Le Jean Nicoli est un navire mixte appartenant à la compagnie française Corsica Linea. Construit en 1997 aux chantiers suédois Shipyard Brucen puis achevé entre et aux chantiers norvégiens Fosen Mekaniske Verksteder, il portait à l'origine le nom de Pasiphae (en grec : , ). Exploité par la compagnie grecque Minoan Lines à partir de sur les lignes entre la Grèce et l'Italie, il sera renommé Pasiphae Palace (en grec : , ) en 2001. Vendu en 2009 à la Société nationale maritime Corse-Méditerranée (SNCM), il est mis en service sur les lignes de la délégation de service public entre Marseille et la Corse sous le nom de Jean Nicoli, résistant corse assassiné le par l'OVRA. Transféré en 2016 au sein de Corsica Linea à la suite de la liquidation judiciaire de la SNCM, il conserve dans un premier temps son affectation toute l'année vers la Corse avant de basculer partiellement sur la desserte du Maghreb à partir de 2022 puis de manière permanente l'année suivante.
Histoire Origines et construction Depuis le milieu des années 1990, la mer Adriatique est le théâtre d'une rude concurrence que se livrent les compagnies de navigation grecques Minoan Lines et Superfast Ferries. Cette dernière avait bouleversé les lignes maritimes entre la Grèce et l'Italie en 1995 avec deux car-ferries de dernière génération pouvant transporter un nombre important de passagers et de véhicules à des vitesses élevées avoisinant les 27 nœuds..
Afin de se prémunir contre la mise en service des jumeaux Superfast, Minoan Lines avait aussi fait construire un navire neuf de grande capacité, l‘Aretousa, en 1995. Mais malgré des dimensions et des caractéristiques commerciales sensiblement plus élevées que ses concurrents, sa vitesse de 23 nœuds se révèle inférieure. Pour rattraper cela, Minoan Lines envisage alors la construction de deux autres navires capables de rivaliser avec les Superfast sur le plan de la vitesse.
La construction des futures unités, baptisées Ikarus et Pasiphae est confiée aux chantiers suédois Shipyard Brucen, également constructeurs de l‘Aretousa. La conception des nouveaux navires est d'ailleurs directement basée sur celle de leur aîné, ils ont ainsi une apparence très similaire et une organisation presque identique des aménagements intérieurs. Ils sont cependant plus long d'environ 23 mètres mais surtout plus rapides avec des moteurs capables d'atteindre des vitesses de plus de 27 nœuds. L‘Ikarus, construit le premier, est mis en service en 1997.
Le Pasiphae est commandé le et mis sur cale le à Landskrona en Suède. Identique à l‘Ikarus, il est lancé le puis remorqué aux chantiers Fosen Mekaniske Verksted à Rissa en Norvège où s'effectuent les finitions. Le Pasiphae est livré le à Minoan Lines. Une fois les essais à la mer réalisés, le navire est présenté à Uddevalla en Suède le avant de partir pour la Grèce.
Service Minoan Lines (1998-2009) thumb|left|Le Pasiphae Palace en 2002. Arrivé en Grèce au terme de son convoyage depuis la Scandinavie, le Pasiphae est mis en service le entre la Grèce et l'Italie sur la ligne Patras - Igoumenítsa - Ancône sur laquelle il navigue de concert avec son jumeau l‘Ikarus. Au retour de son voyage inaugural, le navire connaîtra un incident en s'échouant au large de Corfou, ce qui provoquera d'importants dommages au niveau de sa partie arrière qui conduiront à son immobilisation à Éleusis pour réparations jusqu'au .
Du 7 au , le Pasiphae est employé sur la ligne Patras - Igoumenítsa - Corfou - Venise afin de remplacer l’Aretousa victime d'une avarie au niveau de ses moteurs.. Le navire ainsi que son sister-ship seront par la suite transférés de manière permanente sur cette ligne à partir du mois d'octobre, Minoan Lines ayant décidé d'échanger leur affectation avec les sisters ships Prometheus et Oceanus. Plus tard, en décembre, dans un souci d'homogénéité des noms des unités de la flotte, le navire devient le Pasiphae Palace.
Le , en prévision de l'arrivée de l'imposant Cruise Europa, le Pasiphae Palace est vendu de manière anticipée à la Société nationale maritime Corse-Méditerranée (SNCM) pour la somme de 75 millions d'euros.. Il réalise sa dernière traversée pour le compte de Minoan Lines le , date à laquelle il est remplacé par le Zeus Palace, ex-Prometheus, en attendant la mise en service du Cruise Europa.
SNCM (2009-2016) thumb|Le Jean Nicoli lors de sa première arrivée à Ajaccio le 26 avril 2009. La graphie erronée du logo de la SNCM sur sa coque sera corrigée l'année suivante. Réceptionné par la SNCM le à Éleusis, le navire est rebaptisé Jean Nicoli et enregistré sous pavillon français. Après avoir été repeint aux couleurs de son nouvel armateur, il quitte définitivement la Grèce à 16h00 le pour rejoindre Ajaccio. Au terme de deux jours de navigation, le navire, sous grand pavois, entre pour la première fois dans son nouveau port d'attache le à 17h30 en saluant de plusieurs coups de sirène auxquels répond le Paglia OrbaSNCM, De la Corse au Maghreb, A. Lepigeon (2016). La cérémonie d'inauguration se tient ensuite le lendemain à l'intérieur du garage en raison du mauvais temps. Le navire est béni par l'abbé Micaelli en présence de famille de Jean Nicoli, de la direction de la SNCM, d'acteurs du secteur politique et économique corse ainsi que de l'état-major. Plus tard ce même jour à 20h10, le Jean Nicoli quitte la Corse à vide pour rejoindre Marseille. La première arrivée dans la cité phocéenne s'effectue le lendemain et le navire vient s'accoster au poste 11 du môle du cap Janet où un nouveau terminal a spécialement été mis en place pour accueillir le nouveau navire, les dimensions de celui-ci compliquant les manœuvres dans le bassin de la Joliette où accostent habituellement les navires de la SNCM. Le , le Jean Nicoli appareille à 19h00 de Marseille pour sa première traversée commerciale, à destination d'Ajaccio.
L'achat de ce nouveau navire intervient dans un contexte où le cahier des charges de la nouvelle délégation de service public (DSP), dont bénéficie la SNCM pour la desserte subventionnée de la Corse depuis Marseille, impose le remplacement du cargo Monte Cinto pour 2009. Ayant dépassé les 20 ans de carrière, le petit navire mixte employé sur la Balagne ne correspond plus aux modalités de la DSP en termes de vitesse et de capacité. Ainsi, la compagnie envisage de transférer le Monte d'Oro sur la desserte de L'Île-Rousse tandis qu'une nouvelle unité plus imposante et plus rapide prendrait sa succession sur Porto-Vecchio. Ce port étant le plus éloigné de Marseille, la vitesse restreinte des cargos de la flotte, inférieure à 20 nœuds, entraîne des problèmes d'exploitation récurrents. Par mauvais temps ou en cas d'avarie, les retards peuvent être importants et provoquer le mécontentement de la clientèle, notamment des transporteurs routiers. Il apparaissait donc nécessaire pour la compagnie d'équiper sa flotte d'un navire plus puissant et plus rapide, mais offrant également une plus grande capacité passagère. La SNCM prévoit ainsi de tripler le nombre de places sur Porto-Vecchio en saison estivale, améliorant de ce fait la desserte de l'extrême sud de la Corse, accueillant de nombreux touristes chaque année. En raison d'un retard dans l'échéance de l'attribution de la nouvelle DSP, le délai va s'avérer trop court pour la commande d'un navire neuf pouvant être livré pour le début de l'année 2009. C'est la raison pour laquelle la SNCM s'est tournée sur le marché de l'occasion pour son nouveau navire et a jeté son dévolu sur le Pasiphae Palace, conçu pour être employé sur des itinéraires relativement longs et équipé de ce fait de nombreuses installations pour les passagers.
Le à 8h00, le Jean Nicoli, en provenance de Marseille, réalise sa première escale à Porto-Vecchio. En raison de sa longueur, des travaux de dragage ont été réalisés dans le port en prévision de son arrivée et pour lui permettre de pouvoir manœuvrer convenablement. À l'issue de la saison estivale, le cargo mixte est affecté sur la desserte d'Ajaccio. Il alternera ensuite chaque année entre la cité du sel en saison d'été et la cité impériale le reste de l'année.
Le , à la suite d’une avarie survenue sur l'un de ses arbres d'hélice, le Jean Nicoli quitte de Porto-Vecchio pour rejoindre Bizerte en Tunisie où les réparations sont effectuées au chantier CMRT. Lors de sa mise aux couleurs de la SNCM environ un an plus tôt, les chantiers d'Éleusis avaient appliqué une graphie erronée pour le logo de la compagnie sur les bords du navire. Ce détail sera ainsi corrigé à l'occasion de son passage dans le chantier tunisien, la graphie du logo étant modifiée pour correspondre à celle connue sur les autres navires de la flotte.
thumb|left|Le Jean Nicoli sous les couleurs de la SNCM à Bastia en 2012. Le , en raison d'un mouvement de grève des syndicats de marins perturbant le trafic de la SNCM, le Jean Nicoli assure exceptionnellement une traversée entre Toulon et Ajaccio.. Quelques semaines plus tard, le , les rotations au départ de Marseille sont interverties entre le Jean Nicoli et le Danielle Casanova. Le cargo mixte devait initialement transporter un groupe d'environ 400 enfants vers Ajaccio, mais en raison de l'absence de médecin à bord, il est décidé que le cruise-ferry assurera finalement le convoyage. Le Jean Nicoli effectue ainsi sa première escale dans le port de Bastia le au matin.
Au cours de l'année 2014, la SNCM se retrouve dans une situation préoccupante en raison d'amendes infligées par la Commission européenne ayant jugé certaines subventions illégaleshttps://lemarin.ouest-france.fr/secteurs-activites/shipping/27878-sncm-la-justice-europeenne-oblige-la-france-recuperer-220-millions. Devant cette conjoncture incertaine, les syndicats de marins lancent un mouvement social à partir de la fin du mois de juin, alors que la saison touristique débute. C'est dans ce contexte que le , le Jean Nicoli, immobilisé à Porto-Vecchio, est pris d'assaut par des commerçants et personnes socio-professionnels pénalisés par la grève des marins paralysant l'économie corse. Le navire est la cible de jets de pierres de la part des manifestants et ses amarres sont brûlées, le contraignant à quitter le port à 20h00 pour rejoindre Marseille.. A la suite, les difficultés rencontrées par la SNCM amènent au placement de l'entreprise en redressement judiciaire le .. À l'issue de la période d'observation au cours de laquelle la compagnie assure une dernière saison estivale avec un périmètre d'activité nettement réduit, le tribunal de commerce de Marseille désigne le groupe Rocca comme repreneur de la SNCM le .. Ainsi, le , les actifs de la société sont transférés au sein d'une nouvelle entité baptisée Maritime Corse Méditerranée (MCM).
Corsica Linea (depuis 2016) thumb|Le Jean Nicoli sous les couleurs de Corsica Linea en 2016. Repris par la MCM le à l'instar des autres navires de la flotte de l'ex-SNCM, à l'exception notable du Corse, le Jean Nicoli est transféré au sein de la filiale Maritima Ferries. Son exploitation sous cette entité commerciale sera toutefois de courte durée puisqu'au mois de mars, le groupe Rocca cède la MCM au consortium Corsica Maritima, autre candidat à la reprise de la SNCM débouté par le tribunal. Avant même que la fusion des deux entités ne soit avalisée par les autorités, le Jean Nicoli est repeint aux couleurs de Corsica Linea, nouvelle marque commerciale succédant à Maritima Ferries, durant son arrêt technique. Sa coque arbore ainsi une couleur rouge et est décorée avec un logo représentant la tête de Maure corse. Il est le premier navire à arborer cette nouvelle livrée.. Le navire mixte réalise son premier voyage commercial sous ses nouvelles couleurs le à destination d'Ajaccio qu'il atteint le lendemain matin.