vignette|Photographie de la planète Neptune (en grand) et de sa lune Triton (en petit), prise par Voyager 2 lors de sa sortie de la partie planétaire du Système solaire.

Depuis sa création afin de décrire les « étoiles errantes » de l'époque classique, la définition des planètes est empreinte d'ambigüité. Durant sa longue utilisation, le mot a eu différentes significations, souvent équivalentes. Au cours des millénaires, le sens du terme n'a jamais été strict, et sa signification s'est altérée devenant floue jusqu'à inclure ou exclure un grand nombre d'objets différents, du Soleil et la Lune jusqu'aux satellites et aux astéroïdes. La connaissance de l'Univers s'améliorant, le sens du mot « planète » s'est élargi, évoluant parallèlement, perdant d'anciennes acceptions, et en adoptant de nouvelles, sans jamais arriver cependant à une définition unique et concrète.

Vers la fin du , le mot « planète », sans avoir reçu de définition véritable, s'est établi comme un terme de travail acceptable : il ne s'appliquait qu'à des objets du Système solaire, suffisamment peu nombreux pour se satisfaire de leurs quelques différences. Après 1992, cependant, les astronomes ont commencé à découvrir de nombreux nouveaux objets supplémentaires, au-delà de l'orbite de Neptune, ainsi que de nombreux objets orbitant autour d'autres étoiles. Ces découvertes ont non seulement fait croître le nombre de planètes potentielles, mais ont aussi considérablement élargi leurs variétés et leurs particularités. Certaines étaient presque assez grandes pour être qualifiées d'étoiles, alors que d'autres étaient plus petites que la Lune. Ces découvertes ont donc remis en cause les anciennes notions de ce que pouvait définir une planète.

Le problème d'une définition claire de « planète » a été soulevé en 2005, avec la découverte de l'objet transneptunien (OTN) Éris, un corps plus grand que Pluton, jusqu'alors reconnu comme une planète. En 2006, l'Union astronomique internationale (UAI), reconnue par les astronomes comme l'autorité mondiale chargée de résoudre les conflits de nomenclature, a publié sa décision sur ce sujet.. Cette définition qui s'applique au Système Solaire, pose qu'une « planète » est un corps qui orbite autour du Soleil, assez grand pour que sa gravité propre lui donne une forme sphérique, et qu'il ait éliminé son voisinage orbital de tous objets plus petits. À la lumière de cette nouvelle définition, Pluton, de même que les autres objets transneptuniens, ne sont plus qualifiés comme étant des planètes. La décision de l'UAI n'a pas mis un terme à la controverse, et alors que de nombreux scientifiques ont accepté cette décision, d'autres dans la communauté astronomique l'ont rejeté catégoriquement.

Histoire

Les planètes dans l'Antiquité vignette|redresse=0.55|Le philosophe Platon.

Bien que la connaissance des planètes précède l'Histoire et qu'elle fût commune à la plupart des civilisations, le mot « planète » remonte à la Grèce antique. Les Grecs pensaient que la Terre était immobile et au centre de l'Univers en accord avec le modèle géocentrique, et que les objets du ciel, et le ciel lui-même, tournaient autour. Les astronomes grecs employaient le terme asteres planetai, « étoiles errantes », pour décrire ces lumières dans les cieux ressemblant à celles des étoiles qui, au cours de l'année, se déplaçaient par rapport aux asteres aplanis, les « étoiles fixes » qui elles demeuraient immobiles les unes par rapport aux autres. Les cinq corps alors appelés « planètes », connus des Grecs, étaient les planètes visibles à l'œil nu : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, et Saturne.

La cosmologie gréco-romaine comptait sept planètes, en incluant la Lune et le Soleil ; cependant, il subsiste quelque ambiguïté sur ce point, puisque de nombreux astronomes antiques ne distinguaient que cinq planètes, excluant le Soleil et la Lune, comme le nota dans son ouvrage Cosmos, le naturaliste allemand du Alexander Von Humboldt. Parmi les sept corps célestes qui, en raison des changements continuels apportés dans leurs distances relatives, ont été, dès la plus haute antiquité, distingués des étoiles scintillantes et conservant toujours sur le firmament leur place et leurs distances (orbis inerrans), cinq seulement Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne offrent l'apparence d'étoiles (quinque stellæ errantes). Le Soleil et la Lune furent toujours mises à part eu raison de la grandeur de leur disque, et par suite de l'importance qui leur était attribuée dans les conceptions mythologiques . vignette|gauche|Les planètes, telles qu'elles étaient comprises avant l'acceptation du modèle héliocentique.

Dans son Timée, écrit vers 360 , Platon mentionne « le Soleil et la Lune et cinq autres étoiles qui sont appelées les planètes ». Son disciple Aristote effectue une distinction similaire dans son De Caelo : « les mouvements du Soleil et de la Lune sont inférieurs à ceux de certaines planètes. ». Dans son Phaenomena, destiné à devenir un traité d'astronomie, écrit par le philosophe Eudoxe de Cnide, vers 350 ., le poète Aratus écrit « ces cinq autres orbes, qui s'entremêlent avec [les constellations] et errent en roulant de tous côtés des douze signes du Zodiaque ».

Dans son Almageste, écrit au , Ptolémée se réfère au « Soleil, la Lune et cinq planètes ». Caius Julius Hyginus mentionne explicitement « les cinq étoiles que beaucoup ont appelé errantes, et que les Grecs appelaient Planeta ». Marcus Manilius, un écrivain latin qui vivait au temps d'Auguste et dont le poème Astronomica est considéré comme un des principaux textes de l'astrologie moderne, dit : « Maintenant, la dodécatémorie est divisée en cinq parties, car aussi nombreuses sont les étoiles appelées errantes qui, à des niveaux variables, brillent dans le ciel ».

La vision simplifiée des sept planètes se trouve dans le Songe de Scipion de Cicéron, écrit aux alentours de 53 , où l'esprit de Scipion l'Africain proclame : « Sept de ces sphères contiennent les planètes, une planète dans chaque sphère, qui toutes se déplacent à l'inverse du mouvement des Cieux. ». Dans son Histoire naturelle, écrite en 77 , Pline l'Ancien fait référence « aux sept étoiles que, du fait de leur mouvement, nous appelons planètes, bien qu'aucune étoile n'erre moins qu'elles ». Nonnos de Panopolis, le poète grec du , dit dans ses Dionysiaques : « J'ai des oracles d'histoire sur sept tablettes, et les tablettes portent les noms des sept planètes. »

Les planètes au Moyen Âge vignette|redresse=0.55|John Gower. Les auteurs du Moyen Âge et de la Renaissance ont généralement accepté l'idée de sept planètes. L'introduction standard à l'astronomie médiévale, De sphaera mundi, de Sacrobosco, inclut le Soleil et la Lune parmi les planètes. Le Theorica planetarum, plus avancé, présente la « théorie des sept planètes », alors que les instructions des Tables alphonsines montrent « comment trouver par les moyens des tables les mouvements moyens du Soleil, de la Lune, et du reste des planètes ». Dans sa Confessio Amantis, le poète du John Gower, reliant les planètes à l'art de l'alchimie, écrit : « Des planètes… / l'or est attitrée au Soleil, / la Lune d'Argent a sa part… », indiquant que la Lune et le Soleil étaient des planètes. Même Nicolas Copernic, qui rejetait le modèle géocentrique, restait ambigu sur le fait que le Soleil et la Lune fussent des planètes. Dans son De Revolutionibus, Copernic sépare clairement le « Soleil, Lune, planètes et étoiles » ; cependant, dans sa dédicace au Pape Paul III, Copernic fait référence au mouvement « du Soleil et de la Lune et des cinq autres planètes ».

La Terre vignette|redresse=0.55|Nicolas Copernic.

En réalité, lorsque le modèle héliocentrique fut accepté à la place du modèle géocentrique, la Terre fut placée parmi les planètes, et le Soleil et la Lune furent détrônés, ce qui nécessita une révolution conceptuelle dans la compréhension des planètes. Comme l'historien des sciences Thomas Kuhn l'a noté dans son livre La structure des révolutions scientifiques : « Les coperniciens qui déniaient son titre traditionnel de 'planète' au Soleil... changeaient leur acception de 'planète' de façon qu'elle continue d'apporter des distinctions utiles dans un monde où les corps célestes... étaient vus différemment de la façon dont ils avaient été vus avant... En regardant la Lune, dit (…) le converti au Copernicianisme, il fut un temps où j'ai pris la Lune pour (ou j'ai vu la Lune comme) une planète, mais je me trompais. » Copernic fait une référence indirecte à la Terre comme une planète dans le De Revolutionibus en disant : « Ayant ainsi présumé les mouvements que j'attribue à la Terre plus bas dans ce volume, par une longue et intense étude, je trouvai finalement que si les mouvements des autres planètes sont corrélés avec la trajectoire de la Terre… ». Galilée affirme aussi indirectement que la Terre est une planète dans le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde : « La Terre, pas moins que la Lune ou n'importe quelle autre planète, doit être comptée parmi les corps naturels qui ont un mouvement circulaire ».

Les planètes modernes vignette|redresse=0.55|William Herschel, découvreur d'Uranus.

En 1781, l'astronome William Herschel scrutait le ciel pour mettre en évidence d'insaisissables parallaxes stellaires, quand il observa ce qu'il désigna comme une comète dans la constellation du Taureau. À la différence des étoiles qui demeuraient de faibles points de lumière même sous de forts agrandissements, la taille de cet objet augmentait en proportion de la puissance utilisée ; que cet étrange objet puisse être une planète n'apparut tout simplement pas à Herschel ; les cinq planètes autres que la Terre avaient fait partie de la conception de l'Univers par l'humanité depuis l'antiquité. Comme les astéroïdes restaient encore à découvrir, les comètes étaient les seuls objets en mouvement que l'on s'attendait à trouver dans un télescope. Cependant, à la différence d'une comète, l'orbite de cet objet, clairement quasi circulaire se situait dans le plan écliptique. Avant qu'Herschel n'annonçât la découverte de sa comète, son collègue, l'astronome royal britannique Nevil Maskelyne, lui écrivit : « Je ne sais comment la désigner. Il est aussi vraisemblable que ce soit une planète régulière se mouvant sur une orbite presque circulaire autour du Soleil qu'une comète se mouvant sur une ellipse très excentrique. Je ne lui ai encore vu aucune ou queue ». La « comète » était aussi très éloignée, trop éloignée pour une faible comète pour se résoudre seule. En réalité, elle fut reconnue comme la septième planète et dénommée Uranus d'après le père de Saturne.

Les irrégularités induites par la gravitation observées dans la trajectoire d'Uranus conduisirent en réalité à la découverte de Neptune en 1846, et les irrégularités présumées de l'orbite de Neptune menèrent subséquemment aux recherches qui permirent finalement de localiser Pluton en 1930. Tout d'abord estimée comme ayant approximativement la même masse que la Terre, l'observation « grignota » graduellement la masse estimée de Pluton jusqu'à la révélation qu'elle valait à peine un cinq-centième de celle de la Terre, bien insuffisante pour avoir eu aucune influence directement mesurable sur l'orbite de Neptune. En 1989, Voyager 2 a déterminé que les irrégularités de l'orbite de Neptune étaient dues à une surestimation de sa masse..

Les satellites vignette|redresse=0.55|Galilée (savant).