Les sciences humaines et sociales (SHS) représentent, en France notamment, un ensemble de disciplines étudiant divers aspects de la réalité humaine sur le plan de l'individu et sur le plan collectif.
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Perspective historique des différents champs Les dénominations des actuelles « sciences humaines et sociales » varient dans l'histoire et selon les pays, sans toujours recouvrir exactement les mêmes champs de recherche concernés.
Problématique des appellations et champs concernés En France, les « sciences humaines » désignent en général les études de psychologie et de sociologie. , et selon Edmond Ortigues, cette appellation fut utilisée en 1942, pour traduire sous le titre « Introduction aux sciences humaines ». E. Ortigues rapporte qu' (décret paru au Journal officiel du ). Il précise à cette occasion que l'anglais recourt à cette dénomination Edmond Ortigues, « Sciences humaines », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 décembre 2016. URL : ..
L'expression anglaise de « science sociale » serait apparue en 1824, dans un livre du coopératiste William ThompsonWilliam Thompson, An Inquiry into the Principles of the Distribution of Wealth Most Conducive to Human Happiness; applied to the Newly Proposed System of Voluntary Equality of Wealth, London, Longman, Hurst Rees, Orme, Brown & Green, 1824, p. IX-X et sq. (en ligne) :.
D'après E. Ortigues, l'expression « sciences humaines » est une désignation académique qui . En particulier l'histoire en est exclue. La formule aurait . Ortigues considère qu'en parlant des « sciences de l'homme », . Le domaine des « sciences humaines » a selon lui , et E. Ortigues, « Sciences humaines », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 décembre 2016. URL : ..
Position « positiviste » Le fut l'âge du positivisme, qui désigne, au sens strict du terme, le système d'Auguste Comte. Ce dernier affirmait en effet que la société traversait trois étapes ascendantes et progressives, l'âge théologique, l'âge métaphysique et enfin l'âge scientifique. Cette vision évolutionniste, qui considère l'histoire comme ayant un sens unilinéaire, a été très largement partagée au (Friedrich Hegel, Oswald Spengler), bien que la détermination du « sens » en question ait été matière à débat.
Karl Marx et Engels, qui formulent le projet d'un « matérialisme scientifique », ont eu une influence décisive dans le développement des sciences sociales, bien que la genèse de certaines d'entre elles, dont l'économie, ait précédé la formation théorique du marxisme. Tocqueville, Montesquieu (et sa théorie des climats), Rousseau, ou Al-BiruniAkbar S. Ahmed (1984). "Al-Biruni: The First Anthropologist", RAIN 60, p. 9-10. et Ibn KhaldounH. Mowlana (2001). "Information in the Arab World", Cooperation South Journal 1.; Salahuddin Ahmed (1999). A Dictionary of Muslim Names. C. Hurst & Co. Publishers. .; Dr. S. W. Akhtar (1997). "The Islamic Concept of Knowledge", Al-Tawhid: A Quarterly Journal of Islamic Thought & Culture 12 (3).;Akbar Ahmed (2002). "Ibn Khaldun’s Understanding of Civilizations and the Dilemmas of Islam and the West Today", The Middle East Journal 56 (1), p. 25. ont été tour à tour considérés comme des ancêtres des sciences sociales (Lévi-Strauss a attribué en particulier un rôle décisif à Rousseau et Montaigne dans sa théorie de l'ethnologie).
Vers la fin du , les tentatives visant à recourir à des équations pour rendre compte du comportement devinrent de plus en plus communes. Parmi ces premières tentatives, figurent le cas des « lois » de la philologie qui visaient à cartographier les changements sonores d'une langue à travers le temps.
Positivisme logique : vérification et distinction faits-valeurs Au début du , le positivisme logique émerge dans le Cercle de Vienne. Le projet de Bertrand Russell, Rudolf Carnap, Alfred Ayer, etc., consiste à tenter de réduire la philosophie à la logique afin d'en faire une « science dure ». Par-delà la critique du kantisme, et en particulier de l'existence des jugements synthétiques a priori, il s'agit en fait de reconduire, par d'autres moyens, le projet kantien de faire de la métaphysique une science. Tandis que Kant voulait faire cela en imitant la révolution copernicienne, le Cercle de Vienne comptait faire cela en éradiquant les énoncés métaphysiques des sciences elles-mêmes, et par un réductionnisme logiciste affirmé. Le Cercle de Vienne pose ainsi les fondements de la philosophie analytique, qui, par sa méthode, tente de s'affirmer comme science rigoureuse. Dans le même temps, Husserl tente, avec la phénoménologie, de bâtir lui aussi une « méthode rigoureuse ». Ces développements de la philosophie consistent ainsi à essayer de trouver ce qui serait une alternative aux méthodes en œuvre dans les sciences de la nature.
Ils influencent nombre de projets théoriques portés par les sciences humaines et sociales, dont le behaviorisme ou le positivisme juridique. De plus, en imposant la distinction faits-valeurs d'un côté, et de l'autre le vérificationnisme, c'est-à-dire l'idée selon laquelle seul peut être validé scientifiquement un énoncé empiriquement testé par l'expérience (au sens large, et non au sens restreint d'expérimentation scientifique), ils conduisent à une certaine conception de la science qui engendrera de nombreux débats en épistémologie. Karl Popper y jouera un rôle majeur, en substituant le critère de réfutabilité au critère vérificationniste, permettant selon lui d'obtenir enfin un critère de scientificité valable. Cela lui permet notamment d'exclure le marxisme et la psychanalyse du champ scientifique.
se demander s'il est possible d'obtenir un critère unique de scientificité, et si la définition du critère de réfutabilité par Popper ne procède pas d'une volonté préalable d'exclure du champ scientifique marxisme et psychanalyse. La recherche d'un tel critère demeure, aujourd'hui encore, un sujet de recherche problématique pour la philosophie des sciences et l'épistémologie.
Ouverture de l'histoire aux sciences humaines En 1929, les historiens français Marc Bloch (1886-1944) et Lucien Febvre (1878-1956) basés à l'université de Strasbourg - dont le but était d'en faire une nouvelle capitale régionale - publient une nouvelle revue historique appelée alors Annales d'histoire économique et sociale. Ils fondent alors le courant historique de l’École des Annales qui met en avant une histoire globale prise en compte dans le temps et dans l'espace. C'est une façon nouvelle de faire de l'histoire basée sur la glose des sources et leur croisement, l'étude de la démographie, de l'économie, du comportement humain des individus dans le temps et dans l'espace. Marc Bloch écrivit par la suite un ouvrage de méthodologie intitulé Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien que Lucien Febvre publiera en 1949 à titre posthume. Marc Bloch étant médiéviste publient de nombreux ouvrages tels que La société féodale dont les cent premières pages traitent uniquement de l'économie. , l'histoire est représentée par le Centre de la Recherche Historique annexe du CNRS et de l'EHESS.
Du behaviorisme aux sciences cognitives Sous l'influence du positivisme logique, le behaviorisme devient la tendance dominante de la psychologie aux États-Unis pendant toute la première moitié du , critiqué par un renouveau de la philosophie du langage et de l'esprit, il fut supplanté par le modèle des sciences cognitives. Celles-ci font rejoindre autour d'un même objet d'étude, le fonctionnement du cerveau et de l'esprit, un ensemble de disciplines hétérogènes, telles que les mathématiques ou la philosophie.
Neutralité axiologique en sociologie Outre le positivisme, c'est le principe de neutralité axiologique, formulé par Max Weber dans Le Savant et le politique (1919), qui préside à l'ambition scientifique de la sociologie. Ce principe, qui rejoint partiellement la distinction faits-valeurs (théorisée en particulier par Alfred Ayer dans Langage, Vérité et Logique, 1936), est le réquisit (le présupposé) de l'objectivité des sciences humaines et sociales. Cependant, la compréhension française de la notion de neutralité axiologique serait issue d'après Isabelle Kalinowski d'une erreur de traduction de la part de Julien Freund, sur les conseils de Raymond Aron. Elle propose une relecture du concept en expliquant que cette traduction était liée à un environnement anti-marxiste, et que le concept de Weber a été déformé.
Weber soutenait en fait que le sociologue devait être conscient de ses propres jugements de valeur, ce qui permettait d'aller vers un idéal de neutralité axiologique permettant de réduire les biais dans l'étude des phénomènes sociaux: Comme le souligne H. Albert,. Weber ne prônait pas un non engagement public de la part du scientifique, ou que le scientifique s'empêche de toucher à un sujet sensible, mais seulement qu'Il soit conscient que lui aussi porte des jugements de valeurs, et qu'il doit veiller à éviter de le faire dans son travail scientifique.
Depuis la fin du , la subjectivité
En histoire, l'éditeur Pierre Nora a introduit la notion d'"Égo-histoire" (1987), qui permet aux historiens de se faire les Pierre Nora, Essais d'égo-histoire, Gallimard, 1987.. Le chercheur Ivan Jablonka propose la notion de pour faire de la subjectivité du chercheur un outil épistémologique, accroître la réflexivité et introduire dans le texte une dimension littéraireIvan Jablonka, L'histoire est une littérature contemporaine, Seuil, 2014..
Nomenclatures La répartition des disciplines peut varier selon les pays et les perspectives.
Nomenclature du Ministère de la recherche, 2010 (France) En 2010, le Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation propose une répartition des disciplines dans le cadre de sa stratégie nationale pour la recherche et l'innovation (SNRI) des Sciences de l'Homme et de la société (SHS)SNRI : Nouvelle nomenclature des SHS, 2010 , , site consulté le 25 avril 2019. : SHS1 : Marchés et organisations (économie, finances, management) ; SHS2 : Normes, institutions et comportements sociaux (Droit, science politique, sociologie, anthropologie, ethnologie, démographie, information et communication) ; SHS3 : Espace, environnement et sociétés (Études environnementales, géographie physique, géographie sociale, géographie urbaine et régionale, aménagement du territoire) ; SHS4 : Esprit humain, langage, éducation (Sciences cognitives, sciences du langage, psychologie, sciences de l'éducation, STAPS) ; SHS5 : Langues, textes, arts et cultures (Langues, littérature, arts, philosophie, religion, histoire des idées) ; SHS6 : Mondes anciens et contemporains (Préhistoire, archéologie, histoire, histoire de l'art).
Nomenclature du l'OCDE, 1963 (manuel de Frascati) En 1963, le Groupe de travail des experts nationaux sur les indicateurs de science et de technologie de l'OCDE (Manuel de Frascati) propose la nomenclature suivante :
Sciences sociales : Psychologie Économie et Gestion (économie, économétrie, relations industrielles, administration et gestion des entreprises) ; Sciences de l'éducation (éducation en général, la pédagogie, la didactique) ; Sociologie (sociologie, démographie, anthropologie, ethnologie, études sur les familles) ; Droit (droit, criminologie, pénologie) ; Science politique (sciences politiques, gestion publique, théorie de l'organisation) ; Géographie sociale et économique (science de l'environnement [aspects sociaux], géographie culturelle et économique, études d'urbanisme [aménagement et développement urbains] : planification des transports et aspects sociaux des transports) ; Médias et communication (journalisme, science de l'information [aspects sociaux], bibliothéconomie, médias et communication socioculturelle). Sciences humaines (ou humanités) : Histoire, histoire de l'art, archéologie ;