagen de la Virgen María de , publiée au Mexique en 1648.. Si le parchemin ne contient pas de faits nouveaux alors inconnus et relatifs à Juan Diego ou aux apparitions (son nom d'origine et l'année de sa mort étaient déjà connus via d'autres sources, et le rôle d'Antonio Valeriano dans la promotion du culte de Notre-Dame de Guadalupe était déjà connu via le Nican mopohua), ce codex atteste l'ancienneté du culte de Notre-Dame de Guadalupe, ainsi que de l’existence de Juan Diego, et de sa mort. Si, bien sûr, le Nican mopohua est bien attribué à Antonio Valeriano, comme cela a toujours été le cas, malgré les récentes critiques..

Selon une étude anthropologique d'Hilda Chávez, il faudra revoir l'idée que Juan Diego ait été un Indien d'origine pauvre car les traditions orales laissent penser qu'il s´agissait au contraire d´un noble..

Dans le clergé catholique En 1996, un abbé de la basilique de Guadalupe, , âgé de 83 ans, a été contraint de démissionner à la suite d'un entretien publié dans le magazine catholique Ixthus, dans lequel il citait Juan Diego comme étant , et que sa canonisation serait .. En 1883, Joaquín García Icazbalceta, historien et biographe de Zumárraga, dans un rapport confidentiel sur la Vierge de Guadalupe pour Labastida, avait hésité à soutenir l'histoire de la vision. Il a conclu que Juan Diego n'avait pas existé..

Dès l'annonce de la canonisation de Juan Diego en , un groupe de cinq hauts dignitaires de l'Église mexicaine mené par l'abbé de la basilique de Guadalupe Guillermo Schulenburg, ose critiquer, selon leur expression, ce que . Selon le récent ouvrage publié par , l'existence de Juan Diego n'en est pas moins douteuse, car il n'existe aucun témoignage direct concernant sa vie, les premiers écrits lui faisant référence datant de la moitié du ..

Des courriers furent envoyés à Rome, aux autorités du Vatican (pour contester le travail de la Congrégation pour la cause des saints), et même diffusés dans la presse, ce qui aggrava la polémique.

En partie pour répondre à ces questions, ainsi qu'à d’autres, la Congrégation pour la cause des saints a rouvert la phase historique de l’enquête en 1998. En novembre de la même année, la congrégation s'est déclarée satisfaite des résultats obtenus.. Après la canonisation de Juan Diego en 2002, l’Église catholique considère la question comme close.

Importance et reconnaissance dans l’Église catholique Béatification et canonisation Béatification thumb|left|250px|Intérieur de la basilique Notre-Dame-de-Guadalupe où s'est déroulée la béatification en 1990.